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Seconde guerre mondiale

  • Inès Jacobsohn : de Villepinte (Aude) au camp d'Auschwitz-Birkenau.

    Ines Jacobsohn est née le 2 juin 1903 à Vienne (Autriche) fille de Maurice Jacobsohn et d'Eva Adler. Avant la Seconde guerre mondiale guerre, la famille vit à Anvers au numéro 6 de la Van Schoonbekestraat. Lors de l'invasion de la Belgique par l'Allemagne nazie le 10 mai 1940, Inès, son frère Joseph et leur mère Eva sont contraints de fuir vers la France. Après avoir été placés dans un camp par le gouvernement français, ils trouvent refuge à Villepinte près de Castelnaudary. Comme ils sont juifs étrangers, on ne leur octroie pas l’autorisation de regagner la Belgique avec les réfugiés de ce pays après l'armistice. Gaston Astre qui les logeait jusqu'à présent dans une maison située rue Victor Hugo, leur demande de quitter les lieux. Depuis le départ des Belges, Il prétexte le besoin de reprendre son appartement. La préfecture de l'Aude l'y oblige. Alors, Gaston Astre s'exécute mais interdit aux Jacobsohn l'usage des autres pièces, à l'exception de la cuisine et de deux petites chambres. L’approvisionnement est difficile. Ils n’ont ni potager, ni volailles. De plus, la mère qui est malade n’a pas de médecin. La famille demande à aller vivre à Castelnaudary ou à Carcassonne. Malgré l’aide de M. Lannes, maire de Villepinte, la réponse est toujours négative.

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    Le 24 août 1942, les gendarmes viennent arrêter Joseph à Villepinte. Ils ont reçu l'ordre de René Bousquet, chef de la police de Vichy, de rafler tous les juifs étrangers dont ils ont la liste. L'avocat belge et frère d'Inès ne se trouve pas au domicile à ce moment-là. Qu'importe ! Il leur faut absolument remplir leur quota de juifs. A la place du frère, ils prennent la soeur. Inès se retrouve internée au camp de concentration de Rivesaltes. Nous avons retrouvé la correspondance qu'elle adressa à sa mère et à son frère Joseph à Villepinte, ainsi qu'à sa sœur « Paulette » Jacobsohn qui vivait avec son mari Edgard Braunschweig à Lausanne, en Suisse. Dans ses lettres, Inès raconte la vie dans le camp ainsi que ses espoirs et ses craintes pour l'avenir. Elle fut transférée de Rivesaltes à Drancy et ne survécut pas à son internement à Auschwitz-Birkenau via le transport 31 le 11 septembre 1942. La mère d'Ines, Eva, son frère Joseph et sa sœur « Paulette » ont survécu à la guerre et sont retournés en Belgique après la libération. 

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    La dernière carte d'Inès à sa famille postée depuis Drancy, le 11 septembre 1942.

    Les lettres d'Inès sont à étudier en prenant soin de lire entre les lignes. Son optimisme lui a sans doute été dicté par la nécessité de ne point faire de peine à sa famille, mais également par la censure qui ouvrait les courriers des internés. Qu'on ne dise pas que les gardes mobiles français ignoraient le sort qui attendait ces victimes. Le courrier d'Inès atteste de leur cynisme.

    Lettres

    Rivesaltes, mercredi

    Chère petite maman, 

    Nous sommes bien arrivés à Rivesaltes à 12 h. Klass était dans le car ainsi que la jeune fille de Carlipa. Beaucoup de gens avaient quitté la veille. Comme nous venons d’arriver, j’ai peu de neuf. J’ai acheté du pain, des tomates et du raisin en cours de route. De grâce ne t’en fais pas pour moi, mais soignes toi pour l’amour de moi. Il paraît que nous partirons sous peu, ne t’en fais pas. On ne peut emporter grand chose, le reste se confisque. Affections les plus tendres. Inès.

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    Rivesaltes, 30-8-1942

    Ma chère petite maman,

    J’ai été heureuse d’avoir de tes nouvelles par cette Madame Thiébaud qui est venue me voir et qui a eu la bonté de rester avec toi. J’espère de tout coeur qu’elle m’a dit la vérité, car pour moi tu ne dois pas t’en faire. Nous avons même 2 x par jour presque 1 livre de raisins et après le souper l’Osay (comité juif) distribue encore des hommes et des pêches. Gretka avait raison, on rit beaucoup ici et de bon coeur. Comme dans la Chauve-souris. Les Gretzer sont aux petits soins pour moi, d’autres aussi. Je crois qu’il serait mieux pour toi  de rester avec Régine si tu ne peux loger près de ?. Est-ce que je peux écrire à Paulette ? Compliments à tous mes villepentois et pour toi et Jo, s’il y est, mes meilleurs baisers. Inès.

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    Rivesaltes, 31 août 1942

    Ma chère petite maman, cher Joseph

    Aujourd’hui on a libéré plusieurs personnes de plus de 60 ans, M. Gietzer qui était ici est parmi eux. Je lui remets 1350 francs pour toi ainsi que 5 petits mouchoirs et des bas. Nous ne savons pas encore si nous partons ni quand, ni où ? Ou si les démarches de Rotsaert auront abouti. En tous cas nous sommes tous d’un moral excellent. Hier soir nous sommes allés voir dans la Horà dans une autre baraque, il y avait encore des chants folkloriques. J’écris debout, le papier contre le mur car on fait queue à la poste. Le soir comme il fait beau je me promène très longtemps avec un adorable jeune homme de 22 ans engagé tchèque, blessé de guerre, qu’on ne parvient pas à libérer. Il demeurait avant l’Anschluss à Vienne, et comme éducation et intelligence tout à fait supérieur. Son pendant à l’autre bras est plus âgé, 40 ans, et m’a offert de me prendre sous son aile. À par ça, j’ai Mme Grietzer dont je m’occuperai maintenant que Mr sera libéré. Elle est fort gentille et nous entendons bien. Tu vois à tous les égards tu peux être tranquille. Et maintenant j’joute deux lots, j’espère qu’ils seront sortis n°270.104B et 624.902B.

    Je voudrais que maman aille du côté de l’Ariège, les gens d’ici disent que le beurre et le fromage y sont abondants. Comme tu ne peux faire la file ce serait d’un grand apport. Soigne-toi bien, il n’y en plus pour longtemps et pour après nous avons déjà fait des projets pour former la société des hébergés de Rivesaltes avec rassemblement et bal annuel. À ce moment les souvenirs seront plus joyeux car la vie ici est pittoresque. Nous avons une très bonne cuisine, de la viande tous les jours. Le réveil se fait à 6 h, café à 7 h. Dîner à 12. À 4 h. Thé. Souper à 6 1/2 h. La liberté entière toute la journée. Il y a bcp d’Anversois ici et comme le diction dit (illisible). Je donne des consultations à la place de Joseph. J’en suis bien heureuse. Ça m’empêche de penser à moi. Comme quoi la charité porte récompense en soi. Je suis toute étonnée de n’avoir rien reçu de la maison. Il était question aujourd’hui de libérer les personnes ayant demeuré en Belgique depuis de nombreuses années. J’ai été au service social, on m’a dit qu’il n’en était pas question. Tant pis, j’essaierai autre chose. Vous êtes vous informés, ou plutôt le maire, chez M. Moulins, service des étrangers préfecture, celui qui avait prolongé le permis de Paulette. S’il y a moyen de faire quelque chose pour moi en considération de l’état de santé de maman. Comment vas-tu maman ? J’espère que tu te fais à l’idée de mon départ, quoiqu’on libère  journellement des personnes et que j’ai encore beaucoup d’espoir. Je remets journellement la lettre que je veux écrire à Paulette, le coup sera si dur pour elle surtout de te savoir si seule. 

    Quelles sont les nouvelles du village et comment a-t-on pris ma déportation ? J’ai reçu l’adresse de l’amie de Mme Ph à Genève. J’écrirai dès que je le pourrai. En attendant je t’embrasse bien bien fort ainsi que Joseph. 

    Inès.

    Mes bonnes amitiés aux voisins et aux villageois qui s’intéressent à moi. Inès.

    J’ai enlevé les ciseaux, la lime et la ? de la manucure. 40 grammes de tickets de fromage, du régime de maman. Mon cher Joseph, je sais que mon départ t’affecte bcp. Distraits toi, voyage, va chez oncle Edmond, passe q-q j- chez Emmy. L’affection de la famille t’aidera à supporter cette épreuve. Je t’embrasse bien affectueusement. Inès.

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    Rivesaltes, le 1-9-1942

    Me voilà en villégiature et si ce n’était l’idée de savoir maman toute seule, le séjour ici ne serait pas trop pénible. Je me suis fait quelques amis ici et serai bien heureuse si je pouvais continuer le voyage dans le même groupe des allemandes ayant vécues à l’étranger et d’une intellectualité égale à la nôtre. Après 2 ans à Villepinte, je me régale, et vois une fois de plus comme notre éducation a été soignée dans tous les domaines. Je sens déjà maintenant tout le réconfort que je pourrai tirer de l’enseignement dont nous avons joui. C’est pourquoi je te supplie de ne pas te prendre à coeur mon sort actuel. Tu sais bien que le bien qu’ont toujours prodigué nos familles nous a toujours été tenu en compte là-haut et que les pires calamités peuvent changer en notre faveur. Si je vais en Pologne, je mettrai une supplique sur le tombeau de notre ancêtre Remon, jusqu’à maintenant nous n’avons pas idée de la direction que nous prendrons.

    L’idée que je m’étais faite de la vie de camp est bien différente de la réalité. Ce doit être dans le genre d’un hôtel de 4e ordre quant au confort. La nourriture est bonne et abondante. Je donne mes restes. Nous revenons 3 x par jour presque 1/2 livre de fruits chacun. Abondance en tout même en ?. Je suis ici avec Mme Grietzer, Mr ayant été libéré sur son âge. Nous avons beaucoup d’Anversois ici, de derrière le pont, la plupart des clients de Joseph. J’ai repris sa clientèle et c’est moi qui donne les consultations et fais l’interprète. Ça fait passer le temps et ne me laisse pas l’occasion de trop penser à maman. Car l’idée de me savoir dans le camp doit lui être plus pénible, que la vie y est en réalité.

    Nous dormons évidemment sur la paille en nombre proportionnel aux dimensions de la salle. Quant il fait très chaud nous laissons le logis aux punaises et couchons à la belle étoile. J’ai un charment petit copain de 22 ans qui ne me quittera que pour sortir du camp car il est combattant tchèque. Il a donc droit à la libération. Moi aussi, de mon côté, je fais des démarches, mais crains qu’elles n’aboutissent pas . Mme Thiébaud qui est la bonté même est déjà venue me voir en sa qualité de la présidente de la Croix-Rouge. Elle a pu approcher – nous avions une barrière entre nous, chacune une infirmière et quelques gardes. Je lui avait fait téléphoner par les gendarmes qui m’accompagnaient jusqu’ici. Elle est de suite allée chez maman et a passé la nuit avec elle. Aux gendarmes de Bram, j’ai donné un télégramme pour Régine lui demandant d’aller voir maman. Malheureusement, elle était malade. Je sais que Robert a été la voir et c’est tout ce que j’ai eu comme nouvelles et encore par Laurence. De la maison rien. Je me demande si Joseph a fait quelque chose pour moi où s’il est trop occupé de sa propre personne.

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    Le 2 septembre 1942

    Et maintenant les choses sérieuses. Au cas où il devrait m’arriver quelque chose. Je veux que tout ce qui pourrait me revenir après la guerre – tout du côté paternel que du côté maternel, soit pour toit. Pour revenir après ; soit à Joseph ou Maurice Michel.  Fait à Rivesaltes. Camp 16. N°24.

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    Le 2 septembre 1942

    Les termes de ce testament ne sont sûrement pas classiques et l’écriture en est infecte, mais j’écris debout appuyé à une porte. Je ferai tout ce que je pourrai pour revenir d’où on nous envoie mais il vaut mieux tout prévoir. J’ai appris que tous les convois mêmes ceux de Belgique et Hollande passent et restent un temps dans un camp près de Paris d’où ils sont dirigés après dans des directions différentes. Je ne serais pas malheureuse s’il me fallait travailler. Enfin, après la guerre, j’aurai moi aussi de quoi parler. Qui sait si je ne serai pas Grellier là-bas. Je termine ici car nous attendons la commission. Ça me fait un peu l’effet de « C’était en thermidor à la conciergerie ». On respire chaque x qu’elle a passé. Poulette chérie, je t’embrasse bien, bien tendrement en te disant bon courage et de ne pas t’en faire pour moi, car je me débrouille très bien seule quand il le faut et les évènements sont toujours moins pénibles qu’on se les figure à l’extérieur. Hier mes 2 amis et moi sommes allés de baraque en baraques, il y avait partout cabaret. On a bien dansé au son d’un harmonica. Je ne dois pas te demander de veiller, si tu peux, sur notre maman. Je sais que tu fais tout ce que tu peux et même plus, comme tu l’as toujours fait pour elle et pour moi, ce dont je te remercie encore fois de tout mon coeur. Au revoir Poulette chérie. Les pires évènements prennent fin eux aussi. Je t’embrasse, bien bien tendrement. Inès.

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    Rivesaltes, le 1-9-42

    Ma petite maman chérie, cher Joseph

    Alors je préfère vous préparer à mon départ éventuel et surtout petite maman, écrire ce que je n’ai jamais su te dire. Merci pour tout  ce que tu as toujours été pour moi et pour l’amour dont tu nous as entourés. Les soins dont tu nous as toujours comblés portent leurs fruits et déjà je suis entourée de solides amitiés qui m’aideront à supporter notre séparation momentanée. Soigne toi que je te retrouve bientôt en bonne santé. 

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    Jeudi, le 3 sept.

    Mes très chers,

    Nous voici prêts au voyage vers la Pologne, probablement pour fonder un état juif. Avant notre embarquement, je vous embrasse encore tous les deux bien bien tendrement et vous supplie de ne pas vous faire trop de chagrin pour moi. J’ai assez de caractère pour supporter les choses. Adieu aux villageois. Bon courage et à très bientôt. Inès.

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    4 sept 1942

    Mes très chers,

    Nous roulons depuis ce matin. Nous avons passé Narbonne et montons vers Toulouse. Après nous avoir livrés, la France nous gave et gaspille pour nous. [illisible]. Nous sommes à Montauban. Je vous embrasse tous. Inès.

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    Ma chère petite maman

    Cher Joseph et chère,

    Me voilà dans le train, nous sommes 24 par wagons, on nous donne de la nourriture en abondance, du gruyère, des figues, des dattes, du fromage et même de la saucisse, des sardines, du dentifrice, l’eau de Cologne, des poires superbes, du lait condensé, des bonbons, du thé, du pain, du thon.

    Je suis dans le wagon d’une famille Herz de Mayence, des gens très bien qui m’ont demandé de faire partie de leur groupe, d’autres me l’ont demandé aussi, mais comme j’avais le choix, j’ai opté pour les Herz.

    La petite fille,12 ans vient de nous quitter. Le sous-préfet l’a prise chez lui. C’était un vrai déchirement. Beaucoup de parents les ont abandonnés à des familles françaises. Les gardes mobiles qui ont accompagné les convois, disent qu’on est pas mal en Pologne, si on travaille alors on travaillera. Le moral de tous est excellent. 

    Jusqu’à la dernière minute j’ai attendu de vos nouvelles, en vain, j’espère pouvoir communiquer avec vous par la Croix rouge suisse et par Paulette. Est-ce que le maire a fait des démarches à la préfecture. Moi ici je me suis bien débrouillée, mais il fallait surtout des protections du dehors. Je suis très fière de moi, j’ai frappé à toutes les portes et ai été bien reçue partout, ce qui me donne grande confiance. 

    J'ai l’impression maintenant de partir à l’étranger pour gagner ma vie. Tu vois que je prends tout gaiement, ne pensez (prenez ?) donc pas les choses au tragique et pensez à moi, sans chagrin. je reviendrai plutôt que vous croyez avec grande assurance et peut-être un métier en main.

    Soigne toi chère maman ; pars voyager joseph pour le distraire ; est-ce que le maire fait quelque chose pour moi, comment sont les voisins, est-ce que le ravitaillement est bon ?

    La nuit tombe il faut que je termine je vous embrasse tous très tendrement et maman une fois de plus . Ne vous impatientez pas ici, le courrier ne vous viendra quelques mois.  J’écrirai aussi à Paulette

    De sorte que tu ne doives pas rester au village si tu trouves mieux

    Gros gros baisers et bon espoir

    Inès 

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    11 sept 1942

    Ma chère petite maman, cher Joseph

    Nous embarquons dans une minute. Tout se passe très bien jusqu’à maintenant et nous continuons à chanter. J’espère que vous allez très bien, n’attendez pas de mes nouvelles avant longtemps. Distraits toi, vas au ciné. Soigne-toi pour que je retrouve en bonne santé bientôt. Je vous embrasse de tout mon coeur. Inès.

    Sources

    AD de l'Hérault et de l'Aude

    Felix archives / Anvers

    Kaserne Dossin (Lettres)

    Mémorial de Shoah

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  • Ce couple de Carcassonnais qui a sauvé Sylvia Rottenberg

    Lors des commémorations de la victoire du 8 mai 1945 sur l’Allemagne nazie, la municipalité d’Axat (Aude) a dévoilé une plaque en hommage à Paul et Marie Grundrich, Justes parmi les nations. Il me semble important de saluer cette initiative, menée de concert avec le Souvenir français. Aux pires heures de notre histoire contemporaine, des hommes et des femmes ont refusé de fermer les yeux sur le racisme et la barbarie. C’est cet héritage que nous devons transmettre aux générations futures, sans faiblir par découragement ou par lassitude.

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    © Anouk Vidal

    Jean-Louis Costes, maire d'Axat

    Roman Rottenberg naît à Kharkov dans l’empire Russe (aujourd’hui Ukraine), le 18 novembre 1905. Tout comme ses parents, Solomon et Anna Sladkewitz, il est de confession juive. Après avoir quitté Hambourg, Roman émigre en Belgique en 1928 et s’installe à Anvers comme foureur. C’est dans cette ville qu’il fait la connaissance de sa future épouse, Marguerite Neumann, née le 7 avril 1916 à Dubrinice.

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    © Archives de la ville d'Anvers

    Roman Rottenberg

    Leur fille Sylvia naîtra le 17 mars 1940 ; c’est-à-dire deux mois avant l’attaque allemande sur la Belgique. Le 10 mai, tous les ressortissants juifs étrangers sont expulsés du royaume et déportés dans des camps en France. Après un trajet épuisant sous une chaleur accablante, les époux Rottenberg, leur nourrisson dans les bras, arrivent dans l’Aude avec 1200 francs belges. Le 31 mai 1940, ils s’installent à Sallèles d’Aude près de Narbonne. Dans ce village vit depuis peu le couple Grundrich, natif de Carcassonne. Paul enseigne l’électricité au lycée technique ; Marie, s’occupe du foyer. Les lois de Vichy à l’égard des juifs les désignent comme des parias de la société.

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    © Archives départementales de l'Aude

    Le 2 août 1941, le préfet de l’Aude écrit à Roman Rottenberg pour lui signifier qu’il a pour obligation de déclarer sa fille de 18 mois comme étant de race juive. Le 14 mars 1942, la famille est assignée à résidence à Rennes-les-bains, dans la Haute-vallée de l’Aude. C’est le prélude cynique à la rafle qui va s’opérer le 24 août 1942 dans ce village. Les Rottenberg l’ignorent, bien sûr. Au moment du départ, les époux Grundrich suggèrent de leur confier la garde de Sylvia afin de la protéger. Quel terrible choix ! Lui donner une chance de survivre en se séparant d’elle, c’est pourtant la décision que prend sa maman.

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    La maison où Sylvia a été cachée, 117 route de Font-Romeu à Axat.

    Sylvia partira à Axat où Paul vient d’être muté. Elle passera les trois dernières années de la guerre auprès d’eux. Ils n’ont plus d’enfant ; le leur est mort en bas âge. A Axat, vit la famille Sacaze. Georges est dans la clandestinité un opposant à Pétain. Le maire, un collaborateur. Il va s’arranger en douce afin de produire une fausse identité à la fille des Rottenberg. En un coup de crayon et un tampon sur le livret de famille, Sylvia devient Sylvette la fille des Grundrich en remplacement de leur fils décédé. Au fil des mois, la famille Sacaze se cache chez Paul et Marie Grundrich ; Georges qui a pris le maquis est fortement suspecté d’actes de résistance. Gisèle, sa fille, joue avec Sylvia. Des liens indéfectibles se créent ; elles se considèrent comme des cousines. A la Libération, Sylvia ne connaît pas ses vrais parents.

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    © archives Anouk Vidal

    Sylvia et Marie Grundich à Axat

    A l’âge de cinq, elle ne peut s’en souvenir. On imagine les instants déchirants de la séparation avec les Grundrich. Fort heureusement, Roman et Marguerite Rottenberg ont survécu. Comment ? Nous l’ignorons. En 1946, ils émigrent à Rio de Janeiro puis retournent en Belgique. A Molenbeek, Roman a ouvert un magasin de textile et obtiendra la nationalité belge en 1960.

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    Quand en 2001 Paul et Marie Grundich ont été reconnus Justes par le Comité de Yad Vashem, Sylvia a retrouvé Gisèle Sacaze, l’épouse du député socialiste de l’Aude Joseph Vidal. Aujourd’hui, c’est sa fille Anouk qui maintient la flamme de cette histoire. 

    Paul Grundrich, né à Carcassonne le 14 janvier 1907 - décédé le 22 janvier 1961

    Marie Bassahy, née à Carcassonne le 16 septembre 1909 - décédée le 21 mars 1982.

    Sources

    Comité Yad Vashem

    Felix archives (Anvers)

    Archives départementales de l'Aude

    Rermerciements

    A Anouk Vidal

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  • Irène Rotszyld se souvient de ces carcassonnais qui lui ont sauvé la vie

    Irène Rotszyld n’avait que trois ans ; elle est née le 25 décembre 1937 à Paris. Durant la débâcle de l’été 1940, cette petite fille juive arrive avec sa mère à Carcassonne après être parvenue à franchir tous les périls. La famille est séparée depuis que son père a quitté son magasin parisien de confection pour combattre aux côtés de l’armée française. Originaire de Pologne ayant émigré dans la capitale en 1930, Icek Rotszyld fabriquait des capes imperméables pour la police française, 35 rue Pastourelle. Au moment où Irène s’enfuit de Paris, son père se trouve quelque part sur le front. Il sera finalement démobilisé à Perpignan d’où il rejoindra sa femme et sa fille à Carcassonne. Le couple loue un appartement 35 rue du 24 février dans le quartier des Capucins. Le gouvernement de Vichy dirigé par Pétain exerce une pression de plus en plus coercitive à l’égard des juifs. En Zone libre le port de l’étoile jaune n’existe pas ; en revanche, tous les juifs sont touchés par la loi de 1941 les obligeant à se déclarer comme tels auprès des préfectures. Ainsi fichés, le sort que leur réserve l’administration française se matérialisa lors des rafles du 24 août 1942. Or, Irène et ses parents vont avoir la chance de s’y soustraire. Une bonne fée – elles existent – fait alors son apparition dans leur vie, au milieu de ce marasme national. Il s’agit d’Elise Griffe, institutrice de son état à l’école Jean Jaurès.

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    Elise Pujol, née Griffe à Barbaira en 1889.  

    Veuve de Joseph Pujol depuis 1930, lui-même instituteur, elle a longtemps exercé à Blomac. Cette femme courageuse va d’abord leur faire obtenir de faux papiers d’identité par l’intermédiaire de M. Guilhem, fonctionnaire à la mairie. Dans un second temps, elle parvient à trouver un refuge à Irène dans un couvent de Carcassonne. Nous n’avons pas encore pu identifier ce lieu avec certitude. D’après Irène les soeurs portaient la cornette, le couvent paraissait immense et très sombre. Elle y demeura jusqu’à peu de temps après l’arrivée des Allemands le 11 novembre 1942. Ses parents se mettront à l’abri dans le petit village d’Arquette-en-val pour toute la durée de la guerre sous une fausse identité. Dans Carcassonne occupée, le couvent n’est plus un lieu très sécurisé. Il faut trouver une nouvelle cache afin de protéger Irène. A l’école Jean Jaurès, Elise Pujol a pour directeur Vincent Armand. Cet homme de 54 ans vit avec son épouse, professeur de piano au 13 rue de la République.

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    La maison du couple Armand, 13 rue de la République

    Le couple n’a pas eu d’enfants. Il va cacher Irène chez lui en la faisant passer pour sa nièce. Irène a cinq ans ; elle appelle désormais son protecteur tonton. La petite fille ne sera pas scolarisée, c’est trop dangereux. M. Armand lui fournit un précepteur qui se déplace à la maison. Il s’appelle M. Redonné – l’orthographe est incertaine. Adrienne Armand, née Chaynes, donne des cours particulier de piano dans le grand salon de cette maison bourgeoise. Tous les ans, une audition de ses élèves se tenait la préfecture de l’Aude, juste en face. Irène bénéficia de l’enseignement de sa tante d’adoption ; elle apprit également la danse. Une seule fois Irène fut amenée à la cave car la situation l’exigeait. Notez que de l’autre côté du boulevard, on voyait la Feldkommandantur.

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    Irène (2e à gauche) et Adrienne Armand sur la place Carnot, peu de temps après la Libération.

    Tout le reste du temps, l’amour de ce couple pour cette belle petite fille ensoleilla les jours tristes de l’occupation. Vêtue comme une princesse, éduquée selon les préceptes de la religion catholique, la petite fille juive nourrit une affection pour le couple Armand qui lui fit oublier ses parents.

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    Vincent Armand et Irène à Paris, après la guerre.

    Après la Libération, il fallut bien se résoudre à les retrouver. Malgré l’immense chagrin, M. Armand accompagna Irène à Paris. Comme celui-ci ne voulait pas quitter son tonton, les parents décidèrent qu’elle irait passer toutes les vacances à Carcassonne. La foi d’Irène s’étant détournée de la région juive pour le catholicisme, elle fut envoyée dans une école hébraïque. 

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    Irène et son tonton adoptif, peu de temps avant qu'il ne décède.

    Irène a raconté son histoire pour USC Shoah Foundation

    Irène Rotszyld épouse Starosta vit désormais à Montréal du Québec où je l’ai retrouvée. Nous avons discuté de longs moment au téléphone. Je lui ai promis de lui donner tous les renseignements afin que ceux qui lui ont fourni assistance puisse être déclarés comme Justes. Poussant mes recherches, j’ai appelé incidemment Janette Pidoux afin de savoir si elle avait connu les Armand. En évoquant le nom d'Elise Pujol, l'ancienne professeur de danse, âgée de 98 ans, me dit : Oui, c'est ma mère. Janette ignorait tout de ce qu'elle avait fait durant la guerre. C'est ce qui rend cette histoire encore plus précieuse.  Vincent Armand est décédé le 23 juillet 1987 à Saint-Chinian ; son épouse, le 25 août 1957 dans cette même ville. Tous ces Justes – non encore reconnus –  ne se sont jamais vantés des risques qu’ils avaient pris pour le bien de l’humanité. C’est donc un immense honneur pour ce blog de leur rendre cet hommage mérité.

    Crédits photos 

    Janette Pidoux et Irène Starosta (Rotszyld)

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