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Musique et patrimoine de Carcassonne

  • L'abbé Paul Belloc (1907-1994), un prêtre humaniste.

    Fils d'un instituteur public, Paul Isidore Belloc naît à Maurens près de Revel Haute-Garonne) le 29 juillet 1907. Il fait ses études au petit séminaire de Castelnaudary, puis au grand séminaire de Carcassonne avant d'être ordonné prêtre le 29 juin 1931. Au moment de la déclaration de guerre, Paul Belloc occupe les fonctions de vicaire de l'église Saint-Vincent. Il est mobilisé en septembre 1939 à Narbonne comme lieutenant au 143e régiment d'infanterie. De la Lorraine à la Belgique, l'abbé combat avec la 1ère armée du Nord au mois de mai 1940. Lors de la bataille de Dunkerque, il est fait prisonnier par les Allemands et envoyé dans l'Oflag IV D en Silésie. Dans ce camp, il sera détenu pour toute la durée de la guerre. C'est là qu'il se lie d'amitié avec le sculpteur Eugène Duler. Au bout d'un long périple, il finit par rentrer à Carcassonne en juin 1945.

    Pendant l'Occupation, Mgr Jean Pays avait fait la promesse de faire bâtir une église lorsque la paix serait revenue. Il ne put voir son voeu se réaliser, car la mort l'en empêcha. C'est donc son successeur, Mgr Pierre-Marie Puech, qui se mit à l'oeuvre. L'abbé Paul Belloc fut chargé de s'en occuper. On choisit comme emplacement l'ancien terrain de sport du lycée dans le quartier de la Pierre blanche. Avant sa construction par l'architecte Gonzalo Semprun, frère du célèbre écrivain, des baraques servirent provisoirement de lieu de culte. La première fut posée le 30 novembre 1952 ; la consécration de l'église du Sacré-coeur survint deux ans plus tard.

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    Le nouveau quartier de la Reille grandit d'une manière spectaculaire. Les jeunes étaient nombreux a fréquenter le catéchisme et le patronage créé par Paul Belloc, nommé curé desservant de la nouvelle paroisse le 3 octobre 1947. Les communions touchaient 80 à 90 jeunes du quartier. C'était aussi l'époque où l'abbé faisait marcher son Pathé-Baby pour projeter des films aux enfants du patronage.

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    "Le jeudi après-midi, il organisait des occupations, sous la forme d'un "patronage", pour les enfant du catéchisme. Les enfants des familles non croyantes étaient tout de même acceptés, Je me souviens que mes copains dont les parents étaient au PC, venaient avec plaisir. Avec les copains, nous fréquentions le cinéma du patronage qui se déroulait dans un baraquement derrière l'église. Pour les plus petits, c’était des diapos, pour les plus grands de véritables films. L'entrée coûtait 50cts. Les garçons d'un coté de la salle, les filles de l'autre. A l'entracte, une personne de la paroisse vendait des confiseries, 20cts la chique, 5 cts le carambar..! C'est dans cette salle qui n'avait rien de luxueux avec ses vieux fauteuils, que j'ai vu mes premiers western ainsi que des films dans lesquels jouait un jeune garçon nommé "Josélito" . . A la fin de chaque bobine, la salle s'allumait quelques minutes, le temps que l'opérateur mette en place la nouvelle bobine . Avec les copains nous n'aurions raté ces séances pour rien au monde."

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    "La captivité en Allemagne avait permis à l'abbé de réfléchir sur la finalité de sa vocation et sa mission de prêtre. A son retour, il fut le premier du diocèse à instituer dans sa paroisse, les services gratuits des mariages et des sépultures. Rencontrant bien de réticences, il persévéra et fit admettre que l'église n'était pas liée à l'argent, se souvient Tony Cazaux." Sur son vélo-solex, Paul Belloc sillonnait les rues de Carcassonne au secours des malades et des âmes éplorées. C'était également un promoteur des réformes de Vatican II. Préparer de belles cérémonies, annoncer convenablement la parole de Dieu, demande de travailler à restaurer une liturgie accessible à tous. Il fut encore le premier à mettre sur pied une petite équipe avec les abbés Estagerie et Vacherot autour du renouveau de la musique sacrée.

    Devenu chanoine, l'évêque le nomma,le 1er septembre 1981, recteur de la Basilique St-Nazaire à la Cité. Sa retraite n'est pas une sinécure ! Touristes de plus en plus nombreux, cars quotidiens de pélerins désirant une messe, lui ôtèrent tout illusion... Toujours disponible, les appels qu'il lança pour être secondé dans l'accueil des visiteurs furent entendus. De jeunes Dominicains de Toulouse lui portèrent assistance durant les étés. L'abbé Paul Belloc est décédé chez lui, 5 rue Mérimée, le 11 janvier 1994. Il laissa dans le coeur de tous ses fidèles, l'image d'un homme d'église dans son universalité, sa tolérance et son humanité.

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  • François-Paul Alibert (1973-1953), poète et auteur dramatique carcassonnais.

    François-Paul Alibert naît à Carcassonne le 16 mars 1873 au n°8 du faubourg d’Iéna. Plus exactement, dans une maison de l’actuelle place Davilla. Son père Charles est originaire d’Arzens ; il exerce la profession de négociant en vins. Sa mère, Anne Fabre s’occupe des affaires du ménage. Le couple a déjà un enfant. Prosper Alibert – de huit ans plus âgé que son cadet – s’établit à Paris après son mariage à Carcassonne avec Hortense Estèbe. François Paul n’a alors que seize ans. Deux années plus tôt, il avait déjà perdu son pauvre père. Après de sérieuses études à l’ancien collège de l’Esquile de Toulouse transformé en petit séminaire, François-Paul Alibert doit rentrer à Carcassonne au lycée Paul Sabatier. Dans l’incapacité physique de servir sous les drapeaux, il occupe précocement un poste d’agent communal, avant d’être promu en 1908 secrétaire général de mairie à Carcassonne. Cette place lui permet de s’adonner à l’art de la poésie qu’il pratique depuis son enfance. De ses écrits de jeunesse, nous n’en savons qu’une chose ; il les brûla tous à l’âge de trente ans, les jugeant sans intérêt. Dès lors, le poète se remet à l’ouvrage à partir d’une feuille blanche. En 1907, il publie à compte-d’auteur chez Servières et Patau, L’arbre qui saigne ; un recueil dans lequel il s’adresse notamment au père qu’il a perdu.

    Si l’heure est incertaine encore

    Où, les genoux rigides et les yeux clos,

    J’entrerai dans la maison souterraine

    Que tu as fait bâtir pour toi et pour tes proches

    Dis-moi si j’ai reçu ce que tu attendais

    De l’enfant qui se cachait dans ta poitrine

    Et pour qui tu rêvais un merveilleux destin.

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    Dans la revue L’occident d’Adrien Mithouard, il fait ses premiers pas. C’est dans cette même édition que paraît Le buisson ardent en 1912. L’influence de Moréas s’y affirmait, mais aussi la syntaxe Mallaméenne. Suivent ensuite plusieurs ouvrages dont Terre d’Aude, La complainte du cyprès blessé. La Nouvelle Revue Française accueille ses écrits ; il fait le voyage à Paris mais ne se livre pas au premier venu. Alibert est un être un peu bourru qui ne donne pas grand chose de lui-même à ses contemporains. « Un des très rares, dira Gide, qui ne se soit point laissé séduire ni intimider. » André Gide – dont l’amitié remonte à 1907 – qu’il rencontrera d’abord à Arles, à Aigues-mortes, au Grau-du-roi, à Avignon, puis à Nîmes. Ce compagnon, dont il fut probablement l’amant, vient le visiter à plusieurs reprises à Carcassonne. Au passage, dans la chambre de Joe Bousquet, Alibert amène un Gide pas très apprécié par le poète de la rue de Verdun. Dans cet entre-deux guerres, André Thérive et Jean Schlumberger figurent parmi ses amis. Loin des salons parisiens, Alibert demeure à Carcassonne en tenant à distance les obséquieuses cérémonies et les salamalecs. En 1928, il fonde avec Bousquet, Nelli et Estève la revue « Chantiers ». Il goûte pour un temps au surréalisme, sans passion. Il s’en écarte. Il a encore à écrire une cinquantaine d’ouvrages. Parmi eux, pas seulement des poésies ; des essais, des pièces de théâtre en vers. Michel Maurette raconte qu’il ne les vend pas, il les donne à ses amis. Alors, lorsqu’il a besoin d’argent pour payer l’imprimeur, il vend la maison paternelle de Grèzes et un lopin de terre. Les tragédie de cet ami de Paul Valéry sont représentées. Notons, Le deuil des muses le 1er août 1921 au Théâtre antique d’Orange et Les bacchantes, créé au Théâtre de plein air du Comminges en juillet 1934.

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    La troupe du Roi d'Ys le 14 juillet 1932

    C’est précisément parce qu’il aime profondément le théâtre que la municipalité de Carcassonne lui accorde la concession du Théâtre de la Cité le 1er juillet 1930. Dans le journal La démocratie où il avait écrit des articles sous le pseudonyme de Jean de la lune, il expose sa vision programmatique. Le théâtre de la Cité s’étant trop écarté à son goût des représentations lyriques, il entend donner sa place aux opéras. On entendra par exemple les Erynnies de Massenet, Orphée de Glück, le roi d’Ys de Lalo. Britannicus, avec Marie Bell dans le rôle titre, renoue avec les grandes heures de la tragédie classique à la Cité.

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    Emporté par sa passion pour l’art, Alibert doit mettre la main au porte-monnaie. Pour résorber le déficit engendré par sa programmation, il hypothèque sa maison de la rue Andrieu, près des bords de l’Aude. Il prend sa retraite de fonctionnaire peu avant la déclaration de guerre, se recroqueville chez lui et ne reçoit presque plus personne. Notons tout de même les visites de Jean Rousselot et de Raymond Dumay. On croyait le poète riche à Carcassonne, il l’était surtout de l’esprit. Il doitt se résoudre à vendre les lettres de Gide pour subvenir à des besoins conservés par une assistante sociale à son chevet. Au milieu de ses deux chiens, François-Paul Alibert mène une vie de solitude désargentée.

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    Aux dernières heures de sa vie, Le figaro littéraire lui consacre un bel article, à l’occasion du Grand prix de poésie Petitdidier qu’on lui décerne pour l’ensemble de son oeuvre. Le 23 juin 1953, François-Paul Alibert succombe à la vieillesse. Devant l’entrée de son tombeau, Jean Lebeau et Michel Maurette firent la lecture de son oraison funèbre. Chaque année, les amis du poète vinrent se recueillir dans le petit cimetière de Grèzes. Une plaque en bronze demeure gravée avec ses mots : 

    Qu’importe si ta barque aborde une autre rive

    Ta mémoire terrestre à ce monde nouveau ?

    Et si tu dois finir dès le seuil du tombeau

    Qu’importe, moins encore, que ton nom te survive ?

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    Sources

    L'indépendant, 24 juin 1953

    Michel Maurette - 2J806 / Archives de l'Aude

    Etat-civil de Carcassonne

    Délibération du conseil municipal de Carcassonne - 22 mars 1930

    Joë BOUSQUET d'une mort à l'autre, Paul Giro, 2026

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  • Louise Guerreau née Gaya, victime oubliée de la barbarie nazie.

    Lorsqu'on s'intéresse à la Libération de Carcassonne, on découvre avec stupeur que des victimes civiles furent totalement laissées de côté. Ainsi, par exemple, le sort de Louise Guerreau n'a semble t-il intéressé personne depuis 82 ans. Il n'y a qu'à rechercher sa tombe pour s'en apercevoir. Au cimetière Saint-Michel (carré 16, emplacement 41), on ne lit presque plus l'inscription suivante : "Tuée par la barbarie allemande". On s'est désintéressé de ces pères, mères, filles ou fils lâchement assassinés par les nazis au moment de leur départ de Carcassonne. Quant aux nombreux blessés de ces journées sanglantes, inutile d'essayer de les retrouver. Un document orphelin, conservé aux archives de l'Aude au milieu d'une liasse, donne le nom de Madame Dupuy née Bugnard, demeurant 53 rue du 4 septembre. Nous savons désormais, grâce à ce papier, qu'il y a eu des blessés lors du massacre du Quai Riquet, le 20 août 1944. Jusqu'à présent, on ne connaissait que les morts. 

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    Louise Gaya était née à Ondara (Espagne), le 31 juillet 1884. Elle se maria à Perpignan le 10 juillet 1919 avec Stanislas Guerreau, l'héritier des verreries du Nord. Ce valenciennois né en 1883 adopta sa fille Adèle, née le 5 janvier 1912 à Valencia (Espagne). Quand Louise perdit son mari, elle et sa fille vinrent habiter à Carcassonne au 23 rue Fabre d'Eglantine. Adèle fit la connaissance de Jules Mignard (1903-1951) avec lequel elle se maria à Carcassonne le 24 décembre 1937. Le 21 août 1944, Louise Guerreau mourut chez elle de ses blessures. Le dossier conservé aux Archives des victimes civiles à Caen stipule, sans plus de précisions : "Victime civile d'un massacre perpétré par un détachement de l'armée allemande en retraite". Or, il n'y en eut qu'un dans Carcassonne. C'est celui du Quai Riquet. Tout indique que Louise Guerreau est l'une des victimes de ce massacre. Décédée le lendemain, elle n'a pas été portée sur la liste des martyrs. C'est une hypothèse tout à fait crédible. Elle n'a pas la mention Mort pour la France.

    Sources 

    SHD Caen / AC 21P 351799

    Etat-civil - Mairie de Carcassonne

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