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Statues et Croix

  • La croix des Justices et son mystère non encore élucidé...

    Des travaux effectués entre le 4 et le 10 juillet 1966 pour la mise en place d’un pipeline d’alimentation en gaz de Lacq, mirent au jour un socle en pierre sculpté en bordure de la route de Montréal. Ce vestige armorié à quatre face d’environ 400 kg se trouvait trente mètres en face de l’actuel collège Émile Alain. Dépêchés sur place MM. Albert Blanc et Antoine Labarre, membres de la Société d’Etudes Scientifiques de l’Aude, firent les premiers relevés avant de prévenir M. Bourrely, l’architecte des Bâtiments de France. Celui-ci décida alors de placer le socle à l’intérieur de la cour du Château comtal à la Cité, afin de le protéger. Où se trouve t-il actuellement ? Mystère… Nous avons interrogé la DRAC à Montpellier et le dépôt archéologique du CAML de Carcassonne qui nous ont affirmé ne pas l’avoir en leurs murs. Il n’est pas non plus dans le musée lapidaire de la Cité ; nous l’avons visité la semaine dernière. A moins qu’il ne soit dans les réserves - puisque personne ne veut nous fournir d’inventaire -, ce vestige doit-être considéré comme à ranger dans la liste de nos chers disparus.

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    Le socle tel qu'il fut découvert en 1966

    C’est le journal l’Indépendant dans son édition du 1er août 1966 qui relate cette découverte, sans plus d’explications. Afin d’en savoir davantage, nous avons cherché dans les bulletins de la SESA si ses inventeurs n’avaient pas rédigé une communication plus approfondie. Grâce à celle-ci nous sommes en mesure, non seulement d’identifier ce socle sur lequel était la croix de 1646 dite « des justices », mais surtout d’actualiser géographiquement sa position sur une carte d’aujourd’hui.

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    Le dessin réalisé par Antoine Labarre 

    "Les écussons ciselés sur ses quatre faces sont sculptés en relief et creux. Sur la face côté route, dans l’écusson une croix à branches inégales (17 x 21 x 2 cm) et entre chaque branche un croissant de 5 cm.
    Sur sa face gauche, côté Carcassonne, au milieu d’un écusson de forme originale, un splendide W, d’un fini étonnant. Sur la face droite, au milieu de l’écusson non moins original, une rosace à huit pétales paraissant retenue par une branche à double courbure ornant le haut. Les blasons de ces deux dernières faces sont en relief de 1,5 cm. Enfin, sur la face derrière un écusson plus stylisé portant la date de 1646 et au-dessous de la date, biaisé sur la droite, en ciselure à peine ébauchée, un fer à cheval. Le dessus du socle de 48 cm de côté, formant un carré régulier, possède au centre un trou carré dans lequel on avait dû sceller au plomb une tige métallique. "

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    L'ancienne route royale d'Espagne

    C’est en compulsant les plans cadastraux du XVIIIe siècle, qu’Albert Blanc et Antoine Labarre purent déterminer qu’il s’agissait du socle de la Croix des Justices. La route d’Espagne par Limoux bifurquait à l’intersection du chemin de Toulouse à 250 cannes, soit 437 mètres en amont de l’actuel pont de chemin de fer. C’est-à-dire peu après et en face du parc au matériel de la ville, avenue Henri Gout. Ce lieu était appelé autrefois « Les Justices », et l’ancienne caserne (aujourd’hui, parc au matériel de la ville) portait ce nom. C’est donc à la bifurcation de ces routes que se trouvait la Croix des Justices.
    Si le socle s’est retrouvé à une centaine de mètres plus loin c’est parce qu’au fil du temps, l’urbanisation à dégagé ce vestige et l’a utilisé comme remblais. 

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    La croix à l'endroit où elle se trouvait

    Nous avons effectué quelques recherches afin d'enrichir l'exposé de MM. Blanc et Labarre. Le socle semble présenter des armoiries. La famille Gilbert de Voisins (Île de France) possédait le blason présenté avec la croix et quatre croissants : D'azur à la croix engrêlée d'argent, cartonnée de quatre croissants d'or". Le croissant rappelle les croisades et les expéditions contre les Sarrasins. Ainsi, la croix du Pont vieux a t-elle les mêmes attributs que les armoiries sculptées sur ce socle. Les deux V entrelacés ou W figurent sur les armoiries de La Vaupalière (Seine-Maritime) : D'azur à la lettre W capitale d'or". Il existe de nombreuses croix des Justices en France, près desquelles étaient installés des potences pour les exécutions capitales. Route de Montréal, au lieu-dit la Justice étaient installées les fourches patibulaires - précisément à l'endroit du parc au matériel de la ville, qui servit d'abord de caserne en 1913, appelées de la Justice.

     
    Si vous avez aperçu cette croix quelque part ou que vous ayez des informations sur les symboles représentés, veuillez nous le communiquer.

    Sources

    L'indépendant / 1er août 1966 

    Antoine Labarre et Albert Blanc / Bulletin SESA / 1966

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  • On a retrouvé la "Croix de las refachados" disparue depuis plus de 50 ans !

    Au moment où par une simple coïncidence, les vandales ou les voleurs s’en prennent à nos croix, nous, défenseurs passionnés du patrimoine, nous exhumons celles qui avaient disparues. Ceux qui nous ont précédés croyaient que la croix de las refachadas avait été définitivement rayée de la carte historique de Carcassonne. Il ne restait plus qu’un nom dans les souvenirs des anciens ; ceux qui pourraient aujourd’hui témoigner ne l’ont jamais vue. Que signifie « las refachadas » ? Là, encore, il nous faudrait interroger les morts et la science ne nous le permet pas encore. Fort heureusement, les communications actuelles rapprochent les gens ayant des passions communes. C’est donc par heureux concours de circonstances dû essentiellement aux articles de ce blog qu’un vieux Carcassonnais m’a signalé la croix de la refachadas dans son jardin. J’avais vaguement entendu ce nom cité dans un livre d’Henri Alaux, sans plus de précisions sur l’origine, que sur l’identité de l’objet. Ne pouvant me déplacer dans l’immédiat sur les lieux, j’ai envoyé sur place Jacques Blanco afin de faire les premières constatations d’usage. Quelques jours après, je me rendis au domicile du détenteur de la croix avec mon émissaire. Celui-ci se munit d’outils de jardinage afin de procéder au dégagement du socle enterré à 1,50 mètres de profondeur. Avec son concours et surtout son habileté, nous avons pu mettre au jour des inscriptions burinées sur le socle : « Croux de la refachados reconstruite en 1926. »

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    Croux de las refachados

    Comment cette croix a t-elle pu se retrouver dans le jardin de ce particulier ? Dans les années 1960, quand les entreprises firent des travaux de terrassement sur les terrains du domaine de la Reille, ce monsieur récupéra cet objet du patrimoine. Alors que les pelles mécaniques le chargeaient pour l’amener à la carrière, le propriétaire obtint la permission de le récupérer sur sa parcelle. Depuis, le lotissement est sorti de terre avec le pavillon de ce monsieur et la croix s’est retrouvée enfouie dans son jardin. Cela fait maintenant une cinquantaine d’années… En fait de croix, il ne reste plus qu’un socle cylindrique portant une inscription. La croix sur le dessus a été cassée par les engins de chantier avant qu’il ne la sauve.

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    Tout vestige possèdant une histoire, tout mon travail consista à dénouer l’énigme de la Croix de las refachados. D’abord d’un point de vue linguistique en interrogeant l’Institut d’Etudes Occitanes qui ne put que s’en remettre au dictionnaire occitan de Frédéric Mistral. Rechafar signifie se rhabiller ; fachar signifie fâcher. En espagnol, refachado signifie réfracté. Nous ne sommes pas plus avancés, car il est probable que l’histoire de cette croix coïncide avec un événement particulier ou une coutume locale. Très souvent, la tradition orale nous renseigne mais comme nous l’avons écrit en préambule, les morts ne parlent pas. Je me suis donc rendu aux archives départementales où j’ai consulté le travail de l’abbé Sabarthès sur l’ancienne paroisse de Gougens, le cadastre du XVIIIe siècle et la monographie du Dr Jean Blanc sur les croix de l’Aude. Fort de tous ces éléments, nous sommes en mesure de géocaliser la croix au fil des siècles et d’en révéler quelques aspects méconnus.

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    © ADA 11

    La croix de las refatjades mentionnée sur le compoix de 1729

    C'est en feuilletant les cadastres de l'ancienne paroisse de Gougens que j'ai trouvé le signalement de cette croix, au carrefour des avenues Roosevelt et Alfred de Musset. Ceci définit l'emplacement d'origine et vient compléter le travail du Dr Jean Blanc sur les croix légendaires de l'Aude.

    "En 1780, carrefour de la route de Pennautier, chemin de la Reille (Gougens) et du chemin de Cantegril. Remplacé par une croix en fonte, carrefour du chemin de la Reille et rue Pascal - rue Raspail. 26 mai 1926 : reconstruction en pierre rectangulaire sur socle cylindrique ; mise par M. Castel de la Reille en lisière ouest de la butte de Cantegril, derrière le cimetière Saint-Vincent. Elle a été ensuite déplacée au-dessus du lycée Paul Sabatier. Elle a servi aux rogations jusqu'en 1885. Sur le socle est inscrit son nom."

     Nous voyons qu'au fil du temps la ville s'étant développée, les croix ont été déplacées avec les modifications urbaines. D'autres, furent purement et simplement jetées à la décharge. Abordons maintenant l'aspect historique, en citant le chanoine Sabarthès dans son dictionnaire topographique de l'Aude (1912). 

    Les refachades. Place publique et croix, au quartier de Saint-Gimer. Commune de Carcassonne - Placette de las Refachados (rue des Jacobins), au-dessus de laquelle était anciennement le couvent des Jacobins, XVIIe siècle. Croix de las refachados, ancien oratoire au quartier de Saint-Gimer.

    Il se peut fort bien que dans un temps encore plus ancien, elle se soit retrouvée dans le quartier de Saint-Gimer.

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    Ce socle a été refait en 1926 et c'est celui que nous avons retrouvé chez un particulier dans le quartier de la Reille. Quant à l'origine du nom de la croix, nous ne pourrions qu'émettre des hypothèses. Que chacun fasse la sienne à la lumière des informations que nous transmettons.

    Sources

    Croix légendaires en pays d'Aude / Dr Jean Blanc / 1977

    Dictionnaire topographique / Abbé Sabarthès / 1912

    Compoix / Paroisse de Gougens / ADA 11

    Recherches, notes et synthèse / Martial Andrieu

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  • Le buste de Jöe Bousquet raconté par la sculptrice Salomé Vénard (1904-1987)

    Dans les réserves du Musée des Beaux-arts de Carcassonne se trouve un buste de Jöe Bousquet réalisé par Salomé Vénard en 1951. Il fut acquis par l'état pour le compte de la ville de Carcassonne. Ceci nous a été confirmé par la conservatrice, Madame Marie-Noëlle Maynard. Selon l'ouvrage "Joe Bousquet. Sa vie, son œuvre" de René Nelli, la sculptrice avait exécuté un premier buste pour le poète. Ce dernier l'avait ensuite offert à l'une de ses amies, mais celle-ci trouvant qu'il portait malheur le rendit à sa créatrice. 

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    Le buste de J. Bousquet dans les réserves du musée

    C'est un document sonore exceptionnel que nous venons de retrouver, dans lequel Salomé Vénard explique les circonstances de sa rencontre avec Bousquet. Comment elle fit ce buste à sa demande... Il s'agit d'une émission radiophonique enregistrée dans l'amphithéâtre de la Sorbonne à Paris, le 28 septembre 1955. N'étant pas en mesure de pouvoir la faire entendre ici, nous avons retranscrit les paroles de Salomé Vénard ci-dessous. Le poète Carcassonnais n'était mort que depuis cinq ans.

    "Je suis arrivé chez lui sans l’avoir prévenu. Je devais arriver la nuit, je suis arrivé le jour car je pensais qu’il ne pouvait pas me recevoir ce moment-là. Je me suis trouvé en face de lui après avoir passé derrière cette fameuse portière que tous ces amis ont évoquée. Cet homme m’a aussitôt accueilli comme s’il m’attendait et d’autre part, il a toute de suite avec moi fait des projets. Il a tellement fait de projets qu’il est allé jusqu’au point de me demander, car je lui ai confié immédiatement des carnets où j’avais pris des notes sur mon travail. Il m’a demandé après en avoir vu quelques-uns, de faire un choix ; de ceux qui lui convenaient tellement, qu’il me demandait de se les approprier pour écrire sur la page que j’avais écrite, des choses qui lui convenaient à dire. Comment pouvais-je supposer que cet homme savait que j’allais être tellement malade, que je crois qu’il était impossible d’y voir une menace plus grande chez lui. Il me l’a entièrement caché. Nous avons décidé tout de suite que je ferai son buste. Parce que je ne me doutais de rien. Non, je ne vais pas faire votre buste maintenant ; je n’en aurai pas le temps. Je n’ai qu’un mois. Je vais tailler pour vous une sculpture, pour vous tenir compagnie. Je vais tailler une tête de femme mais à votre image avec vos traits.

    Alors il a été extrêmement saisi. Vu l’homme qu’il était, vous comprenez pourquoi il a été ému. Il m’a dit : Voilà, je viens de faire partir une lettre à Paulhan dans laquelle, je lui ai fait le récit d’un rêve que j’ai fait ces jours derniers. Dans ce rêve et à la fin de ce rêve, je me regardais dans un miroir. Je me voyais sous les traits d’une femme. Vous venez, alors c’est tout naturel, vous allez tailler cela.

    Et sur un mois, dans un mauvais cailloux du cimetière j’ai taillé une tête que je lui fis porter de sa ressemblance. Et par une providence extraordinaire c’est grâce à cela que j’ai pu me fixer dans la mémoire ce qui était son extraordinaire visage, et pas seulement le message de l’amitié que j’ai reçue pendant six mois où nous nous sommes vus tous les jours, mais en même temps des détails indispensables grâce auxquels j’ai pu tout de même rejoindre tout à fait sa ressemblance ; l’essentiel de cette ressemblance, puisque ce buste j’ai le très grand bonheur qu’il soit maintenant au musée de Carcassonne et j’ai eu le très grand bonheur qu’il soit une dernière joie pour les siens."

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    © DDM

    J. Bousquet dans son lit

    Nous ne pouvons que regretter que ce buste ne soit pas exposé au public. Pour quelles raisons le musée des Beaux-arts ne le prêterait-il à la Maison des mémoires (Centre Joe Bousquet) de Carcassonne ? Là encore, il suffirait d'un peu plus de volonté.

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