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Musique et patrimoine de Carcassonne

  • Ce couple de Carcassonnais qui a sauvé Sylvia Rottenberg

    Lors des commémorations de la victoire du 8 mai 1945 sur l’Allemagne nazie, la municipalité d’Axat (Aude) a dévoilé une plaque en hommage à Paul et Marie Grundrich, Justes parmi les nations. Il me semble important de saluer cette initiative, menée de concert avec le Souvenir français. Aux pires heures de notre histoire contemporaine, des hommes et des femmes ont refusé de fermer les yeux sur le racisme et la barbarie. C’est cet héritage que nous devons transmettre aux générations futures, sans faiblir par découragement ou par lassitude.

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    © Anouk Vidal

    Jean-Louis Costes, maire d'Axat

    Roman Rottenberg naît à Kharkov dans l’empire Russe (aujourd’hui Ukraine), le 18 novembre 1905. Tout comme ses parents, Solomon et Anna Sladkewitz, il est de confession juive. Après avoir quitté Hambourg, Roman émigre en Belgique en 1928 et s’installe à Anvers comme foureur. C’est dans cette ville qu’il fait la connaissance de sa future épouse, Marguerite Neumann, née le 7 avril 1916 à Dubrinice.

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    © Archives de la ville d'Anvers

    Roman Rottenberg

    Leur fille Sylvia naîtra le 17 mars 1940 ; c’est-à-dire deux mois avant l’attaque allemande sur la Belgique. Le 10 mai, tous les ressortissants juifs étrangers sont expulsés du royaume et déportés dans des camps en France. Après un trajet épuisant sous une chaleur accablante, les époux Rottenberg, leur nourrisson dans les bras, arrivent dans l’Aude avec 1200 francs belges. Le 31 mai 1940, ils s’installent à Sallèles d’Aude près de Narbonne. Dans ce village vit depuis peu le couple Grundrich, natif de Carcassonne. Paul enseigne l’électricité au lycée technique ; Marie, s’occupe du foyer. Les lois de Vichy à l’égard des juifs les désignent comme des parias de la société.

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    © Archives départementales de l'Aude

    Le 2 août 1941, le préfet de l’Aude écrit à Roman Rottenberg pour lui signifier qu’il a pour obligation de déclarer sa fille de 18 mois comme étant de race juive. Le 14 mars 1942, la famille est assignée à résidence à Rennes-les-bains, dans la Haute-vallée de l’Aude. C’est le prélude cynique à la rafle qui va s’opérer le 24 août 1942 dans ce village. Les Rottenberg l’ignorent, bien sûr. Au moment du départ, les époux Grundrich suggèrent de leur confier la garde de Sylvia afin de la protéger. Quel terrible choix ! Lui donner une chance de survivre en se séparant d’elle, c’est pourtant la décision que prend sa maman.

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    La maison où Sylvia a été cachée, 117 route de Font-Romeu à Axat.

    Sylvia partira à Axat où Paul vient d’être muté. Elle passera les trois dernières années de la guerre auprès d’eux. Ils n’ont plus d’enfant ; le leur est mort en bas âge. A Axat, vit la famille Sacaze. Georges est dans la clandestinité un opposant à Pétain. Le maire, un collaborateur. Il va s’arranger en douce afin de produire une fausse identité à la fille des Rottenberg. En un coup de crayon et un tampon sur le livret de famille, Sylvia devient Sylvette la fille des Grundrich en remplacement de leur fils décédé. Au fil des mois, la famille Sacaze se cache chez Paul et Marie Grundrich ; Georges qui a pris le maquis est fortement suspecté d’actes de résistance. Gisèle, sa fille, joue avec Sylvia. Des liens indéfectibles se créent ; elles se considèrent comme des cousines. A la Libération, Sylvia ne connaît pas ses vrais parents.

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    © archives Anouk Vidal

    Sylvia et Marie Grundich à Axat

    A l’âge de cinq, elle ne peut s’en souvenir. On imagine les instants déchirants de la séparation avec les Grundrich. Fort heureusement, Roman et Marguerite Rottenberg ont survécu. Comment ? Nous l’ignorons. En 1946, ils émigrent à Rio de Janeiro puis retournent en Belgique. A Molenbeek, Roman a ouvert un magasin de textile et obtiendra la nationalité belge en 1960.

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    Quand en 2001 Paul et Marie Grundich ont été reconnus Justes par le Comité de Yad Vashem, Sylvia a retrouvé Gisèle Sacaze, l’épouse du député socialiste de l’Aude Joseph Vidal. Aujourd’hui, c’est sa fille Anouk qui maintient la flamme de cette histoire. 

    Paul Grundrich, né à Carcassonne le 14 janvier 1907 - décédé le 22 janvier 1961

    Marie Bassahy, née à Carcassonne le 16 septembre 1909 - décédée le 21 mars 1982.

    Sources

    Comité Yad Vashem

    Felix archives (Anvers)

    Archives départementales de l'Aude

    Rermerciements

    A Anouk Vidal

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  • Irène Rotszyld se souvient de ces carcassonnais qui lui ont sauvé la vie

    Irène Rotszyld n’avait que trois ans ; elle est née le 25 décembre 1937 à Paris. Durant la débâcle de l’été 1940, cette petite fille juive arrive avec sa mère à Carcassonne après être parvenue à franchir tous les périls. La famille est séparée depuis que son père a quitté son magasin parisien de confection pour combattre aux côtés de l’armée française. Originaire de Pologne ayant émigré dans la capitale en 1930, Icek Rotszyld fabriquait des capes imperméables pour la police française, 35 rue Pastourelle. Au moment où Irène s’enfuit de Paris, son père se trouve quelque part sur le front. Il sera finalement démobilisé à Perpignan d’où il rejoindra sa femme et sa fille à Carcassonne. Le couple loue un appartement 35 rue du 24 février dans le quartier des Capucins. Le gouvernement de Vichy dirigé par Pétain exerce une pression de plus en plus coercitive à l’égard des juifs. En Zone libre le port de l’étoile jaune n’existe pas ; en revanche, tous les juifs sont touchés par la loi de 1941 les obligeant à se déclarer comme tels auprès des préfectures. Ainsi fichés, le sort que leur réserve l’administration française se matérialisa lors des rafles du 24 août 1942. Or, Irène et ses parents vont avoir la chance de s’y soustraire. Une bonne fée – elles existent – fait alors son apparition dans leur vie, au milieu de ce marasme national. Il s’agit d’Elise Griffe, institutrice de son état à l’école Jean Jaurès.

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    Elise Pujol, née Griffe à Barbaira en 1889.  

    Veuve de Joseph Pujol depuis 1930, lui-même instituteur, elle a longtemps exercé à Blomac. Cette femme courageuse va d’abord leur faire obtenir de faux papiers d’identité par l’intermédiaire de M. Guilhem, fonctionnaire à la mairie. Dans un second temps, elle parvient à trouver un refuge à Irène dans un couvent de Carcassonne. Nous n’avons pas encore pu identifier ce lieu avec certitude. D’après Irène les soeurs portaient la cornette, le couvent paraissait immense et très sombre. Elle y demeura jusqu’à peu de temps après l’arrivée des Allemands le 11 novembre 1942. Ses parents se mettront à l’abri dans le petit village d’Arquette-en-val pour toute la durée de la guerre sous une fausse identité. Dans Carcassonne occupée, le couvent n’est plus un lieu très sécurisé. Il faut trouver une nouvelle cache afin de protéger Irène. A l’école Jean Jaurès, Elise Pujol a pour directeur Vincent Armand. Cet homme de 54 ans vit avec son épouse, professeur de piano au 13 rue de la République.

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    La maison du couple Armand, 13 rue de la République

    Le couple n’a pas eu d’enfants. Il va cacher Irène chez lui en la faisant passer pour sa nièce. Irène a cinq ans ; elle appelle désormais son protecteur tonton. La petite fille ne sera pas scolarisée, c’est trop dangereux. M. Armand lui fournit un précepteur qui se déplace à la maison. Il s’appelle M. Redonné – l’orthographe est incertaine. Adrienne Armand, née Chaynes, donne des cours particulier de piano dans le grand salon de cette maison bourgeoise. Tous les ans, une audition de ses élèves se tenait la préfecture de l’Aude, juste en face. Irène bénéficia de l’enseignement de sa tante d’adoption ; elle apprit également la danse. Une seule fois Irène fut amenée à la cave car la situation l’exigeait. Notez que de l’autre côté du boulevard, on voyait la Feldkommandantur.

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    Irène (2e à gauche) et Adrienne Armand sur la place Carnot, peu de temps après la Libération.

    Tout le reste du temps, l’amour de ce couple pour cette belle petite fille ensoleilla les jours tristes de l’occupation. Vêtue comme une princesse, éduquée selon les préceptes de la religion catholique, la petite fille juive nourrit une affection pour le couple Armand qui lui fit oublier ses parents.

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    Vincent Armand et Irène à Paris, après la guerre.

    Après la Libération, il fallut bien se résoudre à les retrouver. Malgré l’immense chagrin, M. Armand accompagna Irène à Paris. Comme celui-ci ne voulait pas quitter son tonton, les parents décidèrent qu’elle irait passer toutes les vacances à Carcassonne. La foi d’Irène s’étant détournée de la région juive pour le catholicisme, elle fut envoyée dans une école hébraïque. 

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    Irène et son tonton adoptif, peu de temps avant qu'il ne décède.

    Irène a raconté son histoire pour USC Shoah Foundation

    Irène Rotszyld épouse Starosta vit désormais à Montréal du Québec où je l’ai retrouvée. Nous avons discuté de longs moment au téléphone. Je lui ai promis de lui donner tous les renseignements afin que ceux qui lui ont fourni assistance puisse être déclarés comme Justes. Poussant mes recherches, j’ai appelé incidemment Janette Pidoux afin de savoir si elle avait connu les Armand. En évoquant le nom d'Elise Pujol, l'ancienne professeur de danse, âgée de 98 ans, me dit : Oui, c'est ma mère. Janette ignorait tout de ce qu'elle avait fait durant la guerre. C'est ce qui rend cette histoire encore plus précieuse.  Vincent Armand est décédé le 23 juillet 1987 à Saint-Chinian ; son épouse, le 25 août 1957 dans cette même ville. Tous ces Justes – non encore reconnus –  ne se sont jamais vantés des risques qu’ils avaient pris pour le bien de l’humanité. C’est donc un immense honneur pour ce blog de leur rendre cet hommage mérité.

    Crédits photos 

    Janette Pidoux et Irène Starosta (Rotszyld)

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  • La 2e symphonie de Paul Lacombe, enregistrée par l'orchestre de la BBC.

    Il a fallu attendre 144 ans pour que l'on puisse entendre à nouveau la 2e symphonie de Paul Lacombe. Composée en 1822 au domaine de la Forge, près de Montolieu, cette oeuvre reçut de nombreux prix à son époque. Nous devons cet enregistrement à l'orchestre de la BBC dirigé par Martin Yates. C'est une satisfaction toute personnelle de voir que, contre vents et marées, la musique de notre compositeur carcassonnais a trouvé un écho de l'autre côté de la Manche grâce à ma contribution. On n'est jamais prophète en son pays. J'en sais quelque chose.