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Statues et Croix

  • La statue de Mercure sculptée par Ludovic Durand (1832-1905)

    Au Salon de 1873, le Ministère de l'instruction publique et des Beaux-arts, fait l'acquisition pour 3500 francs du plâtre d'une statue présentée par Ludovic Durand. Le Bien public n'est pourtant pas tendre avec l'oeuvre du sculpteur breton : "Le Mercure de Ludovic Durand est un courtaud de boutique qui additionne sur ses doigts les bénéfices de sa dernière spéculation."

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    L'achat est confirmé l'année suivante au Salon du Palais de l'Industrie à Paris. Mercure, sculpté en marbre de Carrare dans l'atelier de l'artiste situé près de Pigalle, trône en bonne place mais n'obtient qu'une médaille de 3e classe. "Durand Ludovic pouvait prétendre à mieux qu'une médaille de 3e classe pour son beau marbre de Mercure", rappelle Le messager de Paris le 31 mai 1974. "M. Ludovic Durand redescend de l'Olympe avec un Mercure très beau, bien galbé, qui, les jambes croisées, compte son gain sur ses doigts.", note La fantaisie parisienne le 15 juin 1874. 

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    Mercure, exposé sur un socle, porte le numéro 2831

    Le journal satirique Le charivari caricature les contours de ce Mercure.

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    "Si riche, Mercure, que ses mains ne suffisent plus ! Il compte aussi son argent sur ses doigts de pieds."

    Au mois d'octobre 1875, Henri Wallon, Ministre de l'instruction publique et des Beaux-arts, fait don de ce Mercure au Musée des Beaux-arts de Carcassonne. Notez au passage qu'à l'époque, l'instruction publique et les arts faisaient partie d'un seul et même ministère... 

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    Installé sur un socle dans le nouveau Square Sainte-Cécile (Gambetta) près du kiosque à musique, Mercure y demeurera jusqu'en mars 1944. C'est-à-dire au moment où l'occupant nazi ordonna la destruction du square, pour des raisons de défense militaire de la ville. Pendant près de soixante-dix ans, on perd la trace de Mercure. Qu'est-il advenu de lui, songe Jean-Louis Bonnet ?

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    En 2010, il est retrouvé aux Serres municipales de Carcassonne. Il lui manque toutefois ses deux bras et un pied, qu'un vandale a pris soin de scier. Quand on regarde de près, il lui manque aussi une corne sur la tête. Grâce à l'opiniâtreté de ce blog, Mercure a trouvé une place dans le jardin du musée des beaux-arts depuis 2012.

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    Malheureusement, il est exposé aux intempéries ainsi qu'aux arbres qui l'entourent. Si bien que de son blanc immaculé, ne reste que l'aspect verdoyant du feuillage humide tombant sur ses épaules. On sait qu'il est là, mais comme aucun cartel ne l'indique — un comble dans un musée —nous vous invitons à aller le saluer.

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    © Musique et patrimoine / Tous droits réservés / 2022

  • Le buste du peintre Jacques Gamelin par Jean Alexandre Falguière

    Sous le péristyle du Musée des Beaux-arts de Carcassonne, un peu à l’écart mais encore posé sur son piédestal en marbre de Caunes-Minervois, se trouve le buste du peintre Jacques Gamelin. Le bronze de cet artiste Carcassonnais dont la ville conserve de nombreuses toiles dans ses collections, a été sculpté par Jean Alexandre Falguière (1831-1900) à la demande de Jean Alboize (1851-1904). Initiateur d’un Comité en vue de l’érection de cette œuvre à l’occasion du passage des Cadets de Gascogne à Carcassonne en août 1898, le critique d’art et conservateur en chef du château de Fontainebleau, obtint que Falguière se départit de son travail à titre gracieux. Le Comité n’eut à régler que les 1200 francs nécessaires au moulage, à la fonte et à la construction du piédestal. L’État participa à hauteur de 500 francs à titre de subvention pour les frais d’expédition de la sculpture.

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    En mai 1898, l’exécution du buste était fort avancée comme put le constater Alboize dans l’atelier de l’artiste à Paris. Le 12 août 1898, son inauguration eut lieu lors des festivités organisées par la ville pour la venue des Cadets de Gascogne en présence de MM. Jules Sauzède (Maire), Georges Leygues (Ministre), Henri Roujon (Directeur des Beaux-arts), Jean Alexandre Falguière, Benjamin Constant, Mercier, J-P Laurens, Dujardin-Beaumetz, Achille Laugé, Le Roux, Henri Martin, Mounet-Sully, Larrounet, Blagé, Boyer, Chincolle, Lapauze, Maurice et Albert Sarraut, Jean Alboize. Après que l’on a retiré le voile qui couvrait le buste, la foule s’écria d’une même voix : « Vive Gamelin ! Vive Falguière ! »

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    Jean Alexandre Falguière

    Le Carcassonnais Alboize prononça un vibrant discours en mémoire de Gamelin, retraçant sa vie. Après quoi, Henri Roujon remit les insignes d’Officier d’académie à MM. Achille Mir, Achille Laugé, Achille Rouquet et Journet.

    Le buste de Gamelin est de notre point de vue une œuvre remarquable, exécutée par l’un des plus grands sculpteurs de son temps. Nous aimerions tant qu’il figure à nouveau au centre du péristyle, afin qu’il puisse être admiré à sa juste valeur. Un jour peut-être le Musée des Beaux-arts de notre ville portera t-il le nom de notre illustre peintre ? C’est une idée dont je ne suis pas à l’origine, mais qu’il me plaît de transmettre à qui voudrait bien l’entendre. Notons qu’il existait un buste de Gamelin fils que M. Gayraud, Vice-Consul du Portugal, avait offert à la Société des Arts et des Sciences de Carcassonne en 1890. Où se trouve t-il ?

    Sources

    Le courrier de l'Aude, Le temps, La dépêche

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    © Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2021

  • La Belle Hélène de Carcassonne est Catalane !

    En 1902, le sculpteur catalan Raymond Sudre (1870-1962), auréolé par son Prix de Rome obtenu deux ans plus tôt, réalisa une statue en marbre de carrare intitulée : Hélèna, cité roussillonnaise rêve à son antique splendeur. Cette œuvre primée par l’Académie des Beaux-arts représente l’allégorie de la cité d’Elne dans les Pyrénées-Orientales. Au IIIe siècle, après le séjour de l’empereur Constantin 1er, la ville d’Illibéris prendra le nom de Castrum Helenæ, en hommage à la mère de l’empereur.

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    © Musée de Perpignan / Fonds Josep Puig

    Raymond Sudre devant sa maquette

    A l’origine, la statue devait orner le nouvel édifice de la salle des fêtes d’Elne, baptisée « Hélèna ». Or, la ville qui s’attendait à une représentation de la sainte canonisée en tant que première impératrice romaine convertie au christianisme, s’aperçut que l’artiste avait au contraire réalisé une Belle Hélène, dans une posture lascive. Les réactions de rejet parmi la population ont contraint la municipalité a refuser cet œuvre. C’est ainsi que quatre années plus tard, elle rejoignit Carcassonne où elle fut déposée grâce à Dujardin-Beaumetz, Ministre des Beaux-arts.

    Chacun d’entre-nous connaît parfaitement l’histoire de notre ville pour tout ce qui concerne l’entretien et la valorisation de son patrimoine culturel, n’est-ce pas ? L’œuvre de l’illustre sculpteur n’était pas en nos murs depuis trois ans à peine, que l’artiste s’émut du sort réservé à sa Belle Hélène. Il rédigea alors un courrier au maire Gaston Faucilhon dont voici la teneur :

    "J’avais pris le soin de modeler en plâtre gratuitement une maquette ; j’ai fait deux voyages à Carcassonne, signalé l’emplacement qui conviendrait le mieux, indiqué le rideau de verdure nécessaire pour mettre l’oeuvre en valeur ; il n’a été tenu aucun compte de mes indications. Vous comprendrez combien il est pénible pour un artiste lorsqu’il a peiné un an ou deux sur une œuvre, lorsqu’il a eu la joie de voir ses efforts couronnées au Salon, de voir la façon avec laquelle vos prédécesseurs (NDLR : Jules Sauzède) ont procédé à sa présentation au public. Si vraiment la ville de Carcassonne ne voulait pas faire autre chose, autoriseriez-vous au moins la municipalité de ma ville natale (Perpignan) à la réclamer pour la promenade des Platanes ; en échange on pourrait peut-être obtenir pour Carcassonne une autre œuvre du ministère ?"

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    Une copie en bon état se trouve dans l'Hôtel Pams de Perpignan

    Sudre avait imaginé une décoration qui consistait à encadrer Hélèna entre deux colonnes réunies par une architrave et formant portique. Tout autour des plantes auraient grimpé, mais on a placé la statue à cet endroit sur un socle sans esthétique. Il semblerait que la municipalité de l’époque n’ait eu rien à faire de l’œuvre de Sudre, puisqu’elle projeta de l’enlever pour y placer un monument au député-maire socialiste Théophile Marcou. Rien ne se fit et Hélèna demeura au fond de ce Jardin des plantes devenu Square André Chénier pendant des décennies.

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    En 2007, la statue qui avait subi les ravages du temps et surtout la malveillance des hommes, fut déposée par l’entreprise Audabram et mise à l’abri dans ses ateliers. La ville de Carcassonne décida de la faire restaurer par Monsieur Pontabry, sous l’égide du Ministère de la culture. Une affaire municipale fâcheuse ne permit pas de la réinstaller de suite ; la statue d’Hélèna ne sera sortie de sa retraite qu’en décembre 2010. Le maire J-C Pérez choisit alors le square Gambetta pour son nouvel emplacement, en lieu et place du monument à la Résistance audoise. Cinq ans plus tard, la municipalité Larrat désireuse de refaire ce square tant décrié, fit à nouveau déposer la statue par l’entreprise Del Bano de Limoux. En 2016, Hélèna revint à Carcassonne mais cette fois sur la partie Ouest du square Gambetta, face au Musée des Beaux-arts où elle se trouve de nos jours.

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    Sources

    Le courrier de l'Aude / 1906, 1909, 1913

    La dépêche / 2010

    Pays Catalan France 3

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    © Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2020