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Peintres et sculpteurs

  • La Vierge à l'enfant du Sacré-cœur, misérablement oubliée dans sa loggia

    Dans une loggia située juste en face de l’église du Sacré-cœur, se trouve une Vierge à l’enfant sculptée par Eugène-Henri Duler (1902-1981). Cette œuvre avait été commandée par l’abbé Belloc à son camarade de captivité. Les deux hommes avaient fait connaissance dans un Oflag pendant la Seconde guerre mondiale en Allemagne ; Duler s’était installé depuis dans un château près du Mas-Sainte-Puelles dans l’Aude où il avait son atelier. L’ancien élève de Maillol et le nègre d’Henry Parayre, devait y recevoir l’abbé Belloc et le chanoine Sarraute le 11 juin 1949 afin de leur présenter la première ébauche de son travail. Bien que n’ayant aperçu que les traits d’une pierre dégrossie, les deux ecclésiastiques demeuraient confiants quant à la qualité artistique de l’œuvre.

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    Le 23 octobre 1949, l’inauguration de la sculpture de Duler leva le voile sur cette Vierge penchée, tenant la main droite de l’enfant qu’elle porte sur le bras gauche. D’après Gabriel Sarraute, l’enthousiasme parmi le public ne fut pas à la hauteur des espérances. On omit même de féliciter officiellement Duler, au cours des discours qui s’en suivirent. Il faut croire que cette Vierge ne rentrait pas dans les canons d’un époque, pas assez sensible au renouveau artistique de l’art religieux. Aujourd’hui encore cette histoire oubliée, que nous devons aux mémoires du chanoine Sarraute, laisse la Vierge d’Eugène-Henri Duler dans l’anonymat le plus total. Elle fut tout de même sculptée par l’un des artistes les plus doués de sa génération. Qui s’en souvient ?…

    Sources

    Mémoires manuscrites du chanoine Sarraute

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    © Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2020

  • Le dessin de Dominique Ingres au Musée des Beaux-arts était-il un faux ?

    Le musée des Beaux-arts de Carcassonne possède depuis 1949, un dessin attribué à Dominique Ingres (1780-1867) qui à cet époque suscita bien des questionnements et des polémiques. Ce portrait jugé comme grossier par plusieurs spécialistes locaux, comme l’antiquaire Lambrigot, mit en doute son authenticité. Le chanoine Sarraute, ancien élève de l’école du Louvre, donna son avis en ces termes :

    « S’il est de lui et cela me parait très douteux, c’est un mauvais Ingres […] Tel quel il est laid et piteux. N’est-il pas un symbole du contribuable Carcassonnais, mis knock-out par les impôts de notre bonne ville ? »

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    © Musée de Beaux-arts de Carcassonne

    Huile sur toile, signée Ingres 1797

    L’affaire aurait pu en rester sur des considérations d’ordre artistique ; elle prit une tournure politique sur fond de querelles entre les communistes et la majorité municipale radicale du docteur Philippe Soum. La ville souhaita acheter le supposé Ingres suivant la proposition de Monsieur Esparseil, conseiller municipal R.P.F, mais surtout ancien propriétaire du tableau… 

    Il n’en fallut pas davantage à l’opposition communiste menée par M. Llante, pour jeter la suspicion sur une affaire qu’il qualifia de malhonnête. M. Esparseil répondit, non sans menacer son accusateur de diffamation, qu’il s’était dessaisi du tableau le 22 mai 1933, suivant acte de Maître Auriol. « Une maison du faubourg Saint-Honoré à Paris allait l’acheter pour le compte de l’étranger et plutôt que de le voir partir hors de France, j’en ai proposé l’achat au musée », dit-il.

    M. Esparseil remit donc une fiche de ce dessin, signé Ingres et daté de 1797, au maire de Carcassonne et sollicita 100 000 francs pour son acquisition. Il ne devrait rien en coûter au budget municipal puisque les legs « Sourbieu » d’un montant d’un million huit cent mille francs, uniquement destiné à l’achat de tableaux, couvriraient largement la facture. Restait à confirmer l’authenticité d’un dessin dont les détracteurs estimaient le prix très au-dessus de sa valeur artistique : « Quel prix vaut-il ??? Mais 100 000 francs me paraissent très exagérés. A la vente de la collection du duc de Trévise, il y avait un Ingres de ce genre, authentique, bien mieux. Il a été vendu un petit prix », souligna le chanoine Sarraute.

    Beaux-Arts_de_Carcassonne_-_Façade.jpg

    Le 13 janvier 1948, la commission des achats des Beaux-arts étudia la proposition. Elle adopta à la majorité l’achat du dessin, sous réserve de confier la photo à René Nelli - alors conservateur du musée - en lui demandant de poser la question au ministère. Le 10 mars, la réponse fut enfin connue :

    « La photographie n’apporte pas la conviction qu’on soit en présence d’une œuvre de la main du maître. Si vous aviez l’intention de poursuivre cette négociation, il serait intéressant que vous nous fassiez apporter la toile à Paris pour la soumettre au spécialiste. »

    Nelli hésita à expédier vers la capitale l’Ingres de Carcassonne et attendit le passage des inspecteurs des Beaux-arts. Lors de leur visite au musée, Madame Duprat, ainsi que M. Rivière, conclurent à l’authenticité. L’achat fut donc ratifié par la Direction des Musées de France. Dans ses mémoires, le chanoine Sarraute note :

    « Nelli m’a dit que Ningres (restaurateur des musées nationaux) estime que c’est un vrai Ingres. Il l’avait mis sur une porte (j’avais fait la remarque au maire). On l’a descendu. Beaucoup sont venus voir cet Ingres qui donnera aux Carcassonnais une triste idée de ce dessinateur merveilleux. Ningres a vu un Ingres de ce genre, fait quand il était élève de Roques à Toulouse. Il croit qu’on l’a retouché, qu’il faudrait arranger la tâche qui est sur la poitrine. »

    Afin de couper court à la polémique, Philippe Soum conclut que l’administration des Beaux-arts pouvait faire annuler la vente ou s’opposer à l’exposition du tableau. Elle n’en fit rien ; le dessin grossier de Dominique Ingres réalisé à l’âge de 17 ans fut donc considéré définitivement comme authentique. Il fait partie encore de nos jours des collections du musée des Beaux-arts de Carcassonne.

    Sources

    Archives du Chanoine Gabriel Sarraute

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  • Six œuvres d'art cachées sur les ronds-points de Carcassonne...

    En passant par le rond-point du lycée agricole Charlemagne, je fus intrigué par une oeuvre d'art située en bordure de la route de Saint-Hilaire. Je m'arrêtai alors pour en prendre connaissance. Fort heureusement et chose unique dans Carcassonne — nous le verrons plus tard — la sculpture portait non seulement le nom de l'artiste mais également le titre de l'oeuvre. Je pouvais donc en rentrant chez moi, chercher avec la facilité que procure désormais internet, la biographie de Jean Suzanne et de sa sculpture intulée "Le signe méditerranéen". Cela ne me suffit pas, il me fallut connaître le fil de l'histoire qui avait pu l'amener à cet endroit. Je décidai de téléphoner à Jean-Marc Tilcke, galeriste d'art contemporain bien connu à Carcassonne. Il administre "La maison du chevalier" dans la rue Trivalle.

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    © Martial Andrieu

    L'oeuvre de Jean Suzanne

    J'apprends alors que ce sont en fait six oeuvres qui ornent les rond-points de Carcassonne depuis 20 ans. Au début des années 1990 eut lieu dans notre ville un symposium de sculpture, piloté par Jean-Marc Tilcke en collaboration avec la ville de Carcassonne représentée par Raymond Chésa, le ministère de la culture représenté par le préfet et le Conseil régional représenté par Jacques Blanc. D'après J-M Tilcke, la mairie devait à l'issue de la manifestation faire l'acquisition des sculptures. Ce qu'elle ne fit pas. Le directeur de la Maison du chevalier décida alors d'emprunter pour pouvoir les conserver à Carcassonne, pour une somme totale de 20 millions d'anciens francs (30.000 €). Finalement, un arrangement fut trouvé avec Raymond Chésa afin que les six oeuvres prissent place dans Carcassonne. Contractuellement, un commodat ou prêt à usage fut signé entre les parties. Il obligea la ville à assurer, entretenir et protéger les sculptures.

    Les six sculptures

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    © Martial Andrieu

    La nef de pierre d'Ariel Mocovici

    Cette oeuvre se trouvait jusqu'en 2003 dans le square Gambetta. Depuis seize ans, elle est entreposée aux serres municipales et attend désespérément un lieu pour l'accueillir. Notons que dernièrement une sculpture d'Ariel Moscovici a été achetée par Taïwan pour 300.000 dollars.

    http://arielmoscovici.free.fr/

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    La fracture de Jean Suzanne

    Cette oeuvre conçue en acier et inox a été débaptisé sans le consentement de l'artiste. Elle porte sur son socle le titre de "Signe méditerranéen". Elle se trouve sur le rond point de Charlemagne

    http://www.jeansuzanne.com/

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    Tcherban Gabréa

    Cette sculpture se trouve sur le rond-point Maurice Ancely, avant d'arriver à Géant Cité 2. Elle ne porte aucune mention ni sur l'artiste, ni sur l’oeuvre.

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    Bata Marianov

    Cette oeuvre en bois se trouve route de Saint-Hilaire, à l'entrée de la rue Barbacane.

    http://www.marianov.de

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    Nicolae Fleissig

    Cette sculpture se trouve sur le rond-point du Souvenir français, près de Géant Cité 2

    http://nicolaefleissig.blogspot.com/p/symposiums.html

    Michel Argouge

    Elle se trouvait sur le rond point de l'aéroport, mais...

    Quel avenir pour ses sculptures ?

    Il est évident que très très peu de personnes connaissent l'histoire de ces oeuvres et qu'un jour, on pourrait imaginer qu'un inculte en mal artistique se prenne à les repeindre en bleu. On l'a vu ailleurs récemment... Néanmoins, elles semblent plutôt en bon état au milieu d'espaces verts entretenus. Il faudrait qu'elles soient mises en valeur par un éclairage et matérialisées par un panneau explicatif.

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