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Art dramatique

  • "Le Cid" de Pierre Corneille avec Francis Huster à Carcassonne en 1976

    Francis Huster, désormais parrain du Festival de Carcassonne, n'a pas découvert les planches de notre ville récemment. Sa première intervention remonte au 4 juillet 1971. Jean Deschamps qui l'avait repéré au conservatoire, lui proposa de mettre en scène "Les amours de Jacques le fataliste" d'après le roman de Denis Diderot. La représentation eut lieu dans la Cour du Midi, à l'intérieur du Château comtal avec Jacques Spiesser dans le rôle du Maître. C'est ce même comédien qui, cinq ans plus tard, réalisera la mise-en-scène du Cid de Pierre Corneille dans le Grand théâtre. Le premier grand rôle du répertoire pour Francis Huster à Carcassonne, avec pour décor les remparts de la Cité. Quelle magie !

    "J'ai joué "Le Cid" pour la première fois en costume moyenâgeux en 1976, au Festival de Carcassonne." (Francis Huster / Paris-Match / 1993)

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    © Charles Camberoque

    Francis Huster dans "Le Cid" à Carcassonne le 15 juillet 1976

    Distribution

    Mise en scène de Jacques Spiesser, avec Francis Huster de la Comédie-Française (Don Rodrigue), François Eichotzer (Le Comte) fut remplacé au dernier instant par Claude Dreyfus, Georges Audoubert, de la Comédie-Française (Don Diègue), Yves le Moign (Don Arias), Hervé Briaux (Don Sanche), Patrice Alexandre (Le Roi de Castille), Martine Chevalier (Chimène), Elisabeth Bourgine (Elvire), Léa Anthome (Léonor), Françoise Thuries (L’Infante).

    Merci à Charles Camberoque pour sa photo

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    © Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2018

  • "Splendeur et mort de Joaquin Murieta" de Pablo Néruda, au Festival de Carcassonne 1976

    Trois ans après l'arrivée au pouvoir de la dictature au Chili, l'adaptation française de l'unique pièce de Pablo Néruda donne la tonalité du Festival de Carcassonne 1976. Ecrite en 1967, "Fulgor y muette de Joaquin Murieta" est une pièce éminemment politique. Depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, le monde avait eu la naïveté de penser qu'il s'était débarrassé de toute nouvelle incursion fasciste au sein d'un état. Hélas, la bête immonde venait de ressusciter en Amérique latine, sous les traits du général Augusto Pinochet. Pour le héros de la pièce, Joaquin Murieta, l'or de la californie se transforme en bataille contre l'injustice, le racisme, l'esclavagisme et l'exploitation de l'homme dans le travail. Autant de plaies et de ressentiments qui n'inspirent chez lui que vengeance et révolte. Joaquin Murieta le Chilien part alors en quête de l'or, suivi de tout un peuple qui affrontera l'Amérique des nantis.

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    © Charles Camberoque

    Festival de Carcassonne 1976

    Entre 1968 et 1975, le Centre dramatique National du Languedoc-Roussillon présidé par Jean Deschamps résidait à Carcassonne. Il faisait toute la programmation du Festival de la Cité dont la notoriété dépassait de loin les frontières de notre département. À cette époque, Carcassonne se trouvait presque sur le même pied d'égalité, en terme de programmation théâtrale, que le Festival d'Avignon. En 1975, Jean Deschamps décida de passer la main au comédien Jacques Echantillon. Le Théâtre du midi changea de nom pour Les tréteaux du midi, domiciliés cette fois à Béziers. La compagnie assurera également la programmation de la saison du théâtre municipal. Jacques Echantillon réalise la programmation en collaboration étroite avec les associations culturelles de la ville, les techniciens de la culture, les élus municipaux et les grandes organisations syndicales. L'adjoint à la culture de l'époque cite cette phrase de Paul Langevin : "La culture est ce qui permet à l'individu de sentir pleinement sa solidarité avec les autres hommes".

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    "Certains réclamaient, dans notre programmation , une œuvre classique : pourquoi la chercher par-delà les siècles, quand elle est là, présente et bien vivante. Ecrit bien avant les évènements qui secouèrent les assises démocratiques du Chili et permirent au fascisme de récupérer cette énorme hacienda, cet hymne à la liberté réveille aujourd'hui en chacun de nous des résonances profondes. Ce flot tumultueux qui jaillit de la terre chilienne et du cœur de Néruda, on ne l'endigue pas derrière des montagnes de dollars. On ne passe pas de menottes à un torrent. Mais à ces eaux rouges de sang chilien, se mêle le sang de tous les peuples opprimés et meurtris.

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    A ce chant des émigrés chiliens, se mêlent les voix de tous les émigrés du monde. A cette nostalgie de la terre chilienne, se mêle la nostalgie de tous ceux qui ont quitté leur famille et leur toit. La voix de Néruda, comme celle de tous les grands poètes, est entendue par-delà les océans, restera présente par-delà les années.

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    © Charles Camberoque

    Le dessinateur Tono Salazar a représenté, la tête de Néruda à fleur de terre, agrippée au sol par des racines, une branche sur le front. On ne peut comprendre le poète si l'on n'est pas comme lui, pétri de sable et de limon. Ce sera le premier visage de la pièce : un cate de naissance. La dernière sera un visage de mort : celle de la tête coupée de Murieta, la tête jonchée de toutes les têtes de tous les Murieta du monde. Entre ce deux visages est une longue marche, généreuse, joyeuse, naïve, passionnée, cocasse ou tragique, celle de tous les peuples qui se battent pour leur droit à la vie."

    (Jacques Echantillon)

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    © Charles Camberoque

     C'est le 8 juillet 1976 qu'est présentée l'adaptation française de Guy Suarès d'après la pièce de Néruda, au Festival de la Cité de Carcassonne. Les décors et costumes sont de Alain Tenenbaum, la chorégraphie de Paul Bogossian, la musique de Claude Marti, Michel Lebret, Jean Michel Mariou, Gilles Cardon, Vincent Lespagnol et Zilonca. La pièce est mise en scène par Jacques Échantillon.

    Distribution

    Avec Gil Baladou (Alberto Reyes), Jacques Echantillon (Juan Trois-doigts), Elsa Wolliaston (Chanteuse Noire), Zilouca (Chanteuse Brune), Elisabeth Mortensen (La Puce d’or), Jean-Jacques Lagarde (Le Chevalier Escroc), Michel Lebret (Le Bâteleur, Un Mexicain), Robert Bousquet (La Voix de Murieta, Un Chilien), Ariane Ario (Une Chilienne, Une Coriphée), Alain Tenenbaum (L’Indien), Daniel Jegou (Le Ranger), Edouard Kan, Jérôme Cartier, Paul Bogossian (Les Rangers, Les Encapuchonnés), France Darry (Coriphée), Vincent Lespagnol (Percussionniste), Paul Ville (Le Poète). Enfants des Tréteaux du Midi.

    Splendeur et Mort de Joaquin Murieta est l'unique pièce de Pablo Neruda discution après la représentation avec la femme de P Neruda Festival cite carca278.jpg

    © Charles Camberoque

    La représentation initialement prévue le 7 juillet se jouera le lendemain en raison de la pluie. Parmi le public se trouve une invitée de marque, en la personne de Matilde Néruda (1912-1985), l'épouse du poète Chilien (photo ci-dessus). S'en suivra à l'issue du spectacle, une rencontre débat en sa présence.murietta 3.jpg

    Il existe un enregistrement de ce spectacle qui a été mis en ligne sur Youtube. 

    https://www.youtube.com/watch?v=a99fp76-_EU

    Je remercie vivement le photographe Charles Camberoque pour ses photographies prises entre 1970 et 1980 au Festival de Carcassonne. Elle furent l'objet d'une exposition en juillet 1980 dans le foyer du Théâtre municipal. Plusieurs de ces clichés illustrèrent le magazine l'Avant-Scène. Toute utilisation est soumise à des droits photographiques et ne peut se faire sans le consentement de l'auteur.

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    © Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2018

  • "Simon de Montfort" et "Le sol commandé", deux œuvres du patrimoine théâtral Languedocien

    "Il faut que la ville de Carcassonne concède son théâtre pour un nouveau bail, non point à quelque vague impresario parisien ou belge, à l'homme de paille de quelque obscure coterie, à quelque littérateur en chambre, solitaire et aigri, - mais à un méridional, connaissant son pays et sa race, croyant en eux, et désireux beaucoup plus de faire de belles choses que d'amasser de gros sous." Cet extrait d'un article de presse aurait sans doute pu être écrit hier ; il le fut de la main d'Armand Praviel en 1928, à l'issue de la représentation de deux pièces d'auteurs régionaux données en dehors des fêtes du bi-millanire de la Cité.

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    © Martial Andrieu / Plaque de verre

    Le public au Théâtre de la Cité

    C'est grâce à l'intervention de Maurice Sarraut, sénateur de l'Aude, et au désintéressement de Romuald Joubé et de ses camarades de la Comédie française, que l'on put monter deux pièces méridionales.

    "Le sol commandé"

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    © La France libre

    Jean Camp

    (1891-1968)

    Auteur dramatique et poète, Jean Camp était né à Salles d'Aude. Il fut professeur au lycée Louis le grand à Paris et s'engagea dans la France libre en février 1943. A ce titre, il reçut la Médaille de la Résistance et fut élevé au grande d'Officier de la légion d'honneur. On lui doit un grand nombre de pièces dont "Le sol commandé", drame paysan en vers, créé en 1927 sur la scène du théâtre de la nature de Coursan. Ce lieu de spectacle en plein air fut fondé par Louis Izard, le directeur du théâtre du Capitole de Toulouse.  Romuald Joubé deviendra le directeur artistique de cette scène estivale, appréciée de Joseph Delteil et de François-Paul Alibert.

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    © Martial Andrieu / Plaque de verre

    L'œuvre de Jean Camp porte la dédicace suivante : "Aux vignes de la plaine Audoise, née des efforts têtus de ma race, en filial hommage."

    Lors de la représentation à Carcassonne, la musique du compositeur Catalan Josep Fontbernat y Verdaguer était interprétée par la cobla "L'art Gironi". Parmi les interprètes de la pièce, ont peut citer : Romuald Joubé (Simon), Fanny Robiane (Jeune paysan), Mme Ritter (Bernilde), Gauthier-Sylla (Jacques), André Méric (Paul), Pierre Sentès (Valet de ferme), Juliette Peine.

    "Simon de Montfort"

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    © Maison Saint-Prix

    Jean Suberville

    (1887-1953)

    Né à Saint-Médard dans la Haute-Garonne, Jean Suberville fut un discipline et ami d'Edmond Rostand. Caporal au sein du 94e RI durant la Grande guerre, il fit jouer "Cyrano de Bergerac aux tranchées". Une pièce en 1 acte et en vers de sa composition. On lui doit également un grand nombre de pièces, parmi lesquelles La passion de Don Juan, La nouvelle Sapho, Perdigal, Bertrand de Comminges, etc. Grand prix de poésie de l'Académie française.

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    © Martial Andrieu / Plaque de verre

    Simon de Montfort est une pièce en vers en 4 actes et 1 tableau. Créée d'abord aux arènes de Saintes (Charente Maritime) en 1926, puis le 15 février 1927 au Trocadéro à Paris, elle fut jouée à Carcassonne les 28 et 29 juillet 1928. Elle sera reprise en 1937, lors de l'exposition nationale devant le pavillon du Languedoc. Au milieu de l'histoire de la conquête de Simon de Montfort, l'intrigue se noue autour de Saucie d'Aragon, proie disputée par Raymond de Toulouse et Simon de Montfort. A tel point, qu'elle devient la cause involontaire du conflit.

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    © Bernon

    Romuald Joubé

     "A neuf heures du soir, devant l'immense amphithéâtre grouillant de spectateurs, devant la nuit pure qui s'assombrit peu à peu, une voix s'élève, jaillissant des remparts obscurs : celle de Romuald Joubé, qui adjure l'ombre de Montfort, jadis inhumé en face, sous les voûtes romanes de la cathédrale Saint-Nazaire. Elle proclame l'apaisement des anciennes querelles, dans la fidélité et le respect du passé le plus douloureux.

    Car nous aimons toujours la France

    En chantant notre terre d'Oc !

    Aussitôt, les trompettes sonnent, la scène s'éclaire, et nous voyons descendre de la tour du Moulin du Midi, le comte Raymond VI et la comtesse Eléonore : le drame est commencé."

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    © Maison Saint-Prix

    La mise-en scène réglée par Pierre Aldebert secondé par Pierre Sentès, fut des plus grandioses. On utilisa toutes le décor naturel des remparts, des tours et des portes séculaires de l'antique Cité. Parmi les 100 figurants, l'Orphéon de Castelnaudary interprétait des chants Languedociens. La distribution de la Comédie française n'en fut pas des moins prestigieuse : Romuald Joubé, Colonna Romano, Juliette Verneuil (Comtesse de Toulouse), Albert Reval (Raymond VI), Jean Forment (Simon de Montfort), André Méric (Roi d'Aragon), Gauthier-Sylla (Arnaut Amalric), etc.

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    Colonna Romana par Raymond Lheureux

    Le succès fut tel que l'on réclama une seconde représentation et ceux qui n'avaient pas pu obtenir de billets à la première, se rendirent à l'hôtel de la Cité où logeait Romuald Joubé. Celui-ci sortit au devant de la foule et indiqua qu'on allait lui donner satisfaction. A la fin de la représentation, il s'adressa au public de cette manière :

    "La pièce que nous venons de représenter a été écrite pour la Cité de Carcassonne, c'est ce soir une véritable création... Aussi, suis-je heureux de vous dire le nom de son auteur. C'est notre compatriote Jean Subervile."

    Romuald Joubé était né à Mazères dans l'Ariège... Un enfant du pays, sans doute. En 1930, François-Paul Alibert, natif de Carcassonne, prenait la direction du théâtre. Avait-on écouté la supplique du journaliste Armand Praviel ?

     

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