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Patrimoine disparu

  • À l'auberge des "Trois-Couronnés"...

    Il vous aura sans doute échappé en regardant cette plaque émaillée, que l'accentuation de la lettre E modifie tout le sens historique de cette rue. Pour tous les Carcassonnais et à fortiori les éditeurs de plans, il s'agit de la rue des trois couronnes. Nous avons ici l'exemple d'une déformation linguistique populaire ayant abouti à la suppression de l'accentuation. Les nouvelles plaques ont finalement adopté cette modification, sans se soucier de l'aspect historique. Pire ! Cette erreur devient aujourd'hui une vérité qu'il convient de battre en brèche. Un peu d'histoire...

    trois-couronnés

    L'hôtel construit en 1992 dans cette rue

    Probablement à l'emplacement actuel de la Brasserie du Dôme se trouvait l'auberge des Trois-Couronnés. Son existence est rapportée en 1593 sur un acte de Maître Grangis (Index du Dr Cayla). Le 21 juin 1601, le sieur Reich "réclame à la ville une indemnité tant pour les arbres qui avaient été pris chez lui, pour les fortifications de la ville, que pour le logement qu'il avait fourni aux pestiférés, à son logis des Trois-Couronnés" (Cartulaire de Mahul / Tome VI). C'est donc cette auberge qui aurait donné le nom à l'artère qui mène au Pont vieux. Qui étaient donc ces Trois Couronnés ?

    trois-couronnés

    Il s'agit des Rois mages que nous avons retrouvés dans un vieux dictionnaire portant le substantif des "Trois Couronnés". Ceux-là même chargés de présents qui, selon l'Evangile, les ont portés aux pieds de l'enfant Jesus. Dans un poème de Maurice de Guérin (1810-1839), ce doute semble levé :

    Qui mena par des plaines

    lointaines

    Aux pieds du divin enfant

    Je vais marchant avec elle

    Fidèle

    Comme les trois couronnés

    Et comme eux je suis en quête,

    Poète,

    De la crèche où, nouveaux-nés,

    L'auberge des Trois-Couronnés faisait bien référence aux Rois mages. La disparition de l'accent transforme un participe passé en nom commun. Voilà donc comment on efface par là même, l'histoire d'un lieu et sa référence chrétienne. Il serait bon qu'à la lumière de cet article, des modifications soient entreprises pour réparer cette erreur.

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  • La destruction de l'ancienne École normale de Carcassonne

    Il est inutile de préciser que les municipalités qui se sont succédé tout au long du XXe siècle, ont été les plus destructrices pour ce qui concerne le patrimoine historique de notre ville. En ce domaine, la palme d'or toutes catégories revient à Monsieur Antoine Gayraud et à l'ensemble de son conseil municipal. Ces gens-là n'avaient aucun respect pour l'héritage que les anciens nous avaient transmis ; il fallait à tout prix raser les vieilleries et construire à la place des cubes de béton : Hôtel Dieu, Lycée de garçons, Chapelles, etc. C'est dans ce mouvement que l'on fit disparaître l'École normale de la rue Littré. 

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    Oh ! Certes, à l'époque la façade du bâtiment n'était pas bien reluisante. Il suffisait d'un ravalement pour lui rendre son lustre d'antan, mais on préféra faire travailler le BTP. Encore de nos jours, les vautours de   la truelle sortis de chez lego, rêvent encore de pouvoir bâtir dans la Bastide leurs fameux cubes en béton. On prend trop souvent ici les mesures de la verticalité avec l'horizontalité du portefeuille. Bref !... Donc, au début de l'année 1975, l'entreprise Depaule envoya ses pelles mécaniques mettre à bas l'École normale. La construction de cette dernière s'était réalisée au XVIIIe siècle, en réemploi avec les vieilles pierres des remparts de la porte de Toulouse. Que croyez-vous qu'ils en firent ? Ils les concassèrent et les utilisèrent ensuite pour la réalisation des routes. 

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    La vieille porte d'entrée fut l'unique objet à être conservé, grâce à l'architecte des Bâtiments de France. Le millésime indiquant la date de 1709 partit avec les gravats. Vous pouvez encore apercevoir les montants de cette porte dans un recoin de l'immeuble cubique qui remplaça l'École normale.

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    Il faut vraiment le savoir car rien n'indique l'histoire de cette porte...

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    Le chef d'œuvre que nous a laissé à la place cet architecte dont la postérité n'a pas, fort heureusement, retenu le nom est sans doute du plus bel effet. Un parking souterrain a été réalisé, mais où sont passées les fouilles archéologiques ? Pourtant sur son emprise, il y avait l'ancien couvent des Augustins. 

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  • Cet homme qui empêcha la destruction des platanes du square Gambetta...

    De 1248 à 1570, l'emplacement de l'actuel square Gambetta était occupé par le jardin et le couvent des Cordeliers. Il fut démoli sur l'ordre d'un commandant militaire afin de permettre à la ville basse de se défendre contre les huguenots.

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    Le nouveau square Gambetta réalisé en 2016

    La construction du Pont neuf entre 1850 et 1873 amena la la création d'une place sur le terrain appelé autrefois, "la place au charbon". On pensa dessiner une place triangulaire, puis le Conseil municipal dans sa délibération du 18 janvier 1950 opta plutôt pour la forme rectangulaire que nous connaissance encore aujourd'hui.

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    Le Square Gambetta en 1900

    En 1859, l'architecte Buckler proposa d'entourer la place d'une double rangée de platanes. Le 8 décembre de l'année suivante, Antoine des Plas eut l'idée de faire construire un bassin central alimenté par une gerbe d'eau. Ce jardin ainsi aménagé en son centre prit le nom en 1864 de Sainte-Cécile, patronne des musiciens. Restait à délimiter ses abords par une clôture en pierre de Beaucaire. Son espace désormais parfaitement matérialisé, prit la dénomination de square Gambetta en 1881, soit un an avant la mort de l'illustre défenseur de la République.

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    Durant l'été 1944, les Allemands craignant un débarquement allié sur les côtes méditerranéennes vont ordonner la destruction de ce merveilleux havre de paix. Le colonel commandant la place militaire de Carcassonne, souhaite que l'axe donnant sur la route de Narbonne soit dégagé, afin de contrer l'avancée des troupes alliées. Des Carcassonnais sont alors réquisitionnés, mais aucun d'entre-eux ne souhaite vraiment raser ce magnifique jardin. C'est sous la contrainte que la municipalité devra se plier aux exigences de l'occupant. Les micocouliers, les saules pleureurs et autres arbustes remarquables disparaissent à jamais, tout comme les bassins et le superbe kiosque à musique. Dans le boulevard entourant le square, des tranchées anti-char sont creusées. Voilà le triste spectacle de cet été 1944 !

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    Le square après le départ des Allemands

    Certains éléments du décor seront mis à l'abri et sauvés par les municipaux. Deux statues : Mercure et La France blessée. La première se trouve actuellement dans la cour du musée des beaux-arts ; la seconde au cimetière Saint-Michel. D'autres, comme les balustres en pierre de Beaucaire, se trouveraient chez un particulier dans le quartier du Païchérou. Peu de choses, en somme. 

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    En revanche, la double rangée de platanes plantée en 1859 a résisté à la destruction du square. Vous pouvez encore l'admirer de nos jours, elle est vieille de 159 ans ! Au moment de la démolition, le colonel Allemand demanda avec insistance à Roger Gayraud, chef des services techniques de la mairie, que l'on active l'abattage des platanes. L'employé communal trouva alors un subterfuge afin de l'empêcher. Il rétorqua à l'officier que le S.T.O (Service du Travail Obligatoire) avait considérablement diminué ses effectifs et que, par voie de conséquence, la vitesse d'exécution s'en trouvait altérée. M. Gayraud fit valoir que l'on ne pouvait répondre aux souhaits de l'autorité militaire avec pour seule main-d'œuvre, des retraités diminués par les restrictions alimentaires. Le débarquement en Provence n'ayant eu lieu que 4 jours avant le départ des troupes Allemandes, l'affaire en resta là. 

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    Désormais, lorsque vous passerez sous les ombrages des platanes du square Gambetta, vous aurez sans doute une pensée émue pour Roger Gayraud.

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