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Musique et patrimoine de Carcassonne - Page 4

  • Jean-Pierre Jean (1845-1929), témoin de la guerre de 1870 contre la Prusse

    Né en 1845 à Sainte-Eulalie, Jean-Pïerre Jean est issu d’une famille de paysans, bergers, brasiers, gardes de haras… Gendarme à cheval, il participa à la guerre de 1870 contre la Prusse et vécut la débâcle de l’armée française. Scrupuleusement, il nota jour après jour sur un petit carnet tout ce qu’il vit autour de lui : soldats errants, cadavres, charges des Uhlans. Jean-Pierre Jean sera fait prisonnier à Sedan. Son aïeule a retrouvé son récit et nous a gentiment proposé de le mettre à la disposition de nos lecteurs. Sans rien changer à la nature de celui-ci, nous avons pour des raisons de compréhension modifié la syntaxe et corrigé les fautes de grammaire et d’orthographe. Pour le reste, ce témoignage endormi depuis 150 ans dans un carnet, demeure aussi vivant que s’il avait été rédigé hier. La désorganisation de l’armée française et les mauvais choix de ses chefs ont précipité notre pays dans le chaos. 

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    Batterie française

    Nous sommes partis de Poitiers, le 23 juillet pour nous rendre sur le bord du Rhin pour empêcher que l’ennemi approche du territoire français. Nous avons pris le chemin de fer à Poitiers et nous sommes restés trois jours. Nous sommes descendus à Pont-à-Mousson. Là, nous avons campé onze jours, au lieu de nous faire avancer vers l’ennemi alors que le temps était doux. On entendait gronder le canon. Le 7 août, une dépêche arriva qu’il fallut partir tout de suite pour aller couper la retraite de l’ennemi. Le Génie a fait le pont de Moselle en trente-cinq minutes. Là, nous avons quatre régiments de cavalerie en marchant toute la journée et toute la nuit. Le matin, on a campé sur une hauteur au milieu d’un champ d’orge prêt à moissonner. De là, nous avons fait la café. Juste le temps de le prendre… Nous sommes montés à cheval et nous avons campé à huit heures dans une prairie. Il tombait de l’eau à verse ; nous sommes allés à Forbach pour souper dans une auberge. Il n’y a pas eu moyen de rentrer dans un hôtel ; ils étaient comble de fantassins. Nous étions tous mouillé, trempés. Heureusement, un horloger a eu pitié de nous et nous a fait entrer chez lui. Il nous a fait manger car nous étions affamés. Cela faisait trois jours que nous venions de marcher sans rien manger. Seulement deux cafés que nous avions bus. De là, nous sommes partis en remerciant l’horloger qui n’a pas voulu être payé. Nous sommes arrivés à notre campement mais tout était en désordre ; les chevaux avaient coupé la corde en voulant manger. Il y en avait qui avaient arraché le piquet, se promenaient et tombaient de toute leur longueur. Imaginez-vous la nuit que nous avons passée. C’était la nuit du 10 août à trois heures du soir. Un ordre est venu que l’on pouvait s’en retourner, qu’il n’y avait rien à craindre. On était assez forts sans nous. Voilà que nous faisons demi-tour sur Metz. Nous avons campé derrière le fort de Saint-Quentin le onze, le douze août on a trouvé que nous étions trop près de l’ennemi ; on nous a fait reculer jusqu’à Pont-à-Mousson. Nous sommes partis à huit heures du matin sous une chaleur étouffante. Nous sommes arrivés à Pont-à-Mousson vers trois heures du soir. Un ordre est venu un kilomètre avant d’arriver qu’il fallait faire demi-tour immédiatement car l’ennemi avait reçu du renfort et qu’il avançait toujours. Nous sommes partis à la charge sous la chaleur ; nous avons rencontré une rivière sur notre chemin et nous avons fait boire et donner de l’avoine aux chevaux. Puis, nous sommes partis au grand trot. Le lendemain, quatorze août, le jour de la bataille de Saint-Privat, nous sommes montés à cheval pour couper la retraite sur la route de Blessonville. Nous sommes passés avec quatre régiments sur la Moselle sur des pans de bois qui avaient été réalisés en vingt-cinq minutes et nous sommes restés là, à la bouche du canon, toute la journée pour empêcher l’ennemi de passer la Moselle. Le feu a cessé a cinq heures du soir. Nous sommes venus camper sur la rive droite à côté d’un village nommé Rainville. Le 15, nous sommes allés en reconnaissance à l’endroit où un officier a été blessé, son cheval tué. Le 16 à huit heures du matin, j’étais déjà au village pour trouver quelque chose à acheter. J’ai pu trouver un kilo de pain qui m’a coûté un franc, une livre de lard qui m’a coûté 1,35 francs et une oie et un petit cochon de lait et puis deux bidons d’eau de vie pour huit hommes, toute l’escouade et moi. J’étais cuisinier, les officiers mangeaient avec nous aussi lorsque l’ennemi lança quelques boulets de canon dans le campement où nous étions. De plus en plus ça rappliquait, alors quand on a entendu cela, tout le monde est venu au campement chercher ses effets. On a sellé et bridé et puis « sauve qui peut ». On n’a pas pensé à déjeuner seulement, même si tout était prêt. On a tout laissé : les tentes montées, les bidons, les marmites pleines de café ou la soupe. J’ai laissé une oie toute rôtie et un petit cochon cuit dans une marmite avec du riz. Eh ! Bien, il a fallu tout laisser là. J’ai pris un bidon de l’eau de vie et puis je suis monté à cheval et tout le monde a crié « sauve qui peut ». La route était comble, des convois n’avaient pas moyen de passer. Les cantinières ont été obligées de laisser leurs voitures et puis se sauver. La voiture qui portait la caisse du régiment a été prise aussi et plusieurs convois de vivre qu’on a laissé malheureusement. Enfin, nous sommes venus prendre position sur Gravelotte. Là, nous avions une bonne position, nous les avons tenus toute la journée sans perdre du terrain lorsque le soir à 4 heures, on nous avons vu venir un régiment de cuirassiers et de lancers prussiens prendre une batterie française. Alors, on a chargé sur eux et eux, sur nous. Imaginez-vous lorsque nous nous sommes rencontrés en tête à tête, arme blanche, à la charge. C’est là que pour ma part, j’ai tué deux cuirassiers et un hulan. C’était un carnage affreux. Quand on a sonné le rassemblement général, nous avons fait demi-tour pour revenir sur la position que nous avions. Nous passions sur les malheureuses victimes qui étaient mortes ou blessées. Elles criaient et nous passions à la charge. Un cavalier français tuait au moins deux prussiens. Ils avaient le double de force comme les Français, mais ne savaient pas manier les armes comme nous ; ils étaient mous. A Gravelotte, nous avions une bonne position ; nous étions sur la rive gauche qui attendait les Prussiens sortir du bois  pour s’avancer.

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    A mesure qu’ils sortaient, ils étaient tués. Le soir, on avait compté qu’il y avait à peu près des morts sur un kilomètre de longueur sur cinq cents mètres de largeur et quatre vingt centimètres d’épaisseur. Que des Prussiens fauchés par les mitrailleuses de chez nous. Ce qui nous a fait le plus de tort c’est que l’artillerie n’a pas pu voir des boulets, des obus et des boites de munitions à volonté. Ils auraient pu tirer deux cents coups ; il n’en tiraient que dix coups. C’est là que l’on a vu que nous avons été trahis. On ne pouvait pas aller chercher des munitions à Metz sans un mot écrit par le fameux Bazaine. Je vous réponds que si on avait eu les munitions qu’il fallait ce jour-là, on aurait détruit l’armée prussienne. Il n’en serait pas revenu un seul. Nous étions tout près de Metz, les arsenaux tous pleins de munitions. Eh ! Bien, lui, défendait d’aller en chercher sans son ordre et le commandant de l’arsenal avait l’ordre de ne pas en donner sans un ordre, un mot signé par Bazaine. Enfin, c’est ce jour-là que nous avons le plus souffert de notre vie. Nous étions postés depuis 10 heures du matin jusqu’à 4 heures du soir pour repousser la charge ennemie, sans qu’il nous soit permis de tirer un seul coup de fusil. Les balles sifflaient autour des oreilles ; les uns n’entendaient pas les autres pendant deux heures. Pris par la soif tout d’un coup, le capitaine adjudant major est allé faire un tour dans le bois. Il aperçut une cuve remplie d’eau et vint nous le dire. J’ai fait tenir mon cheval par un camarade, j’ai pris son bidon et le mien et je me suis fouré dans la vase jusqu’au genou pour puiser un peu d’eau couverte par la vermine. Je vous réponds qu’on la trouvait bien bonne. Mon cheval me regardait boire ; je lui ai versé un quart. Vous auriez vu cette pauvre bête boire. J’avais un biscuit et je l’ai partagé avec lui. Jamais ne n’avais vu mon cheval aussi content ; quand il a fallu charger à ‘ heures du soir, il ne m’a pas laissé en arrière. Le soir, le feu a cessé à 10 heures. Au lieu de rester à la place où nous étions, on nous a fait battre en retraite.

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    Nous allions du côté du fort ; c’est là que nous avons campé à minuit. Nous avons attaché nos chevaux comme nous avons pu. Une faim, une soif et une grande fatigue. Nous avons marché une heure de temps pour chercher de l’eau mais il n’y a pas eu moyen d’en trouver. Alors, nous nous sommes couchés par terre sans manteau, rien. Le matin, nous nous sommes aperçu qu’il y avait une cuve au fond d’une prairie. Tout le monde s’est jeté là pour prendre l’eau. En dix minutes, elle a été toute sale. On aurait pu la couper au couteau. Nous avons fait le café. Nous avons fait la soupe. Au moment où nous allions manger la soupe, on sonna à cheval et au trot. Il a fallu renverser la gamèle sans rien manger et avoir faim. C’était 9 heures du matin le 17 août ; nous sommes venus du côté du fort Saint-Quentin. Toujours reculés ; nous avons campés là. Je vous dirais que depuis le 15 on avait touché aucun vivre. On avait que des pommes de terre que l’on pouvait piller dans les champs des pauvres paysans. Le 18 août à 8 heures, nous sommes allés en reconnaissance. Dans un petit village nommé Sainte-Barbe, trois espions Prussiens sont entrés dans une maison pour prendre des vivres. Il se trouvait une pauvre femme et deux enfants ; cette femme s’est mise à crier « Au secours ». On a piqué une charge et on en a tué un d’un coup de fusil et les deux autres, nous les avons pris. Ils ont été fusillés le lendemain. Toute la journée on s’est battu. Le soir à 9 heures, nous avons défilé par peloton sur la route pour venir sur Metz. Tous les régiments défilaient à la charge et ça faisait une poussière qu’on n’y voyait pas clair du tout. L’ennemi nous suivait toujours et les boulets, les obus, rappliquaient sur la route comme de la grêle. Ils ne nous voyaient pas, mais ils tiraient sur la poussière. Ils tiraient un petit trop haut, sans cela ils nous auraient écrasés tous. Je vous dirais que sur la route un obus avait démoli une voiture de bagage et on avait pas eu le temps de la mettre de côté. Toute la cavalerie est passée par là au grand galop pour rien. Il y avait beaucoup de chevaux abattus ; c’était un carnage affreux. A 11 heures du soir, on nous a fait camper sur le bord de la Moselle. C’était le 19 août, on nous a fait une distribution de biscuit et le pain était sur les voitures qui se pourrissait et nous faisait crever de faim. Le 20, nous sommes rentrés sur Metz et nous n’en sommes sortis que le 31 août. Nous sommes restés toute la journée à cheval mais nous n’avons pas fait grand chose.

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    Le Général Bazaine

    Le soir, nous sommes revenus camper à la même place et puis nous n’avons plus bougé de là. Le fameux maréchal Bazaine nous a laissé dans la ville, sans pouvoir sortir. Nous n’avions pas un brin de fourrage ni de paille. Tous les jours il fallait aller dans les vignes chercher de la feuille pour donner à manger à nos chevaux ou des branches de peupliers. Enfin, tous les jours il en mourait de faim. Nous, nous mangions les chevaux. Nous sommes restés quinze jours avec 500 grammes de pain et puis huit jours, 200 grammes et 4 jours, avec un biscuit. C’est alors qu’on a été obligé de se rendre. Nous avons découvert un champ de betterave ; on les mangeait sans les cuire, sans sel, sans pain. Dans la ville, les femmes et les enfants pleuraient de faim. J’ai vu vendre un boeuf 2200 francs et une vache 1800 francs et une chèvre 150 francs. La ville a capitulé le 28 octobre 1870, les Prussiens sont rentrés dans la nuit avec leur musique. Ils faisaient trembler les rues. Enfin le lendemain, on a formé des détachements et on nous a conduit dans son malheureux pays où nous sommes restés jusqu’au 8 juin 1871.

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    Jean-Pierre Jean et son épouse Mathilde Aurélie Laigle

    Sources

    Nous remercions Madame Christine Christofidès pour sa communication

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  • L'histoire du rugby à Carcassonne de 1934 à 1960 (2)

    Champions de France Juniors en 1943-1944

    Combettes, Riccio, Carrère, Py, Ponsinet, Malrieu, Gacia, Vinges

    Sartous, Albert, Bertrand, Labazuy, Guilhem, Lachet, Gimenez

    Sur le plan national, après de nombreuses vexations, le mécontentement grondait dans les grands clubs et une dissidence se fit sous l’égide de l’UFRA, réunissant avec l’A.S.C, plus de quinze des meilleurs formations françaises. Cela ne dura guère étal Fédération Française de Rugby accueillit le retour des enfants prodigues dans son giron avec le plus grand plaisir.

    En 1934-1935, l’A.S.C enleva le titre de Champion du Languedoc. Ce comité était à ce moment-là, le plus fort de France et ses équipes étaient redoutées sur tous les terrains. Avoir atteint ce titre était déjà un exploit. Cette même saison, le Quart de finale du Championnat de France qui opposait à l’A.S.C les troupes de l’A.S Montferrandaise de Franquenelle, fut une rencontre magnifique. L’A.S.C avait l’avantage à la marque, lorsqu’en fin de match, une erreur permit aux hommes de Cognet de les coiffer sur le poteau et d’enlever la victoire par 21 à 19.

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    Champions du Languedoc 1934-1935

    Dimur, Caruesco, J. Raynaud, Galou, Castet, Combes, Larruy, Depaule

    Altemaire, Fraisse, Sylvain Bès, Dardier, Pujol, Fau, Raynaud.

    Le tournant dans l’histoire de l’A.S.C

    Sous l’impulsion de Gallia, le rugby à XIII fit l’apparition dans le Sud de la France. Carcassonne, mécontente d’avoir été lésé lors q’une rencontre avec Biarritz et après avoir déposé une réclamation en bonne et due forme, décida de pratiquer le rugby à XIII et de quitter la FFR. Cette décision fit l’effet d’une bombe dans le Landerneau quinziste. Un certain Legay avait joué sous un faux nom dans l’équipe biarrote et la Fédération rejeta l’opposition de l’A.S.C. 

    Cette cruelle vexation s’ajoutait aux nombreuses brimades dont la Fédération avait accablé depuis quelques temps les clubs ayant participé au schisme de l’UFRA. Une réunion mouvementée se tint au café Not (place Carnot). A l’unanimité moins une voix - celle de M. Vitalis-Brun - l’A.S.C passa à la dissidence ; la Fédération Française de Rugby à XIII l’accueillit à bras ouverts. M. Ramond restait à la barre. Dirigeants et joueurs l’assurèrent de leur fidélité : Jean Duhau, Emile Fabre, Anglade, Vallès. Mais c’était alors le règne de Roanne, Villeneuve, Albi, Bordeaux et Perpignan. Les Canaris ne purent mieux faire que de disputer une demi-finale de la Coupe Lord-Derby en 1938 et de terminer quatrième du Championnat de division nationale l’année suivante. 

    Avec le déclenchement des hostiles en 1939, les matchs furent interrompus, le rugby à XIII fut interdit par le gouvernement de Vichy et l’A.S.C reprit sa place parmi les clubs de rugby de la FFR.

    En 1944-1945, une équipe de jeunes formés dans les minimes de l’A.S.C remportait le titre de Champion de France Junior. Certains de ce jeunes joueurs devaient par la suite illustrer le rugby carcassonnais et français : Labazuy, Guilhem, Py, Bertrand, Consigny, Malrieu, Vinges, Ponsinet, Combettes, Albert, Carrère, Riccio, etc. En 1946, la Fédération Française de Jeu à XIII (l’appellation rugby à XIII avait été retirée sous la pression des quinzistes) reprenait ses activités et l’A.S.C devenait treiziste.

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    Champion de France d'Honneur 1949-1950

    Rigal, Montsarrat, Doumeng, Paredes, Bezombes, Rancoule, Durand

    Bernat, Montagné, Conté, Astrugue, Corbarieu, Chauvet, Lacroix, Lapeyre

    Cependant, le rugby à XV continuait d’être défendu dans la ville par une poignée de sportifs : Vitalis, Andrieu, Martignole qui, sous le nom de Stade, ensuite sous celui du 1er Club de 1900, l’Union Sportive, rassemblèrent les bonnes volontés pour continuer l’ancienne tradition. Les efforts furent récompensés en 1950 par le titre de Champion de France Honneur Promotion. Devenue en 1952 l’Union Sportive Cheminots, ses dévoués dirigeants, faute de moyens financiers suffisants, ont réservé toute leur sollicitude à la formation des jeunes qui défendent avec courage les couleurs de la Cité dans le Championnat junior. Ce club a formé de grands joueurs : Lucien Mias, Henri Rancoule, Antoine Labazuy, Espanol, Médus, etc. Pendant cette période, les couleurs de Carcassonne ont défendues dans le Championnat Scolaire par le lycée et l’Ecole Normale. Enfin, en série plus modeste, le Sport Olympique Carcassonnais essaya, sous l’impulsion de Nadal, d’intéresser les jeunes au rugby. 

    L’A.S.C XIII, après la Libération, allait pendant connaître pendant huit ans d’innombrables jours de gloire. Sur tous les stades d’ovale, les canaris affirmèrent leur suprématie. Ils furent Champions de France en 1945, 1946, 1950, 1952, 1953 ; finalistes en 1947, 1948, 1949. Vainqueurs de la coupe en 1946, 1947, 1951, 1952 et tombèrent en finale en 1945, 1948 et 1949. Quel autre club carcassonnais peut s’enorgueillir d’un tel palmarès, encore aujourd’hui ?

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    La réputation de la famille Taillefer passa les monts et les mers. L’A.S.C se produisit en Grande-Bretagne et reçut au stade de la Pépinière (A. Domec), devenue La Mecque du XIII, les meilleurs clubs anglais (Wigan, Warrington, Hull, Hallifax…). Au cours de leurs tournées en Europe, les Kangourous et les Kiwis ne manquait jamais de se mesurer avec les canaris. Dans le même temps, les sélectionneurs puisaient à pleines mains dans le grand club audois. Et le Treize de France d’alors, à ossature carcassonnaise, remportait d’indiscutables et retentissants succès. La liste de nos internationaux est impressionnante. Contenons-nous de citer ceux qui, en 1951, aux Antipodes, furent sacrés champions du monde : Puig-Aubert, Ponsinet, Mazon, Martin. Quand ces jours d’exception eurent émigrés sous d’autres cieux, l’A.S.C fit confiance aux éléments issus de l’école des Juniors : Guilhem, Benausse, Tesseire, Delpoux et Jamme notamment, qui participèrent en mai-août 1955 à la deuxième tournée victorieuse en Australie. Carcassonne disputa trois finales du Championnat de France : 1955, 1956 et 1958.

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    L'ASC XIII en 1957-1958

    A. Gayraud, Vaslin, Brial, Escourrou, Dedieu, Savary, Mano, Nicodème

    Nedorezof, Alberti, Poletti, Guilhem, Delpoux, Teisseire, Marty, Bergèse.

    Entre-temps, MM. Ramond, Nouvel, Seigné et Cougnenc avaient demandé et obtenu l’honorariat, après avoir passé le flambeau à MM. Reynès, Debat, Luguel, toujours avec l’éternel M. Lafosse. En 1960, c’est Félix Bergèze qui entraînait les Canaris du XIII. Il reste encore son café sur la place Carnot tenu par ses petits-enfants.

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  • L'histoire du rugby à Carcassonne de 1898 à 1932 (1)

    C’est vers 1898-1900 que le rugby fit son apparition à Carcassonne grâce à deux sociétés : L’étoile sportive et l’Union sportive. L’étoile sportive recruta parmi les employés et les ouvriers ; elle avait son siège au café L’ambigu, actuellement Hôtel Central sur le boulevard J. Jaurès, et jouait à Luna-Park (Païchérou). Elle disposait d’animateurs comme Lafosse surnommé l’Oncle, Bonnaure qui devint ensuite un grand arbitre, Fonta le coiffeur de la rue de la gare et Sainte Colombe, plus tard soigneur de l’ASC. 

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    Equipe mixte ASC en 1909 - Enclos St-Joseph

    Maysonnier, Arnaud, X, Homps, Lejeune, X, Andrieu, Lafosse, Pech, Peyre (arbitre)

    Albert Izard, Tourenc, Montes, Cogna, Chaba.

    L’Union sportive, de son côté, rassemblait surtout des étudiants ; elle se réunit d’abord au café Maymou (actuellement, Brasserie à 4 temps), puis au Helder (café des platanes). Ses animateurs étaient MM. Génie, Limousis, Benoît et Séguier. La trésorerie ne roulait pas sur l’or, mais l’esprit de camaraderie suppléait au manque de moyens. Ces jeunes pratiquaient le rugby mais également l’équitation, le tennis, l’escrime et la course à pied. Chaque joueur devait se payer tout son équipement et les déplacements afin de disputer les matchs qui se tenaient à l’Enclos Saint-Joseph, propriété du lycée. C’est là que l’équipe reçut les Vétos toulousain, le Stade Toulousain, Mazamet, Narbonne, Lézignan et Perpignan. A cinq sous l’entrée, le trésorier encaissait d’énormes recettes : 15 à 25 francs !

    Vers 1902-1903, les deux sociétés fusionnèrent pour constituer l’Association Sportive Carcassonnaise qui s’installa au Helder et fut d’abord présidée par M. Retmeyer, puis l’avocat Me Soum. L’équipe comprenait des éléments locaux, mais le régiment des Dragons en garnison à Carcassonne, fournit de bons joueurs : De Talencé (International), Cogna, Charra, Godail, de Pracomtal, Deproge, etc. La ligne des 3/4, la plus fameuse, se composait de Bonnaure, Bilhou, Bringuier, Bruniquel et Rousset. Pendant la Grande guerre, les jeunes, sevrés de ballon, créèrent le Club Olympique Carcassonnais. Son existence dura le temps des hostilités.

    Après l’armistice de 1918, l’A.S.C fut reconstituée par Vitalis-Brun avec pour président M. Bruguier. Elle installa son siège au Café des deux gares (Café Bristol). En 1921, grâce à une avance de fonds des dirigeants, complétée par un emprunt, l’A.S.C créa un nouveau terrain de sport à la Pépinière (Stade A. Domec) et l’Enclos Saint-Joseph fut abandonné aux potaches et aux petits clubs qui n’avaient à leur disposition que Saint-Jean, ou le champ de manœuvres (Romieu). L’Ecole Normale venait de remporter le Championnat de France Scolaire en 1920 et 1923 et de nombreux futurs instituteurs brillèrent en équipe première du Club civil. Le Lycée, de son côté, eut aussi des éléments de valeur et grâce à l’esprit sportif des Directeurs de ces Etablissements, les étudiants purent être recrutés par l’A.S.C. C’est ainsi qu’en 1922 l’équipe II du club doyen s’attribuait le titre de Champion de France sur la Section Paloise, en 1927 sur le Stade Bordelais ; l’équipe IV se parait du titre à deux reprises ; l’équipe III enlevait le trophée en 1926.

    La première équipe qui s’illustrait dans les compétitions était commandée par Camicas, alors aspirant au 3e Régiment d’Artillerie. A la suite d’un match de sélection à Perpignan, au cours duquel l’Equipe du Languedoc battit l’Equipe de France, sur les instances de Vitalis, Jean Sébédio dit « Le Sultan », vint à Carcassonne avec son frère endosser le maillot des Canaris et devint capitaine et entraîneur. A cette époque, le Comité du Languedoc groupait des équipes de premier plan : US Perpignan, Quins, Narbonne, Béziers, Lézignan, Carcassonne. Par la suite, Pézenas et Quillan furent admis à disputer ce championnat. La présidence du club était assurée par le Dr Buscail. Les pyrénéens Domec, Castérot, Senquirgue et Balansa, venus s’installer à Carcassonne vinrent renforcer les rangs Ascéistes et à la fin de la saison 1924-1925, l’A.S.C battait en demi-finale, au Stade Sainte-Germaine de Bordeaux, le Stade Toulousain par 3 à 0 grâce à la botte de Bambou. Elle accéda ainsi à la finale contre l’US Perpignan, vainqueur de Narbonne.

    Une première fois cette finale se tint à Toulouse par un temps épouvantable et les deux équipes se quittèrent sur un score nul et vierge.  La réédition de cette finale eut lieu en 1925 à Narbonne, où 183000 francs furent récoltés aux guichets. L’A.S.C s’inclina à cause d’un essai Perpignanais de Ramis.

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    Rugby Club Carcassonnais / 19251926

    Mathieu, Sautel, Morère, Rajol, Baillade, Gayraud, Durand, Morlin, Larruy

    Vié, Bertrand, Mestre, Claret

    Izard, Dardier, Cassagneau

    Le rugby était à son apogée à Carcassonne et, outre l’A.S.C, d’autres clubs s’étaient créés : White Devils, Rugby Club, Club Sportif Stadoceste, Etoile Sportive, Trivalle Sportive, le Stade, Sport Saint-Michel, les Espoirs, les Red Devils. Le Rugby Club arriva à passer en 3e série et en 1925-1926 fut battu seulement en finale par Caussade (5-3) après avoir défait en 1/2 finale, la belle équipe des Mines de Carmaux.

    La plupart des bons joueurs de ces clubs venaient après ce premier stage, grossir les rangs de l’A.S.C, attirés par la gloire du club fanion, dans lequel ils étaient en mesure de mieux démontrer leurs talents. Par la suite, les petits clubs qui avaient eu jusque’à deux et trois équipes, perdirent de leur importance et finirent par disparaître, faute de moyens financiers. A l’A.S.C, M. Ramond, succédant à M. Balmes, prit le faute de président, qu’il conserva plus de 28 ans. Avec M. Noubel, trésorier, lui aussi pendant de nombreuses années, et bien épaulés par des dirigeants dévoués, 

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    ASC Finaliste du Championnat de France 1925

    Mauran, Aguado, Castérot, Raynaud, Sébédio, Raynaud, Cadenat, Séguier

    Domec, Miquel, Darsans, Andrieu, Marty, Roux, Gleizes

    En 1929-1930, le club Jaune et Noir se trouva opposé en demi-finale du Championnat de France à Paris, à l’équipe de Quillan. Le nul obtenu au stade de Colombes, après une rencontre homérique, renvoya les équipes dos à dos. Elles se retrouvèrent le dimanche après à Lyon, et les ceux de la cité chapelière l’emportèrent sur les carcassonnais par un essai du 3e ligne Bigot.

    En 1932, les dirigeants abandonnèrent leurs avances de fonds, et le nouveau stade fut pris en charge par la municipalité qui l’aménagea dans son état actuel. A cette époque de prospérité du rugby, l’A.S.C devient un très grand club (six équipes dont cinq en championnat) avec l’appoint de nombreux joueurs de l’Ecole Normale et du Lycée.

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