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Usines

  • Les bâtiments de l'ancienne Franco, comme disaient nos anciens...

    Venus d’Italie, plus exactement de la ville de Monza située dans le nord de la péninsule, les frères Cordara s’installent à Carcassonne après la Première guerre mondiale. Au n°56 de la rue Barbacane, à côté de la boulangerie Rajol, Henri vit avec son épouse Joséphine et à partir de 1928, avec son fils Charles. On donnera au bambino, le prénom du tonton qui comme son père avait sans doute fait en Italie de brillantes études d’ingénieur.

    manufacture franco

    Ils vont alors fonder en 1928 une usine, connue sous le nom de Manufacture Franco-Italienne de cloches de laine, en bordure de l’Aude dans le quartier de La Prade, au pied de la voie de chemin de fer. A l’intérieur de ces bâtiments, des ouvriers fabriquaient les cloches de laine avant leur transformation en feutre à chapeaux pour les usines de Couiza et d’Espéraza. 

    manufacture franco

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    Cordara frères, constructeurs-mécaniciens

    Sur les bastisseuses et autres sableuses conçues par Cordara frères, constructeurs-mécaniciens, une importante main-d’œuvre dont le savoir faire s’est hélas perdu, confectionnait des cloches de laine de grande qualité. L’activité de cette manufacture perdura jusqu’en 1933, c’est-à-dire cinq années après sa création. Toutefois, les vieux Carcassonnais firent de la Franco, un nom éponyme désignant les bâtiments au fond du boulevard Paul Sabatier.

    manufacture franco

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    Machine utilisée pour donner au chapeau la forme définitive de ses bords, par pressage sous un sac de sable chaud. Bâti composé de 2 piétements trapézoïdaux, reliés par une traverse en U, sur lesquels repose une plaque chauffante en fonte, alimentée par un tuyau de vapeur. Au-dessus de cette plaque, prend place le système de pressage du feutre ou sache, fait d’un gros sac rempli de sable, en toile épaisse cousue à un disque en feutre de laine écru. Ce sac est fixé par une tige sur une « cuvette » métallique renversée, percée de 2 trous fermés par un bouchon pour le remplissage du sable. Le chapeau de feutre, renversé sur un collier en bois et recouvert d’un tissu humide, est pressé sous cette sache, chauffée au contact de la plaque en fonte. Le déplacement de la sache est assuré, sous le bâti, par une colonne installée sur la traverse en U. Cette colonne est équipée d’un vérin à pression d’air qui, relié à des tiges verticales traversant la plaque de fonte et supportant la sache, entraîne son élévation ou sa descente. Une traverse fixée aux pieds de la sableuse, à l’avant, supporte la pédale quadrillée de commande et le tuyau d’alimentation en air comprimé. Un manomètre est fixé sur le tuyau, à droite de la machine. A l’avant de la plaque, un plateau en bois permet la pose des colliers avant passage sous les sacs de sable. (Atelier-Musée du chapeau / Chazelles-sur-Lyon)

    Deux ans après, le local désaffecté servit aux réfugiés Sarrois chassés de chez eux à la suite du plébiscite du 13 janvier 1935. Ce territoire, protectorat français depuis le traité de Versailles, choisit de s’unifier à l’Allemagne et on estime à près de dix mille, le nombre de personnes réfugiées en France à cette époque. Quand les nazis envahirent la zone sud de notre pays en novembre 1942, l’ancienne Franco devint l’un des garde-mangers de l’armée d’occupation à Carcassonne. Rigoureusement protégé par des plantons vert-de-gris en armes, il fut dès lors impossible aux affamés touchés par les restrictions de nourriture, de s’en approcher. Le 13 août 1944, des lightning’s P.38 du Fighter group américain revenant d’un raid sur Toulouse, mitrailla la Franco et l’aérodrome de Salvaza. Cinq jours plus tard, juste avant de quitter Carcassonne, les Allemands mirent le feu aux dépôts de denrées de la ville et l’ancienne manufacture n’échappa pas à son sort. Autant dire que l’on ne mit pas longtemps à trouver des volontaires pour circonscrire l’incendie ; les F.F.I durent monter la garde pour éviter les pillages au péril de leur vie. Quand le peuple a faim, il est bien difficile de le contenir…

    manufacture franco

    Une fois le second conflit mondial terminé, les hangars servirent de dépôt aux autobus des Courriers Roussillon Languedoc. Ces derniers assuraient la liaison vers les villages autour de Carcassonne à partir de l’autogare, situé boulevard de Varsovie. Après l’explosion d’A.Z.F à Toulouse en 2001, les autobus urbains endommagés furent acheminés sur le site pour y être réparés. Encore de nos jours, une partie de la Franco sert à groupe de transports publics Keolis ; l’autre partie, à l’agence SERPE spécialisée dans les travaux d’élagages.

    Nous espérons que des lecteurs pourront apporter des précisions supplémentaires sur l’ancienne Manufacture Franco-Italienne. 

    Sources

    Archives personnelles d'Alfred Raucoules

    Madame Danièle Cordara, avec la médiation de J. Blanco

    Archives Seconde guerre / M. Andrieu

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  • Bonnafous et fils : Histoire d'une imprimerie depuis 1776

    Bernard Vincent Gardel, fonde en 1776 une imprimerie à Carcassonne. Son gendre, Louis Pomiès après avoir épousé la fille Gardel Marie-Pierrette en 1833, reprendra l'affaire de son défunt beau-père. Louis obtient le Brevet du Roi et son frère François, créé en 1854 le "Courrier de l'Aude". La famille Pomiès n'a pas d'héritier et Victor Bonnafous qui travaille déjà pour l'entreprise depuis 1870, va l'acquérir petit à petit. Le 8 avril 1880, il achète le fond de la librairie. Le 4 février 1899, Mathieu Thomas, le beau-père de Victor devient propriétaire d'un immeuble de l'actuelle rue Aimé Ramond. C'est là que pendant des décennies, la famille Bonnafous fera tourner les rotatives pour l'impression des journaux, livres, affiches et autres brochures. A la mort de Mathieu Thomas, Victor Bonnafous cède l'imprimerie à son fils aîné Joseph, la librairie revenant à Louis. Nous sommes en 1911, à la veille de la Grande guerre. Les deux jeunes hommes mobilisés au front en 1914, il fallait faire tourner l'affaire. Ce sont leurs épouses, leur belle-mère Augustine et Victor Bonnafous (1843-1915) qui reprend du service pour les remplacer. Le 27 septembre 1915, Joseph Bonnafous est tué à l'ennemi dans la Marne. Son frère cadet, seul survivant, devient le propriétaire et fait passer l'imprimerie en Société Anonyme. La maison prend alors le nom de Louis Bonnafous et fils. Il fonde l'Echo de Carcassonne en 1940.

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    Louis décède en 1946, laissant à ses deux fils le soin de faire prospérer l'entreprise familiale. Elle est scindée en deux parties : Joseph s'occupe du magasin de Papeterie-Librairie ; Victor dirige l'imprimerie jusqu'en 1981. Outre ses activités professionnelles, ce dernier occupera le poste de maire de Fontiers-Cabardès de 1945 à 1989 et de Conseiller Général de l'Aude de 1958 à 1976.. Ce ne sont pas là les seules dont la liste serait trop longue à citer : Président du Syndicat des Maîtres imprimeurs, Président de la CPAM de l'Aude (1967-1984), Membre du Syndicat des Journalistes Français, etc. Victor Bonnafous fonde également le Courrier de la Cité en 1950.

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    A gauche, l'imprimerie Bonnafous

    L'atelier de la rue Ramond disparaît, mais le bureau est maintenu pour la clientèle. Les machines sont installées dans un local mieux adapté, 26 rue Fabre d'Eglantine. Victor Bonnafous entraîne ses enfants Louis, Georges et Jean dans l'aventure. Dans les années 2000, Georges décide de partir du quartier de la Digue. Il fait construire un local de plusieurs milliers de mètres carrés sur le plateau de Grazailles. 

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    Les locaux de la rue Fabre d'Eglantine rachetés à l'usine de chaussures Raoul Pidoux

    Hélas, Georges décède subitement à l'hôpital le 17 septembre 2010. Il avait seulement 59 ans... L'entreprise ne s'en relèvera pas faute de repreneur. En 2011, elle est mise en liquidation judiciaire et ses six employés sont licenciés. La SAS Escourrou rachète le site et le fait raser en 2015 pour y installer des bureaux. Ainsi se termine tristement l'histoire d'une imprimerie Carcassonnaise bi-centenaire, après celles de Polère, Fieul, Roudière, Gabelle, etc.

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    Crédit photos

    1. Georges Bonnafous / N. Amen-Vals / Midi-Libre

    3 et 4. Google Maps

    5. Nathalie Amen-Vals / L'Indépendant

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  • L'époque où l'on fabriquait des bérets Basques à Carcassonne...

    Entre les deux guerres, l'ensemble de la Haute-Vallée de l'Aude connaît une période de quasi plein emploi grâce à ses usines de chapeaux. A la veille de la grande crise économique de 1929, les différentes sociétés chapelières de l'Aude vont se regrouper afin de mutualiser leurs efforts. De cette restructuration du paysage industriel vont émerger trois nouvelles enseignes. En 1928, la société Canat et de la Chapelle de Couiza s'allie avec les établissements Jean Peille d'Espéraza pour devenir l'I.C.A (Industrie Chapelière de l'Aude). La même année, les usines Villa d'Espéraza et de Couiza fondent l'U.C.F (Union Chapelière Française) ; nous allons en reparler. Enfin, l'année suivante Jean et Baptiste Bourrel s'associent et prennent le nom d'Etablissements Bourrel réunis.

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    Publicité dessinée par le peintre Jean Camberoque.

    Cet accroissement des débouchés a été momentané et dû au développement brusque des importations des Etats-Unis. Mais la crise de 1929 est venue arrêter brutalement cette expansion. En 1927, ce sont 3 017 127 de cloches à chapeaux qui étaient exportées depuis la Haute-Vallée. Ce chiffre passa à 9 161 787 en 1929. Après la Seconde guerre mondiale, on n'en compte plus que 368 226.

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    L'Union Chapelière Française est fondée par M. Villa d'Espéraza le 30 juillet 1928, suivant statuts déposés chez Me Escarguel, notaire à Carcassonne, le 17 juillet 1928. Son siège social se trouve à Paris, mais son usine s'implante à Carcassonne au n°33 de la rue Alfred de Musset.

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    A partir de 1950, la crise chapelière a pour effet de ne plus pouvoir proposer de travail, car il lui impossible de renouveler son personnel. C'est 60% des moins de 21 ans qui quittent Espéraza et Couiza en direction de Quillan et Limoux, villes dans lesquelles de nouvelles industries se créent. Cinq ans plus tard, il ne reste plus que trois fabricants de cloches. Le COFIC fait transformer par l'I.C.A et l'U.C.F les matières premières qu'elle achète. Après la faillite de l'U.C.F, seule l'I.C.A exécutera ce travail.

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    A l'arrière de l'église du Sacré-Cœur, l'usine des bérets avec sa cheminée

    La faillite de l'Union Chapelière Française intervient le 26 mars 1955 pour défaut d'intérêt de masse. A dater du 7 novembre 1958, l'affaire d'Henry Villa est rachetée par Raoul de Rochette demeurant au château de Gaja près de Carcassonne. Il acquiert un fonds de fabrication et de vente de bérets avec la contremarque Perly pour 90 millions de francs, à la Société Union Chapelière Française représentée par Pierre Azéma, président du Conseil d'administration.

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    En 1974, la cheminée de l'ancienne usine des bérets qui culminait à 26 mètres au-dessus du quartier de la Pierre Blanche, est abattue. Les bâtiments sont alors transformés et deviennent la propriété de la société textile Sermo qui s'en servira d'entrepôt.

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    Les bâtiments de l'usine sont aujourd'hui occupés par un bowling. Il ne reste plus que les toits pour matérialiser encore le passé industriel de ce lieu oublié qui fit vivre de nombreuses familles d'ouvriers.

    Sources

    Notes, recherches et synthèse / Martial Andrieu

    Revue d'économie méridionale / 1959

    Bulletin des annonces civiles et commerciales

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