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Seconde guerre mondiale

  • 76 ans après, les familles des martyrs de Belcaire ont droit à la vérité

    © Bundesarchiv

    L’étude récente des archives de l’Hérault, nous permet aujourd’hui de refermer le douloureux chapitre des évènements du 29 novembre 1943 à Belcaire. Soixante-seize ans après, les familles éplorées par la perte d’un père, d’un oncle, d’un frère ou d’un époux vont enfin connaître la vérité. Le nom de ce jeune homme soupçonné d’avoir dénoncé aux Allemands les activités clandestines des passeurs vers l’Espagne et des réfractaires de Camurac et Belcaire. Celui-là même qui ne sera jamais poursuivi et qui, peut-être, grâce à quelques protections réussira à ne jamais être inquiété. Nous sommes des historiens, pas des juges ; ne comptez pas sur nous pour faire le procès qui n’a pas eu lieu. Vis-à-vis de la justice de notre pays, il restera innocent. Son récent décès ne permettra plus de l’interroger. Toutefois, il nous paraît indispensable de rappeler que dans cette affaire, huit hommes seront envoyés en déportation et que cinq n’en sont jamais revenus.

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    Hôtel Bayle à Belcaire, lieu des arrestations

    Le 29 novembre 1943, les services de la police allemande se sont rendus à Belcaire et à Camurac. Pendant qu’un groupe de 30 hommes placés sous le commandant de l’adjudant-chef du 71e régiment der Landeschützenregiment der Luftwaffe Lisieux cernait la localité de Belcaire, un autre groupe sous le commandement d’un adjudant de la même unité cernait Camurac. René Bach, agent interprète du SD de Carcassonne se trouvait pendant l’opération à Belcaire avec Oskar Schiffner, chef de la Gestapo. Janeke, lui, était à Camurac. Si Bach n’était pas d’abord à Camurac, il y est venu ensuite avec l’agent Kromer au début de l’après-midi. Ces nazis ne seraient jamais descendus à Belcaire sans la collaboration de membres de la Milice et surtout du Parti Populaire Français, traqueur de réfractaires au Service du Travail Obligatoire. Les hommes de Belcaire et de Camurac n’auraient pas été roués de coups, torturés et déportés dans les camps de la mort. Si l’agent de la Gestapo René Bach paiera pour ses crimes, si Joseph Kromer sera exécuté par la Résistance quelques mois après, celui que nos documents d'archives soupçonnent de délation vécut une existence tranquille dans l’honneur et la respectabilité de ses hautes fonctions. Pourtant, le 18 avril 1944, une rapport émanant d’un résistant fut transmise au Haut Commandement Français, certifiée conforme avec le tampon à la croix de Lorraine. Ce même document figure au Service Historique de la Défense à Vincennes, dans le dossier du réseau de renseignements AJAX.

    « En octobre 1943 ayant été obligé, avec tous mes camarades de quitter le camp de RAD à cause du mauvais temps (neige et froid), et de la prise de cinq de mes camarades qui effectuaient des passages en Espagne, nous nous sommes réfugiés dans la cabane de Mazuby (Aude) située à 3 ou 4 kilomètres du village portant le même nom, et qui appartenait au vacher. Trois ou quatre jours après notre installation, une jeune fille accompagnée de son fiancé, est venue nous avertir que le lendemain matin, des miliciens et des gardes mobiles viendraient nous arrêter.

    A ce moment-là, comme trois de mes camarades sur cinq que nous étions, étaient partis accomplir un stage dans un camp d’instruction, et de plus, n’ayant pour toutes armes qu’un fusil de chasse et un colt, nous avons jugé qu’il était impossible de nous défendre, et avons été obligés de nous réfugier dans un village des environs. Par suite, j’ai appris de sûre que la Milice et les gardes mobiles étaient effectivement montés le lendemain matin, un lundi pour voir si nous étions encore là. Cette opération de police a été effectuée à la suite d’une dénonciation qu’à fait Julien Coudy, habitant à Carcassonne, Bd du Commandant Roumens, maison Cazals. Un habitant de Mazuby, où le dénommé Coudy va passer les vacances chez un oncle Cazals, l’ayant rencontré, Julien Coudy lui dit qu’il était sûr que des réfractaires se trouvaient dans la cabane de Mazuby, et qu’il allait s’occuper d’eux. Cet individu, qui ne vient à Carcassonne que pour passer ses vacances, habite à Paris, 9, avenue Emile Deschanel.

    De Julien Coudy est le Franc-Garde dont nous n’avions pu retrouver la trace das l’affaire de Belcaire, où en décembre dernier, il y a eu un mort, un blessé, mort des suites de ses blessures, et cinq déportés en Allemagne, à l’issue d’une descente de police allemande dans ce village. C’est ce Coudy, alors qu’il était en vacances à Mazuby, qui s’est rendu compte qu’il y avait des réfractaires dans les environs de Belcaire. Il vint à Carcassonne en avertir la Milice, retourna à Belcaire avec le nommé Robert Joseph, employé chez Cathala, marchand de graines à Carcassonne.

    Robert retourna ensuite avec Kromer à Belcaire ; ils se firent passer pour des gens qui désiraient prendre le maquis. Kromer dirigea l’expédition allemande. Il est à remarquer que ce nommé Coudy, qui passa ses vacances dans la région occupait son temps. Pendant les dernières vacances de Pâques, il est entré en relations avec une jeune fille étudiante, dont les parents sympathisants avec la Résistance, recevaient chez eux des membres de cette organisation.

    Il a passé tout son temps avec elle ; il a effectué en sa compagnie de nombreuses promenades. Tout laisse supposer qu’au cours de conversations adroites, et par certaines questions assez précises, il a pu obtenir des renseignements assez sûrs pour diriger une nouvelle opération. Individu particulièrement ambitieux, étudiant en droit, vise à devenir ambassadeur. Il est toujours armé. Il y aurait grand intérêt qu’il disparaisse au plus tôt, avant qu’il n’y ait un incident plus grave à regretter. »

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    Un seul témoignage ne pouvant à lui seul constituer une preuve, nous avons retrouvé celui du milicien Sarda, passé en jugement et interrogé après la Libération : 

    « Sans pouvoir préciser la date, courant août 1943, en qualité de milicien, j’avais pour mission d’effectuer une enquête concernant le sieur Vacquié, de Camurac. cet ordre m’avait été donné verbalement par le milicien Coudy Julien, qui fréquentait Mazuby et en particulier, la famille Cazals Louis. Cette enquête avait pour but de démontrer les agissements et les relations qu’avait Vacquié, vis à vis de la Résistance. En possession de ce renseignement, j’ai cru faire mon devoir de prévenir Vacquié, et me rappelle très bien lui avoir dit que pour mon compte, il ne serait pas inquiété.

    C’est en qualité de milicien, que le nommé Coudy s’était confié à moi, puisque la veille, j’avais adhéré à la milice, sur les conseils du sus-nommé. Il s’agissait de savoir s’il était de notoriété publique, que Monsieur Vacquié, ravitaillait et hébergeait des réfractaires, et s’il était l’agent de renseignements pour livrer passage aux résistants qui voulaient se rendre en Espagne. En ce qui concerne les recherches du nommé Coudy, je ne puis vous donner de précisions. »

    Au cours de la déclaration que le Dr Martre, maire de Belcaire, fit le 6 mars 1945 devant le Commissaire de la police à la surveillance du territoire, il déclara :

    Au cours de vos déclarations, vous nous citez le nommé Coudy. Quel a été son activité à Belcaire ?

    • A Belcaire son activité a été nulle, car le président de la Légion le sieur C, n’a pas accepté les propositions faites par Coudy, pour le recrutement de la Milice. L’activité de Coudy a surtout été effective à Camurac, où il a réussi à créer un mouvement milicien, qui comptait trois adhérents, les nommés G. Alfred, G. Benjamin et M.

    Etes-vous au courant de l’opération effectuée par la Gestapo à la cabane de Mazuby située à trois ou quatre kilomètres du village du même nom ?

    • J’ignore tout de l’opération effectuée par la Gestapo au lieu indiqué, cependant je dois vous déclarer qu’étant allé aviser le maquis de Campagne de Sault, de ce que la police devait les cerner, les membres de ce maquis m’ont dit que cette opération devait être due à une dénonciation faite par Coudy. j’ignore si Robert a joué un rôle dans cette affaire là, toutefois cela n’est pas impossible.

    Bilan du 29 novembre 1943

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    © belcaire-pyrénées.com

    René Bayle, né le 28 décembre 1908. † 3 janvier 1945 à Dora

    Arnaud Baptiste, né le 22 novembre 1919. † 23 mars 1944 à Dora

    Jacques Vacquié, né le 10 novembre 1898. † 10 mars 1944 à Dora

    Raymond De Marchi, né le 24 juillet 1919 à Leiden (P-B). † 5 avril 1955 à Buchenwald

    René Fournet, né le 10 avril 1903 à Bordeaux. † 7 février 1944 à Lublin

    Julien Toustou, né le 7 février 1902. Rentré

    Joseph Dieuzère, né le 10 mai 1903. Rentré

    Henri Tournier, né le 24 février 1920 à Olonzac. Rentré le 22 avril 1945 de Sachsenhausen

    Léon Maugard, Etienne Auriol, Jean Martre, Roger Malet, Raymond Tournier, Roland Vanmuysen, Baptiste Clergue, Pierre Vacquié et Marcel Sutra avaient été relâchés non sans avoir reçus des coups.

    Sources

    S.H.D Vincennes / Réseau AJAX

    Archives de l'Hérault / Dossier  Robert

    Archives de Justice militaire

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  • Le hameau de Lescale (Puivert) incendié et pillé par les nazis le 9 août 1944

    Les Allemands réclament de Puivert des renforts et les agents de renseignements annoncent à l’état-major de Picaussel, une attaque en force des Allemands avec 20 chars et 1500 hommes qui devront anéantir le maquis. De plus, le maquis sera tourné par Belvis et Espezel. Devant la perspective d’un engagement téméraire, les officiers décident le repli du camp avant qu’il soit cerné. Le décrochage s’effectue en trois groupes au carrefour des routes d’Espezel et de Lescale. Il se déroule sans combat par la seule route libre ; deux heures plus tard les chars allemands empruntaient cette voie se dirigeant vers la forêt de Picaussel où ils pensaient encore trouver des maquisards.

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    © ADA 11

    Le village après l'incendie

    Le 6 août 1944, un détachement de la 10e compagnie du régiment de panzer grenadier (Feldpost 330.996), commandée par le lieutenant Bernahrd Brandt (né le 15 janvier 1915 à Lindheim) et le caporal chef Franz Biskup, arrive à Puivert.  Au sein de cette unité se trouve l’interprète et agent de la Gestapo à Pexiora, le dénommé Jean Terrier. Ce même jour, vers 17 heures, une voiture transportant 4 jeunes maquisards de Picaussel tombe dans une embuscade et deux de ses occupants sont tués. Il s’agit de Jean Carbou et de Joseph Lebret, domiciles au hameau de Lescale. A la même heure, un important parachutage comportant plusieurs mitrailleuses est effectué ( par 4 avions alliés). Ces mitrailleuses sont rapidement placées et lorsque le lendemain matin du 7 août 1944 les unités allemandes donnent l’assaut au camp, tout est prêt. Durant 4 heures, le combat fait rage. Les maquisards bien camouflés dans les accidents de terrain ne peuvent être délogés par les Allemands qui sont obligés de décrocher vers deux heures de l’après-midi. Laissant au total 18 morts et une soixantaine de blessés.

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    © ADA 11

    L'école a échappé aux flammes

    Si le maquis avait pu s’échapper, les Allemands exaspérés devaient coûte que coûte assouvir leur vengeance. Après avoir occupé le hameau de Lescale, les nazis effectuent un pillage méthodique de toutes les maisons, chargent tout sur des camions (meubles, argenterie, céréales, bétail, etc.) pour le transporter à Pexiora. Leur triste forfait n’allait pas s’arrêter là… Avec les méthodes expérimentées sur le front de l’Est, la horde barbare décide le 9 août 1944 d’incendier le village qui bientôt ne sera plus qu’un brasier. Dans les ruines, seules l’école et l’église demeureront à-peu-près intactes. Fort heureusement, les habitants avaient fui dès leur arrivée. Leur forfait accompli, les troupes allemandes reprennent le chemin de Carcassonne.

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    © ADA 11

    Arbre calciné au milieu des ruines

    "Dans le courant de juillet 1944, un détachement allemand, commandé par le lieutenant Brandt et l’obergefreiter Biskup Franz, composé de 160 hommes environ et d’une douzaine de voitures blindées, est venu cantonner dans Pexiora. Je me souviens que nous sommes partis un samedi du début du mois d’août et que nous sommes revenus le mardi suivant. Avec une partie du détachement allemand, j’ai d’abord été au village de Puivert, où nous sommes arrivés assez tard.

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    © ADA 11

    Les ruines des habitations incendiées

    Après avoir obtenu les renseignements sur le maquis que venait de nous donner un jeune homme, nous sommes restés dans Lescale encore quelques heures pendant lesquelles, les soldats procédaient dans les maisons à des visites. Je me trouvais à côté du lieutenant Brandt, à côté d’une voiture blindée. Nous sommes revenus, ensuite, à Puivert, n’ayant rien trouvé à Lescale. Le lieutenant Brandt, laissant avec moi une vingtaine de soldats allemands et une dizaine de camions, est parti avec le reste du détachement, soit environ soixante hommes, trois ou quatre  autos blindées, et quatre ou cinq camions. Ce détachement nous a rejoint le lendemain. Les Allemands emportaient dans les camions une grande quantité de linge, de bétail, des vaches et des volailles. Le lieutenant Brandt m’a dit qu’il avait fait incendier Lescale et que ce qu’il rapportait provenait de ce village. » (Déposition de Jean Terrier)

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    Vue sur le hameau de Lescale. En haut à droite, dans la montagne enneigée le maquis de Picaussel

    Le chef de cabinet du préfet de l’Aude, M. Bourgin, écrit au maire de Pexiora le 16 août 1944 : « Je vous prie de vouloir bien prendre toutes dispositions utiles pour assurer la garde du matériel enlevé par les troupes d’occupation au hameau de Lescale. Ce matériel qui avait été entreposé dans votre commune a été abandonné semble t-il par les troupes allemandes. M. Pic, correspondant du journal « L’Eclair », porteur de ce pli vous donnera indications utiles en ce qui concerne le lieu où a été entreposé ce matériel. Je vous serais obligé de vouloir bien donner à M. Pic, propriétaire d’une partie de ces objets, toutes facilités pour vérifier que ce qui lui appartient n’a pas été dispersé. Vous voudrez bien également prendre des dispositions pour éviter tout pillage. »

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    © ADA 11

    Comme à Oradour-sur-Glane, on construira des baraquements pour les sinistrés. 

    Sources

    P.V de la gendarmerie de la brigade de Chalabre n°318 du 9 septembre 1944

    P.V de la gendarmerie de la brigade de Chalabre n°742 du 9 décembre 1944

    Rapport de la Police judiciaire du 12 novembre 1947 n° 22786

    Archives United Nations Wear Crimes Commission

    Rapport Cassan, sous-préfet de Limoux.

    Notes

    Autres personnes interrogées pour l’enquête : Grassaud François (Puivert), Jourda Léopold (Puivert), Pic Marie (Lescale), Deloustal Toussaint et Auguste Carbou.

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  • Exclusif ! Un ancien adjudant allemand présent à Trassanel en août 44 témoigne

    Les violences commises dans le département de l’Aude par les anciens membres de la 5e compagnie du Landeschützenregiment der luftwaffe Lisieux firent l’objet de recherches comme crimes de guerre dès 1948. Plusieurs de ces responsables furent poursuivis et même interrogés.

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    © D. Mallen

    Photographie d'illustration

    Le procureur de la République de Lübeck lança une enquête contre le Lieutenant Heinz Mathaüs et les autres soldats de la compagnie qui sema la terreur à Trassanel, Lairière, Ribaute, Villebazy, etc. Le parquet de Düsseldorf en fit de même contre le capitaine commandant la 5e compagnie, Josef Nordstern ; la procédure s’acheva avec la mort de ce dernier. Mis à part l’adjudant Blass dont nous donnons le témoignage concernant le massacre de Trassanel, aucun autre sous-officier ou officier ne voulut reconnaître les faits. A les entendre, ils n’ont pas donné d’ordres, n’ont pas tiré ou bien étaient absents au moment des faits. Le seul témoignage de l’adjudant Blass révéla que la tragédie de Trassanel avait été exécutée par Heinz Mathaüs et  Alfred Schmidt sur ordre du capitaine Josef Nordstern. Les conclusions de la procédure affirment le 22 avril 1963 que « Rien n’indique non plus que les exécutions aient été cruelles. Aucune des personnes interrogées n’a parlé d’une procédure particulièrement brutale et impitoyable. Seul celui qui inflige cruellement douleur et agonie à sa victime par une attitude insensible et sans pitié, tue cruellement. Il faut ajouter à cela que le fait d’infliger des douleurs corporelles particulières ou des souffrances psychologiques est dû à un comportement insensible de la part du coupable. Un tel élément ne peut être constaté ici. Etant donné que les caractéristiques des meurtres d’après l’article 211 SrGB ne sont pas réunies, elles pourraient tout au plus être considérés comme un homicide volontaire d’après l’article 212 StGB. Toutefois, il n’est pas possible de procéder à un examen plus approfondi, étant donné que l’homicide volontaire ne pourrait plus être poursuivi en raison de la prescription depuis l’article 67StGB. En vertu de l’article 67 StGB, le délai de prescription pour les homicides est de 15 ans. Il a commencé à courir à la fin du 8 mai 1945, date à laquelle la prescription était suspendue. Il n’y a pas d’acte juridiquement susceptible d’interrompre la prescription et les poursuites sont donc prescrites le 8 mai 1960. »

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    © David Mallen

    Photographie d'illustration

    Nous avons retrouvé l’ensemble de ces archives en Allemagne et nous les avons traduites. C’est donc aujourd’hui, une version inédite du massacre vécu et rapporté par l’un des membres de la compagnie présent ce jour-là à Trassanel, que nous vous livrons. Le seul a avoir reconnu la responsabilité de ses chefs la manière ignoble avec laquelle les maquisards ont été assassinés.

    "Nous avons d’abord ratissé une zone forestière et capturé un sous-lieutenant français. Si je me souviens bien, Schmidt, l’adjudant principal, a demandé à ce sous-lieutenant où étaient cachés les résistants. Un refus ou une fausse information et il serait exécuté. On lui avait promis la vie sauve, et ce sous-lieutenant nous a conduit à la cachette des résistants. Nous avons rencontré environ 80 à 90 résistants équipés d’armes anglaises les plus modernes. Il y a eu une fusillade qui a fait environ 13 morts et 30 blessés. Le reste des résistants s’est rendu et nous avons arrêté de tirer. J'étais alors simple soldat et le lieutenant Matthäus m'a donné l'ordre de compter les morts et les blessés. Ensuite, l’adjudant-chef Schmidt a ordonné d’exécuter une trentaine de blessés en leur tirant une balle dans la nuque. L’adjudant-chef avec deux autres soldats ont tiré sur les blessés. Le massacre a été commis par l’adjudant-chef et les deux soldats, seulement après que la compagnie et les prisonniers eurent repris leur chemin en direction du village où nos véhicules nous attendaient. On entendait encore ici les coups de feu. Les morts ont été laissés sans être enterrés. Je pense que le donneur d’ordres et le responsable est le capitaine Nordstern. C’était le plus haut gradé de notre compagnie et il était le seul à pouvoir donner l’ordre de tuer. Je ne sais pas aujourd'hui si le capitaine Nordstern a regardé la fusillade. J’étais de ceux qui se dirigeait vers le village voisin et je n’ai pas participé au massacre. Je n'ai pas cherché à comprendre après l’exécution.

    Avez-vous entendu le lieutenant Matthäus donner l’ordre à l’adjudant Schmidt de tirer ?

    Oui, je me suis approché de très près et je m’en souviens encore aujourd’hui.Les prisonniers restants, il y avait environ 40 hommes, ont reçu l'ordre de porter les armes capturées, y compris les munitions, sur le chemin du retour vers le village où se trouvaient nos véhicules.  Après notre arrivée dans ce village mentionné dont je ne me souviens plus le nom, -c’était dans une région viticole - les prisonniers étaient plutôt épuisés. Parmi eux se trouvait le sous-lieutenant français qui nous avait montré la position des partisans. Ils ont demandé à boire de l’eau parce qu’il faisait très chaud ce jour-là. L’adjudant principal Schmidt a interdit au prisonnier de boire de l’eau en déclarant que cela n’était plus nécessaire, car ils allaient mourir. Le capitaine Nordstern a donné l’ordre au lieutenant Matthäus de conduire les prisonniers et de les abattre sur place. Six à huit soldats, dont moi-même, sous les ordres du lieutenant Matthäus, ont conduit les prisonniers en colonne depuis le village. Après 600 mètres, près d’une colline, on s’est arrêté. Ensuite, les prisonniers ont dû se mettre sur le chemin latéral de la vigne où ils étaient arrivés. Ils ont dû faire demi-tour et se sont retrouvés dans trois rangées consécutives face à l’ordre d’exécution. Un soldat, dont je ne me souviens plus aujourd’hui, a été chargé de se tenir en position avec une mitrailleuse légère et de procéder à l’exécution. Les autres, dont moi, étaient équipés de mitrailleuses et avaient pour mission de tirer sur les fugitifs. Avant l’ouverture du feu, le lieutenant Matthäus a dit aux prisonniers français : Messieurs, c’est fini.

    Ensuite, les prisonniers français se sont approchés et ont demandé grâce en français et que ceux-ci voulaient travailler en Allemagne. Malgré cela, Matthäus a donné l’ordre d’exécution. Cette fin fut si cruelle que ces gens ont été tués comme des animaux. Ils ont presque tous reçus de longs tirs et ont été littéralement noyés dans leur propre sang. Par la suite, les prisonniers gravement blessés furent achevés avec un Luger P08. Je ne sais plus qui l’a fait. J’ai été tellement ému que je n’ai pas pu regarder et, pour cette raison, je ne peux pas dire qui, parmi le peloton de l’escorte et de la fusillade, a tiré sur la tête. Je voudrais faire remarquer, qu’avant la fusillade, le soldat à la mitrailleuse ne voulait pas exécuter l’ordre .Il a fallu environ deux minutes et une demande répétée du lieutenant Matthäus pour que ce soldat exécute l’ordre. Le nom de ce soldat, je n’ai plus aujourd’hui. J’étais moi-même à droite du mitrailleur. Après les premiers coups de feu, une partie des prisonniers a essayé de s’évader et de s’enfuir. Ensuite, le peloton d’escorte a ouvert le feu avec ses mitrailleuses. J’ai tiré aussi, pas sur les prisonniers, mais dans les airs. Je pense que j'étais le seul à ne pas avoir tiré sur les prisonniers. Environ 4 à 5 de ces prisonniers se sont échappés dans les vignes. Ces morts non plus, n'ont pas été enterrés et sont restés comme ils étaient tombés. 

    Nous avons ensuite marché jusqu’au village, montés dans nos véhicules et nous sommes partis vers Carcassonne. Le lieutenant Matthäus a informé le capitaine Nordstern que l’exécution avait été effectuée. Le soir même, à la cantine de Carcassonne, le capitaine Nordstern célébrait sa victoire sur les résistants et leur exécution. À cette occasion, j’ai échangé des mots avec le capitaine Nordstern. J’ai dit au capitaine Nordstern : "Vous vous prenez pour un héros, même si c’est la pire boucherie que j’ai jamais vu. » J’ai quitté la fête sans boire. Le capitaine Nordstern, le lieutenant Matthäus et l’adjudant principal Schmidt ont organisé cette nuit-là une vraie soirée de beuverie."

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    © Le Maitron

    La grotte des maquisards

    Ces interrogatoires jusqu’à aujourd’hui ignorés et jamais publiés permettent d’avoir une version du côté de l’ennemi. Contrairement à ce qu’a écrit Félix Roquefort dans son livre « Ils sont entrés dans la légende », les maquisards n’ont pas été achevés à coup de baïonnettes dans la grotte. Un témoignage qui n’a pu que lui être rapporté, puisque le frère de Pierre et Christophe ne s’y trouvait pas. Vous me direz, à juste titre, que cela n’enlève rien au caractère criminel de cette affaire. Les Allemands ont-il permis aux maquisards de boire à la fontaine de Trassanel, comme certains l’ont dit ? Enfin, dans quelles conditions certains maquisards ont pu s’enfuir par les vignes sans être tués ? Nous avons publié les noms de ces uniques rescapés (Valéro, Amor, Gonzalez, Demercier, Doutre) identifiés par la gendarmerie. Seuls Bouisset et Tahon reçurent le coup de grâce et s’en sortirent ; leurs témoignages ne sauraient être remis en cause.

    Les Allemands ont capturé Pierre Roquefort, Léon Juste, Jean Hiot, Munaretto, Chiocca et Gaby Gérard. Les trois premiers périront à Baudrigues le 19 août 1944 ; les autres seront relâchés le même jour et formuleront des prétextes assez suspects. Munaretto sera acquitté. Chiocca sera  au Comité départemental de Libération et engagé ensuite comme secrétaire du député-maire communiste de Marseille. Gaby Gérard, fera partie de la Cour martiale qui jugera les Miliciens en septembre 44. Encore aujourd’hui, rien n’explique la libération de ces hommes avec Emile Delteil, quand leurs frères d’armes furent lâchement massacrés à Baudrigues. Nous avons bien une idée…

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