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Cinéma

  • Ce Carcassonnais qui décora Walt Disney de la légion d'honneur à Los Angeles

    Chez Eurodisney, une photographie encadrée orne fièrement l'un des bureaux du siège du groupe. Il s'agit de Walt Disney recevant le 8 juin 1936 depuis l'Hyperion Studio à Los Angeles, les insignes de Chevalier de la légion d'honneur. Si tout le monde se souvient du récipiendaire, il y a fort à parier que plus personne n'a retenu le nom de Jean Joseph Viala, Consul de France à Los Angeles.

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    © EuroDisney

    Jean Joseph Viala naît à Carcassonne le 21 juillet 1895 au n°21 de la rue de l'Aigle d'or. Après des études primaires à l'école du Bastion, puis secondaire au lycée de garçons, le jeune homme décroche son baccalauréat sans difficultés. Lorsque la Grande guerre éclate il est mobilisé, mais se blesse en ramassant une fusée allemande qui lui éclate dans la main. Evacué le 22 septembre 1917, il perd les quatre doigts de la main gauche et rentre chez ses parents à Carcassonne, 1bis rue de la Liberté. La croix de guerre avec étoile de bronze lui est alors attribuée. Malgré cet handicap, Jean Joseph Viala n'entend pas mettre un terme à ses ambitions. Il prépare le concours des commis de la chancellerie ; il le passe avec succès avant d'être nommé au Consulat de France à Sidney. Il accède ensuite au poste de Vice-consul de France à Glasgow, puis de Londres. Nous sommes exactement le 23 janvier 1928. 

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    Walt Disney, Mme Viala née Bonin et sa fille Janine

    A Los Angeles, le Consul de France fréquente les stars de cinéma : Greta Garbo, Gary Cooper, Claudette Colbert, etc. C'est précisément à cette époque qu'il décore Walt Disney de la légion d'honneur. Pour l'anecdote, le dessinateur demandera à ce que l'on épingle la médaille sur un Mickey grandeur nature.

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    Jean Joseph Viala et Walt Disney

    Le "concours du Quai" en poche, notre diplomate travaille au Consul de France à Paris en avril 1940 et se spécialise dans le droit maritime. Il publie un traité que l'on appelle "Le Viala". Cette même année et jusqu'en 1945, il occupe dans la capitale puis à Vichy, les responsabilités de chef de service du Chiffre (Messages secrets). Après la Libération, Jean Joseph Viala devient Consul général de France à Chicago puis directeur du Chiffre. A l'issue de l'indépendance des anciennes colonies d'Afrique du Nord, il met en place le Consul du Maroc et de Tunisie. Il finira sa carrière de diplomate comme Ambassadeur de France au Libéria, puis se retira à Carcassonne. Le 5 février 1960, M. Viala entre au comité directeur du Syndicat d'Initiatives avant d'en devenir le vice-président le 11 mars 1963. A Jean Deschamps - directeur du festival de la Cité - il prodigue de nombreux conseils en sa qualité de président des Amis de l'orgue de Saint-Nazaire. L'ancien ministre plénipotentiaire ouvre même une galerie d'art "Le tréseau" dans la Cité médiévale, dans laquelle il habite. Beau-père de Jacques Reynès - président de la Fédération de Jeu à Treize et de l'ASC XIII - Jean Joseph Viala s'éteint le 16 février 1964 à Carcassonne. Ses obsèques ont lieu dans la basilique Saint-Nazaire.

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    © Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2018

  • Croche-pattes et coups fourrés pour la construction d'un multiplex cinéma à Carcassonne

    Avant que le multiplex cinématographique "Cap cinéma" ne voit le jour à Carcassonne, il a fallu attendre la fin de plusieurs années de batailles procédurières. Chacun sait dans cette ville que tout accouchement urbanistique se fait dans la douleur et au mieux, sous péridurale. Pour que le nouveau né ait une chance d'arriver à terme, ses géniteurs doivent être issus de la même famille politique que l'administration municipale en place. Sans pour autant être un gage de réussite, puisqu'il arrive qu'un amant éconduit revendique en justice le bénéfice de la paternité. 

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    © La dépêche

    L'Odéum en 1998, avenue A. Marty

    Le 21 décembre 1998, lors d'un séance du conseil municipal présidée par Raymond Chésa, il est voté la vente de terrains de 2 hectares à Salvaza face à UCCOAR pour la construction d'un multiplex. Au cours de l'année, le directeur de la société CGR - M. Roger-Marc Lecocq - s'était déplacé trois fois à Carcassonne. Ce projet prévoyait de bâtir une structure de 6000 m2 dont un hall de 1000 m2, avec 9 salles de 1500 à 1800 sièges. Du côté de Madame Bianquis - la directrice des 2 cinémas du centre-ville (Odéum et Colisée) - et du gérant M. Adira, cette annonce allait faire l'effet d'une bombe : "C'est encore une occasion de vider le centre ville, c'est la mort de tous les commerçants et des restaurants qui se trouvent aux abords du cinéma. En implantant ce genre de structure à Salvaza, on enlève tout moyen d'expression au centre ville. Avec les deux cinémas nous avons 9 salles, plus 9 salles qu'ils veulent créer, cela fait 18 salles, c'est beaucoup trop pour une population de 50.000 habitants. En moyenne, par semaine, Le Colisée et l'Odéum accueillent, réunis, 4.000 à 5.000 personnes."

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    © La dépêche 

    Le Colisée, bd Omer Sarraut

    Au mois de février 1999, la riposte s'organise chez les opposants. Christiane Bianquis (Directrice des cinémas du centre-ville), Christian Bernier (Amis du Cinoch") et Tamara Rivel (Conseillère régionale) prennent rendez-vous à la Direction Régionale des Affaires Culturelles à Montpellier. Cette dernière doit se prononcer favorablement ou défavorablement. Les opposants font valoir qu'il en va de la survie du centre-ville. Toutefois, seule la commission départementale d'équipement cinématographique devra statuer à la majorité des votants sur le sort du multiplex. Sept représentants ont sa destiné entre leurs mains : Le maire de Carcassonne, le conseil général du canton, le maire de Castelnaudary, le président de la CCI et celui de la Chambre des métiers, le Centre National de la Cinématographie et le syndicat des consommateurs.

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    © Office du tourisme de carcassonne

    La verrière de la grande salle du Colisée

    L'issue de la consultation entérine le rejet du projet. MM. Sardo (F.O Consommateurs), Maugard (Maire Ps de Castelnaudary) et Tarlier (Conseil général Ps du canton sud) ont voté contre. Ce dernier en fait son cheval de bataille avant les élections municipales de l'an prochain, dans lesquelles il sera candidat. Il se range derrière l'idée que le multiplex va tuer les cinémas du centre-ville et plus largement, l'attractivité commerciale de celui-ci. Il demande que le multiplex se fasse à l'Odéum et au Colisée. Raymond Chésa prend acte du vote, mais n'entend pas lâcher le morceau. Dans le plus grand secret, il consulte des investisseurs privés pour tenter de relancer le multiplex. Pour ne pas avoir à subir un nouveau refus, il est envisagé de ne créer que 1000 places, ce qui permettrait de se passer de la commission.

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    © Aude tourisme 

    Le multiplex au Pont rouge

    Alors que l'ensemble des villes du sud-ouest possèdent déjà un multiplex, Carcassonne devra attendre le 17 décembre 2007 pour que le sien sorte enfin de terre. Soit, neuf ans après le lancement du premier projet. Certains diront : Vive le progrès ! D'autres, constateront avec amertume que la fermeture de l'Odeum et bientôt du Colisée, ont eu pour effet d'assassiner les restaurants et cafés proches desquels ils se trouvaient. Alors, certes d'autres activités génératrices d'emplois se sont créées à la périphérie du nouveau cinéma, mais qu'il est triste ce samedi soir dans le centre de Carcassonne.

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    © Les écrans

    Le multiplex de Limoges, place Denis Dussoub

    D'autres villes comme Limoges, par exemple, ont su aménager un multiplex dans l'ancien cinéma du centre-ville. Les cafés et restaurants s'en portent très bien et le samedi soir, le centre-ville n'est pas désert. Et un centre-ville vivant, c'est moins glauque et avec beaucoup moins d'insécurité. 

    Sources

    Notes, recherches et synthèse / Martial Andrieu

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  • La dernière séance du cinéma le REX, rue de la liberté

    De tant de salles de cinéma que comptait encore le centre-ville de Carcassonne il y a 30 ans, il ne restera bientôt plus rien. Le Colisée, jusque-là exploité en salle d'art et d'essai, va définitivement fermer le 30 juin prochain. Voilà un nouveau coup dur porté à l'activité, jadis si rayonnante, du centre-ville.

    Le REX

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    © Ministère de la culture

    Après l'expulsion des religieux du Couvent des Carmes en 1880, un pensionnat s'installa dans l'actuel Évêché. L'incendie survenu dans la première décennie du XXe siècle à cet endroit fut d'une violence inouie. Les flammes pénétrèrent dans l'église des Carmes par la porte de la sacristie. Le bâtiment du pensionnat revint à la paroisse St-Vincent. Il abrita une société de gymnastique, le catéchisme mais surtout une vesta salle de concert. C'est là qu'on entendit les oeuvres jouées par la Société des concerts symphoniques dirigée par Michel Mir. Ensuite, le cinéma muet remplaça le cinématographe; la salle servit au cinéma catholique jusqu'au mois d'août 1914. Pendant la guerre, on y entreposa des sacs de grains. En 1918, une association d'éducation populaire fit modifier la salle; le cinéma catholique devint L'idéal cinéma. La fin du cinéma muet tua l'Idéal cinéma, remplacé par le Rex. Le parlant arriva à Carcassonne et deux grandes firmes se partagèrent le gâteau: La Western Electric et La Gaumont. L'Odéum opta pour la première et le Rex, pour la Tobis. Les premiers films parlant à Carcassonne furent La chanson de Paris, Le collier de la reine et Le chanteur de jazz avec Al Johns.

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    Marcel-Yves Toulzet et Jean Marais

    Le REX fut administré par par M. Toulzet. Dans un article de 2009, Claude Marquié rappelle cette anecdote de Me Clément Cartier - ancien président du Ciné-Club - au sujet des projections au Rex.

    "Tous les films étaient préalablement visionnés par un prêtre censeur. Les scènes jugées scabreuses (baisers langoureux ou prêtres louchant sur des jeunes filles) étaient systématiquement coupées."

    Le projectionniste enlevait au ciseau les scènes censurées et conservait les bouts de pellicules dans une boite, prévue à cet effet. Si on devait procéder de la sorte aujourd'hui, la durée de certains films n'exercerait pas 10 minutes... Cela révèle au moins certaines pratiques d'un autre âge.

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    Au début des années 1980, l'Association diocésaine audoise qui était propriétaire des locaux ne souhaita pas renouveler le bail du cinéma Rex. On détruisit à l'intérieur de la salle plus de cinquante années de souvenirs cinématographiques, afin de réaliser trois étages de bureaux pour l'évêché. Le balcon fut arraché ainsi que l'écran, les insonorisateurs, etc...

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    Les ferrailleurs emportèrent tout. L'arrière-cour sera quelques temps après; aménagée en un parking et un jardin. Ainsi se termina la belle aventure d'un cinéma mythique de Carcassonne... un de plus sur la longue liste.

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    L'ancien REX, rue de la liberté

    Sources

    La dépêche du midi / août 1983

    La dépêche / 2009

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