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Carton rouge

  • La taverne des besogneux à l'épreuve de la vertu

    Chers lecteurs,

    Je voudrais remercier les personnes - toujours les mêmes - qui de temps en temps laissent en commentaire un mot gentil et d’encouragement à l’adresse de votre serviteur. Je ne doute pas que dans la conscience des autres - les silencieux - se manifeste parfois une pensée de considération ou d’estime pour l’ensemble du travail accompli sur ce blog. J’ai longtemps essayé de comprendre les raisons pour lesquelles les historiens, les sociétés savantes  ou encore peut être des universitaires s’abstiennent de commenter alors même qu’ils pourraient apporter des éléments complémentaires aux sujets. La seule réponse que j’ai pu me figurer c’est leur timidité, leur humilité ou la peur que leur signature ne devienne un objet ostentatoire. Alors, je dis à tous ces vertueux de la conférence et de la thèse : Osez ! 

    Hélas, nous ne pouvons vous garantir ici, une coupe de blanquette accompagnée de petits fours autour d’une compagnie de notabilités ou de vedettes à photographier. Celles que nous vous présentons ne sont plus de ce monde, mais nous les tirons du fond de l’oubli afin que vous puissiez les rencontrer. Dans vos prochains écrits, vous ne manquerez sans doute pas à la lecture de nos modestes productions, de vous en faire de grands amis. Tirez donc une santé en leur mémoire dans vos cénacles parfumées où l’on se pâme de gloire la boutonnière en fleur et la rosette au revers de la veste. Ici, c’est la taverne des besogneux qui, à défaut de gloire, s’enorgueillissent du savoir qu’ils reçoivent, avec le mérite des pauvres. Les classes laborieuses doivent être vertueuses, sinon qu’est-ce qu’il leur reste ? Eh ! bien, c’est cette vertu qui libère les esprits étroits dans lesquels, le sectarisme plonge dans les ténèbres les partisans de la culture entre soi. L’étude historique mérite autre chose que son embrigadement dans une chapelle politique, une caste idéologique ou encore, une miséricordieuse bénédiction religieuse. La vérité se regarde par le prisme subjectif de notre conscience, dépouillée des dogmes.

    Martial Andrieu

  • A propos du concert P. Lacombe à Salsigne

    A la suite du concert dédié à Paul Lacombe et Déodat de Séverac le 7 août dernier à Salsigne, nous avions rédigé un article le 27 août dans lequel nous regrettions que l'œuvre du compositeur ait été dénaturée par la guitare. Notre réflexion visait uniquement à défende l'œuvre du compositeur, qui n'a jamais été écrite pour ce merveilleux instrument. Nous n'avons pas été invité à assister à cet évènement musical. Notre chronique s'est donc uniquement basée sur l'article du correspondant local de l'Indépendant, auquel nous avons répondu, toujours dans le but de défendre la mémoire de Paul Lacombe. Il nous semblait que le biographe du Maître pouvait s'octroyer le droit d'exprimer sa réprobation pour ce qui concerne les arrangements à partir d'originaux. Dans les jours qui suivirent nous avons reçu une mise au point du guitariste M. Bernard Revel, nous demandant de rétablir la vérité sur le programme du concert présenté à Salsigne.  Nous la publions ci-dessous :

    Paul Lacombe a été servi par 4 artistes de grand talent totalement dans les versions originales.
    Au Piano, nous avons entendu Intermède de Concert et Danse à 5 temps, 3 duos pour violon et Piano et 6 airs chantés par Josep Cabré, Sarah Rodriguez accompagnés au piano.
     
    Nous avons en plus arrangé les thèmes de "Mascarade" de P. Lacombe pour créer des
    petites scènes de Commedia dell'Arte entre Arlequin et Colombine.
    Nous avons été surpris par le succès de l'adaptation de ces œuvres dans le monde du théâtre
    et trouvé un certain sens ludique et dramatique chez ce compositeur peut-être pas que "debussien"

    La musique de "salon" était aussi celle des cabarets parisiens puisque Yvette Guilbert a chanté
    les vaudevilles que nous avons adaptés à la guitare. L'arrangement en est tellement simple
    que la guitare a totalement respecté l'harmonisation et le contrepoint du piano.
    Ces deux instruments ont toujours partagé ce répertoire...
    Il se trouve que ces chansons, la plupart humoristiques et mêmes grivoises, sont l'œuvre de
    Deodat de Séverac. Des personnages du théâtre de Courteline ont été choisis pour incarner
    les protagonistes des chansons.
    Nous avons tout de même honoré Deodat avec "La poupée chérie", "le Cheval" et "Stances à
    madame de Pompadour" au piano, 3 chefs-d'œuvre.
     
    Le courriel de M. Revel se termine ainsi
     
    Monsieur Andrieu, je regrette pour vous de ne pas avoir participé à ce concert,
    mais je pense que nous n'avons pas la même façon de rendre la musique.
    Je respecte votre travail et n'en parle en mal à personne...
    Le concert a connu un succès au delà de ce que j'espérais et nous avons offert de Lacombe
    des airs raffinés et subtils qui ne passent pas toujours facilement auprès de tous les publics.
    Servis dans un mélange de genres et confrontés à un répertoire léger,
    ils sont fait l'unanimité.
    Le résultat est tel que nous allons donner ce concert partout où il sera possible de le donner.
    Si vous en avez le courage, et c'est de courage qu'il s'agit (peut-être avez-vous trop de sentiment
    de proximité avec Lacombe) vous pourriez même totalement changer votre avis.
     
    Citant Germaine dans les Cloches de Corneville, opérette de R. Planquette : "Ne parlez-pas de mon courage !" Car, le courage c'est de passer trois ans dans les archives, les bibliothèques nationales et internationales, les musées et les brocantes pour trouver trace de Paul Lacombe. Le courage c'est d'écrire une biographie à compte d'auteur avec ses propres deniers sans aucune subvention, de la publier et d'en tirer une immense satisfaction. Le courage c'est de dénoncer l'incurie des responsables culturels de ce département pour ce qui concerne Paul Lacombe. Le courage c'est d'aller porter la musique de Paul Lacombe à des gens comme Alain Duhault à Radio Classique. Le courage, enfin, c'est d'avoir beaucoup dépensé d'argent pour que d'autres puissent organiser des concerts. La proximité avec Paul Lacombe ne m'aveugle pas, mais au contraire, le respect pour sa mémoire m'éclaire.
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  • L'œuvre de Paul Lacombe à la guitare : un sale signe ?

    En parcourant internet, j'ai découvert qu'un concert en hommage à Paul Lacombe avait été donné sur la place du village de Salsigne dans l'Aude, le 7 août dernier. Jusque-là, on ne peut que s'en réjouir, d'autant plus que ce sont des élèves de la classe de chant de Perpignan qui étaient à l'ouvrage. Cette aubade estivale placée sous l'égide d'un festival associatif avait sans doute pour but de faire connaître le compositeur. Une initiative à saluer ! J'ai longtemps moi-même arpenté les méandres des décideurs culturels du département pour faire interpréter sa musique, sans succès. Je n'avais pas compris à l'époque que la programmation de Paul Lacombe dépendait trop de Martial Andrieu, qu'on ne voulait pas entendre. Toutefois, il fallait bien qu'au début quelqu'un se dévoue. N'ayant pas trouvé de subventions départementales pour faire venir le Trio Wanderer, ni Felicity Lott pour interpréter sa musique de chambre et ses mélodies dans les différents festivals qui jalonnent l'Aude. Of course ! On a quand même avec deux amis de l'Opéra de Limoges, joué sa sonate pour violoncelle et piano au festival de Carcassonne. Une première depuis près de cent ans.

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    © l'Indépendant

    Donc, les prodiges élèves de Perpignan chantèrent les mélodies de Paul Lacombe. Là, où le bât blesse c'est qu'ils furent accompagnés à la guitare, un instrument certes magnifique mais pour lequel Lacombe a écrit aucune note. Vous me direz, où se trouve le problème ? Entendrait-on les lieders de Schumann, de Schubert ou les mélodies de Duparc on se privant du piano pour lesquelles elle furent composées ? Eh ! bien, non. Tout simplement parce que l'accompagnement révèle toutes les qualités d'orchestration du compositeur. Que des élèves soient soutenus à la guitare n'est pas gênant en soi dans leurs salles du conservatoire. Mais, lors d'un concert... Si le compositeur est connu, le public se réfère à l'original et se fait une raison. On a déjà entendu des revisites, comme en pâtisserie, des airs de Carmen. Si le compositeur est à connaître, le public dira : C'est cela la musique de Lacombe ? 

    Cette réflexion primesautière sera sans doute confirmée par l'article du correspondant local de l'Indépendant qui dit ceci pour annoncer l'évènement : "Paul Lacombe (1837-1927) s'est consacré aux musiques de salons et airs d'opéra." S'il est bien malheureusement une chose que Lacombe n'a pas faite, c'est de composer une œuvre lyrique. Point d'airs d'opéra dans son catalogue ! Quant à sa musique de salon, c'est tout à fait réducteur. Certes, je ne dis pas que quelques bluettes sont venues égailler les soirées mondaines, mais tout de même... Il a composé trois symphonies, trois sonates pour violon, une sonate pour violoncelle, un quatuor, trois trios et des œuvres orchestrales. A chaque fois, elle eurent les honneurs de la salle Pleyel, concerts Colonne et Lamoureux, etc. 

    Le correspondant poursuit sa litanie ainsi en annonçant qu'un "travail est en cours pour adapter ses œuvres avec de jeunes instrumentistes du conservatoire de Perpignan : piano, violon, violoncelle, guitare..." La musique de Lacombe n'a pas besoin d'être adaptée par de pseudos arrangeurs ; elle a besoin qu'on lui donne les moyens d'être jouée. Bien entendu par des élèves, mais surtout par des Renaud Capuçon, des Véronique Gens, des trios Wanderer... Qui va déposer ensuite les droits d'auteurs sur ces arrangements à la SACEM, puisque les œuvres de Lacombe sont dans le domaine public ?

    Le bouquet final tient dans une phrase. Lors de ce concert : "On pourra suivre chronologiquement la vie de l'artiste à travers ses compositions et les influences des compositeurs qui l'on marqué : Rossini, Bizet, Berlioz..." Paul Lacombe n'a jamais été inspiré par Rossini. Il n'en parle jamais ! Si ces gens avaient pris le temps de lire ma biographie, ils auraient su que ses influences sont Schumann, Debussy, Saint-Saëns... 

    Si vous ne pouvez pas faire du bien à Lacombe, ne lui faites pas du mal !

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