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Maires

  • Les maires de la Cité médiévale pendant la Révolution française

    Sous l’Ancien régime, Carcassonne possédait deux administrations municipales distinctes établies respectivement dans la Ville basse (la Bastide) et la Ville haute (La Cité). Lorsqu’éclatèrent les premiers soubresauts de l’insurrection parisienne précédant les évènements du 14 juillet 1789, la cité médiévale s’administrait sous la présidence de Jean-Pierre Crocy (1723-1813), notaire et Premier consul de la Ville haute. Loin de Paris, la prise de la Bastille ne sembla pas altérer ni perturber outre mesure les délibérations des consuls, certainement convaincus que le roi saurait apaiser les esprits belliqueux. Tout rentrerait bientôt dans l’ordre, pensaient-ils, n’ayant pas été informés de la réponse que le duc de la Rochefoucault-Liancourt fit à Louis XVI, ce 15 juillet 1789 :

    « Non, Sire, ce n’est pas une révolte, c’est une Révolution ».

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    Dans la salle des séances de l’hôtel de ville situé au cœur de la cité médiévale, le maire Jean-Pierre Crocy et ses officiers municipaux signent le 28 juillet 1789 une adresse au roi, dans laquelle ils le supplient de rappeler Necker. Ce texte devra être envoyé à l’Assemblée nationale et aux députés des trois ordres, avec « prière de le mettre sous les yeux du roi ».

    « Nous avons la satisfaction de vous annoncer que les jours de troubles et de désolation qui ont tous affligé la France, ont cessé. Que le calme et la tranquillité sont rétablis dans la capitale, que la paix, l’union et la concorde règnent dans tous les ordres, grâce à la bonté du roy et aux moyens efficaces pris avec autant de sagesse que de prudence par l’Assemblée nationale. Que le roy a paru au milieu de son peuple, que sa présence a pénétré ses sujets de la joie la plus vive qui tous à l’envie se sont empressés de donner à ce souverain prince Louis XVI, des témoignages de leur fidélité, de leur amour et de leur zèle. Évènement heureux et à jamais mémorable qui va procurer à la Nation les plus grands avantages, le conseil des sages, les meilleures lois et la paix dans tout le royaume. Que des actions de grâce ne devrons-nous pas rendre à un monarque si bien faisant qui n’a d’autre désir que le bonheur de ses peuples, que des sentiments de reconnaissance devrons-nous à l’Auguste Assemblée nationale qui a soutenu avec tant de fermeté le trône, la gloire de notre roy et le droit de la Nation. C’est à tous Messieurs, à nous acquitter de ces devoirs et à supplier sa Majesté de rappeler auprès d’elle Monsieur Necker. Ce ministre sage et vertueux qui travaille depuis si longtemps à la restauration de la France ».

    Faisant suite à cette adresse, les consuls décident qu’il sera célébré une messe dans l’église Saint-Sernin, le dimanche suivant à dix heures. Ils supplient le roi de permettre aux habitants de la cité, ville haute, de rendre à sa Majesté l’hommage de leur fidélité, de rappeler M. Necker et manifestent à l’Assemblée nationale, les sentiments de la plus vive reconnaissance et l’attachement de tous les citoyens.

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    L’administration de la Ville haute cherche également à se prémunir contre d’éventuelles attaques d’insurgés qui, gagnés par la fureur révolutionnaire, pourraient s’en prendre physiquement aux plus fortunés. Le 3 août 1789, une délibération entérine la création d’une garde-bourgeoise pour veiller sur les biens et les personnes. Des commissaires sont désignés à la Cité (Maguelonne de Naucadéry, Cazaintre père, Etienne Laffon, Jean Duffort fils, Carles, François Bonnery aîné), à la Trivale (Salières aîné, Rigaud, Avar, Barbaza, Aussenac, Fournié) et à la Barbacane (Alboize, Celles aîné, Castres, Marc Vidal, Lassalle, Guillaume Salières). Le 29 août, décision est prise de fermer la porte d’Aude jour et nuit sauf le dimanche les jours de fêtes, pour des raisons de sécurité. Une plainte des habitants réussira à la maintenir ouverte la journée, mais un mur sera bâti entre les lices à la tour de l’Évêque pour intercepter la communication dans la Cité.

    Une longue période d’instabilité, de doutes et de peurs s’installe peu-à-peu au sein de la municipalité. Crocy démissionne avec deux autres consuls, Vidal et Lamé, pour des raisons inhérentes à ses occupations le 24 septembre. Il restera néanmoins greffier jusqu’à la période de Terreur, où les nouveaux consuls lui refuseront le certificat de civisme le 30 brumaire An II. Les craintes d’une insurrection couvent. L’abbé de Moleville, chanoine et archidiacre de l’église de Carcassonne, ci-devant Consul, témoigne de la situation dramatique dans laquelle les habitants sont prostrés :

    « Il n’était que trop vrai que la communauté est dans la position la plus affligeante. La plus grande partie de ses habitants étant réduits à la dernière misère, le travail de la laine étant l’âme qui vivifie le corps de l’artisation, ce corps est réduit à un état de dépérissement lorsque cette ressource lui manque, jamais le travail n’a été plus rare dans cette circonstance, presque tous les marchands ayant éprouvé une secousse dans leur commune ont été obligés de renvoyer une grande partie de leurs ouvriers, ce renvoi qui a presque frappé en entier sur les artisans de la Communauté, a porté la misère à son comble. Il n’y a aucune espèce de travail, presque tous les ateliers sont fermés, et l’on à la douleur de voir que le nombre des malheureux égale presque le nombre des individus. Les citoyens favorisés de la fortune sont en si petit nombre que cette multitude d’être souffrants ne peut se ressentir de leur générosité. Si nous ne prenons les moyens les plus efficaces pour procurer un prompt secours à tous ces pauvres, la misère qui nous afflige va nous rendre les témoins des plus grands malheurs. Nous aurons la douleur de voir les enfants succomber en proie à la nudité et à la faim, et les parents excités par le désespoir se porter aux plus grands excès. La seule ressource qui nous reste est d’occuper cette multitude de gens oisifs et de les garantir des horreurs de la faim. »

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    A la suite de ce rapport, l’assemblée vota unanimement une supplique à Mgr l’Intendant afin que la Communauté l’autorise à emprunter la somme de trois mille livres pour le soulagement des pauvres, en les occupant aux réparations du chemin qui s’avoisine. 

    Charles Peyraudel († 1845), perruquier de son état, second consul et lieutenant de maire prend sa succession avant qu’une délibération ne désigne le 21 octobre, François Maguelonne de Naucadéry (†1822) au poste de Consul et maire de la Ville haute. Barbaza et Daderne, troisièmes et quatrièmes consuls, ainsi que quatre bourgeois et quatre artisans comme officiers municipaux. Le procureur ne s’y impose pas tant que l’on ne s’écarte point du l’arrêt du Conseil d’état du roi du 27 octobre 1774 et de la Cour du parlement de Toulouse du 16 octobre 1782. Mgr l’Intendant devra néanmoins approuver cette délibération.

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    Emplacement de la chapelle de la confrérie des Pénitents gris

    Le décret de l’Assemblée nationale et les Lettres patentes sur l’établissement de la municipalité, ne permirent plus à Naucadéry d’être désigné de la sorte. Il fallut organiser un vote au sein des deux arrondissements composés des paroisse Saint-Sernin et Saint-Nazaire. Ils comprenaient non seulement la Ville haute, mais également les faubourgs de la Trivalle et Barbacane, les hameaux de Montlegun et Montredon. Cette population de près de quatre mille habitants représentée par des citoyens actifs à même de voter, fut convoquée le 3 février 1790 à huit heures en assemblées particulières. Soixante-quinze citoyens actifs de la paroisse Saint-Sernin se rendirent au Couvent des R.P Capucins (actuellement, Notre-Dame de l’abbaye) ; les cent quatre de la paroisse Saint-Nazaire votèrent dans la confrérie des Pénitents gris (actuellement, place St-Jean dans la Cité). L’issue du scrutin revint favorable à François Maguelonne de Naucadéry, démocratiquement élu maire de la Ville haute. Pour des raisons que nous ignorons, Peyraudel continua son office sans que le nouveau maire prît ses fonctions. Lors d’un nouveau scrutin sur le même mode que le précédent, François Henry Abraham (1720-1812) fut élu le jeudi 11 février 1790. Cet ancien Conseiller du roi et connétable de la Cité resta en poste jusqu’au 16 avril 1790.

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    Hôtel de ville de la Cité avec la porte d'entrée au pied de la tour du Trésau

    Durant la période de la Terreur, l’ancien salpêtrier originaire de Béziers, Jean Marie Guilhen officia en remplacement d’Abraham. On retiendra qu’il alla quérir le 20 novembre 1793 avec ses officiers municipaux les titres féodaux et archives de la Cité, se trouvant dans la tour du Trésau. C’était à cet endroit que se tenaient depuis le XVIe siècle, les séances des conseils municipaux. Sur le linteau de la porte au pied de la tour on voit encore les armes du Consulat. Ces documents précieux et irremplaçables furent ensuite brûlés sur la place de la Liberté (actuellement, jardin du Prado) au milieu de la liesse populaire. Le noble Maguelonne de Naucadéry y assistait en qualité de juge de paix du canton.

    L’absence des registres des délibérations du conseil municipal de la Cité pour la période 1795-1799, ne nous permet pas de poursuivre nos recherches. Toutefois, la réunification des deux villes se fit en 1800 suivant un arrêt des Consuls de la République. La Cité médiévale perdait ainsi son indépendance et tout ce qui faisait sa singularité.

    Sources

    ADA 11 / Etat-civil

    Délibérations du conseil municipal 1789-1793

    Cartulaire / Mahul

    Carcassonne d'heureuse rencontre / Nelli et Alaux / Edisud

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    © Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2019

  • Raymond Heirisson (1742-1823), un maire partisan de Robespierre

    Maximilien de Robespierre

    Ce fils de marchand-libraire naquit à Carcassonne le 1er septembre 1742 dans une famille de notables issus de la petite bourgeoisie. Son père, François Heirisson, marchand-libraire de son état, prodigua le goût des belles lettres à son fils aîné qui, au sortir de l’université de Toulouse possédait l’intelligence de la langue latine et la connaissance des caractères grecs. C’est du moins ce qu’atteste le certificat délivré par le recteur le 19 février 1759. Fort de ces compétences, Raymond Heirisson envisagea d’exercer l’activité complémentaire au métier de libraire, dont Güttenberg avait été le premier artisan. Après plusieurs années chez des maîtres imprimeurs de renom, comme Valleyre à Paris où il avait été prote, le Conseil d’état du roi arrêta le 12 mai 1766 que le fils du libraire « avait fait son temps d’apprentissage ». Dès lors, les royales recommandations lui permirent d’obtenir des officiers municipaux de Carcassonne, que l’on lui attribuât la charge d’imprimeur royal laissée vacante depuis le décès de Coignet. Raymond Heirisson put ainsi établir son atelier dans la rue des Orfèvres (Courtejaire) et bénéficier du matériel que la veuve de son prédécesseur avait conservé. La ville de Carcassonne retrouvait avec soulagement un imprimeur, indispensable aux services de la 2e Sénéchaussée de la province et de l’évêché. Il demeura l’unique représentant de cette profession et imprima tous les actes officiels jusqu’à la fin du Premier Empire.

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    De son mariage avec Marie Godar le 24 mai 1778, naîtront trois fils : François (1780-1806), Ambroise (1784-1870) et Pierre Esprit (1786-1817). Ses enfants connurent des fortunes diverses, malgré que leur sort fût éloigné du besoin. Le benjamin - marchand fabricant de draps - et l’aîné ne dépasseront pas la trentaine. Ambroise, le cadet de la fratrie, s’illustra comme capitaine de la Garde nationale sous la deuxième République, se maria à Cornélie Corneille et finit sa vie comme apprêteur à Carcassonne. Ses deux fils Ambroise (1836-1896) et Louis (1831-1900) vivront de leurs rentes et décéderont respectivement à Perpignan et à Marseille.

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    © justeacote.com

    Le château de Pomas

    Lorsque survint la Révolution française, la famille Heirisson se rangea derrière les idées nouvelles incarnées par l’idéal républicain des anciens serviteurs de l’Ancien régime. Au sein du Comité de Salut public dont il fut membre, puis comme officier municipal en 1791, Raymond Heirisson gravit les échelons du nouveau pouvoir. La chasse des aristocrates, contraints de fuir à l’étranger en abandonnant leurs possessions, lui permit d’acquérir le château de Pomas avec ses terres, aliénés à la Nation en 1793. Les sans-culottes ne s’étaient pas attendris sur le sort de l’ancienne propriétaire ; la marquise de Poulpry, héritière du grand-père Castanier, propriétaire de la manufacture royale de draps que les miséreux avaient largement contribué à enrichir et à anoblir. Paradoxe de l’histoire, les pauvres dépourvus de travail durent pour survivre, s’en remettre aux secours distribués généreusement par les révolutionnaires, sur l’argent pris aux nobles. Aucun d’entre-eux n’eut les moyens d’acquérir un château, mais bénéficia de la solidarité nationale.

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    Le 2 mai 1794, la Convention nationale demande à la municipalité, "si le conspirateur Fabre d'Eglantine a laissé des biens à Carcassonne."

    Quoiqu’on en juge, lorsque Raymond Heirisson fut nommé maire de Carcassonne le 26 avril 1794, Maximilien de Robespierre et son cabinet de montagnards sanguinaires avaient déjà pris un certain nombre de directives en faveur des pauvres. Le plus bel exemple, c’est la loi sur le maximum général qui gela l’inflation sur le prix du pain en permettant au peuple de se nourrir. Au bénéfice politique de l’incorruptible, ajoutons la dénonciation de l’esclavage et la démocratie directe que les sans-culottes jaunes réclament aujourd’hui au bout de leurs piques. La chute de Robespierre le 9 thermidor de l’an II (27 juillet 1794) coïncida avec la fin des mesures sociales en faveur du libéralisme économique.

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    Comment interpréter l’adresse à la Convention nationale que rédigea Joseph Dupré, procureur syndic, avec l’assentiment de l’agent national à « l’occasion de la mort de Robespierre et de Collot d’Herbois » le 15 prairial de l’An II (3 juin 1794). 

    « Tandis que nous nous livrions à la joie vive et pure qu’inspirent à tous les amis de la liberté, les victoires multiples des républicains ; un monstre souillant par sa présence le sanctuaire des lois, attendait Robespierre pour lui donner la mort, et le faire assassiner Collot d’Herbois ; à cette affreuse nouvelle le premier sentiment de nos âmes vivement émues, s’est dirigé vers la divinité qui a conservé au peuple français ses deux intrépides défenseurs ; le second a été celui de l’indignation contre le gouvernement, où la conspiration nouvelle dont l’assassinat a été le bras.

    Eh quoi, Hébert et Danton conspirent-ils encore du fond de leur tombeau, les héritiers de leur scélératesse ne savent-ils pas que tous les cœurs des français font votre égide, ignorent-ils que c’est frapper le peuple entier, que de frapper un de ses représentants, les lâches ! Ils ont fui dans les champs de l’honneur, ils se rallient autour du crime pendant le jour, et leur audace ne commence qu’avec les ténèbres de la nuit ; vous avez mis toutes les vertus à l’ordre du jour, ils ont mis l’assassinat à l’ordre de leur perfidie.

    Eh bien ! nous leur répondrons par l’héroïsme de la liberté et le flegme du courage, nous irons au-devant de leurs coups comme l’héroïque Joffroy, mais que désormais nous ne soyons plus livrés à des cruelles alarmes : pères de la patrie, nous vous conjurons de prendre ans votre sagesse des moyens pour que les jours des représentants ne soient plus à la merci de quelque scélérat, vos jours ne sont plus à vous, ils appartiennent au peuple, ils sont essentiels à la gloire et à son bonheur. »

    Ce texte qui fut adopté par la municipalité et inséré au registre, annonce non seulement deux mois à l’avance à la mort de Robespierre, mais également celle de celui qui le fit arrêter et condamner : Collot d’Herbois, ne mourra qu’en 1796 en Guyane.

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    Durant toute la période où Robespierre resta au pouvoir, la municipalité Heirisson appliqua avec zèle les directives de la Convention nationale. La mise en place de l’instruction publique « afin de procurer à nos jeunes concitoyens des instituteurs capables de leur inspirer des sentiments purs, une morale saine, et de leur faire connaître les avantages de notre heureuse révolution », demeura au centre des préoccupations municipales. Le 21 juillet 1794, le Comité de Salut public déclara « qu’il faudra nommer un instituteur dans chaque commune du département, pour enseigner la langue française et la déclaration des droits de l’homme aux citoyens des deux sexes. » Cette langue française devra anéantir le patois, selon le rapport de la Convention nationale. Héritage de ce jacobinisme et de l’indivisibilité de la République, la France n’a jamais ratifié la Charte européenne des langues régionales qu’elle a signé en 1999.

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    Les fêtes multiples furent l’occasion d’enraciner la culture révolutionnaire parmi les citoyens, en rompant avec les traditions chrétiennes reléguées au rang de superstitions. Curieusement, Robespierre ne s’affranchira pas de la nécessité de croire : Le peuple français reconnaît l’être suprême et l’immortalité de l’âme. Cette maxime se trouve encore inscrite à l’entrée de certaines édifices, comme sur la cathédrale de Clermont-Ferrand, par exemple. Partout en France, le 8 juin 1794 on organisa la fête de l’être suprême. A Carcassonne, Champagne fut chargé de dresser les plans de la fête pour 1500 livres.

    Sur un plan plus local, retenons que la municipalité Heirisson prit la résolution de transformer l’église de l’ancien couvent des Jacobins en salle de spectacle le 3 décembre 1794. Ce théâtre municipal ne sera rasé qu’en 1933 et la scène du théâtre actuel a été bâtie sur le chœur de l’église des Jacobins, rue Courtejaire. La numérotation sur les maisons de la ville et les divisions en carrés des quartiers sont issus d’une décision municipale prise le 16 mai 1794. Sans compter, les mesures de salubrité des hôpitaux, le rétablissement du captage de l’eau depuis les bassins de l’Origine, les secours aux miséreux privés d’emplois dans les manufactures, etc.

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    Signature de Raymond Heirisson

    Le mandat de Raymond Heirisson s’acheva le 28 juillet 1795. L’imprimeur retourna dans son atelier et mourut chez lui, 29 rue des Orfèvres (rue Courtejaire), le 10 septembre 1823 à l’âge de 81 ans. Il laisse une œuvre immense dont chacun peut maintenant se faire une idée plus précise, à la lumière de cet article inédit.

    Sources

    Cartulaire de Mahul / Vol. VI

    ADA 11 / Etat-Civil

    Délibérations du conseil municipal

    Histoire de la Révolution française

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    © Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2019

  • "Salut et Fraternité" à Jacques Dat (1759-1844), maire de Carcassonne

    Fils de Raimond Dat (1724-1803), avocat du roi en la Sénéchaussée de Castelnaudary et président du département, Jacques Dat naît dans cette ville le 30 mars 1759 ; il est baptisé le même jour par son grand oncle. Cette famille de notables bourgeois s’installa ensuite dans le chef-lieu de l’Aude où son père occupa les fonctions de Premier consul de 1779 à 1783 et de président du Directoire du département de 1790 à 1992. Le 17 août 1792, suite à l’assassinat du procureur syndic Guillaume Verdier - son gendre - par des émeutiers hostiles à la libre circulation des grains et excités par des partisans de la monarchie, Raimond Dat se mit en sécurité à Castelnaudary. Se sentant menacé, il renonça dès lors à toutes ses fonctions administratives.

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    Entre temps, Jacques avait épousé Marie de Pradel, la fille du Conseiller à la Cour des Aides de Montpellier, qui mit au monde trois enfants : Raimond Marie (1786-1788, Antoine Guillaume né le 10 novembre 1789 et Antoine Raimond né le 24 novembre 1791. Le couple s’installa au domaine de la Cavayère, acquit avec ses terres comme Bien national sur les anciennes possessions des aristocrates émigrés, aux alentours de Carcassonne, de Palaja et de Montirat. Jacques Dat en qualité de membre du club des Jacobins et de la Société populaire fut porté à la tête de l’Assemblée primaire ; il succéda à Joseph Dupré au poste de maire le 14 décembre 1792.

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    Le bataillon des Républicains

    Suite à l’exécution de Louis XVI, les monarchies européennes se liguèrent contre la France et bientôt l’Espagne rejoignit les pays coalisés. A la frontière avec la Catalogne débuta la guerre du Roussillon à partir du mois de mars 1793, à laquelle Jacques Dat entendit donner l’exemple d’un engagement au service de la patrie. N’écoutant que son devoir, malgré deux enfants en bas âge et une épouse sur le point d’accoucher, il partit le 28 avril 1793 avec le 2e bataillon des Volontaires de l’Aude combattre les armées espagnoles. Aux représentants de Perpignan, il dit ceci :

    « Un moment sublime s’était fait ressentir, un bataillon s’était formé pour marcher à l’ennemi. Votre arrêté qui explique le mode de la levée en masse a bien affaibli l’énergie de nos concitoyens. Je crois donc que je dois prêcher par l’exemple, c’est la plus belle éloquence. Je partirai avec les premières compagnies . Je me rangerai dans les rangs pour supporter avec mes frères d’armes toutes les fatigues de la guerre. »

    Fervent défenseur de la Montagne et d’un état centralisé, Jacques Dat s’opposa à l’insurrection des Girondins qui, au début de l’été 1793, avait trouvé un écho parmi les notables audois favorables au fédéralisme. Lorsque la rébellion fut matée et que les partisans de Robespierre furent débarrassés des séditieux, la position du maire se trouva confortée. Le 18 juillet 1793, l’administration du département qui l’avait nommé membre du Comité central de Narbonne, dut le faire remplacer à la demande du conseil général de la commune qui le jugea bien plus utile à Carcassonne. La société populaire réclama même qu’il revînt de la guerre avec l’Espagne.

    La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen avait été promulguée le 23 juin 1793, quand le 10 août suivant, on célébra la Fête de la Fédération acceptant la Constitution Républicaine. Le procès-verbal envoyé à Paris par le procureur syndicat Bastoulh témoigne de l’attachement des Carcassonnais à l’acte constitutionnel proclamé par la Convention nationale :

    « Séance publique des autorités constituées de la ville de Carcassonne, chef-lieu du département, du samedi 10 août 1793, à trois heures de l’après-midi, l’an II de la République française. L’assemblée, après lecture de l’arrêté du département qui détermine les dispositions de la fête qui doit être célébrée.

    Considérant que l’acceptation de la Constitution sera le seul signe auquel on pourra désormais reconnaître les vrais républicains, les amis de la chose publique ; que la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen doit anéantir toute espèce de parti ; que la Constitution, fondée sur les principes de la liberté et de l’égalité, va consoler et encourager ceux qui en sont les défenseurs, couvrir de honte et d’opprobre leurs ennemis, et devenir, pour tous les Français, un soleil dont les rayons bienfaisants feront bientôt découvrir l’imposture et n’anarchie, sous quelque forme qu’elles puissent se cacher.Oui le procureur syndic ; A unanimement délibéré de procéder de suite à la proclamation de l’Acte constitutionnel, d’une manière aussi solennelle que le mérite l’importance de l’objet.

    En conséquence, l’assemblée s’est transportée en corps à la maison commune, et de là sur la place de la Liberté, où étaient rassemblée toute la garde nationale de Carcassonne, la gendarmerie nationale, et le dépôt du 15e régiment des dragons, ci-devant Noailles. Une salve d’artillerie a annoncé la cérémonie qui allait commercer. »

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    Le maire Jacques Dat prit alors la parole :

    « Citoyens,

    Les ennemis irréconciliables de l’égalité sont vaincus ; la cause du peuple triomphe ; la Constitution proclamée, des lois populaires paraissent, le glaive de la justice est manié avec vigueur, toutes les aristocraties vont être frappées, les traîtres ne sont plus épargnés. L’agiotage est terrassé ; les accapareurs sont punis de mort ; toutes les têtes coupables tombent sous le glaive vengeur de l’humanité opprimée.

    Citoyens, vous seconderez les efforts de ces intrépides défenseurs des droits de tous les hommes ; vous ne nous occuperez que de la prospérité nationale. Vous signalerez pour ennemis ceux qui préfèrent leur intérêt au bonheur de tous. 

    Si nous faisons la guerre au despotisme, c’est pour nous, c’est pour la patrie, c’est pour les générations futures. Dans cette crise orageuse, les spéculations de l’agriculture, du commerce et de l’industrie ne doivent point être contenues dans le cercle étroit des passions particulières ; elles doivent toutes tourner au profit de la République.

    L’homme libre apporte sur l’autel de la patrie le fruit de ses travaux et de son économie ; il vole aux combats pour faire triompher la cause de l’humanité outragée ; il vit et meurt en sage. L’esclave, au contraire, calcule froidement ses intérêts ; traîné aux combats par les rois, il vit sous le poids des chaînes et meurt en forcené. Hommes libres, vous ne souffrirez pas que la Charte constitutionnelle, qui est aujourd’hui proclamée, soit déchirée ; que les droits du peuple soient anéantis ; que la terre de la liberté soit de nouveau infectée par le régime féodal et tyrannique. Vous vous lèverez en masse ; vous n’aurez d’autre cri de ralliement que celui qui doit être connu  à tous les Français, l’anéantissement des tyrans, des traitres, le triomphe de l’égalité ou la mort. »

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    L'ancienne place de la Liberté

    Après quoi, un échafaudage en bois ayant été dressé, on brûla tous les monuments, bannières, drapeaux portant quelque marque de royauté. On a chanté les airs chéris de la Révolution accompagné par des musiciens : L’hymne des Marseillais, La Carmagnole, Ça ira, etc. La fête a été terminée par une ample distribution de pain aux pauvres de la ville et à tous ceux qui se sont présentés, fourni par la bienfaisance des citoyens qui l’avaient délibéré dans les différentes sections, lors des assemblées primaires pour l’acceptation de la Constitution.

    Les titres féodaux échappèrent pour un temps aux flammes, le citoyen Godar ayant fait observer en séance du conseil général de la commune que des titres de propriétés pouvant se trouver parmi les archives, il faudrait d’abord procéder à un tri. C’est donc le 17 novembre 1793 que les titres féodaux disparurent dans un immense brasier devant la porte Narbonnaise à la Cité, ci-devant place de la Liberté. L’arrêté municipal du 21 novembre interdit à tout citoyen de conserver les parchemins sauvés des flammes par le vent. Il devra les ramener à l’hôtel de ville, sous peine d’être considéré comme suspect.

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    Certificat de civisme de la ville de Castres

    Les mesures votées par le conseil général de la commune les mois suivants, visèrent à renforcer l’unité républicaine par la contrainte. L’œuvre de la Société populaire, émanation du club des Jacobins qui se réunissait à l’ancien couvent du même nom sur l’emplacement de l’actuel théâtre municipal, veillait à faire appliquer avec rigueur les directives de la Convention nationale. Par exemple, la délivrance de certificats de civisme… Chaque citoyen devait en faire la demande auprès du conseil général de la commune, seul habilité à voter favorablement ou défavorablement  lors de l’une de ses séances. En cas de refus, le citoyen pouvait être considéré comme suspect.

    Parmi les décisions validées par Jacques Dat, on retiendra de nombreuses fêtes afin de maintenir la flamme de l’idéal révolutionnaire : la fête populaire pour éclairer le peuple et bannir le fanatisme, la fête du décadi (jour remplaçant le dimanche), la fête de la raison. Le port de la cocarde tricolore, jusque-là facultatif, fut rendu obligatoire pour toutes les femmes le 24 février 1794. La municipalité, à défaut d’engager de grands travaux, ordonna la plantation de deux ormeaux sur les places de la Liberté et du marché. L’ingénieur Champagne fut sollicité afin d’étudier la construction d’un autel à la patrie sur la place de la Liberté, avec quatre faces sur lesquelles seraient gravés les articles de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Bien plus anecdotique, l’interdiction de faire des pâtisseries et des gâteaux, promulguée le 27 décembre 1793 en raison de la pénurie de farine et de la loi sur le maximum.

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    © B.N.F

    Le mandat de Jacques Dat s’acheva le 26 avril 1794. Cet homme engagé, fidèle à ses conviction et animé d’un grand sentiment de justice sociale ne se laissa jamais corrompre. Même après la fin de la Terreur, contrairement à certains de ses pairs qui n’hésitèrent pas à se vendre à la faveur d’un poste politique, l’ancien maire refusera l’appel des ambitieux. Il retournera dans ses terres et après avoir perdu sa première épouse, finira par se marier avec Marie Béziat, sa domestique de vingt ans sa cadette. A l’âge de 64 ans, ce mariage lui permit de reconnaître les deux enfants illégitimes qu’il avait eu de ce second lit : Jacques Henri (1827) et Antoinette Marie Louis Béziat (1830). Il mourut le 18 septembre 1844 à Carcassonne au n°39 de la rue de la préfecture et laissa  à la postérités des publications : Lettres à Messieurs de l’Institut de France (Académie royale des sciences / Imprimerie C. Labau) et Carte des deux Amériques ou de la Palestine… avant le déluge  (Lithographie de P. Certain / 1836).

    Sources

    ADA 11 / Etat-Civil

    Délibérations du conseil municipal

    Archives parlementaires de 1787 à 1860

    La Révolution française / Société de l'histoire et de la Révolution

    Cartulaire / Mahul

    Les Audois / J. Guilaine et D. Fabre

    Notes

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