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Seconde guerre mondiale

  • Le Commissariat Général aux Questions Juives de Carcassonne de 1942 à 1944

    Durant l’occupation, la ville de Carcassonne n’échappa pas à l’installation en ses murs d’un Commissariat Général aux Questions Juives. Véritable « Ministère de l’antisémitisme » fondé au mois de mars 1941 par le gouvernement de Vichy, ses pouvoirs permirent à ses dirigeants de s’en prendre aux biens des israélites. Les candidats à la présidence de cette organisation répressive se bousculèrent aux portillon : Jacques Doriot, Louis-Ferdinand Céline, etc. C’est finalement l’ardéchois Xavier Vallat, plusieurs fois ministre de la IIIe République, qui emporta l’adhésion. La principale des missions du CGQJ fut d’aryaniser les biens juifs. En quoi cela consistait-il ? Dans l’esprit des ultras de ce ministère très particulier, les propriétés mobilières et immobilières devaient être débarrassées de la souillure juive. On organisa donc par la loi, les moyens permettant de déposséder les juifs de leurs possessions. Une première mesure entreprise afin d’arriver à ce résultat, fut en juin 1940 de recenser les israélites vivant en France. Il était dès lors plus aisé de les spolier lorsqu’on les avait déjà domicilié. 

    CGQJ

    Afin d’accomplir cette tâche, le CGQJ nomma des administrateurs provisoires. Volontaires et choisis parmi des fervents admirateurs du maréchal Pétain, ces personnes occupaient des professions diverses : notaires, huissiers de justice, avocats, militaires, etc. Parfois, ils avaient été recommandés au sein de la Légion française des combattants. En vérité, l’appât du gain devait être la principale motivation de ces vautours planant au-dessus de leurs proies. 

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    Le CGQJ se trouvait 16, rue Pierre Germain à Carcassonne

    Nous l’avons dit, les CGQJ étaient dirigés par des antisémites notoires. Parfois, ils s’illustreront tristement au sein de la Milice, avec laquelle des liens étroits seront entretenus. A Carcassonne, le Commissariat aux Questions Juives s’installe 16, rue Pierre Germain. C’est là que se trouvent les bureaux du « Ministère de l’antisémitisme ». On y vient travailler, comme dans n’importe quel bureau de la préfecture. Tout ceci est finalement fort banal dans le contexte de l’époque.

    Le CGQJ Carcassonnais s’illustre lors de la rafle des juifs étrangers de Rennes-les-bains. Après que la police, sous la direction de Valentin Durot, a livré ces gens aux nazis, on spolia leurs biens. L’administrateur provisoire Jules B, agent d’assurance à Carcassonne, natif d’Espéraza, fut chargé d’organiser la vente des biens : argenterie, fourrures, vaisselles, cuisinière, habits, etc. Aidé dans sa tâche par un huissier limouxin, les enchères publiques se tinrent dans la cité blanquetière. Il est donc encore aujourd’hui des familles du coin possédant, sans doute, des objets ayant appartenu aux juifs de Rennes-les-bains, envoyés à Auschwitz. 

    Plusieurs Carcassonnais d’origine juive se retrouvèrent dans le viseur. Par exemple, Paul Haguenaeur, ingénieur et patron d’une société de machines agricoles. Ses biens furent confiés à Jules B, nommé le 26 mars 1942 comme administrateur. Maître T, huissier de justice à Carcassonne se chargea de l’inventaire. Le CGQJ ne s’arrêta pas là. L’antenne régionale, située 2 rue des Etuves à Montpellier, écrivit le 30 septembre 1942 à Freund-Valade, préfet de l’Aude :

    « J’ai l’honneur de vous demander l’internement administratif du juif Haguenaeur Paul, dont les agissements et l’activité croissante en qualité d’ingénieur conseil portent un grave préjudice aux vrais français. »

    Haguenaeur fut mit en résidence surveillée au centre de séjour de Fort-Barraux (Isère). Il échappa à la déportation et rejoignit le Corps franc de la Montagne-noire. À la Libération, Haguenaeur alla demander réparation afin qu’un libraire Carcassonnais lui restituât sa bibliothèque et que la Belle Jardinière, lui rendît ses costumes. Ces biens avaient été acquis par ces deux commerçants lors des enchères publiques. 

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    Autre cas sensible, celui de Raphael Romi. Commerçant en textiles, l’ensemble de ses biens tombèrent sous le coup du CGDJ. L’avoué Carcassonnais, Jacques P, accepta la charge d’administrateur provisoire. Le fonds de commerce fut vendu aux enchères par-devant Maître A, notaire, le 8 avril 1943. Le tout, acquis par Charles C, ingénieur agronome à Alet-les-bains. Arrêté par la Milice, M. Romi ne dut son salut qu’à la fuite de celle-ci vers Montpellier le 15 août 1944.

    Comme nous l’avons évoqué précédemment, la Milice entretenait des liens étroits avec le CGQJ. Elle pouvait renseigner et exiger de lui d’entreprendre des actions contre des juifs dénoncés. La plupart des miliciens de Carcassonne avaient adhéré à l’Action Française. L’inspecteur départemental du CGQJ, Louis Quitté, appartenait au parti de Maurras. Originaire de Nantes, il occupait cet emploi dans la capitale audoise pour 5300 francs mensuels. Sans compter quelques arrangements… Certains israélites, pourtant connus du CGQJ, s’en sortiront. La liberté pour le seul radiologue d’une clinique, contre quelques dessous de table de son patron vers le CGQJ. A la libération, ceux qui avaient mis le doigt dans le pot de confiture s’évertuèrent à atténuer la responsabilité de l’inspecteur départemental. Le silence, en échange d’un témoignage favorable.

    Sources

    Vichy dans la solution finale / Laurent Joly

    128j79/ADA 11

    Dossiers de policiers épurés

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  • Le martyre d'Edouard Fabre, assassiné par la Milice de l'Aude

    © Laurent Denis / FTV

    Faisant suite à une opération menée depuis le 17 juillet 1944 par les Allemands à Villebazy, la milice fait la chasse aux maquisards du coin. Le 9 août, plusieurs d’entre eux se présentent à la ferme de Cantauque. Le régisseur, Edouard Fabre, entretient des liens avec le maquis de Villebazy ; le domaine sert de lieu de parachutages. Vassas, Detours, Latour, Bonnet et les frères Vidal se font passer pour des résistants. Non loin de là, en appui défensif, une trentaine de leurs sbires se tiennent prêts à intervenir. Une fois démasqués, ces francs-gardes procèdent à l’interpellation de Fabre et de son beau-fils, François Farges. Trois ou quatre ouvriers agricoles sont également embarqués, mais relâchés peu de temps après. On les amène à la caserne de la Milice de l’Aude, située dans l’ancien asile de Bouttes-Gach à Carcassonne. 

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    Caserne de Bouttes-Gach, route de Toulouse

    Dans la nuit du 13 au 14 août 1944, Edouard Fabre est amené dans le poste de garde par des miliciens. De mauvais traitements y sont administrés : gifles et coups de poings. Fabre s’était soi-disant blessé à la tête en dégringolant les escaliers. « Le fils Vidal était tout fier de raconter que pour calmer les douleurs à la tête, il lui administra une bonne correction, puis une douche et enfin l’avait calmé à l’éther. » François Farges, est alors sollicité pour aller chercher son beau-père afin de le ramener dans sa cellule. « Je m’y rendis en compagnie du détenu Léon Gilg et en arrivant dans le poste de garde, j’ai constaté que mon beau-père était allongé sur le parquet, sans couverture et en chemise. Il ne me reconnut pas. Un des frères Vidal qui se trouvait dans le poste de garde en compagnie d’autres miliciens, me firent savoir que mon beau-père venait d’être piqué pour être calmé. Il décédait à onze heures trente. Il ne fait aucun doute qu’il a subi de graves sévices de la part des miliciens, car son visage et son corps étaient tuméfiés, et il ne reprit pas connaissance jusqu’à sa mort. »

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    Villebazy

    Il apparaît dans le dossier militaire que Fabre a été réformé en 1940 pour éthylisme chronique. Lors de sa détention, il fut pris de démence et sa frappa la tête contre les murs afin d’obtenir de l’alcool. Le sevrage auquel le détenu fut soumis entraîna les pires tourments. On le sortit de sa cellule et dans le poste de garde, les miliciens cherchèrent à le calmer à leur manière. L’injection  sous-cutanée de l’éther sulfurique a très certainement entraîné la mort d’Edouard Fabre. Le médecin Assalit de la Milice conclut à une crise de délirium tremens. Indépendamment de sa grande dépendance à l’alcool, la mort d’Edouard Fabre est due à la responsabilité de la Milice. Le 7 mai 1957, il obtiendra la mention « Mort pour la France ». Son nom figure sur le monument aux morts de Villebazy.

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    Edouard Fabre n'a pas été assassiné par les nazis, mais par les français de la Milice

    Edouard Jean Louis Fabre était né le 7 décembre 1899 à Séverac-le-château dans l’Aveyron. Cultivateur de son état, son travail l’avait amené dans le département de l’Aude. 

    Sources

    Dossier de Jean Vidal devant la Cour de justice de l'Aude / Avril 1945

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  • Affaire Charpentier : Meurtre avec préméditation

    Noël Blanc alias capitaine Charpentier, chef des parachutages de l'Aude.

    Dans cette affaire d’assassinat de Charpentier, il y a un élément qui n’a pas été pris en considération. C’est le caractère prémédité du meurtre. Or, Delteil fait courir le bruit parmi les résistants dès le 31 août 44, jour des obsèques de Bringer que le chef des parachutages de l'Aude est un traitre et qu’il faut le supprimer. Ce jour-là, Charpentier se trouve aux obsèques et personne ne le prévient de ce que Delteil et ses amis racontent. Pas même Louis Nicol, pourtant proche de la future victime, convaincu qu'il s'agit de fadaises. D’après les dépositions, Gilbert de Chambrun alias PAPE, ne croit pas à ces allégations que lui donnent Delteil. Ce même de Chambrun fera un virage à 180° lorsque l’affaire éclatera au grand jour pour soutenir les chefs locaux qui y sont mêlés.
    C’est prémédité non seulement pour cela, mais aussi parce que Delteil demande à Chiavacci de tuer Charpentier.
    J’espère que vous me suivez… Si on avait averti Charpentier de ce projet ou de ces menaces, il aurait été sans doute sur ses gardes. Il se serait rendu à cette réunion à la clinique Delteil avec davantage de prudence, mais il voulait que l'on lui rende des comptes. Un brassard FFI avec le tampon du gouvernement d'Alger serré autour de son bras. Il a été la victime de ses meurtriers, mais aussi de la lâcheté de ceux qui avaient entendu les menaces et qui ne l’ont pas prévenu.

    Quand on reprend la chronologie des derniers jours de Charpentier à la lumière des enquêtes.
    Le 19 août, il accueille Delteil à sa sortie de prison en l’embrassant.
    Le 31 août, Ozouf que Delteil et Charpentier ont visité à la prison se suicide du premier étage. On l’a suicidé ! Souvenez-vous que Delteil a utilisé ensuite le fait que Ozouf (collaborateur) et Charpentier se connaissaient pour dire que ce dernier travaillait pour la Gestapo. Ozouf ne pouvait plus dire le contraire ! Témoin gênant.
    Le 31 août, aux obsèques de Bringer, Delteil fait passer Charpentier pour un traitre.
    Le 4 septembre entre 20h et 24h, Charpentier est tué chez Delteil. 

    Que s'est-il donc passé entre le 19 août et le 31 août 1944 ? C'est précisément à moment-là que des doutes commençaient à poindre sur les conditions de la libération de Delteil de la prison. Après le départ des Allemands, il n'avait pas été exécuté à Baudrigue.

    Voilà pourquoi nous pensons que ce meurtre a été prémédité. Delteil a été amnistié de ces faits et a obtenu un non lieu pour subornation de témoins, au bout de 4 années de bataille judiciaire de Me. Noguères, avocat de la famille de la victime. Vu qu'il y a eu amnistie, la loi nous interdit de dire à quoi le docteur a été condamné dans les verdicts qui ont précédé celle-ci. Triste dénouement pour deux orphelins, Nicole et Ludovic.

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