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Musique et patrimoine de Carcassonne - Page 5

  • Inédit ! Les enquêtes allemandes sur les anciens criminels nazis de l'Aude

    Les choses sont ce qu’elles sont, mais il faut bien admettre que soixante-seize ans plus tard l’Allemagne doit pouvoir regarder les vérités qui dérangent avec l’âme du pénitent. Il n’est pas question pour la génération qui est la nôtre de garder les rancoeurs de nos parents envers un pays ami, co-fondateur de l’Union européenne. Toutefois, l’honneur de nos martyrs nous oblige à revendiquer un droit d’inventaire sur les crimes de guerre impunis des barbares germains. Qui pouvait se douter que la République Fédérale Allemande avait lancé des enquêtes au début des années 1960 contre les auteurs des massacres perpétrés dans l’Aude ? Dans les ouvrages locaux traitant de la Seconde guerre mondiale, aucun des auteurs n’y fait référence. Et pour cause… Ces enquêtes diligentées par les tribunaux des Länder allemands se sont uniquement basées sur les témoignages des accusés. Ni les familles des martyrs, ni les résistants survivants n’ont été sollicités par les juges fédéraux d’Outre-Rhin. Vous le verrez - car nous avons retrouvé et traduit les compte-rendus - leurs conclusions juridiques sont pour le moins déconcertantes. Elles ne sont que l’expression à cette époque, de tribunaux non encore débarrassés d’anciens membres du Parti Nazi (NSDAP) reconvertis en démocrates chrétiens. Prenons garde de ne pas donner de leçons aux Allemands ; nous avons eu chez nous de multiples exemples d’anciens fonctionnaires de Vichy non épurés, comme Maurice Papon. Le cynisme qui ressort des délibérations de ces tribunaux fédéraux aurait fait bondir de colère tout le village de Trassanel. Il valut mieux sans doute qu’il n’en fut pas au courant. Soixante-seize ans après, donc, nous avons exhumé les archives grâce à un contact, citoyen allemand, dont le grand-père avait obéi dans les rangs de la troupe criminelle qui assassinat les maquisards de l’Aude. 

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    Generalfeldmarschall Gerd von Rundstedt, logeait au château de Capendu

    Le rapport d’enquête réalisé le 10 août 1967 (Staatsanwaltschaft bei des Ladgericht) définit les conditions dans lesquelles ont été commis les crimes de Trassanel, de Lairière, de Villebazy, de Baudrigue, de Ribaute. Tous ces massacres perpétrés par la sinistre troupe du 5e régiment de l’air dit « Lisieux » sous les ordres du capitaine Nordstern. Nous n’allons pas reproduire ici les différents témoignages des personnes inculpées ; nous les gardons afin de nourrir le récit des différentes attaques qui ont eu lieu contre les maquis de l’Aude. A l’aide ce document inédit, émanant des archives allemandes, nous souhaitons communiquer les arguties juridiques sur lesquelles les juges ont fondé leurs délibérés. Inutile de préciser que les témoins soupçonnés ont tous, à l’exception d’un seul, décliné leur responsabilité. Ils n’étaient pas évidemment pas présents, ne reconnaissent pas les faits reprochés ; ils se sont tous entendus avant les auditions sur les mêmes arguments à déclarer aux juges.

    Procédure

    Dans tous les cas (Ribaute, Galaube, Bousquet, Lairière), les coupables n’ont pas été identifiés. La poursuite de l’enquête ne promet pas de succès, car les tirs ont été effectués essentiellement dans le cadre de combats purement militaires, où la personne qui tire n’a pas de vision particulière. En outre, il existe aucun élément indiquant que les révélations essentielles auraient été remplies à cet égard. 

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    La grotte des maquisards massacrés à Trassanel

    Ce qui est indiqué ci-après pour Trassanel s’applique en conséquence. Dans le cas de Trassanel, il est nécessaire de déterminer si les personnes identifiées ont, par l’intermédiaire de leurs participants, s’être rendues coupables de l’assassinat ou de complicité. Tous les autres délits éligibles seraient prescrits. La compétence du parquet devant la justice du Land de Lübeck découle des articles 8 et 13 StPO. Les parties concernées sont des ressortissants allemands et, conformément à l’article 3, le droit pénal allemand s’applique bien que la scène du crime soit située à l’étranger. Selon l’article 2, paragraphe 2 StGB de la loi, c’est la loi en vigueur au moment de l’acte qui est déterminante.

    A l’époque des faits (juillet-août 1944), le 211 StGB, dans la version de la loi sur l’incarcération, appliquait le code pénal du 4 septembre 1941, self lequel le caractère particulièrement répréhensible de l’acte ou de l’exécution des faits, distinguait la mort de l’homicide. Les deux assassinats de résistants blessés et capturés ne se justifiaient pas par des actes de guerre dans le cadre d’un conflit. Vous ne pouvez pas être considéré comme meurtrier au terme de l’article 211 StGB. Les indices pour agir sur des motifs faibles sont difficiles. Les motifs sont minces parce que s’ils se placent derrière les considérations ethico-sociales, il est particulièrement méchant et donc méprisable. Les motifs des commandants pour mener à bien la fusillade sont inexpliqués. Dans les deux cas, il s’agissait de deux résistants non armés, capturés dans une zone dominée par la résistance, loin d’un lieu sécurisé par des unités allemandes. Il y avait donc un risque immédiat pour la compagnie. Cette situation dangereuse a nécessite des mesures exceptionnelles pour garantir le succès de l’opération militaire et sa sécurité. Dans l’état actuel des choses , les massacres ont eu lieu pour prévenir les attaques des résistants et pour répondre aux besoins de sécurité des soldats allemands. Le fait que les prisonniers étaient des personnes prêtes à utiliser des armes à tout moment contre les soldats allemands a été un élément déterminant pour les massacres et constituent donc un danger permanent pour les unités allemandes. Si dans cette situation les membres de la compagnie incriminée dans l’intérêt de la sécurité et de la protection des troupes allemandes, c’est à dire pour des raisons militaires, exécutaient les ordres d’exécution, ce comportement ne justifie pas qu’ils se soient arrogés le droit à la vie et à la dignité humaine d’autrui ; décider de la vie et de la mort des résistants serait un motif moralement répréhensible. 

    Rien n’indique non plus que les exécutions aient été cruelles. Aucune des personnes interrogées n’a parlé d’une procédure particulièrement brutale et impitoyable. Seul celui qui inflige cruellement douleur et agonie à sa victime par une attitude insensible et sans pitié, tue cruellement. Il faut ajouter à cela que le fait d’infliger des douleurs corporelles particulières ou des souffrances psychologiques est dû à un comportement insensible de la part du coupable. Un tel élément ne peut être constaté ici.

    Etant donné que les caractéristiques des meurtres d’après l’article 211 SrGB ne sont pas réunies, les pourraient tout au plus être considérés comme un homicide volontaire d’après l’article 212 StGB. Toutefois, il n’est pas possible de procéder à un examen plus approfondi, étant donné que l’homicide volontaire ne pourrait plus être poursuivi en raison de la prescription depuis l’article 67StGB.

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    Lairière

    En vertu de l’article 67 StGB, le délai de prescription pour les homicides est de 15 ans. Il a commencé à courir à la fin du 8 mai 1945, date à laquelle la prescription était suspendue. Il n’y a pas d’acte juridiquement susceptible d’interrompre la prescription et les poursuites sont donc prescrites le 8 mai 1960.

    Dans les cas F (Baudrigue), il n’est pas non plus possible de prouver que l’accusé Kullack et les membres du peloton d’exécution se sont rendus coupable de meurtre ou de complicité de meurtre. Malgré une enquête approfondie, il n’a pas été possible de déterminer les raisons pour lesquelles les prisonniers ont été tués. Il est probable qu’ils ne devaient pas être remis entre les mains de la Résistance après le retrait des unités allemandes, et qu’il n’y avait pas de transport pour eux. Par conséquent, la sécurité intérieure pouvait rendre inévitable l’assassinat de prisonniers. Le raisonnement qui, dans les circonstances actuelles, se justifiait avant le départ des unités allemandes, bien que la fusillade ait probablement eu lieu sans jugement et qu’elle ait été incompatible avec la loi martiale, ne peut pas être considéré comme un motif faible.

    Le rapport de la police criminelle de Heidelberg le 22 avril 1963 contre les crimes de la 5e compagnie du Landesschützenregiment der Luftwaffe Lisieux, a été envoyé après la mort du capitaine Nordstern qui était jusqu’à lors la juridiction de Düsseldorf. De nombreux membre de l’armée de l’air ont été interrogés dans le cadre de cette vaste enquête. L’ancien adjudant Greiner a annoncé l’exécution de 30 résistants blessés (Trassanel). Il était le sergent que vous avez nommé, qui, à la fin de la fusillade avait reçu l’ordre de se taire, alors qu’il avait reçu plusieurs invitations à tirer. Il n’a pas non plus été le seul à tirer sur les blessés, mais plusieurs membres de la compagnie ont tiré. Il n’y a pas eu 30 morts, mais seulement 4 à 5 blessés graves qui en raison de leurs graves blessures ne pouvaient plus être transportés. Comme lui et ses camarades savaient qu’ils allaient mourir de toute façon, ils ont voulu abréger leurs souffrances. Ils n’ont pas été abattus d’une balle dans la nuque.

    Le témoin Kolk a confirmé ces informations et contre quelques résistants blessés, des coups de grâce ont été donnés. L’ancien lieutenant Matthäus a nié avoir participé à cette opération lors de son interrogatoire, qui a porte sur l’exécution de 40 résistants. L’ancien adjudant chef Schmidt a également refusé de participer à la fusillade. Il a déclaré que l’opération était dirigée par Schiffner. Que la compagnie était sous les ordres de Kullack qui avait remplacé Matthäus en mai 1944.

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    Baudrigue : 15 martyrs

    L’ancien membre du SD Schiffner, a également contesté une partie des exécutions. L’ancien lieutenant Kullack a finalement refusé de témoigner. Il n’a pas été possible d’identifier les membres de la compagnie qui ont participé. Il ne reste que les témoins qui en ont entendu parler.

    La question est de savoir si ces affirmations correspondent à la réalité. De toutes façons, les personnes ne pourraient plus être poursuivies pénalement. Les soupçons à l'encontre des personnes énumérées à l'annexe du présent mémorandum reposent sur la Commission et le Registre central des criminels de guerre et des suspects de sécurité dressés par le Bureau central des administrations judiciaires nationales. Le bureau central a évalué la liste de l'UNWCC en conjonction avec la liste finale des personnes recherchées (liste Crowcass) de juin 1948 (à compter de mai 1948), qui est incorporée à la liste de l’UNWCC. Les suspects énumérés en annexe sont répertoriés comme "criminels de guerre" (catégorie A) ou "suspects" (catégorie S) pour homicide volontaire (meurtre de masse, massacre, assassinat, déportation). Les violences nationales socialistes et les crimes de guerre dans le département de l'Aude ont déjà fait l'objet des poursuites suivantes :

    • Le procureur de la République de Lübeck contre Heinz Matthäus, né le 1.9.1911. La procédure avait pour objet des fusillades de partisans français à l'été 1944 aux environs de Carcassonne par d'anciens membres de la 5e compagnie du Landeschützenregiment der Luftwaffe Lisieux. La procédure a été interrompue le 8 août 1967.
    • Parquet de Düsseldorf contre Josef Nodstern, né le 11.10.1912, pour les faits susmentionnés. Cette procédure s’est terminée avec la mort de Nordstern.

    Pour des raisons de personnel, le Bureau central ne peut contrôler le total des plus de 30 000 personnes répertoriées dans les listes des personnes recherchées que sur la base de leur fichier central et des informations à en tirer. En particulier, il n’est pas possible d’évaluer les documents de la Commission qui ont été récemment publiés aux fins de vérification par l’ONU sur les faits sous-jacents aux listes de personnes recherchées. Pour consulter les documents de l'UNWCC, il peut être nécessaire de demander à l'ONU ou à l'État membre de l'UNWCC qui a lancé l'appel d'offres à ce moment-là. Ce dernier s'applique également aux documents Crowcass.Entre-temps, la Zentrale Stelle Ludwigsburg a reçu des preuves de l'inventaire des documents de l'UNWCC sur microfilm. De celles-ci, des photographies sont faites. Dans la mesure où les photographies sont déjà disponibles, elles ont été assemblées à nouveau pour chaque opération. Le reste de la photocopie comprendra encore une partie du matériel documentaire de l'UNWCC, le numéro de dossier de l'UNWCC.

    Après lecture de ce rapport judiciaire de 1967, on distingue tout le cynisme des autorités allemandes à considérer avec des arguments identiques à ceux des nazis, les actions menées contre la Résistance. Les troupes d'Occupation étaient en légitime défense contre des terroristes. Ceux-ci n'ont pas été tués de manière sauvage, on a abrégé leurs souffrances en les achevant. Même si c'est contraire à la Convention de Genève sur les prisonniers de guerre... A Baudrigue, il fallait bien faire quelque chose des prisonniers. Donc, le plus évident a été de les faire sauter sur un tas de munitions. La prescription des faits vient couronner l'ensemble de ce cirque judiciaire.

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  • Le voyage du Marquis de Paulmy à Carcassonne et l'embellissement de la ville

    Parti de Paris le 1er juillet 1752 pour inspecter les places militaires méridionales de la France, le Marquis de Paulmy (1722-1787) traversa les provinces du Dauphiné, de la Provence, du Languedoc et du Roussillon. En carrosse, à cheval où sur les canaux, ce périple de 805 lieues soit 3800 kilomètres, amena le Secrétaire d’État de la guerre à s’arrêter dans de très nombreuses bourgades et villes fortifiées, parfois pour quelques jours ou, le plus souvent, pour quelques heures. L’ensemble de son parcours et de ses étapes est scrupuleusement détaillé dans la carte ci-dessous - collection particulière du marquis, conservée à la Bibliothèque de l’Arsenal.

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    © Bibliothèque de l'Arsenal

    On ne saurait trop imaginer de nos jours toutes les contraintes liées à l’intendance et aux méandres de chemins peu assurés, ni forcément carrossables. Voyez un peu que son équipage fut en voyage jusqu’au 29 septembre, date à laquelle il s’en retourna à Fontainebleau.

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    Antoine-René de Voyer de Paulmy d’Argenson, en provenance de Perpignan où il séjourna trois jours, traversa d’abord Narbonne avant de dîner à Barbaira. Il ne rejoignit Carcassonne que très tard dans la soirée et y passa la nuit du 15 septembre. Le lendemain, après avoir été accueilli par le maire et les consuls, il s’en alla inspecter la Cité et les casernes. C’est à cette occasion que le maire perpétuel, M. Beseaucèle, lui présenta une requête émanant de l’ensemble des consuls. Dans le cadre des projets d’embellissement de la ville, une nouvelle porte devrait être substituée à celle des Jacobins. Toutefois, afin de parvenir à ce remplacement, il conviendrait de démolir la demi-lune qui obstrue désormais l’entrée de la Ville basse. Appelée également ravelin ou boulevard, cette fortification avait été construite au XVIe siècle en même temps que les quatre bastions. Les Carcassonnais la nommaient le « Petit Quay ». On retrouve fréquemment dans l’architecture militaire de Vauban, ce type d’ouvrage défensif. 

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    © ADA 11

    Emplacement de la demi-lune devant la Porte des Jacobins 

    M. Beseaucèle ne manquait pas d’arguments afin que M. le marquis intercédât auprès du roi en faveur de sa requête. Après lui en avoir présenté le plan, il mit en avant le côté obsolète de cet ouvrage, pratiquement ruiné, en raison du déplacement de la frontière depuis le traité des Pyrénées. Avant de reprendre la route en direction de Castelnaudary, le ministre de la guerre de Louis XV promit d’en référer à M. Maréchal, ingénieur de la province du Languedoc. Il repartit de Carcassonne avec sa suite le 16 septembre 1752 au petit matin et entra dans la cité chaurienne où l’attendait le régiment d’Anjou et le 1er bataillon du régiment de Bourgogne. Il s’en retourna le lendemain, passa par Villepinte, dîna à Villedaigne et séjourna une nuit à Narbonne. C’était le 17 septembre 1752 ! Il faudra attendre plusieurs mois avant qu’une réponse ne soit donnée aux consuls de Carcassonne. Elle interviendra de la plume même du marquis, le 10 mars 1753 et sera notifiée à l’Ingénieur du Languedoc :

    « J’ai reçu, Monsieur, la lettre que vous avez pris la peine de m’écrire le 14 du mois dernier, à l’occasion de la permission que demandent les maires et consuls de la Basse ville de Carcassonne, de faire démolir la demy lune Cottée 35. D’après votre avis, le roy trouvera bon qu’elle soit détruite. Je vous prie d’informer les magistrats de cette décizion ».

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    Nous avons recréé à l'échèle l'emplacement exact de cette fortification. La partie située à l'Est s'étendait sur cent mètres de long ; à l'intérieur on avait installé une glacière. Il faut imaginer également les fossés de la ville sur l'actuel Boulevard Barbès et Roumens.

    Malgré cette réponse satisfaisante, les consuls décidèrent d’attendre avant de mettre leur projet à exécution. Il fallait d’abord trouver une utilité aux matériaux récupérés sur cette démolition. La délibération municipale du 6 juillet 1758 proposa de créer un nouveau chemin depuis le boulevard dit « de l’exécuteur » jusqu’à la Porte des Cordeliers. Dans le même ordre idée, on fixa la réparation les réparations que l’évêque souhaitait réaliser depuis la Porte des Cordeliers jusqu’au Bastion dit de Montmorency.

    Il s’agit de l’actuel boulevard Jean Jaurès, au bout duquel se trouvait le Bastion dans lequel vivait le bourreau, et de l’entrée de la rue de Verdun vers l’autre Bastion Montmorency sur le boulevard Camille Pelletan.

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    © ADA 11

    Le comblement des fossés côté boulevard Jean Jaurès

    Ce deux chemins devant s’étendre sur une partie des anciens fossés qui servait à écouler les eaux de la ville, Garipuy - Directeur des chemins de la Province - résolut d’éloigner ces fossés des remparts en les transportant sur le côté opposé. Ne resteront près des remparts que sept aqueducs découverts, servant à écouler les eaux dans les dits fossés. En conséquence de quoi, ils seront recouverts et les anciens fossés comblés par les matériaux provenant de la destruction de la demi-lune des Jacobins. On céda ces matériaux à Pélissier et une somme de plus de 3000 livres pour les travaux. Si l’on creusait sous le boulevard Jean Jaurès, on retrouverait peut-être une partie des pierres de la fortification de la Porte des Jacobins.

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  • De la Cité technique au Lycée Jules Fil, presque soixante années de souvenirs

    Après la Libération, il n’était plus raisonnable de maintenir les élèves dans des locaux exigus, inadaptés et dispersés à l’intérieur du centre-ville. Les sections commerciales des collèges André Chénier et du Bastion avaient été rassemblées au Petit lycée, les sections d’apprentissage s’entassaient dans la rue de la Liberté. En 1947, la municipalité souhaita se pencher sur le problème ; elle se mit en quête d’un terrain pour la construction d’un Centre d’apprentissage. A cette époque, les parcelles situées à l’Est de la ville appartenant aux familles Jentet-Hæner avaient suscité un grand intérêt, mais le projet n’alla pas au bout. Dix années plus tard, le Conseil municipal, sous la présidence de Jules Fil, choisit à nouveau de mettre la question à l’ordre du jour. On dressa la liste des différents terrains que la ville pourrait acquérir en prenant soin d’étudier les avantages et les inconvénients de chacun d’entre eux. Le 22 mars 1957, ne restaient plus en concurrence que les parcelles de M. Ferrand en bordure de la route de Montréal et celles de Jentet-Hænier, face au cimetière La Conte. S’il avait été jugé plus commode de bâtir sur l’emplacement de l’actuel collège du Viguier à proximité d’un quartier Saint-Jacques en plein développement, les prétentions du propriétaire à plus de mille francs le mètre carré avaient refroidi le Conseil municipal. Les élus finirent par se mettre d’accord à l’unanimité sur l’avantage de créer un nouveau quartier à l’Est de la ville, desservi par une voie s’étirant depuis les berges de l’Aude jusqu’au Poste de Moreau. Jules Fil posa alors la question du pont sur l’Aude, serpent de mer dans les cartons depuis la municipalité Tomey. Il envisagea de solliciter le génie militaire pour la mise en place provisoire d’une passerelle qui relirait la rue Antoine Marty à l’abattoir.

    Les familles Jentet-Hæner et consorts acceptèrent l’estimation donnée par les Domaines fixée à 440 francs par m2 ; on se paya même le luxe d’acquérir les terrains de M. Chésa pour la réalisations des installations sportives. Dans sa séance du 30 avril 1959, le Conseil municipal valida la construction d’un Collège technique mixte et de deux Centres d’apprentissage de garçons et de filles. L’arrêté ministériel du 6 avril 1960 vint confirmer la participation de l’État dans cette entreprise dont le coût fut estimé à 9 550 490 nouveaux francs. La ville, quant à elle, prit à sa charge 26,52% du budget total. 

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    Pôl Abraham

    L’architecte Hippolyte Pierre Abraham (1891-1966) dit Pôl Abraham, diplômé de l’École des beaux-arts en 1920 et de l’École du Louvre, dessina les plans de cette Cité technique. L’architecte des bâtiments civils et Palais nationaux avait-il été désigné par l’État en raison de la thèse qu’il produisit en 1933 sur Viollet-le-duc ? Pur hasard ou réelle volonté ? À deux pas d’une cité bimillénaire protégée par les Monuments historiques, l’usage démesuré du béton et la hauteur des ouvrages ne semblèrent pas poser de problèmes particuliers. Ajoutons à cela, la construction en 1965 de 540 logements H.L.M de l’autre côté du boulevard Joliot-Curie, face à la Cité technique.

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    Les entreprises S.E.S.O, Bonnery, Labeur, Garric, Trinquier, Laborde, Depaule, S.O.G.E.P se mirent à l’ouvrage dès la fin de l’année 1960. A la rentrée de septembre 1962, la Cité technique ouvrit ses portes aux 1075 élèves dont 500 pensionnaires. Pendant un certain temps, ils essuyèrent les plâtres car les travaux ne s’achevèrent que deux ans plus tard. En 1963, il fallut poser le revêtement anti-poussière dans les ateliers, le système d’évacuation mécanique dans la salle des traitements thermiques ainsi que des persiennes jalousies, car les Monuments historiques avaient proscrits les volets roulants. La réception définitive des travaux qui avait été fixée au 28 octobre 1963, ne se fit que le 26 novembre 1964.

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    Entre la construction du Pont de l’Avenir en 1962, celle des logements de La Conte et du percement du boulevard Joliot Curie en 1965, les premiers élèves vécurent au cœur d’un chantier de poussière et de nuisances sonores. 

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    © Roselyne Cros

    Roselyne Boyer, Suzanne Clamens, Angèle Montalban,,Liliane Heintz, Monique Brott, Roselyne Cros, Marie Claire Parusso, Marie Matha.

    La Cité technique qui prit plus tard le nom de Lycée Jules Fil s’ouvrit à des formations inédites comme la technique industrielle, l’hôtellerie. Le proviseur M. Béchon s’appliquait à faire respecter la discipline à tous les niveaux, malgré des élèves bien moins agités que ceux d’aujourd’hui. La stricte observance de la séparation des deux sexes devait garantir les bonnes mœurs. Michèle Bessac, maître d’internant, se souvient qu’entre 1962 et 1965, la séparation entre la cour des garçons et des filles n’était pas encore achevée. Les pions devaient faire en sorte que les deux sexes ne se mélangent pas.

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    Michel del Burgo, maître d’internant lui aussi, se rappelait en 2012 qu’il avait été mis à l’index par le directeur qui l’avait surpris en train de faire la bise à une élève… Il s’agissait de sa cousine. En cas de mauvais comportement, les élèves pouvaient être collés le week-end. Michèle Bessac n’a le souvenir que d’une seule exclusion du lycée en trois ans ; le rêve pour un proviseur de notre époque.

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    © Roselyne Cros

    Les filles devaient porter le béret rouge et la tenue bleu marine réglementaire. Cette rigueur dans les mœurs devait paradoxalement être confronté à une promiscuité peu conforme à l’intimité. Les dortoirs étaient composés de quatre lits. La toilette des internes se faisait alignée devant le lavabo sous les regards des camarades. Il ne fallait pas être pudique ! 

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    Les anciens élèves réunis en association en 2012 pour le cinquantième anniversaire

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