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Politique

  • Le Vice-consulat d'Espagne et du Portugal à Carcassonne

    Le 21 septembre 1871, le gouvernement espagnol du roi Amédée 1er ouvre un Vice-Consulat à Carcassonne sur le boulevard du Canal (actuel, Boulevard de Varsovie). Par Ordonnance royale en date du 11 septembre de la même année, il avait été donné l’exequatur à Son Excellence Godefroy Gairaud. Cet instituteur né à Paulhan dans l’Hérault le 9 novembre 1829 qui s’était révélé comme un sauveteur émérite, se distingue à Carcassonne comme un très grand humaniste et philanthrope. Fondateur de la Société des Sauveteurs de l’Aude, il vient en aide aux pauvres et aux orphelins au sein de l’Institut philotechnique. Un an à peine après son entrée en fonction, le roi d’Espagne le fait Commandeur de l’Ordre de Charles III et d’Isabelle la Catholique. D’autres distinctions viendront compléter son médailler, comme celle d’Officier de l’Ordre de Nichan Iftikhar. Godefroy Gairaud cumule ses fonctions de Vice-consul d’Espagne à Carcassonne, avec celles du Portugal en 1875 à Carcassonne.

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    Royaume d'Espagne d'Amédée 1er

    Il faut considérer que nombreux espagnols sont venus se réfugier dans notre Midi pour tenter de fuir la misère, en travaillant la vigne. On oublie que cette migration s’est faite plus tôt qu’au moment de la Retirata, suite à la guerre civile espagnole. Nous pouvons donc légitimement penser que nos voisins espagnols étaient suffisamment nombreux, pour que le gouvernement de leur pays ouvrît un Vice-consulat dans notre ville. D’ailleurs, au moment où Godefroy Gairaud passe la main à Armand Tejero, ce dernier s’installe au n°38 de la rue du Mail. Il s’agit de l’actuelle rue Marceau Perrutel dans le quartier des Capucins. Il n’y a pas plus espagnol que ce « barrio » miséreux de Carcassonne, dans lequel s’entassent les familles ouvrières travaillant dans le bâtiment. Emmanuel, César, Armand Tejero né le 5 février 1835 à Carcassonne d’un père espagnol, marié à Augustine Caroline Savary, succède en 1883 à S.E Gairaud. Nous n’avons trouvé que peu de choses sur ce diplomate, sinon qu’il était agent d’assurances, mais aussi compositeur. Le 17 janvier 1896, il fait exécuter une opérette en un acte qu’il a écrite, sur la scène du théâtre municipal de Carcassonne. « Criminel » est tirée d’un livret d’Edouard Lafargue, fils de l’ancien Secrétaire général de la Présidence de la République, trésorier général de l’Aude. 

    A la suite d’Armand Tejero, l’exequatur est donnée à Dieudonné Delsol le 31 août 1902. Ce dernier obtient la légion d’honneur la même année dans la promotion des Affaires étrangères. Son Excellence Delsol ne restera en poste que trois ans. Suite à son dèces, c’est Blaise, Justin Farge, l’un des fils de l’industriel en chiffons Léon Farge, qui devient Vice-Consul d’Espagne au n°26 rue Mazagran.

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    Le Vice-Consulat d'Espagne, 1 rue Trivalle

    La famille Farge possédait une affaire de chiffons dans le quartier du Palais. Le 13 décembre 1904, suivant acte reçu par Me Coste les trois frères (Justin, Léon et Faustin) montent la société : « Les fils de L. Farge ». L’usine se déplace dans les immeubles appartenant à la Compagnie de la manufacture de la Trivalle. Outre ses activités de chef d’entreprise, Justin Farge détient la charge de Vice-consul d’Espagne et représente ce pays lors des fêtes du bi-millénaire de la Cité en 1928. Il fonde la Société de secours mutuels « La casa de Espana » Le 23 avril 1936, il est fait chevalier de la Légion d’honneur sur proposition du préfet de l’Aude. Pendant la période franquiste où de très nombreux républicains espagnols ont fui leur pays, Justin Farge occupa ses fonctions jusqu’à sa mort en 1943. Il est inhumé au cimetière Saint-Michel.

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    A partir de cette date, il nous est très difficile de poursuivre nos recherches. En 1950, le Vice-Consulat d’Espagne se trouve au n°1 de la rue Trivalle. C’est précisément dans le bâtiment de l’usine Farge ; ce qui laisse penser que la charge a pu rester dans la famille. En tout état de cause, la représentation espagnole a déménagé dans le quartier des « baraquets », le surnom que l’on donne aux espagnols à Carcassonne. Le « Barrio » de Gualdo, l’amuseur de la Trivalle qui lors des fêtes de Saint-Saturnin chantait « Aquella Trivalla ». 

    Nous espérons pouvoir un jour préciser la date à laquelle ferma définitivement le Vice-Consulat d’Espagne à Carcassonne. Qui sait si cet article inédit sur le sujet ne rafraîchira pas la mémoire à certains de nos lecteurs.

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  • Pierre Mendès France en visite à Carcassonne

    Pierre Mendès France (1907-1982) que l'on voit ci-dessus à l'entrée de la cité médiévale avec ses partisans, probablement au début de l'été 1958, fut un homme d'état français de gauche. Il entra au Parti Radical à l'âge de seize ans et participa à la coalition du Front populaire. D'origine juive mais profondément laïc, Pierre Mendès France s'opposera toute sa vie à l'extrême droite. Au début de la Seconde guerre mondiale, il est incarcéré par le gouvernement de Vichy avant de réussir à rejoindre Londres après l'appel du 18 juin 1940. Il combat dans les Forces Françaises Libres ; le général de Gaulle lui confie les finances de la France Libre puis devient son ministre de l'économie en 1944. Sa démission intervient en avril 1945. Après avoir pendant un temps quitté la politique, Mendès France prend la présidence du Fond Monétaire International en 1948. Entre juin 1954 et février 1955, René Coty le nomme Président du Conseil des ministres de la IVe République. Il signe les accords de Genève mettant fin à la guerre d'Indochine. En 1956, après trois mois de fonction comme Ministre d'état dans le gouvernement de Guy Mollet, Mendes s'en va. Il est contre la politique menée par la France sur le dossier Algérien. Un an plus tard, il prononce un discours que l'on peut qualifier aujourd'hui comme visionnaire sur le devenir de l'Europe, au moment de l'adoption du traité de Rome. Il votera contre ce texte et le réarmement de l'Allemagne :

    « Nos partenaires (européens) veulent conserver l’avantage commercial qu’ils ont sur nous du fait de leur retard en matière sociale. Notre politique doit continuer à résister coûte que coûte, à ne pas construire l’Europe dans la régression au détriment de la classe ouvrière (…)

    Il est prévu que le Marché commun comporte la libre circulation des capitaux. Or si l’harmonisation des conditions concurrentielles n’est pas réalisée et si, comme actuellement, il est plus avantageux d’installer une usine ou de monter une fabrication donnée dans d’autres pays, cette liberté de circulation des capitaux conduira à un exode des capitaux français (…)

    Les capitaux ont tendance à quitter les pays socialisants et leur départ exerce une pression dans le sens de l’abandon d’une politique sociale avancée. On a vu des cas récents où des gouvernements étrangers ont combattu des projets de lois sociales en insistant sur le fait que leur adoption provoquerait des évasions de capitaux (…)

    L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes, soit le recours à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme providentiel, soit la délégation de ces pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle, au nom de la technique, exercera en réalité la puissance politique, car au nom d’une saine économie on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement “une politique”, au sens le plus large du mot, nationale et internationale. » (Assemblée nationale / 18 janvier 1957)

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    Pierre Mendès France à Carcassonne vers 1958

    Après avoir soutenu l'homme du 18 juin 1940, Pierre Mendès France devient l'adversaire politique du général. En 1958, il refuse les pleins pouvoirs à de Gaulle et vote contre le référendum sur la constitution de la Ve République. Ce sentiment se renforce quand éclate la guerre d'Algérie. Pierre Mendès France n'a jamais transigé sur ces positions et à combattu le populiste Poujade qui cherchait à discréditer sa politique par des relents d'antisémites :« Si vous aviez une goutte de sang gaulois dans les veines, vous n'auriez jamais osé, vous, représentant de notre France producteur mondial de vin et de champagne vous faire servir un verre de lait dans une réception internationale ! C'est une gifle, monsieur Mendès, que tout Français a reçue ce jour-là, même s'il n'est pas un ivrogne." Jean-Marie Le Pen ne fut pas en reste en 1958 : « vous savez bien, monsieur Mendès France, quel est votre réel pouvoir sur le pays. Vous n'ignorez pas que vous cristallisez sur votre personnage un certain nombre de répulsions patriotiques et presque physiques."

    Pierre Mendès France est décédé le 18 octobre 1982. Soit 17 mois après le retour de la gauche au pouvoir qu'il avait tant espéré depuis 1958. 

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  • Les Communards de l'Aude étaient-ils Gilets jaunes ?

    Si en 1830 et en 1848, la capitale française donna le départ de deux Révolutions dont elle fut le principal acteur, l’Occitanie la devança ensuite. Aux sources de cette montée révolutionnaire dans l’Aude, le ras-le-bol fiscal. Après 1848 et la destitution de Louis-Philippe, on espérait que la viticulture échapperait aux taxes. Ce ne fut que de courte durée… Les positions politiques vont alors se radicaliser et les partisans du drapeau tricolore se tournent vers le drapeau rouge de la République sociale. Le centre perd du terrain et deux blocs émergent : celui des rouges et celui des blancs, partisans de l’ordre. Il faut se souvenir de la vive réaction dans le Midi, consécutive au Coup d’état du 2 décembre 1951 de Louis-Napoléon Bonaparte et de l’impitoyable répression qui s’ensuivit. Une vingtaine d’années étaient passées, mais l’oubli ne les avait pas effacées. Le Coup d’Etat du 2 décembre 1851 mena à l’arrestation des agitateurs. 240 opposants furent interpellés dans l’Aude ; le mouvement républicain sera décapité et Louis-Napoléon Bonaparte règnera désormais en maître.

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    Caricature de Napoléon III en chanson

    Aussi, au mois d’août 1870, des manifestations hostiles à l’Empire éclatèrent à Marseille et gagnèrent l’ensemble du Languedoc. Ici plus qu’ailleurs, on se méfiait depuis longtemps du pouvoir parisien et au sein des Ligues, se répandait la contestation. En point de mire, l’émergence d’un gouvernement du peuple par le peuple, la récusation des autorités constituées et la décentralisation. Le gouvernement de défense nationale dont l’Occitan Gambetta s’était fait le chantre ne parvint pas à calmer l’ardeur révolutionnaire, trop entouré par des Conservateurs. Au fur et à mesure, la Ligue du Midi rassemblant treize départements sous sa bannière fixa les contours de ses revendications : impôts exceptionnels sur les riches, séparation de l’église et de l’Etat, confiscation des biens des traitres. Des Comités de Salut public surgirent alors dans plusieurs villes ; ce sont des Comités de patriotes préoccupés autant par la défense nationale que par la défense révolutionnaire. Après avoir été liquidés par le gouvernement, ces mouvements rejoindront la Commune de Paris au printemps 1871 sous l’étendard communaliste.

    Les Communes de province ont précédé celle de Paris et ont instauré un type de gouvernement direct pour le peuple et par le peuple. Paradoxalement, c’est quand Paris s’embrasa au printemps 1871 que l’expérience communarde venait juste d’être brisée dans les villes de province. « Les Communards parisiens ne se présentent pas comme une avant-garde irrémédiablement isolée. Ils sont moins les inventeurs d’une Révolution prolétarienne de type nouveau que les mandataires d’une extrême-gauche urbaine, désireuse de tirer du suffrage universel ses dernières conséquences démocratiques (Jeanne Gaillard). » Au lendemain de la Semaine sanglante, « Les vaincus sont des hommes politiques » désireux de poursuivre le combat sur un autre terrain que celui de l’émeute.

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    © commune1871.org

    Emile Digeon

    Dans l’Aude, le 24 mars 1871 on proclame la Commune de Narbonne depuis l’Hôtel de ville. Le « Club de la Révolution » qui a pris pour siège l’église désaffectée de Notre-Dame de Lamourguier instaure « La Commune centrale de l’arrondissement de Narbonne, unie à celle de Paris ». On cherche à rallier la troupe et Digeon, le chef des insurgés Narbonnais, se proclame « Général en chef des armées de terre et de mer ». Ainsi cherche t-il à s’imposer au 52e régiment de ligne dont une compagnie est passée aux émeutiers avec armes et bagages. Digeon y croit, douze jours avant il s’était adressé en ces termes au Club de la Révolution :

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    Notre-Dame de Lamourguier à Narbonne

    « Si nous sommes obligés encore, malgré nous, de prendre les armes, que ce soit pour l’œuvre de propagande démocratique, pour la guerre des opprimés contre les oppresseurs, des exploités contre les exploiteurs, afin que nous ayons des alliés même parmi les soldats de nos ennemis…

    Paris n’a pas déposé les armes et il assez fort, à lui seul, pour défendre la République… Oui, citoyens, Paris est en armes, et s’il succombait, nous serions écrasés comme lui ; aussi faut-il que nos gardes nationales, soient armées pour aller, au besoin, au secours des républicains de l’héroïque capitale.

    Des armes, des armes ! Tout citoyen a le droit d’en avoir comme seule sanction sérieuse, efficace, de ses droits. Ce n’est pas sans étonnement, que je viens d’apprendre que la Garde nationale de Narbonne ne possède pas un fusil, quand celle de Carcassonne est armée depuis quinze jours, trop tardivement cependant…

    Pour ma part, je le dis hautement, le drapeau rouge est le mien, depuis surtout que l’autre a présidé aux égorgements du 2 décembre et qu’il s’est rendu à Metz et à Sedan.

    Ils vous disent que le drapeau rouge est le drapeau du sang ; oui, c’est le drapeau du sang de nos martyrs, depuis celui que Bailly et La Fayette firent couler au Champ-de-Mars jusqu’à celui qui a été successivement répandu par les Thermidoriens, le Premier Empire, la Restauration, Louis-Philippe, Cavaignac, Napoléon III et le gouvernement de la prétendue Défense nationale pour arrêter le mouvement de grande revendication politique et sociale qui menace les privilèges des oppresseurs et des exploiteurs.

    Le drapeau rouge nous rappelle sans cesse que nous devons tout faire pour empêcher le retour des massacres et des proscriptions. Unissons-nous autour de lui pour empêcher que l’échafaud soit relevé et que les cimetières d’Afrique, déjà si peuplés de républicains par Cavaignac et Bonaparte, en reçoivent de nouveau expédiés par la réaction de 1871.

    Que chaque ville constitue un comité qui sera représenté au Comité central par un délégué.

    Ouvriers, travailleurs de Narbonne, répandez-vous dans les campagnes ; allez dire aux paysans que leurs intérêts sont les mêmes que les vôtres, que la Révolution dont on leur fait peur n’est que l’émancipation de ceux que la misère courbe sous le joug des riches et des intrigants. Dites-leur que la Révolution c’est la paix par l’abolition des armées permanentes ; c’est la suppression de l’impôt pour le petit propriétaire et pour le journalier qui n’a que ses bras, toutes les charges pécuniaires devant être imposées au superflu et aucunement au nécessaire.

    En lui faisant ainsi comprendre l’œuvre que nous poursuivons, ils se rallieront tous. Ne les maudissons pas d’avoir mal voté jusqu’à présent ; accusons du mal qu’ils ont fait sans le savoir les hommes noirs et les hobereaux qui exploitent leur ignorance et leur misère. Pour faire disparaître les ténèbres qui enveloppent les campagnes, il n’y a qu’à y porter la lumière.

    Vous faites bien de venir ici, mères de famille ; vous y apprendrez la vraie morale du Christ, qui n’est en somme que celle de la sublime devise républicaine : Liberté, Egalité, Fraternité. Le Christ, tel que le représentant les Evangiles, s’il revenait sur terre, irait-il demander asile aux évêques et aux prêtres d’aujourd’hui qui vont de préférence avec les riches et les grands de ce monde, tandis qu’il n’allait, lui, qu’avec les pauvres et les malheureux ? 

    Non, il chasserait du temple les marchands de médailles et d’indulgences et maudirait les exploiteurs de miracles… » (La Fraternité / 18 mars 1871)

    Si Carcassonne n’a pas connu de troubles bien que le Conseil municipal ait manifesté l’intention de suivre Narbonne, c’est que la Garde nationale n’a pas voulu bouger. Au contraire, elle participa à l’armée levée pour écraser la révolte narbonnaise. Seule la rumeur d’une proclamation de la Commune à Carcassonne dans la nuit du 28 au 28 mars 1871, mit en branle bas de combat la préfecture et les casernes de la ville en émoi. Ce n’était qu’une fausse alerte…

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    Nulle part, les Communes provinciales réussirent à faire basculer la troupe et les défections au profit des insurgés ne furent que limitées. Digeon se rendit et fut déféré ensuite devant la Cour d’assise de Rodez. Le 18 novembre 1871, lui et seize autres insurgés furent acquittés. Il mourra à Trèbes le 24 mars 1894, jour anniversaire de la proclamation de la Commune de Narbonne.

    Sources

    La commune de Narbonne / Marc César / P.U.P

    Communes de province 1870-1871 / J. Gaillard

    La Fraternité / Journal / Mars 1871

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