Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Églises et lieux de culte

  • Transformations et restaurations à la cathédrale Saint-Michel en 1949

    Jusqu’au début des années 1950, la cathédrale Saint-Michel était entourée d’un mur de clôture au Nord et au Sud de celle-ci. On accédait de la rue Voltaire au boulevard Barbès et vice-versa en passant par la rue de la lune devant l’entrée de la cathédrale, en longeant ensuite l’enclos d’un jardin désaffecté. Tout projet de démolition de ces murs s’était heurté, depuis que Viollet-le-duc avait achevé le plus gros œuvre de restauration de Saint-Michel, aux désaccords entre les Beaux-arts, la ville et la préfecture. La cathédrale privée de parvis et d’une porte monumentale digne de son prestige, n’avait pas réussi à s’émanciper de tout ce qui la défigurait.

    Mur 2.jpg

    La rue de la lune et l'enclos en 1945

    Le 12 avril 1949, l’architecte en chef des Monuments historiques M. Naudet avait visité la cathédrale et estimé fondées les observations faites sur son état. M. Bourély dressa un rapport à la Commission des travaux du conseil municipal qui reçut un avis favorable. La ville décidait que les baraques contre le mur du boulevard seraient détruites dès que l’on pourrait reloger les personnes qui les occupent.

    751270306.jpg

    Le 22 juin 1949, sonna l’heure du changement. Le maire Philippe Soum donna le premier coup de pioche symbolique aux murs de Saint-Michel, en présence de Mgr l’évêque, de Mgr Rivière et du préfet de l’Aude. Après le rappel historique de Pierre Embry, le maire rappelle qu’une telle action lui aurait valu autrefois d’être excommunié, au moment la cathédrale va être consacrée. Plusieurs personnes se rendent ensuite dans la sacristie avec Mgr l’évêque et M. Bourely qui a porté un plan du futur square. Où trouver l’argent ? Mgr Rivière voudrait faire transporter les piliers qui sont sur la rue Voltaire comme amorce de la porte de l’Ouest. Le chanoine Sarraute fait observer qu’ils n’ont pas de valeur artistique et que la pierre s’effrite. De plus, ils obligeront à faire une porte démesurée que personne n’a les moyens financiers de bâtir. L’idée de Mgr Rivière consiste à réaliser une porte comme à Saint-Vincent, mais d’abandonner l’ouverture d’une porte au Nord. Il donne volontiers sa sacristie pour y faire les toilettes à la place de celles qui doivent être démolies.

    Capture d’écran 2020-04-07 à 14.27.38.png

    Nous apercevons les piliers sculptés dont parlait Mgr Rivière

    En fait, la cathédrale n’a pas de porte. Elle était placée initialement au Nord (rue Voltaire) pour éviter le vent de Cers, mais a été murée par le chapitre au début du XIXe siècle. La petite porte du côté de l’ancienne tour près du commissariat n’était pas suffisante pour les cérémonies comme les sépultures. Quant à celle percée par Viollet-le-duc en attendant un porche fastueux, certains la comparent à l’entrée d’un garage automobile.

    Capture d’écran 2020-04-07 à 14.31.20.png

    L'intérieur après le déplacement de la chaire pour permettre l'ouverture de la porte Nord

    La direction des Beaux-arts approuve la réouverture de la porte Nord, avec le déplacement de la chaire, conséquence de  l’aménagement de la Sainte table et la construction à l’Ouest d’une porte digne de la cathédrale. Toutefois, elle ne financera rien car débordée par la reconstruction de nombreux édifices sinistrés par la guerre. Elle promet simplement de rétablir à ses frais, le vitrail des Anges en même temps que les vitraux de Saint-Nazaire à la Cité.

    Capture d’écran 2020-04-07 à 14.41.41.png

    © Ministère de la culture

    Détail du vitrail des Anges

    Au mois de septembre, M. Bourély présente le plan d’une porte plus modeste dont le prix n’excède pas 500 000 francs ; le vitrail des Anges est replacé à la fin du mois après avoir retiré trois millimètres de crasse à l’intérieur. Au début du mois d’octobre, la sainte table est déposée et le marbrier commence à daller le sanctuaire. Le roi Carol de Roumanie en visite à la Cité, assiste le 9 octobre 1949 à la messe dans une cathédrale en chantier. Le lendemain, débutent les travaux de la porte et la démolition de la réserve des diacres et des toilettes du chapitre. La porte ne sera pas achevée à temps pour la consécration de la cathédrale le 7 novembre. 

    "Les reliques (St-Nazaire et Celle, St-Paul de Narbonne et Ste-Thérèse) dans un reliquaire entre quatre cierges allumés. L’évêque de Perpignan arrive pour le début de la cérémonie. Un peu de pluie pendant que nous tournions autour de la cathédrale. Moment émouvant : l’onction de la croix à droite du portail qui arrive à hauteur d’homme. La procession des reliques se fait en silence. Monseigneur notre évêque fait la consécration de l’autel. Pendant l’onction de la croix, Mgr fait le geste large d’Urbain II dans la toile de Rivalz. La messe qui suit devait être basse, mais sur la protestation du chapitre elle est chantée, puis sonnent les cloches. Le peuple rapproche du sanctuaire, communions nombreuses. Il est 11h30 ; cela finit en beauté. […] Le soir cérémonie trop grandiose. Avec Monseigneur, les évêques de Perpignan à Montpellier, l’archevêque de Marseille. Torrents de lumière, orgue, trompettes. Le préfet, le maire, les adjoints, onze conseillers municipaux, le colonel, etc. Sermon de Mgr Bernard."

    Capture d’écran 2020-04-07 à 14.22.01.png

    La cathédrale après les travaux

    Il faudra attendre le 18 décembre 1949 pour enfin voir la porte de la cathédrale achevée. Six jours plus tard, les portes en bois sont placées avec les ferrures. Quant au futur square (actuel parvis), sa construction sera décidée en conseil municipal le 3 novembre 1950. C’est le 17 janvier 1951 qu’est abattu le mur d’enceinte de Saint-Michel du côté du boulevard ; les travaux du nouveau square débuteront au mois de mars. Le chanoine Sarraute recommande aux ouvriers de mettre de côté toute pierre un tant soit peu moulée. Parmi les vestiges trouvés dans le mur, un chapiteau. Le chanoine Sarraute raconte que le 12 avril :

    « L’électricien qui fait des travaux devant Saint-Michel vient me signaler qu’un bénitier de marbre rouge retrouvé dans les fouilles est en danger. Je le fais savoir à M. Bourély qui ordonne de le mettre de côté. J’y vais moi-même. Ce bénitier a été mis dans le passage au pied de l’église. A midi et demi, M. Bourély vient me voir. Un autre bénitier a été enlevé… par un conseiller municipal. Une pierre portant des armoiries a été mise le long de la rue Voltaire et a disparu ! »

    Ceci témoigne des conditions dans lesquelles furent entreprises les fouilles sur ce secteur à cette époque. Et plus tragiquement, ce qu'il en est advenu...

    porte.jpg

    La porte Ouest construite en 1949

    Sources

    Le Républicain / 25 octobre 1949

    Archives manuscrites du Chanoine Sarraute

    _____________________________

    © Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2020

  • L'église du Sacré-cœur a été construite par le frère de Jorge Semprun

    Nous sommes au mois de juin 1944 ; les forces alliées viennent de débarquer en Normandie. Dans la cathédrale Saint-Michel, l’évêque de l’Aude Mgr Pays fait un vœu. Il promet ce 16 juin  devant l’ensemble des fidèles, d’élever une église au Sacré-cœur si jamais Carcassonne venait à échapper aux bombardements. Une fois la guerre terminée, cet engagement sera tenu et confié à l’abbé Belloc au sein d’une commission d’art sacré dans laquelle se trouvait notamment le chanoine Gabriel Sarraute. Carcassonne échappera aux bombardements. 

    Le 28 octobre 1948, l’abbé Belloc dévoile les premiers plans de la future église qui devrait être située dans le quartier de la Pierre-Blanche. L’avis du chanoine Sarraute est sans appel : 

    Une sorte de hangar pour avion. Chapelle plus qu’église. Quelque chose de subtilement mauvais. Façade et chevet : deux grands murs de pierre nue. Entre les deux, du ciment armé. Prix très bas - trop bas. Ces deux murs sont comme les tartines d’un sandwich ; la garniture ne vaut rien. Ils sont cintrés : ceci est plausible pour la porte, mais insensé pour le chevet : l’autel devrait être contre une sorte de demi-tour. Et pour quoi faire, grand Dieu ? A côté une tour-mat, qui fait très bien sur le plan. Mais où est l’escalier ? Les cloches, comment fera t-on un jour pour les réparer au besoin ? En faisant un échafaudage… Et elles sont placés sous un demi-toit, comme un livre entr’ouvert. Le vent, un beau jour, arracherait le tout.  Le baptistère, prévu à droite de l’entrée, avec des fenêtres cintrées tout à fait différentes des fenêtres de l’église. L’intérieur, nul, avec trois autels. On ne voit pas comment le toit, le plafond s’agenceront.

    Gonzalo Semprun

    Abbé Paul Belloc

    L’abbé Belloc ayant pris note des objections de son collègue, l’informe de son intention de lancer un concours d’architectes. Le sculpteur Iché, malgré sa méconnaissance de l’architecture, veut essayer de faire un projet et même une maquette. Il consentira, dit-il, à réaliser ce travail pour la moitié du prix. Son insistance dérange… L’abbé Belloc se tourne alors vers un ancien séminariste de Montpellier, diplômé d’architecture. Les plans de M. Rodier présentés le 26 décembre 1949 n’arriveront pas à convaincre la Commission d’art sacré, ni M. Bourély. 

    On me montre les plans de mon église du Sacré-cœur. je suis profondément déçu… Je fais des remarques. Elle sont toutes acceptées avec une facilité qui fait peur. C’est un projet élastique. L’architecte ne défend aucune de ses positions (cela doit aboutir au rejet de ce plan qui a déplu à tous les membres de la commission d’art sacré et qui a reçu le coup de grâce par une lettre « exemplaire » du P. Régamey. (Chanoine Sarraute)

    gonzalo.jpg

    Gonzalo Semprun Maura

    C’est alors qu’un tout jeune diplômé d’architecture va enfin réussir à convaincre tout le monde. Gonzalo de Semprun n’a que 28 ans lorsque le 14 août 1950, il décroche son premier projet architectural : L’église du Sacré-cœur de Carcassonne. Chez l’abbé Belloc le 11 janvier 1951 en sa présence, les bases du futur édifice catholique de ce nouveau quartier de la ville sont posées. Or, Gonzalo de Semprun (1922-2011) n’est pas n’importe qui… C’est tout simplement le frère de l’écrivain espagnol Jorge Semprun Maura (1923-2011) dont chacun connaît l’histoire.

    jorge_semprun.jpg

    Jorge Semprun Maura

    La première impression n’est pas mauvaise, mais je garde le silence prudent. Je vais le montrer à M. Bourély. Il est favorablement impressionné. Cet homme sait son métier. La façade archi simple, le cube du baptistère, le profil avec les dents des vitraux en soufflets, l’intérieur à la voute simple. Il y a des objections, il y a des remarques à faire, mais ce ne sera pas le rejet pur et simple comme pour le malheureux architecte de Montpellier.

    Première pierre.jpg

    Le 30 novembre 1952, Mgr Pierre-Marie Puech posa la première pierre de l’église lors d’une bénédiction à laquelle ne put assister son prédécesseur. En effet, Mgr Pays venait de disparaître après une longue maladie. C’est le 9 mai 1954, après neuf ans de gestation, que le Sacré-coeur de Carcassonne est consacré. L’abbé Belloc restera le curé desservant de cette paroisse jusqu’à son décès. Gonzalo de Semprun connu surtout pour ses peintures, se retira vers Nice. Il est inhumé à Saint-Etienne-de-Tinée.

    Première pierre 2.jpg

    Mgr Puech pose la première pierre

    2310989637.jpg

    Le Sacré-coeur

    Sources

    Archives manuscrites du chanoine Sarraute

    ___________________________

    © Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2020

  • Une flèche gothique sur la Tour de l'église Saint-Vincent ?

    "Carcassonne qui possède dans ses murs l’antique Cité (monument unique au monde), doit-elle laisser en ruine le seul monument qu’elle possède dans la Ville basse ?"

    Église_Saint-Vincent_de_Carcassonne_2014-09-26_-_i3097.jpg

    C’est en ces termes que l’architecte Léopold Petit alerte la population dans une lettre adressée au Courrier de l’Aude, le 4 janvier 1896. Il fait l’amer constat que toutes les villes d’Europe entretiennent « avec un soin jaloux », leurs édifices civils et religieux sans distinction. Les monuments sont les témoins de notre civilisation : « Dis-moi comment tu bâtis, je te dirai quel peuple tu es. »

    Louant le génie de l’architecte de la Tour Saint-Vincent, Léopold Petit qui s’est rendu tout en haut de l’édifice a constaté que les siècles ont épaufré les pierres. Il convient sans attendre d’engager les restaurations qui s’imposent si l’on veut éviter des drames. Plusieurs pierres sont déjà tombées dans la rue épargnant de très peu les passants et les riverains. Certaines épaufrures atteignent 8 mètres de longueur et 4 mètres de largeur et tiennent par l’opération du Saint-Esprit.

    Travaux 4.jpg

    © Fondation du patrimoine

    Etat des gargouilles avant 2018

    Capture d’écran 2019-11-03 à 12.12.07.png

    Nouvelles gargouilles en 2019

    Léopold Petit rappelle que la question revint à plusieurs reprises à l’ordre du jour du conseil municipal et indique comment la mairie songeait à la restauration. « On suspendrait au sommet de la tour une cage mobile que l’on monterait et descendrait à volonté, et des ouvriers, perchés là-dedans, racleraient la tour, détruiraient toute la partie artistique qui, à mon avis, est superbe, et remplaceraient le tout par du ciment, tout ce qu’il y a de plus bonhomme. Ah ! par exemple, ça serait du propre, et nous serions la risée de tous."

     Il suffirait que la ville, l’Etat, le Conseil général, la fabrique et les particuliers constituent la somme nécessaire estimée à 200 000 francs pour restaurer la Tour Saint-Vincent. L’architecte Léopold Petit à qui l’on doit d’avoir participé à l’érection du Palais du Trocadéro pendant l’Exposition Universelle, dessina un projet ambitieux pour la Tour Saint-Vincent. Les plans dessinés en collaboration avec son élève Adolphe Phillipon, furent exposés dans la vitrine de la galerie Caselli, rue Courtejaire.

    exemple.png

    Exemple : Flèche de la cathédrale de Chartres

    Selon lui, la Tour Saint-Vincent du haut de ses 52 mètres n’a pas pu être achevée. Il se propose donc d’y élever une flèche de style gothique ce qui porterait l’ensemble de la tour à 96 mètres. de hauteur. Soit, 28 mètres de plus que les tours de Notre-Dame de Paris. « Vous verrez nos charpentiers grimper comme des singes pour la construction des échafaudages, nos serruriers pour les armatures, nos tailleurs de pierre, employer les plus beaux matériaux de France, les maçons pour les remplissages, etc. Il faut vouloir faire bien, faire grand. Vous verrez un peu si notre classe ouvrière de Carcassonne a besoin d’aller chercher les voisins pour faire ses grands travaux, j’allais dire aussi les architectes, mais je m’arrête là. A l’œuvre, on connaît l’artisan."

    Travaux 5.jpg

    Ni les lamentations du Courrier de l’Aude, ni les solutions préconisées par Léopold Petit ne firent avancer la restauration. Des pierres de parement continuaient inexorablement à tomber sur la chaussée. L’ancien architecte de la ville proposa au moins de placer un échafaudage à encorbellement autour de la tour, afin d’éviter les drames. Le problème c’est que la ville en charge de l’église ne voulait pas dépenser un centime pour sa restauration. Elle eut alors l’idée de solliciter auprès de l’Etat, le classement de l’édifice au titre des Monuments historiques. Petit confirma que l’urgence était telle que l’on ne pouvait espérer une réponse avant plusieurs décennies. 

    La tour Saint-Vincent se compose de deux parties bien distinctes. La partie carrée et la partie octogonale. La partie carrée - de la base à la toiture - se compose de gros moellons sans ornementation, et en assez bien état, n’offrant aucun danger, ou du moins peu de danger. La partie octogonale - de la toiture au sommet - est ouvragée d’une architecture flamboyante très caractérisée, très hardie, très belle, et c’est dans cette partie principalement que le temps a exercé des ravages indescriptibles. Les parties nord et Est n’ont pas beaucoup souffert.

    Au mois de septembre 1897, la municipalité envoya le dossier pour obtenir le classement de l’église Saint-Vincent. Toujours dans un seul but, celui que l’Etat voudra bien assumer à lui seul la dépense des travaux de restauration. Le conseil municipal réunit le 31 mars 1898 renvoie à la commission des travaux, la question de la restauration de la Tour Saint-Vincent.

    travaux 2.jpg

    © www2.sele.fr

    Tailleur de pierre en 2018 à l'église Saint-Vincent

    La flèche dessinée par Léopold Petit ne vit jamais le jour. Quant au classement de l’église comme Monument historique, il n’intervient que le 19 décembre 1907. Soit dix ans après la demande, mais rien n’indique que l'on ait entrepris des réparations pendant ce laps de temps. Au contraire, la question des restaurations à l’église Saint-Vincent agita les débats des conseils municipaux pendant tout le XXe siècle. Il a fallu attendre la municipalité actuelle pour que l’impérieuse nécessité de préserver l’édifice de la ruine, en dégageant les financements pour sa restauration fut prise en compte. Si l’église Saint-Vincent avait été la propriété de l’Etat comme la cathédrale Saint-Michel, elle aurait alors subi une cure de jouvence au cours des décennies précédentes.

    Travaux 3.jpg

    © www2.sele.fr

    Sources

    Le courrier de l'Aude de 1894 à 1898

    Délibérations Conseil municipal

    _____________________________________

    © Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2019