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La Cité

  • Le pavage de la rue Cros-Mayrevieille dans la Cité de Carcassonne

    Autrefois, la rue Cros-Mayrevieille n'était les jours de pluie qu'un ruissellement de boues et de saletés transporté en bas de la Porte Narbonnaise. Ceux qui ne voulaient pas se salir devait tenir le haut du pavé, d'où l'expression passée dans le langage commun. Celle-ci définit aujourd'hui plus largement une personne qui se démarque par son statut social : on dit qu'elle tient le haut du pavé. Dans cette cité médiévale, on peut également battre le pavé depuis 1975, c'est-à-dire errer sans but dans les rues. Il est vrai que l'enfer est pavé de bonnes intentions... 

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    © Antoine Courrière / L'Indépendant

    Nous ne saurions vous dire si les rues de la Cité étaient pavées au Moyen-âge. Cependant, nous savons que la rue Cros-Mayrevieille ne l'était visiblement pas avant le mois de février 1975. A cette époque où il fait un froid de canard quand le vent s'engouffre par la Porte Narbonnaise, des ouvriers s'activaient à la pose de pavés. Leur patron, âgé de 75 ans, courbait échine et confiait au journal l'Indépendant : "Le mal de reins ? Connais pas !" Autres mœurs, autres temps... Le journaliste n'épargne pas les boutiquiers de la Cité qui pourront profiter de ce beau pavage :

    " Aujourd'hui, c'est elle qui souffre (La Cité) sous les coups du progrès. Violée par le long défilé des moteurs à explosion et souillée par le toc de certaines boutiques qui n'hésitent pas à y exposer des petites Tour Eiffel, des Vierges de Lourdes et autres laideurs de plastique. Dégradée par des fils électriques, on pourrait la comparer à un personnage du Moyen-âge fumant une cigarette et portant cravate, montre magnétique et chaussettes en nylon."

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    Lorsque désormais vos pieds battront le pavé à cet endroit, ayez une pensée émue pour ce vieil artisan qui les a posés 43 ans plus tôt. 

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    © Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2018

  • Guide à la Cité de Carcassonne. Quel métier de sportif !

    Les qualités indispensables à l'exercice du beau métier de guide à l'intérieur de notre cité médiévale, peuvent se résumer dans cette cette locution latine : "Mens sana in corpore sano". Il paraît évident à tout un chacun - enfin, nous l'espérons - qu'un guide possède une tête bien faite et bien pleine pour transmettre aux visiteurs la science de l'histoire. Qu'en est-il du défit physique auquel sont confrontés quotidiennement les arpenteurs de nos remparts ? Voyez plutôt... Ce sont des milliers de marches à monter et à descendre pour accéder aux tours qu'ils affrontent chaque jour, des portes à ouvrir et à fermer, des kilomètres à parcourir parfois sous une chaleur accablante en été. Ils doivent se poiler de rire devant leur téléviseur, lorsqu'on applaudit aux exploits de quelques vedettes pailletées dans l'émission Fort Boyard. 

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    MM. Roméro, Goroix et Régnier en 1967

    Aujourd'hui, nos chers guides se sont débarrassés de leur costume de fonction. Ils peuvent en période estivale s'habiller à leur aise avec un short et des manches courtes. En 1967, ils étaient six hommes dirigés par leur chef Marc Robin, en fonction depuis 1954. On peut citer MM. Roméro, Goroix, Régnier, Balmigère et Camilli. Six guides pour 2687 visiteurs le week-end de Pâques en 1967. Combien sont-ils en 2018 alors que le chiffre des entrées est nettement supérieur ? La visite durait 45 minutes, depuis le musée jusqu'au tour des remparts. Le monument étant ouvert toute l'année, ils travaillaient tous les dimanches sans relâche, leur seul jour de repos collectif était le 14 juillet, ou la Cité n'est pas accessible au public à cause de l'embrasement. Après le décès de M. Embry, la vieille ville s'est retrouvée sans guide-conférencier. Jacques Houlet, directeur de la Caisse des Monuments Historiques décida de nommer Alain George en 1964. C'est ensuite Jacques Devèze, le fils de Lily, qui lui succéda. 

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    © La dépêche

    Le métier de guide à Carcassonne a nettement évolué... Ne vous y trompez pas, la rentabilité d'un service rendu au public est devenu un axe majeur de la politique du Centre des Monuments Nationaux. Comme à Carrefour, où les hôtesses de caisse sont remplacées par des automates, le guide est concurrencé par l'audio guide. Prenez le plan, l'appareil auditif et démerdez-vous ! Toutefois, vous disposez encore du choix de visite avec un guide patenté. Comment le reconnaître ? Tâtez-lui les mollets ! Lui seul, a la cuisse et le mollet aussi ferme que la pierre qu'il gravit chaque jour.

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  • Le périmètre non constructible autour de la Cité médiévale. Mais pour qui ?

    Il nous a paru intéressant de retranscrire ci-dessous, une lettre de protestation rédigée en 1967 par le Dr Emile Delteil, propriétaire de la clinique du Bastion, au sujet de la zone non-ædificandi. Ce courrier met en avant les largesses supposées, accordées aux uns et refusées aux autres. A t-on voulu faire payer au Docteur-Résistant, son étrange libération le 19 août 1944 de la prison de Carcassonne et ce qui suivit ? Ou bien était-il encore dans l'administration quelques rejetons de la Ve colonne ?

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    © Pinterest

    "Ce décret d’avril 1959 frappant les propriétaires des terrains situés autour de la Cité, n’a rien de commun avec le périmètre de protection de 500 m, établi par Poincaré le 13 décembre 1913. En effet; celui-ci n’interdisait pas de bâtir, mais soumettait les constructions à certaines normes, en particulier un faitage de 500 mètres, de façon à ne pas masquer la Cité par des bâtiments genre buildings.
    Une demande d’autorisation était simplement nécessaire. De nombreuses dérogations ont été obtenues par moi-même et d’autres propriétaires, en particulier le séminaire, MM. Deniort, Castella, Calvet, etc. La mairie a construit les annexes de l’Ecole Normale en bordure de la rue Camille Saint-Saëns, sans même respecter le retrait classique de 4 mètres sur des terrains payés à l’époque plus de 3000 francs le mètre carré.
    Le 9 avril 1959, parut le décret Malraux, contre lequel nous avons protesté, car il interdisait en principe, toute construction dans un périmètre plus ou moins fantaisiste qui a déjà été modifié plusieurs fois. De nombreuses dérogations ont été obtenues sur la fantaisie de tels préposés, ou à la suite d’influences politiques.

    On a construit parfois à moins de 50 mètres des remparts, des maisons de plusieurs étages, ne respectant même pas le décret Poincaré. On a construit encore côté de la Cité et même à l’intérieur des remparts. On a même avec la permission de qui ? élevé un dépôt de carburants au sommet du monticule qui fait face à la porte Narbonnaise sous le chemin de Montlegun. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce dernier ouvrage n’est pas très artistique. L’EDF vient de construire en bordure de la rue Saint-Saëns plusieurs maisons, dont une dans le prolongement normal de cette rue, aurait dû déboucher en ligne droite sur le milieu de la côte de la Cité et non sans visibilité au pied du monument Combéléran, après avoir fait plusieurs contours dangereux.

    Lorsque le décret Malraux parut, de nombreux propriétaires se sont groupés pour réagir contre ce qu’ils considéraient comme une brimade. Pour défendre leurs intérêts, ils demandèrent une expertise légale qui leur attribua à titre de dommages, une indemnisation de 5000 francs anciens par m2 (75 € d’aujourd’hui, NDLR), alors que les terrains urbains à cette époque, valaient plus. Dans un but de conciliation, nous acceptâmes tous cette estimation, et Maître Follet fit homologuer l’expertise par un jugement d’instance qui donna satisfaction à tout le monde. Personnellement, je devais obtenir pour plus de 5000 m2, une indemnité de 309 375 francs, mais c’est le Ministère des Monuments Historiques et l’administration, qui firent appel à Montpellier, où la Cour réduisit les dommages des 2/3, ramenant mes indemnités à 106 080 francs.
    C’est alors que je fis un pourvoi en cassation, pour lequel, j’ai été débouté.

    J’avais accepté l’expertise qui nous indemnisait sur un taux de 50 francs le mètre carré, alors que le prix des terrains oscillait entre 80 et 120 francs sur le marché de Carcassonne, tarif homologué par l’Enregistrement et les Domaines. De plus, j’avais eu l’autorisation d’y élever une maison et fait à plusieurs reprises l’objet de démarches de la part d’éventuels constructeurs.

    Ces différences sont inexplicables, puisque l’administration a acheté officiellement en zone d’aménagement différé, par conséquence non-constructible, des terrains en friche et inondables, dont voici deux exemples que l’on peut contrôler :

    Terrain Calmet, entre le Pont-vieux et le Pont-neuf, acheté 70 à 80 millions soit 8000 francs le mètre carré (Cité administrative des impôts, NDLR).
    Terrain Sablayrolles-Pelouse au Païchérou, acheté exactement 388 286 francs soit 300 francs le mètre carré. J’insiste, pourquoi cette différence avec mes terrains ? Puisque l’enclos Birot est en ville, parfaitement plat, construitible, d’accès facile, étant en bordure de la rue Saint-Saëns qui en assure la viabilité. On aurait pu facilement y loger une centaine de fonctionnaires à portée de leur travail, à un prix abordable."

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    Anciens terrains Calmet. Actuelle place Gaston Jourdanne et Cité administrative.

    "Je dois avouer que les brimades continuent, puisque on m’a parlé d’un projet pour percer en diagonale sur mes terrains, une rampe d’accès joignant la rue Saint-Saëns (angle de l’Ecole Normale actuellement affecté à la sortie des écoles), à la porte Narbonnaise, malgré une dénivellation qui sur relevé topographique est estimée à 24 mètres. Mais qu’importe ! Pour certains, le but est de rendre mes terrains inutilisables."

    Source

    L'indépendant / 27 novembre 1967

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