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Portraits de carcassonnais

  • Fernand Merlane (1900-1944), résistant et syndicaliste mort en déportation

    Fernand Merlane naît le 21 mai 1900 à Narbonne ; ses parents sont boulangers. La famille vient habiter à Carcassonne, 112 rue Trivalle. Le jeune homme effectue son apprentissage chez Plancard, fondeur sur l’allée d’Iéna. Il se marie à Axat le 23 avril 1927 avec Maria Mandreau ; le couple s’installe 115, rue Barbacane. Outre ses activités de gymnaste de la Société l’Avenir, Fernand Merlane s’investit au sein de la Bourse du travail. Au cours du congrès de la CGT de 1938, il est élu comme secrétaire de l’Union locale de Carcassonne. L’arrivée au pouvoir de Pétain sonne le glas du syndicalisme.

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    La Bourse du travail est fermée, les défenseurs des ouvriers dans le viseur du gouvernement de Vichy, car communistes. On retrouve Fernand Merlane avec les manifestants du 14 juillet 1942 au pied de la statue de Barbès. Le Service d’Ordre Légionnaire a fourni la liste des principaux opposants à la préfecture. Le mouvement de résistance Combat conduit par Albert Picolo a recruté dans le monde syndical. Merlane entre dans la clandestinité. Le 26 novembre 1943 à 7h du matin, il est arrêté par René Bach, agent français de la Gestapo, chez son employeur Saurel, rue Fédou. Le chef du 2e bureau de la Milice, Georges Promé, l’a dénoncé aux Allemands pour activités résistantes. Le milicien n’a que 24 ans, il sera fusillé à la LIbération. 

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    Le camp de Royallieu-Compiègne

    Au départ de Carcassonne, il est envoyé au camp de Royallieu situé à Compiègne. Le 14 décembre 1943, Merlane fait partie du transport de 933 prisonniers vers Buchenwald. Dans les wagons à bestiaux se trouvent les résistants de Belcaire : René Bayle, Baptiste Arnaud, Victor Dieuzère, Julien et François Toustou, Jacques Vacquier. A eux s’ajoutent Roger Denat de Sallèles d’Aude et André Verdier de Carcassonne. Le 11 janvier 1944, Fernand Merlane est transféré au camp de concentration de Dora. Dans un rapport du Kapo surveillant son commando de travail en date du 6 juin 1944, on note : « Lors du déchargement d’une poutre de 12 mètres de long, Fernand Merlane a été blessé. Elle s’est déséquilibrée et les prisonniers n’ont pas pu la retenir, ce qui a entraîné l’écrasement de la jambe de Merlane. » Il meurt d’une pneumonie au camp de Dora le 18 juillet 1944.

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    Le 9 août 1945, le conseil municipal de Carcassonne, sous la présidence du docteur Henri Gout décide de donner à la rue du moulin, le nom de Fernand Merlane. « Enfant de Carcassonne et défenseur depuis fort longtemps du syndicalisme ouvrier, l’administration municipale, dans le désir unanime de perpétuer sa mémoire et de rappeler aux générations futures le sacrifice de cet homme épris de liberté et dont l’idéal syndicaliste jouent à de nobles sentiments patriotiques, l’ont conduit au sacrifice de sa vie. » Dans la même délibération, la salle de l’Eden (actuelle, Maison des Syndicats) est nommée Salle Elie Sermet, syndicaliste narbonnais mort en déportation.

    Sources

    Gallica, Délibérations CM de Carcassonne, Généanet, Fondation pour la mémoire de la déportation, Arolsen, Procès de René Bach.

    Crédit photo

    F. Merlane : Bourse du travail de Carcassonne.

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  • André Morelli (1875-1945), un procureur républicain victime du gouvernement de Vichy

    André Erasme Morelli naît à Bastia le 5 juin 1875. Après des études de droits à Paris, il exerce pour un temps la profession d’avocat avant d’être nommé juge suppléant à Bastia à partir du 10 novembre 1906. Le juge magistrat occupe quelques mois ces fonctions. Le 19 octobre 1909, c’est à Gray en Haute-Saône qu’il pose ses valises en qualité de substitut du procureur du tribunal de cette ville. Inscrit au tableau d’avancement de la magistrature, André Morelli bénéficie dès le 10 avril 1913 d’une promotion. Le voilà désormais procureur de la République à Narbonne. D’un point de vue plus personnel, il se marie dans la sous-préfecture audoise avec Odette Guiornaud qu’il avait rencontrée à Gray.

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    Son arrivée au tribunal de 1ère instance de Carcassonne remonte au 30 mars 1925. Le couple Morelli habite 3, boulevard du canal ; actuellement, boulevard de Varsovie. Durant les quinze années où il représente le ministère public dans notre ville, il se montre un ardent défenseur des valeurs républicaines. Sa notoriété dépasse les frontières du Palais de justice. Homme droit et respecté, André Morelli fréquente les francs-maçons carcassonnais ; ce sera l’une des causes de ses futurs ennuis avec les collaborateurs et autres partisans du gouvernement de Vichy. Après la défaite de juin 1940, le procureur fait valoir ses droits à la retraite ; il est alors âgé de 65 ans. Son activité de magistrat cesse définitivement en novembre 1940, soit quelques mois après l’arrivée au pouvoir de Pétain. Sa retraite lui permet de ne pas avoir à se soumettre au serment d’obéissance au chef de l’Etat ; serment qu’il aurait sans doute refusé de prêter en faveur d’un régime anti-républicain et autocrate. Cela ne lui évite pas pour autant d’être frappé par l’arrêté du préfet de l’Aude, condamnant les opposants politiques de Vichy. Après le succès de la manifestation républicaine du 14 juillet 1942 devant la statue de Barbès, interdite par Vichy, la répression allait s’abattre contre ceux qui y avaient participé : le député Henri Gout, le sénateur Michel Bruguier ou encore le syndicaliste Albert Picolo. André Morelli est d’abord mis en résidence surveillée à Axat le 26 octobre 1942. Le préfet Marc Freund-Valade, bras armé d’un régime d’extrême droite, alourdit la sanction envers un homme âgé à la santé fragile. Il prononce son internement administratif le 1er décembre 1942 au camp de Saint-Sulpice-la-pointe, dans le Tarn. Si Morelli parvient à obtenir sa libération en janvier 1943, les sanctions prises à son encontre éveillent l’attention des Allemands. La divulgation de ses idées gaullistes et de son appartenance à la franc-maçonnerie par M. Quitte, commissaire aux questions juives de Carcassonne, ont fait les échos du journal antisémite « Je suis partout ». Sur ordre du KDS de Montpellier, la police allemande se saisit d’André Morelli chez lui, le 8 septembre 1943. Détenu à la caserne de la Lauwe à Montpellier, il est expédié au camp de Compiègne. Le 20 juin 1944, il fait partie du convoi de déportés en direction du camp de concentration de Dachau en Allemagne. Il n’en reviendra pas. Touché par l’épidémie de Typhus, il meurt le 17 février 1945 à l’intérieur du block 30, chambre 4. Il est incinéré le même jour. Le jardin sur le devant du Palais de justice de Carcassonne porte le nom de Square André Erasme Morelli.

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  • Auguste Radix (1870-1927), professeur de mathématiques

    Professeur agrégé de mathématiques, Auguste Sébastien Radix enseigna pendant trente ans au lycée de Carcassonne. Il vit le jour dans l'Ain à Pizay où son père était instituteur, le 15 février 1870. Après des études à la faculté des sciences de Montpellier, il fut nommé pendant quinze mois à Apt dans le Vaucluse avant de rejoindre le lycée de Carcassonne. Dans notre ville, il contracta mariage avec une limouxine, Marie Louise Aymet. Deux enfants naîtront de cette union : Jean Félix Antoine (1899-1969) et Louise Emilie (1908-1937). La famille habita 89, Boulevard Jean Jaurès.

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    © Sylvie David

    Claude Louis Estève

    (1890-1933)

    Claude-Louis Estève (1890-1933), professeur de philosophie bien connu à Carcassonne, ami de jeunesse de Joë Bousquet, rédigea l'oraison funèbre de son ancien maître puis collègue au lycée de la ville. Nous retranscrivons ci-dessous la prose de ce fin lettré qui ne lui survivra que six ans.

    Pour rester Carcassonnais, notre lycée ne possédant une classe de mathématiques spéciales, il lui avait fallu beaucoup de modestie et un manque total d'ambition. Je n'ai jamais autant regretté qu'aujourd'hui d'être un médiocre mathématicien, trop indigne d'esquisser la physionomie intellectuelle du savant qu'a été M. Radix. Les deux grands dons primordiaux lui avaient été dévolus : la vigueur de l'imagination, la rigueur de la méthode. De leur union résultaient une agilité intellectuelle, une lucidité vivace qui débrouillaient en se jouant les problèmes les plus touffus. Il était sensible à cette beauté des mathématiques que nous ne connaissions que par oui-dire et dont les initiés depuis Platon nous vantent la radieuse pureté. Mais son esprit n'a pas été sensible qu'à la beauté des nombres et des figures. Nul mieux que M. Radix n'a montré combien est sommaire la trop fameuse distinction de l'esprit de géomètrie et de l'esprit de finesse. Ce géomètre était un esprit fin. Il était épris de musique et de théâtre. Il y a un an, cher ami, j'ai eu le plaisir d'entendre à vos côtés, à Montpellier, le Barbier de Séville : je me rappelle vos remarques pleines d'humour et de compétences sur la déplorable facilité de Rossini et pourtant sur la pureté de contour de certaines de ses mélodies ; et sur le délicieux rôle de Rosine. Vous êtes un artiste, cher grand ami.

    Avec des pareils dons, M. Radix eût pu aspirer à des hautes destinées scientifiques. Malheureusement, il n'a pas été ambitieux. Et surtout, il était trop bon professeur. Il aimait trop sa classe et ses élèves, si on peur les aimer trop. Comment ne pas se rappeler sans émotion, Radix, que dans vos cent jours de maladie, déjà frôlé par l'ombre de la mort, un de vos crève-coeur, ça a été, le 1er octobre dernier, de ne pas reprendre votre travail et sembler ainsi abandonner les élèves que vous avez tant aimé ! Il faut que les élèves le sachent, et il faut qu'ils sachent aussi combien leur maître a souffert d'être alité, de rester oisif, lui qui, loin de résigner à l'effort, y avait toujours trouvé sa joie. 

    La classe... M. Radix s'y est consacré entièrement. Jamais un maître n'a montré plus de conscience ni déployé plus de zèle, et cela sans arrière-pensée égoïste. M. Radix mûrissait longuement ses leçons, il corrigeait ses devoirs avec un luxe d'annotation que l'on trouve rarement, il suivait de près le travail de ses élèves, échangeant souvent ses impressions sur leur compte avec M. le Proviseur et avec ses Collègues ; il entrait en relation avec les familles et plus d'une fois il intervint, à la prière des parents, pour ramener un jeune homme dans le bon chemin ; son ascendant sur les élèves était tel qu'il réussit presque toujours dans cette délicate mission. Il se montrait exigeant, il en avait le droit, car il donnait l'exemple du labeur ; aussi était-il adoré de ses élèves. Quel intérêt il leur portait, avec quelle persévérance et sollicitude il suivait les examens, combien de fois il a lutté contre un découragement prématuré, que de démarches il a faites auprès des membres du jury pour obtenir la révision d'un jugement erroné ; combien de candidats, connus ou inconnus, lui doivent ainsi leur succès ! Aussi la réussite devait répondre à tant de soins, la réputation professionnelle de M. Radix grandit rapidement, de toutes parts lui vinrent des témoignages de confiance, de reconnaissance qui le récompensaient, mieux que tout, de ses efforts.

    Les élèves ! Ici, M. Radix, je ne peux plus parler de vous comme collègue ou comme président de l'Amicale, mais comme ancien disciple. Tous mes amis sont vos anciens élèves, leurs pères l'étaient déjà, vous m'avez interrogé moi-même au baccalauréat. Tout ce qu'il y de mathématiciens dans l'Aude est de votre filiation spirituelle. Et dans notre grande famille, je n'ai jamais entendu parter de vous qu'avec admiration et affection. Si nous n'avons pu apprécier que de loin votre science, nous avons senti le rayonnement, quand, grâce à votre maîtrise de professeur, vos leçons si nettes, si lumineuses, se subordonnaient avec tant de simplicité à nos esprits que, nous étions ravis de nous découvrir plus intelligents et plus perspicaces que nous n'osions l'espérer. Mais surtout de quelle intimité était faite l'atmosphère de votre classe ! Si vous avez beaucoup aimé vos élèves, cher professeur, ils vous le rendent bien ! Avec quelle émotion attristée nous nous souvenons de cette aménité, de cette mansuétude  qui faisaient la saveur propre de votre caractère. il faut croire, qu'elles aussi, étaient communicatives : jusqu'à votre mort, hélas prématurée, les choses vous ont été doucement belles, doucement bonnes, et vous aviez mérité qu'il en fut ainsi.

    Entre tous les élèves que M. Radix avait formés, parmi les meilleurs, il a eu la joie de compter deux enfants, deux esprits d'élite, et aussi le fils de notre regretté collègue M. Bosc qu'il y a 10 jours à peine nous pleurions. Et ç'avait été un lien de plus entre lui et notre cher lycée, dont il était le premier professeur, le professeur-type, celui auquel les élèves se plaisent à penser, plus tard, quand ils regrettent leurs années de jeunesse, d'études et de succès.

    Ses dernier moments ont accompli sa vie ; près de mourir, il a songé aux siens plus qu'à lui-même, puis s'est endormi. Au nom de l'Amicale et en mon nom personnel, que la famille de M. Radix, si cruellement éprouvée, veuille bien trouver ici un écho à sa douleur et l'expression de notre affectueuse amitié ! Adieu, Radix ! Nous ne laisserons rien pervertir de ce qui nous vient de vous.

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