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Politique

  • L'affaire du Couvent de Sainte-Gracieuse, rue Trivalle

    En 1793, les R.P Capucins avaient été chassés et dispersés du monastère que l’on connaît de nos jours sous le nom de Notre-Dame de l’Abbaye, rue Trivalle. Les bâtiments devaient passer sous la coupe des révolutionnaires et être vendus avec les Biens nationaux. Il faudra attendre le début des années 1860 pour que des religieuses de l’Ordre de Marie-Thérèse s’y établissent à nouveau en créant une maison d’éducation catholique. Elles lui donnèrent alors le nom de Sainte-Gracieuse, en hommage à une martyr dont les restes reposent dans la chapelle.

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    Au mois, d’août 1871, un fait totalement méconnu aujourd’hui de nos historiens locaux va déclencher un véritable séisme non seulement à Carcassonne, mais dans la France entière. L’affaire de Sainte-Gracieuse, ainsi dénommée par les chroniqueurs de l’époque, débute par le dépôt d’une plainte au tribunal de Carcassonne. Monsieur Merlac, propriétaire à Narbonne, sur la foi des accusations de viol portées par sa fille Alix contre les religieux du Couvent de Ste-Gracieuse, entend bien défendre l’honneur perdu de son enfant. Que diable s’est-il donc passé ? La jeune fille de dix-huit ans et pensionnaire de cette école d’éducation, prétend que sa cousine Nancy Bouis, âge de trente-six ans, l’avait amenée trois ans auparavant au couvent tenu par mes religieuses de Marie-Thérèse. Là, trois sœurs (St-Paul, Marie et St-Luc) l’auraient prise de force dans une cellule située au fond d’un souterrain. On l’aurait jeté sur un lit et l’abbé Henri, vicaire de Saint-Gimer, se serait alors précipité sur elle et l’aurait violée. Deux autres prêtres seraient entrés et chacun leur tour, en auraient fait de même. Alix Merlac accusa l’abbé Vidal de l’avoir violée le 16 août 1868, jour de St-Roch, à 20 heures dans l’église Saint-Vincent. Après quoi, l’abbé Sigé, son confesseur et curé de la cathédrale, se serait servi de sa position pour l’obliger à demeurer au couvent afin de servir d’instrument à leurs plaisirs.

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    Le 17 mars 1872, le chef du parquet et le juge d’instruction, assistés d’un greffier, se rendirent au couvent accompagnés de la plaignante pour effectuer des constatations. Le curé, objet des accusations, prisonnier dans la loge du concierge du Palais de justice, fut remis en liberté. Les autres prêtres démentirent avec vigueur avoir abusé de la jeune femme. Néanmoins, pendant la durée de l’instruction, l’évêché dut prendre des mesures à titre conservatoire. L’abbé Henri, vicaire de Saint-Gimer, fut envoyé en disgrâce à Mérone. L’abbé Sigé, dans une petite paroisse près de Castelnaudary.

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    Le cloître

    Les investigations montrèrent très vite que tout dans l’accusation était chimérique. Sur la plaignante, aucun indice ne laissait supposer qu’elle disait la vérité et peu-à-peu, on fut certain qu’elle n’avait pas été déflorée. Les états des lieux qu’elle avait décrits ne correspondaient point à ses précisions, et plus on avançait dans les recherches, plus les alibis se multiplièrent. A chaque fois, l’enquête mettait en évidence un fait contraire à celui que Mlle Mérlac mettait en avant. Une ordonnance de non lieu fut alors prononcée en faveur des abbés Sigé, Henri et Vidal, des sœurs St-Paul, St-Luc et Marie, de la mère supérieure et de Madame Bouis. Les accusés poursuivirent Alix Merlac pour dénonciation calomnieuse et au bout de son procès qui révéla ses mensonges, son avocat Me Agnel réussit à obtenir l’acquittement. Les experts ayant pu prouver la fragilité mentale de la jeune femme, la défense réussit à plaider la folie. On n’entendit plus parler d’Alix Merlac, ni d’ailleurs de cette affaire qui suscita bien des polémiques entre défenseurs de l’église et anticléricaux.

    Au cœur de cette affaire se trouva le député-maire de Carcassonne, Théophile Marcou. Patron du journal « La Fraternité », cet anticlérical viscéral titra avant même le début de l’enquête :

    «  Accusation de viol, d’attentats à la pudeur portés par Mlle Merlac de Narbonne, contre les religieuses du Couvent de Ste-Gracieuse de Carcassonne et divers prêtres du diocèse. »

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    Théophile Marcou

    Les évènements prirent alors une tournure politique à une époque où la Troisième République faisait la chasse aux cléricaux. Louis Veuillot (1813-1883), journaliste légitimiste et catholique fervent entra dans la danse en fustigeant Marcou de ses manchettes assassines dans l’Univers :

    « Le citoyen Marcou est un vieux rouge, avocat de profession, déporté au 2 décembre, préfet du 4 septembre, dégommé, maire de Carcassonne et président du Conseil général de l’Aude. Ledit Marcou est fils d’un curé défroqué et d’une religieuse qui avait jeté sa guimpe par-dessus les moulins. »

    Au milieu de cette triste affaire, une victime… Le père d’Alix, Joseph Adolphe, qui, certainement déshonoré par la tournure des évènements, se donna la mort par empoisonnement le 9 avril 1872. Là, où il eut fallu un peu de décence, les belligérants se servirent de ce terrible forfait pour poursuivre leurs querelles politiques. Marcou accuse les Jésuites d’avoir détruit les preuves de la culpabilité des religieux. Il remet même en cause la version du suicide le 14 avril 1872 dans son journal :

    « Pourquoi M. Merlac s’est-il suicidé . C’était un homme religieux, légitimiste et pratiquant. Avant de mourir, il succombait  aux remords, il se serait repenti et aurait demandé l’absolution ; pendant que le poison achevait  son travail dans ses viscères. Mais est-ce bien le remord qui l’a tué ? C’est peu vraisemblable […] Je ne peux chasser de mon esprit le souvenir d’un empoisonnement d’un prince italien par l’hostie consacrée, quand on lui a donna la communion. »

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    Louis Veuillot

    La réponse de Veuillot ne se fit pas attendre :

    « M. le rédacteur de la Fraternité, maire de Carcassonne, ne dit pas si c’est M. feu l’ex-abbé Marcou, son père, qui lui a conté cette histoire du prince italien, pour lui inspirer une juste horreur de la communion ».

    Sources

    La Fraternité

    Le Figaro / 19 juin 1873

    L. Veuillot / Mélanges religieux, historiques, politiques et littéraires

    L'Univers

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  • Le Vice-consulat d'Espagne et du Portugal à Carcassonne

    Le 21 septembre 1871, le gouvernement espagnol du roi Amédée 1er ouvre un Vice-Consulat à Carcassonne sur le boulevard du Canal (actuel, Boulevard de Varsovie). Par Ordonnance royale en date du 11 septembre de la même année, il avait été donné l’exequatur à Son Excellence Godefroy Gairaud. Cet instituteur né à Paulhan dans l’Hérault le 9 novembre 1829 qui s’était révélé comme un sauveteur émérite, se distingue à Carcassonne comme un très grand humaniste et philanthrope. Fondateur de la Société des Sauveteurs de l’Aude, il vient en aide aux pauvres et aux orphelins au sein de l’Institut philotechnique. Un an à peine après son entrée en fonction, le roi d’Espagne le fait Commandeur de l’Ordre de Charles III et d’Isabelle la Catholique. D’autres distinctions viendront compléter son médailler, comme celle d’Officier de l’Ordre de Nichan Iftikhar. Godefroy Gairaud cumule ses fonctions de Vice-consul d’Espagne à Carcassonne, avec celles du Portugal en 1875 à Carcassonne.

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    Royaume d'Espagne d'Amédée 1er

    Il faut considérer que nombreux espagnols sont venus se réfugier dans notre Midi pour tenter de fuir la misère, en travaillant la vigne. On oublie que cette migration s’est faite plus tôt qu’au moment de la Retirata, suite à la guerre civile espagnole. Nous pouvons donc légitimement penser que nos voisins espagnols étaient suffisamment nombreux, pour que le gouvernement de leur pays ouvrît un Vice-consulat dans notre ville. D’ailleurs, au moment où Godefroy Gairaud passe la main à Armand Tejero, ce dernier s’installe au n°38 de la rue du Mail. Il s’agit de l’actuelle rue Marceau Perrutel dans le quartier des Capucins. Il n’y a pas plus espagnol que ce « barrio » miséreux de Carcassonne, dans lequel s’entassent les familles ouvrières travaillant dans le bâtiment. Emmanuel, César, Armand Tejero né le 5 février 1835 à Carcassonne d’un père espagnol, marié à Augustine Caroline Savary, succède en 1883 à S.E Gairaud. Nous n’avons trouvé que peu de choses sur ce diplomate, sinon qu’il était agent d’assurances, mais aussi compositeur. Le 17 janvier 1896, il fait exécuter une opérette en un acte qu’il a écrite, sur la scène du théâtre municipal de Carcassonne. « Criminel » est tirée d’un livret d’Edouard Lafargue, fils de l’ancien Secrétaire général de la Présidence de la République, trésorier général de l’Aude. 

    A la suite d’Armand Tejero, l’exequatur est donnée à Dieudonné Delsol le 31 août 1902. Ce dernier obtient la légion d’honneur la même année dans la promotion des Affaires étrangères. Son Excellence Delsol ne restera en poste que trois ans. Suite à son dèces, c’est Blaise, Justin Farge, l’un des fils de l’industriel en chiffons Léon Farge, qui devient Vice-Consul d’Espagne au n°26 rue Mazagran.

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    Le Vice-Consulat d'Espagne, 1 rue Trivalle

    La famille Farge possédait une affaire de chiffons dans le quartier du Palais. Le 13 décembre 1904, suivant acte reçu par Me Coste les trois frères (Justin, Léon et Faustin) montent la société : « Les fils de L. Farge ». L’usine se déplace dans les immeubles appartenant à la Compagnie de la manufacture de la Trivalle. Outre ses activités de chef d’entreprise, Justin Farge détient la charge de Vice-consul d’Espagne et représente ce pays lors des fêtes du bi-millénaire de la Cité en 1928. Il fonde la Société de secours mutuels « La casa de Espana » Le 23 avril 1936, il est fait chevalier de la Légion d’honneur sur proposition du préfet de l’Aude. Pendant la période franquiste où de très nombreux républicains espagnols ont fui leur pays, Justin Farge occupa ses fonctions jusqu’à sa mort en 1943. Il est inhumé au cimetière Saint-Michel.

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    A partir de cette date, il nous est très difficile de poursuivre nos recherches. En 1950, le Vice-Consulat d’Espagne se trouve au n°1 de la rue Trivalle. C’est précisément dans le bâtiment de l’usine Farge ; ce qui laisse penser que la charge a pu rester dans la famille. En tout état de cause, la représentation espagnole a déménagé dans le quartier des « baraquets », le surnom que l’on donne aux espagnols à Carcassonne. Le « Barrio » de Gualdo, l’amuseur de la Trivalle qui lors des fêtes de Saint-Saturnin chantait « Aquella Trivalla ». 

    Nous espérons pouvoir un jour préciser la date à laquelle ferma définitivement le Vice-Consulat d’Espagne à Carcassonne. Qui sait si cet article inédit sur le sujet ne rafraîchira pas la mémoire à certains de nos lecteurs.

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  • Pierre Mendès France en visite à Carcassonne

    Pierre Mendès France (1907-1982) que l'on voit ci-dessus à l'entrée de la cité médiévale avec ses partisans, probablement au début de l'été 1958, fut un homme d'état français de gauche. Il entra au Parti Radical à l'âge de seize ans et participa à la coalition du Front populaire. D'origine juive mais profondément laïc, Pierre Mendès France s'opposera toute sa vie à l'extrême droite. Au début de la Seconde guerre mondiale, il est incarcéré par le gouvernement de Vichy avant de réussir à rejoindre Londres après l'appel du 18 juin 1940. Il combat dans les Forces Françaises Libres ; le général de Gaulle lui confie les finances de la France Libre puis devient son ministre de l'économie en 1944. Sa démission intervient en avril 1945. Après avoir pendant un temps quitté la politique, Mendès France prend la présidence du Fond Monétaire International en 1948. Entre juin 1954 et février 1955, René Coty le nomme Président du Conseil des ministres de la IVe République. Il signe les accords de Genève mettant fin à la guerre d'Indochine. En 1956, après trois mois de fonction comme Ministre d'état dans le gouvernement de Guy Mollet, Mendes s'en va. Il est contre la politique menée par la France sur le dossier Algérien. Un an plus tard, il prononce un discours que l'on peut qualifier aujourd'hui comme visionnaire sur le devenir de l'Europe, au moment de l'adoption du traité de Rome. Il votera contre ce texte et le réarmement de l'Allemagne :

    « Nos partenaires (européens) veulent conserver l’avantage commercial qu’ils ont sur nous du fait de leur retard en matière sociale. Notre politique doit continuer à résister coûte que coûte, à ne pas construire l’Europe dans la régression au détriment de la classe ouvrière (…)

    Il est prévu que le Marché commun comporte la libre circulation des capitaux. Or si l’harmonisation des conditions concurrentielles n’est pas réalisée et si, comme actuellement, il est plus avantageux d’installer une usine ou de monter une fabrication donnée dans d’autres pays, cette liberté de circulation des capitaux conduira à un exode des capitaux français (…)

    Les capitaux ont tendance à quitter les pays socialisants et leur départ exerce une pression dans le sens de l’abandon d’une politique sociale avancée. On a vu des cas récents où des gouvernements étrangers ont combattu des projets de lois sociales en insistant sur le fait que leur adoption provoquerait des évasions de capitaux (…)

    L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes, soit le recours à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme providentiel, soit la délégation de ces pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle, au nom de la technique, exercera en réalité la puissance politique, car au nom d’une saine économie on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement “une politique”, au sens le plus large du mot, nationale et internationale. » (Assemblée nationale / 18 janvier 1957)

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    Pierre Mendès France à Carcassonne vers 1958

    Après avoir soutenu l'homme du 18 juin 1940, Pierre Mendès France devient l'adversaire politique du général. En 1958, il refuse les pleins pouvoirs à de Gaulle et vote contre le référendum sur la constitution de la Ve République. Ce sentiment se renforce quand éclate la guerre d'Algérie. Pierre Mendès France n'a jamais transigé sur ces positions et à combattu le populiste Poujade qui cherchait à discréditer sa politique par des relents d'antisémites :« Si vous aviez une goutte de sang gaulois dans les veines, vous n'auriez jamais osé, vous, représentant de notre France producteur mondial de vin et de champagne vous faire servir un verre de lait dans une réception internationale ! C'est une gifle, monsieur Mendès, que tout Français a reçue ce jour-là, même s'il n'est pas un ivrogne." Jean-Marie Le Pen ne fut pas en reste en 1958 : « vous savez bien, monsieur Mendès France, quel est votre réel pouvoir sur le pays. Vous n'ignorez pas que vous cristallisez sur votre personnage un certain nombre de répulsions patriotiques et presque physiques."

    Pierre Mendès France est décédé le 18 octobre 1982. Soit 17 mois après le retour de la gauche au pouvoir qu'il avait tant espéré depuis 1958. 

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