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Musique et patrimoine de Carcassonne - Page 3

  • La finale du championnat de France de rugby 1925 et les larmes des Carcassonnais

    On s'est souvent amusé à compter les dix finales de l'ASM Clermont-Auvergne perdues, avant que ce club ne finisse par briser la malédiction en 2010. Ne vous a t-on jamais raconté que l'AS Carcassonne avant de battre pavillon treiziste, avait échoué en 1925 à remporter le bouclier de Brennus ? Peut-être est-elle plus malheureuse cette équipe de Carcassonne qui n'a jamais pu depuis renouveler l'exploit de se hisser en finale du championnat de France de Première division, ancêtre de l'actuel Top 14. Tout avait pourtant bien débuté par une victoire en demi-finale contre le Stade Toulousain à Bordeaux, le 5 avril 1925. Imaginerait-on aujourd'hui pareil exploit ? Inutile de rêver, on ne prête qu'aux riches et sans sponsor bien armé en trésorerie, aucune chance sur le plan sportif de se hisser maintenant en haut du tableau. Revenons donc 93 ans en arrière... Mon Dieu ! Que le passe vite.

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    L'équipe de l'AS Carcassonne lors de la finale

    La veille de la finale à Toulouse qui sera rejouée la semaine suivante à Narbonne, en raison du score nul et vierge de la rencontre entre l'AS Carcassonne et l'USA Perpignan, Gilbert Brutus (1887-1944) écrivait :

    "Tout fier de sa victoire sur le Stade Toulousain, Sébédio (dit le Sultan) rêve de nouvelles victoires, il aspire de tout son cœur à être champion de France pour démontrer qu'ils sont dignes d'être comparés aux meilleurs. Le pack de l'ASC est peut-être plus lourd que celui de l'USAP. Si nous mettons Darsans et Carbonne sur le même pied d'égalité, en revanche nous croyons que Pascot est supérieur à l'ouverture. Quant aux trois-quart, la supériorité perpignanaise est à craindre mais les Carcassonnais essaieront d'étouffer dans l'œuf les départs adverses. Andrieu s'annonce supérieur à Cayrol. Le talonnage de Mauran est connus des Catalans. Très ardent et très fougueux, le huit Sébédio est capable d'écœurer ses adversaires." (Le Midi sportif)

    Gilbert Brutus (1887-1944) fut joueur, dirigeant et arbitre. Engagé dans la Résistance auprès du général Delestraint, il sera plusieurs fois dénoncé. Arrêté et torturé par la Gestapo et la Milice, il mourra le 7 mars 1944 dans la citadelle de Perpignan. Le stade dans lequel évolue les Dragons Catalans XIII porte son nom.

    AS Carcassonne

    Andrieu, Albert Domec, Miquel, Jean Roux, Gleyzes, Marty, Darsans, Séguier, Jean Sébédio, Raynaud I, Cadenat, Germain Raynaud, Casterot, Mauran, Aguado

    USA Perpignan

    Sayroux, Delort, Montade, Henric, Rière, Ribère, Camo, Sicard, Pascot, Carbonne, Darne, Ramis, Baillette, Tabès, Cayrol.

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    Ce 3 mai 1925, la finale du championnat de France est rejouée à Maraussan (Narbonne), actuel stade Cassayet. A l'arbitrage, Robert Vigné qui avait déjà officié la semaine d'avant à Toulouse. On reprend donc les mêmes acteurs avec l'espoir qu'ils se départageront à la fin du temps réglementaire. Si le temps à Toulouse avait été très humide, à Narbonne il fait en ce début de mois de mai, une chaleur saharienne. Ceci n'a pas découragé les 21 000 spectateurs présents dans le stade, mais également sur les toits des tribunes et des maisons voisines. Le prix des places à une époque où un franc valait 20 sous avait été fixé à 5 frs (Populaires), 15,25 frs (Enceintes tribunes), 24,24 frs (Chaises numérotées en touche), 30,25 (Tribunes numérotées). Pour mémoire, un ouvrier en bas de l'échelle gagnait 600 francs mensuels. La recette atteint tout de même près de 120 000 francs.

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    Jean Sébédio de l'AS Carcassonne

    La partie débute par la mise en jeu de Carcassonne, reçue par Camo, qui arrête de volée. La touche qui suit permet aux Catalans de porter les hostilités chez les "jaune et noir" qui se défendent vigoureusement, empêchant ainsi un beau départ de Montade et Rière. Les mêlées donnent la balle à Perpignan mais l'énervement compréhensible de plusieurs joueurs fait manquer plusieurs départs des lignes arrières. Toutefois, Carcassonne, grâce à sa troisième ligne, amorce un long dribbling, auquel riposte une belle attaque de Pascot. Baillette manque la passe alors que l'essai était imparable. L'action catalane se faisant pressante, Carcassonne doit toucher dans ses buts. Sur renvoi, Carbone se fait boucler. Ramis peut tout de me^me trouver la touche et Carcassonne continue sa défense méthodique, ce qui n'empêche pas Raynaud I et Séguier d'amorcer un dribblent effectif.

    Coup franc aux 'sang et or" pour obstruction, aux 22 Carcassonnais. Les joueurs réagissent. Roux, Miquel, interceptent une passe de Baillette et envahissent le camp Catalan. La partie se poursuit à une folle allure. c'est une bataille âpre, violente et sans répit ; elle donne lieu à quelques incidents, mais tout rentre dans l'ordre lorsque les trois-quarts audois font une charge réussie, que Gleizes termine par une touche et de laquelle Castérot part. A nouveau Cayrol sauve son camp en renvoyant vers le centre du terrain. Darne oblige Andrieu à toucher dans ses buts. carcassonne faisant montre d'une certaine confiance, ouvre. cela lui vaut de voir Ramis l'obliger à revenir à sa défense première, après avoir bouclé Andrieu. Le jeu est remonté vers le centre. D'un cafouillage, Ramis ramasse, part dans son style particulier, arrive devant Andrieu d'un crochet, le laisse littéralement sur place et après une course de 60 mètres va marquer un très bel essai, qu'il transforme.

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    Roger Ramis, auteur de l'essai 

    Cet essai surprend Carcassonne, qui ne donne plus l'impression du début. Il faut une attaque de Montade et Rière pour réveiller une énergie endormie. Par Raynaud, Mauran, et surtout Sébédio, les hostilités reprennent vigoureuses. La mi-temps est sifflée au centre du terrain.

    AS Carcassonne 0 USA Perpignan 5

    Le jeu reprend sur un coup de pied de Carcassonne. Andrieu trouve une touche dans le camp catalan. Darsans, servi sur une touche, lance ses partenaires qui ne peuvent passer devant la défense adverse et perdent le bénéfice de l'essai par manque d'homogénéité. L'obstruction de Perpignan lui vaut un coup franc tapé par Sébédio. Le jeu se reporte dans le camp catalan. Sur un long coup de pied, Cayrol touche dans ses buts. cette reprise de mi-temps ressemble maintenant au jeu pratiqué dimanche dernier à Toulouse ; c'est une ardente prise des deux lignes d'avants, dont l'une bénéficie de l'avance et l'autre ne peut desserrer l'étreinte qui s'abat sur elle. Ajoutons à cela l'affolement qu'on peut facilement s'expliquer et on aura la raison pour laquelle des attaques comme ces de Sicard, Rière n'aboutissement pas. 

    Carcassonne, un moment acculé sur ses buts s'en dégage sur un court dribblant de Raynaud I. De violents incidents surviennent de nouveau entre joueurs. M. Vigné fait appel à la sportivité des équipiers et du public. Il faut avouer que ce spectacle n'a rien d'interessant. Les Catalans attaquent de nouveau ; Ramis essaie le drop et le manque. L'ardeur des adversaires n'a pas diminué. ramis tente une échappée heureusement arpentée par Roux et Gleizes.

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    Caricature de Ramis, l'homme du match

    La mêlée donnant la balle à Darsans, celui-ci fonce et sert Marty ; la ligne s'ébranle mais Domec est arrêté par Darné. Le pack "sang et or" regagne le terrain qu'il avait perdu et c'est la lutte qui recommence au centre du terrain. Les forwards catalans ont repris le contrôle des opérations et se montrent supérieurs dans leurs attaques ; aussi Ramis, Baillette sont particulièrement dangereux pour les buts Carcassonnais. Perpignan  domine manifestement dans toutes les lignes. Il faut la défense supérieure des hommes de Sébédio pour que le score ne soit pas plus fort au profit des Catalans. Près des buts audois, une bataille se poursuit, de laquelle un coup franc dégage Carcassonne. Les deux équipes remontent au centre du terrain. Camp, Rivière, Sicard amorcent un dribblling, et c'est la fin sifflée sur les buts Carcassonnais.

    (Le Petit méridional - 4 mai 1925)

    Les faits de match

    Un essai marqué par Sébédio pour les Carcassonnais en début de première période, après un long coup de pied à suivre et une course de plusieurs mètres. Hélas ! L'arbitre le refusa et à cette époque, on ne pouvait pas faire appel à la vidéo. Y avait-il une raison pour ne pas accorder l'essai ? 

    "Les Catalans ont joué plus vite que nous, mais battu pour battu, j'aurais préféré que l'arbitre nous accordât l'essai".

    (Jean Sébédio)

    Albert Domec rate une pénalité des 25 mètres

    De nombreux tampons et distributions de châtaignes en seconde mi-temps. 

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    Voilà comment l'unique finale de Carcassonne en championnat de France fut perdue ! l'US Quillan en joua trois entre 1928 et 1930 et en gagna une. Une performance qui n'est sans doute pas près de se renouveler...

    Sources

    Le petit méridional

    L'express du midi

    Le courrier de la Cité

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  • La façade de la Caisse d'Epargne révèle des secrets inédits...

    On passe devant sans lever les yeux vers la superbe mosaïque - il s'agit de bien de cela - qui orne la façade de la Caisse d'Epargne, boulevard Camille Pelletan. Que savions-nous jusque-là de cette réalisation artistique ? Qu'elle était l'œuvre de l'architecte Emile, Charles Saulnier (1828-1900) et c'est à peu près tout. Or, grâce à une découverte très récente mise à ma disposition par l'un de ses descendants, j'ai pu mener un travail de recherche plus approfondit.

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    © Archives de l'Académie d'architecture

    Emile Saulnier naît à Paris le 19 janvier 1828. Grand prix Percier de l'Ecole de dessin en 1845 puis élève à l'Ecole des Beaux-arts, il est nommé à Carcassonne ensuite comme Architecte de l'Aude. On lui doit de nombreux édifices publics dans le département, mais également lorsqu'il prendra les fonctions d'architecte diocésain en 1880, la construction d'églises et de chapelles-tombeaux pour des particuliers : Famille de Pennautier (Pennautier), Rolland du Roquan (Carcassonne), Denelle (Alzonne), Perrière (Puichéric), Sicard (Caunes-Minervois), etc. Citons pour la ville de Carcassonne, la façade du Musée des Beaux-arts et la Caisse d'Epargne. Emile Saulnier mourra à Carcassonne en 1900 et est inhumé au cimetière Saint-Vincent.

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    Un membre de la famille Saulnier conserve le dessin préparatoire à la mosaïque. Elle vient de m'en adresser une copie. Il nous suffira d'observer les différences entre le projet et le résultat final, pour s'apercevoir de la disparition du "Epargne" au-dessus de la tête du personnage central. Le triptyque devait être Travail, Epargne, Famille. Sans doute pour des questions de mesures, ce mot a t-il été supprimé lors de la pose de la mosaïque. L'homme à gauche ne tient plus l'enclume et le marteau, mais les symboles de l'industrie, comme un engrenage par exemple.

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    Ce qui m'a surtout interpellé ce sont les signatures en bas du dessin. Nous avons certes Emile Saulnier qui réalisa le dessin et fait nouveau porté à notre connaissance, les noms du mosaïste et du sculpteur. Giandomenico Facchina (1826-1903) fut un mosaïste français d'origine italienne de renommée internationale. On lui doit les décors de l'opéra Garnier, de Basilique du Rosaire à Lourdes, du Musée Carnavalet, etc. Quant à C. Carlès, j'ai cherché un bon moment... Il s'agit du sculpteur Jean Paul Antonin Charles Carlès (1851-1919), dit Antonin Carlès.  Lui aussi, un très grand artiste dans le domaine de la sculpture auquel ont doit plusieurs œuvres d'envergure :  Palais des Tuileries (Paris), New-York (Buste de Gordon Bennett), Mexico... Nous avons là semble t-il les noms des artistes qui ont réalisé la façade de la Caisse d'Espagne de Carcassonne. Une trouvaille qui ne manquera d'enrichir désormais "Carcassonne, ville d'art et d'histoire'.

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  • Ces Harkis réfugiés à Villeneuve-Minervois qui avaient choisi la France

    © Cinq colonnes à la une / 1963 / Ina.fr

    Après les accords d'Evian en 1962, la France va faire face à une énorme flot de réfugiés en provenance de l'ancien département d'Algérie. Ces familles algériennes qui s'étaient battues aux côtés de l'armée française contre le Front de Libération Nationale favorable à l'indépendance, fuient leur territoire. Elles n'ont pas d'autre choix pour échapper à la mort que d'abandonner l'existence qu'elles menaient là-bas. Considérées comme des traitres aux yeux du nouveau régime, elles arrivent dans une France dépassée par les évènements. Les conditions de rapatriement et d'accueil sont misérables et beaucoup les considèrent aujourd'hui comme indignes du service rendu à la patrie. Ces milliers d'algériens nommés harkis sont parqués dans des camps comme celui de Rivesaltes, où déjà le gouvernement français avait installé les "indésirables étrangers" en 1938. C'est-à-dire les Républicains espagnols fuyant le régime franquiste. Le 2 février 1939, le ministre de l'intérieur Radical-socialiste Albert Sarraut emploie pour la première fois le terme de "Camp de concentration". « Ce ne sera pas un lieu pénitentiaire : un camp de concentration, ce n’est pas la même chose » affirme-t-il. En 1942, le gouvernement de Vichy y mettra dans des conditions sanitaires pitoyables, les juifs livrés ensuite aux Allemands pour leur extermination dans le camp d'Auschwitz.

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    Le camp de réfugiés de Rivesaltes en 1939

    Dans ce camp gardé par des militaires, les harkis reçoivent une somme d'argent qu'ils utilisent pour acquérir des denrées alimentaires, vêtements. Un juge leur demande s'ils souhaitent garder la nationalité française, avant d'apposer leur signature en bas d'un formulaire. Aux hommes, on fait suivre des cours de préformation professionnelle :bâtiment et métaux, et aussi, des classes d’IVM, Initiation à la vie métropolitaine. Aux femmes, on fait suivre des cours de travaux ménagers. Il faut apprendre à se servir d’un fer électrique, d’une machine à coudre. Il faut aussi apprendre à parler et à lire en français.

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    Après leur internement dans ce camp, les familles de harkis totalement déracinées sont conduites dans des villages abandonnés. Il s'agit de domaines forestiers qui font penser au djebel algérien. Dans l'Aude à Pujol-de-Bosc, au-dessus de Villeneuve-Minervois, là où il n'y a qu'un seul berger vont s'entasser 190 personnes pendant plusieurs années. Les familles vivront à 8 ou 10 dans des pièces de vieilles maisons rurales. Les hommes sont employés par l'Office national des forêts et replaceront la main-d'œuvre espagnole pour les travaux viticoles. Il n'y a pas l'eau courante, mais l'électricité. Les sanitaires sont dans des baraques à l'extérieur. On accède à cet endroit par une route étroite sans revêtement. Deux fois par semaine, les commerçants de Villeneuve y montent. Il s'agit du boulanger, du boucher. L'épicière du village s'y rend une fois dans la semaine. 28 villages accueilleront les harkis en France, puis 70 fin septembre 1963. Les préjugés ont la dent dure, lorsque la télévision interroge Charles Huc, le maire de Villeneuve-Minervois en 1963 : 

    "Dites-moi, c’est une expérience un peu particulière pour un maire de France d’avoir à administrer des musulmans, non ?" "Oui, au début, c’était un petit peu… ça m’a un peu gêné, parce que ce sont des gens en somme qui sont d’une autre… d’une autre forme, quoi, d’une autre civilisation que nous, peut-être. D’une autre mentalité. Alors, au début… Je m'y suis très bien habitué. Ce sont des gens très sympathiques."

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    Le Pujol-du-Bosc aujourd'hui

    45 familles soit 400 personnes resteront dans ce hameau jusqu'en 1978, avant d'aller s'installer progressivement dans les villages voisins. Pendant un bon bout de temps, l'administration tint les harkis à l'écart du reste de la population Villeneuvoise. Ceci n'empêcha pas les naissances et les premiers prénoms français firent leur apparition. Parmi les trois enfants du couple Mazouni, il y aura Jacques et Gisèle. Les premiers à naître à Pujol-du-Bosc. Ces citoyens français de l'ancien département d'Algérie, anciens combattants de la France, n'obtiendront jamais les mêmes gratifications que leurs homologues métropolitains. Une blessure bien difficile a cicatriser encore aujourd'hui...

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    Une stèle et une plaque en l'honneur des harkis à Pujol-de-Bosc

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