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Carton rouge

  • Jean Mistler contre Marguerite Yourcenar à l'Académie française

    Il est des phrases prononcées devant des journalistes qui ont tendance à passer par la trape de l'histoire. Aussi, lorsque la candidature de Marguerite Yourcenar fut avancée en 1980 afin de remplacer le siège laissé vacant par le décès de Roger Caillois, l'ancien député Radical-Socialiste de l'Aude ne fut pas tendre. Celui qui avait été membre du Conseil National sous Vichy, puis Président de la délégation spéciale chargée d'administrer Castelnaudary nommé par le maréchal Pétain, avait fini sa brillante carrière intellectuelle comme Secrétaire perpétuel de l'Académie française. Depuis 1966, Jean Mistler avait remplacé sous la coupole l'ancien résistant Robert d'Harcourt, catholique engagé contre le nazisme. Celui qui vota les pleins pouvoirs à Pétain, s'opposa semble t-il à l'entrée de la première femme à l'Académie française. A son corps défendant, il ne fut pas le seul, dans un cas comme dans l'autre d'ailleurs... Parmi les défenseurs de l'illustre écrivaine, il y eut bien sûr Jean d'Ormesson. Jean Guiton avoua avoir voté contre : " Je pensais que l'Académie avait vécu 300 ans sans femme et qu'elle pouvait encore vivre 300 ans sans". Aujourd'hui, trente-huit ans après il serait impensable de l'entendre, bien qu'en "off" la misogynie demeure dans bien des cénacles. Le 6 mars 1980, Madame Yourcenar est élue avec 20 voix contre 12 à M. D'Orves, 3 nuls et 1 blanc. Elle le doit uniquement à son talent, et à une opinion publique largement en faveur de son élection. 

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    © AGIP/Bridgeman Images

    Le couturier Yves Saint-Laurent lui dessina un uniforme car il fut admis qu'elle ne pût endosser l'habit, ni porter l'épée de l'académicien. Toute cette subtilité bien masculine et quelque peu méprisante, se retrouve dans les paroles de Jean Mistler ci-dessous. Il les prononça le 6 mars 1980 au Soir 3 de FR3, comme on disait à l'époque.

    "Il n'y a pas de misogynie. Il n'y a jamais eu de misogynie. Alors maintenant que se passera-t-il ? Je n'en sais rien, mais si les femmes croient que désormais les portes seront largement ouvertes, que chaque fois des femmes pourront se présenter avec quelques chances d'être élues, je crois qu'elles se tromperont et elles comprendront assez rapidement car les femmes, ne sont pas plus bêtes que les hommes.

    Nous ne savons pas si elle assistera aux séances. Certains ont dit plaisamment : "On peut bien voter pour elle, elle habite à 4000 kilomètres !". C'est une plaisanterie, mais les plaisanteries contiennent quelque fois un sens aussi sérieux que les affirmations les plus sérieuses. Mais si Madame Yourcenar vient voter, on sera enchanté de l'accueillir. Mais les gens qui commencent à nous ennuyer en nous proposant des costumes de femmes, nous leur répondrons très poliment que les costumes ne nous intéressent pas, que cela intéresse les tailleurs ou les couturiers."

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    © AGIP/Bridgeman Images

    L'ironie de l'histoire... Après le décès de Jean Mistler, c'est une femme qui le remplacera. Il s'agit de la très illustre Hélène Carrère d'Encausse, connue pour ses ouvrages sur la Russie. Elle porte l'habit d'Académicienne... Comme quoi, il est des batailles qui se gagnent sur la durée. Prenons-garde aux tentatives de retour en arrière !

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  • Le retour de la taxe de 1893 sur les vélocipèdes c'est pour très bientôt !

    D'après la presse nationale qui s'en fait l'écho ce matin, le gouvernement prépare pour 2019 dans le cadre de la loi d'Orientation sur les Mobilités (LOM), de rendre obligatoire l'immatriculation des bicyclettes. Selon ce texte, les montures devront donc faire l'objet d'un marquage spécial gravé sur le cadre "sous une forme lisible, indélébile, inamovible et infalsifiable" permettant sa "lecture par capteur optique". Mais ce n'est pas tout. Une fois marqué, le vélo devra être enregistré au "fichier national des propriétaires de cycles", et le propriétaire obtiendra un "certificat de propriété", soit l'équivalent d'une carte grise pour un automobiliste. Le cycliste devra être capable de présenter ce certificat, dont l'authenticité sera vérifiée en ligne. On ne parle pas d'argent pour l'instant, mais il sera question de verbaliser toute bicyclette mal garée sur la voie publique. Autrement dit, fini les antivols accrochés aux réverbères. 

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    Je me suis alors souvenu que je possédais dans mes archives familiales quelques documents à ce sujet... Mon vieil oncle Paul Andrieu né en 1900 possédait une bicyclette, à une époque où les voitures n'étaient accessibles qu'aux plus fortunés. C'était donc son unique moyen de locomotion. Sous la IIIe République, le gouvernement instaura en avril 1893, une taxe annuelle sur les vélocipèdes. Le 1er juin 1893, chaque usager devait s'acquitter d'une redevance de 10 francs. Les possesseurs de bicyclette devaient ainsi se faire enregistrer auprès de la mairie de leur commune. Une plaque métallique mentionnant l’année de perception de la taxe, indiquait que le propriétaire du vélo s’était bien acquitté de l’impôt. En 1943, les plaques furent remplacées par un timbre fiscal. Cet impôt sera supprimé définitivement en 1959.

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    Le vélo était immatriculé

    Le Président de la République serait-il finalement un inconditionnel du XXe siècle ? Celui du retour de la lutte des classes, des taxes inutiles, du prolétariat, des gens précarisés travaillant à la tache, etc. On devait en finir avec l'ancien monde, c'est plutôt son retour dans tout ce qu'il avait de cruel et difficile pour les petites gens.

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  • Des erreurs et des oublis sur le nouveau Monument aux morts, parvis de la Cathédrale

    Au mois de février dernier, les autorités municipales et nationales inauguraient le nouveau parvis de la cathédrale Saint-Michel. On constatait que le monument des enfants de Carcassonne morts pour la patrie réalisé en 1919 avait été déposé. Sur le nouveau monument on retrouve les soldats de la Première guerre mondiale, de la Seconde guerre mondiale avec ses victimes civiles, d'Indochine et d'Afrique du Nord. Or, en se penchant dans le détail sur cette longue liste, on s'aperçoit au moins d'un oubli de taille.

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    © Ville de Carcassonne

    La ville de Carcassonne à ses enfants, morts pour la patrie

    Le nom du jeune Résistant Marceau Perrutel (1908-1944) ne figure pas dans la liste. Né à Castelnaudary, mais ayant toute sa famille à Carcassonne et encore aujourd'hui, il fut assassiné par la Gestapo. Une rue dans le quartier des Capucins porte même son nom... On pourrait se dire, c'est peut-être parce qu'il n'était pas né dans la capitale audoise. Certes, mais alors pourquoi y trouverait-on Jean Bringer et Aimé Ramond qui l'un et l'autre sont nés respectivement à Vincennes (94) et à Montgeard (31) ? 

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    Le nom de Marceau Perrutel est absent

    Ci-dessus, on remarque le nom de Pheloup Roger dans la liste des victimes de 39-45. Or, il s'agit très probablement de Pheloup Robert, mort en août 1951 à Dong Khé Cao Bang (Tonkin) durant la guerre d'Indochine. Son décès est bien enregistré à Carcassonne. Notons qu'il ne figure pas dans la liste du monument des morts d'Indochine. Non seulement le prénom est inexact, mais l'emplacement est erroné.  

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    © Ville de Carcassonne

    Le nouveau parvis

    Je n'ai révélé que ces deux cas, mais il serait souhaitable de vérifier sérieusement l'ensemble du panneau. J'ignore si cette vérification a été exécutée sous les auspices du Souvenir français, avant la réalisation du monument. Il est tout de même impensable que de tels oublis se produisent, compte tenu du coût important des travaux financés majoritairement par l'état. Sans compter que le système d'alimentation en eau ne fonctionne toujours pas, pour alimenter le bassin et l'arrosage des plantations.

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