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Peintres et sculpteurs - Page 10

  • Cécile Rives (1880-1956), aquarelliste et professeur de dessin Carcassonnaise

    Le 13 septembre 1880 naît à Carcassonne sur l'avenue du Pont neuf, Cécile Marthe Rives. Elle n'a que six ans lorsque ses parents s'installent dans une belle maison bourgeoise du quartier du Palais, au numéro 43 de la rue d'Alsace. C'est là que son père Antony Rives, qui deviendra par la suite son professeur, organise son atelier de peinture au milieu d'un véritable cabinet de curiosités. On y trouve des moulages de plâtre, des statues et un grand nombre de dessins.

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    Cécile Rives à l'âge de 25 ans

    Contrairement à son père et à sa sœur Marie-Antoinette, Cécile Rives devient aquarelliste. A ce titre, elle fréquente les Salons artistiques de la capitale et entre grâce à son père dans la "Société des Artistes Français". Avant la Grande guerre, elle effectuera de nombreux voyages en train à Paris. Le conflit mondial lui prendra son frère Eugène, tué dès les premiers mois dans l'enfer des tranchées. Toute la famille est affligée par cette disparition ; Cécile s'installe en 1915 à Saissac et croque le château médiéval qui deviendra l'une de ses principales sources d'inspiration.

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    Cécile Rives dans son atelier en 1897. Dans celui-ci, observons le moulage du bas-relief du tombeau de l'évêque Guillaume Radulphe. Il devrait se trouver encore dans la maison du 43 rue d'Alsace, appartenant désormais à Maître Bénédetti.

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    Le château de Saissac

    En 1920, Cécile Rives partage son emploi du temps entre les cours privés qu'elle dispense à son domicile, ceux à l'école Jeanne d'Arc et la préparation des expositions à Paris. Outre les représentations des châteaux de Saissac et Lastours, le lac de Saint-Ferréol, le peintre réalise des natures mortes. 

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    A l'occasion des fêtes jubilaires, Cécile Rives se rend à Rome en 1933. Une véritable aubaine pour l'artiste qui ramènera dans ses cartons, les souvenirs des sites antiques. Plus près de chez nous, la Cité médiévale tient un place toute particulière dans son cœur. 

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    La tour carrée de l'évêque en 1931

    A l'âge de 72 ans, l'artiste poursuit son travail sur le chevalet et prodigue encore ses conseils à ses élèves au sein de l'école Jeanne d'Arc. Elle donne aussi des cours privés. Récemment, Jacques Miquel, qui fut le directeur du théâtre municipal et de l'école de musique, nous indiqua qu'il fut des élèves de Cécile Rives. Il se souvient de cette personne fort aimable et d'une grande qualité artistique.

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    Dans son atelier à l'âge de 72 ans

    Cécile Rives mourra le 3 janvier 1956 et repose au cimetière Saint-Vincent. De ses œuvres, il reste bien entendu ses nombreuses toiles dispersées dans des collections privées. Carcassonne se désintéresse de ces artistes, considérés sûrement à tort comme mineurs. Pourquoi ? Un peu de snobisme, sans soute, et surtout un manque de curiosité évident. Pourtant, Cécile Rives est répertoriée dans le dictionnaire des peintres, le "Bénézit". En 2009, grâce à Marthe Plessis-Garric et à Georges Gibert, un ouvrage réalisé à compte d'auteur rend hommage à la famille Rives et à ses œuvres. C'est avec cet ouvrage que nous relayons cet hommage, en espérant vous faire connaître cette artiste oubliée.

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    Cet ouvrage est disponible à la librairie Breithaupt, rue Courtejaire.

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    © Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2018

  • L'histoire chaotique du Musée des beaux-arts de Carcassonne de 1850 à 1971

    En 1850, les salles provisoires du Musée de Carcassonne étaient situées 50 rue Lafayette (actuelle, rue de la République) et renfermaient 140 tableaux.Cros-Mayrevieille dans les « Monuments de Carcassonne » édité en 1850 énumère à la page 201, quelques-unes des toiles du musée, mais ne mentionne pas la nature morte de Chardin. Il cite « Louis-Philippe à Valmy » (Mausaisse), « Portrait de Mme Poulhariez et de sa bonne fille » (Sableyras), « Un bouquet de fleurs » (Van Spændonck), deux tableaux de Rigaud, etc. Dans le même temps, la Société des Arts et des Sciences s’attelait à la constitution d’une galerie de portraits. A ceux déjà cités, elle avait ajouté celui de Bernard de Monfaucon, Andréossy, Dejean, Gamelin, Ramel, Fabre d’églantine, Bosquet, Marie de Pech de Calage, etc.

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    L'entrée du Musée des beaux-arts vers 1960


    En 1861, le musée fut installé ainsi que la bibliothèque, dans les locaux de l’ancien Palais de Justice de la rue de Verdun. La délibération du Conseil municipal du 5 janvier 1861, affecte la bibliothèque et le musée à l’ancien Palais de Justice. Malgré des expositions organisées par la Société des Arts et des Sciences, les collections entre 1864 et 1875 ne s’étaient guère augmentées - seulement quelques envois de l’état et de maigres donations. En 1876, la ville reçut l’importante donation des œuvres d’art de Casimir Courtejaire. Ce dernier compléta son don en 1880 et 1884 par une somme allouée de 120 000 francs qui servit à l’acquisition de tableaux et à l’aménagement de deux salles. Isidore Nelli, grand-père de René Nelli, participa à la commission d’achat des tableaux. À partir de 1887, la Société des Arts et des Sciences cessa d’administrer le musée, passé désormais sous le contrôle de la mairie, malgré les protestations de ses membres. Le premier conservateur municipal fut le peintre Émile Roumens, assisté de M. Mauré pour les collections archéologiques. Un arrêté municipal du 5 avril 1894, assigna le conseiller municipal Charles Chamans comme délégué à la surveillance spéciale du musée. C’est à cette date que fut établi par Émile Roumens et M. Mauré, le premier inventaires des legs de Couretjaire, Chénier et Coste-Reboulh.

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    Jacques Gamelin par Falguière

    A la fin du XIXe siècle les œuvres de Gamelin reviennent à la mode et une grande exposition est présentée en 1898. Emile Astruc remplace Emile Roumens comme conservateur. A partir de 1912, c’est le peintre Léon Cabanier qui lui succède. En 1938, Louis Cazaban assisté de Pierre Embry pour les collections archéologiques, tente de réorganiser le musée avec Mlle Mouton épouse Cahen-Salvador. Dans une note adressée à la Direction des Beaux-arts, Louis Cazaban énuméra les rôles qu’avait dû assumer le vétuste édifice destiné en principe à n’abriter que des livres et des peintures. Il a servi de siège au Syndicat d’initiative, à l’Association des anciens combattants. On y a vu un cantonnement de Sénégalais qui allumaient des feux dans le cour pour y faire leur cuisine, des sections de vote pour les élections, des soupes populaires, des dépôts d’ustensiles, des réfugiés. En 1945, il servit même à l’échange de billets de banque. Malgré cela, on y organisa une exposition des tableaux avec en même temps une présentation des chef d’œuvres de l’art religieux. Alors que le musée prend une nouvelle tournure, la Seconde guerre mondiale éclate…

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    © AAVC

    Pierre Embry

    Victime d’un incendie en 1942 et désorganisé par la guerre, le musée ferme ses portes jusqu’en 1948. Les plus belles œuvres avaient été mises à l’abri par Pierre Embry dans le monastère d’En Calcat ; notamment les tableaux de Gamelin.

    « Durant leur retraite ils voisinèrent avec les Goya de Castres, le Snyders (à moins qu’il ne soit un Rubens) de Narbonne et le portrait du duc d’Orléans venu de Perpignan, sans faire de faux plis à son pantalon rouge. La Trinité de Saint-Just, avec les trois personnes divines habillées en papes, présidait, sans doute, cette auguste assemblée. » (Chanoine Sarraute / 1946)

    En 1948, l’état du musée inquiète ses plus ardents défenseurs. Tant et si bien que dans une interview de 1966, M. Bourely, architecte des Bâtiments de France, confia que la ville avait pour ambition de raser le vieux musée afin de construite en lieu et place, un bâtiment offrant toutes les garanties de modernité. Ce projet qui n’aboutira faute de moyens, fut étudié par son père. Au sortir de la guerre, les finances publiques allèrent en priorité à la reconstruction des villes bombardées. Le musée échappa ainsi à la destruction municipale. Je vous laisse imaginer un bâtiment analogue à celui de la Trésorerie générale, édifiée en 1952 à la place du charmant Café du musée…

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    La collection Joë Bousquet au musée en 1952

    Entre-temps, René Nelli venait d’être nommé comme conservateur. A la mort de Joë Bousquet en 1950, quelques-uns de ses amis - à l’initiative de René Nelli - qui avaient bénéficié de ses legs décidèrent de les mettre en dépôt au musée et d’y constituer une salle pour perpétuer sa mémoire. Voici les noms des donateurs : Alquié, Bernon, Féraud, Girou, Grizou, Nelli, Patau, Roumens et Sire. Les toiles exposées dans la salle d’Art moderne avaient pour auteurs les plus illustres de la peinture contemporaine : Marquet, Fautrier, Braque, Ernst, Picasso, Tanguy, Masson, Dali, Hans Arp, etc. La municipalité avait édité en 1948 un catalogue-guide et l’inventaire déposé au Louvre fut achevé en 1949. En octobre 1952, le buste de Joë Bousquet sculpté en pierre de Clamecy par Salomé Vénard fait son entrée dans les collections. Il s’agit d’un envoi l’état. Ce buste se trouve depuis 50 ans dans les réserves…

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    Le buste de Bousquet par Salomé Vénard

    Au mois de décembre 1952, le journal « Le patriote » d’obédience communiste brise l’omerta et informe le public, qu’il pleut dans le musée.

    « Salle Armand Raynaud. Sérieuse gouttière, au-dessus de la porte ou l’eau suinte, s’amasse, coule entre la « Cascade de Terni » de Labruzzi, et la « Ferme des bois » de Pelouse. Salle Coste-Reboulh, l’eau tombe de la verrière sur le plancher. L’humidité fait tâche mouvante dans l’encoignure gauche et menace directement une nature morte de Desportes et un portrait de Seilboldt. Dans la loggia Sarraut, la « Dame en rouge » de Dutilleul est partiellement menacée. Salle Sourbieu, est-ce une illusion d’optique ? On dirait que des coulées ont dégradé « Les toréadors » de Dilfre et « La marée basse à Grandcamp » de Pelouse. Dans l’avant-dernière salle, à chaque ondée violente sur le toit correspond un lac sur le plancher. Le plâtre commence à tomber par plaques et vraisemblablement continuera. »

    A cet article, ajoutons qu’en 1948 le musée possède une verrière transparente et non opaque. Les tableaux sont exposés à la chaleur du soleil, à l’humidité et au froid en hiver. Il n’est pas gardé durant les heures d’ouvertures et à la merci des voleurs. Avec un tel musée, Carcassonne rata de bien belles donations qui allèrent enrichir les villes concurrentes. Malgré tout, Nelli reçut en cadeau du Louvre cinq toiles de Nicolas Bertin dont « La tentation ». Ces chefs d’œuvres avaient décoré l’appartement de la Pompadour.

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    Le journal indique qu’un crédit de 1 119 000 francs avait été voté pour la restauration des bâtiments municipaux. Crédit qui sera désaffecté le 14 novembre en revoyant au calendes grecques, l’impérieuse nécessité de restauration du musée. Deux ans après, la municipalité inaugure de nouvelles salles de peinture grâce au financement des Beaux-arts. Parmi les maîtres d’œuvres citons René Nelli, Jean Vergnet-Ruiz (Inspecteur général), Jean Mesuret (Chargé de mission aux musées nationaux). De son côté, la mairie finança la restauration de tableaux effectuée par M. Linard. Ces salles réaménagées se composent ainsi : Salles Coste-Reboulh, Courtejaire, Gamelin, Art ancien, Art français, Artistes locaux (Jalabert, Ourtal, Grillon, Sibra), sculpture contemporaine (Manault et Yvonne Gisclard) et enfin, peinture moderne avec la collection Joë Bousquet (Dali, Ernst, Braque…). Le musée organisé par René Nelli rassembleait enfin dans un espace cohérent nos richesses picturales. Notons qu’aujourd’hui, la collection Bousquet a été dispersée et vendue ; les artistes locaux comme Ourtal sont dans les réserves.

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    © aecnelli.com

    René Nelli à son bureau

    Accusé anonymement et à tort par Pierre Cabane d’avoir caché l’inventaire de la collection Bousquet en fermant le musée en 1961, Nelli démissionne en 1963 et écrit au maire Jules Fil :

    "Je me renseignais et j'appris que les tableaux prêtés par les héritiers de Joë Bousquet avaient été vendus à Paris par l'intermédiaire d'une galerie (André-François Petit, ndlr) et les soins d'un médecin de la ville assisté d'un peintre étranger installé dans la région (Piet Moget ?, ndlr), lesquels, évidemment, avaient largement trouvé leur compte dans l'opération !
    Comme les musée est très en désordre, je crois qu'il ne serait pas prudent d'annoncer tout de suite qu'il n'y a plus de conservateur. Cela pourrait tenter les voleurs. Et je tiendrais à passer l'inventaire au nouveau conservateur, après recensement des objets fais en sa présence."

    Le musée des beaux-arts fermera pour une durée dix ans. Le chanoine Sarraute - membre éminent de la Société des Arts et des Sciences - s’inquiète et avec le sens de la formule indique qu’à Carcassonne « Pipette est plus connu que Chardin ». Autrement dit que les Carcassonnais qui ans leur très grande majorité n’ont jamais poussé les portes du musée, connaissent davantage les joueurs de rugby à XIII. Ce n’est pas parce qu’ils ne s’y intéresserait pas, mais parce qu’il n’y a pas de politique pour les inciter à s’y rendre.

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    © Musée des Beaux-arts de Carcassonne

    "Madeleine", odalisque de Jean Jalabert

    M. Vergnet-Ruiz déclara à René Nelli : « J’ai déjà compté dans votre musée 14 toiles dignes du Louvre. » Nous pourrions citer un paysage Van Goyen ou un portrait de Morelsée souvent demandé pour des expositions à l’étranger. Une odalisque (Madeleine) du peintre Carcassonnais Jean Jalabert (1815-1900) inspira Manet pour son Olympia (Musée d’Orsay). On trouvera cette note dans Olympia de François Mathey aux Editions du chêne (1948). La nature morte de Chardin est un véritable chef-d’œuvre dont le Louvre ne possède qu’une copie. Le chanoine Sarraute ajoute à notre descriptif, deux tableaux de Guigou et « un extraordinaire petit tableau « Le guerrier » de Salvador Rosa ».

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    En octobre 1967, la ville entreprend enfin la restauration complète du musée. Pierre et Christiane Tarbouriech, deux jeunes architectes, sont chargés des travaux. La première tranche est estimée à 70 millions de francs et c’est l’entreprise Escourrou qui a la maîtrise du gros œuvre. Dans la cave où sera installée la cuve à mazout, on découvre l’amorce du souterrain qui reliait l’ancien Palais de Justice à la prison sous la rue de Verdun. Les fenêtres qui étaient jusque-là murée seront ouverte.
    L’inauguration et l’ouverture au public eut lieu le 2 juillet 1971 en présence d’Antoine Gayraud (Maire), de M. Descadeillas (Conservateur). On apprend que les collections du musée s’élèvent à 650 objets d’art, dont seulement la moitié est exposée d’une manière permanente. Durant les travaux, 160 toiles furent restaurées ; certaines au Louvre et d’autres sur place.

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    Ces deux portes provenant de l'ancien hôtel de ville rasé en 1933, furent installées au Musée des beaux-arts en 1972. C'est une Carcassonnaise qui les sauva en les tirant des décombres.

    "C'était une porte à double battant et sans huisserie, autant qu'il m'en souvienne, en bois sombre très ouvragé avec des motifs en gros relief. Avant les travaux faits au musée, elle était fixée à un mur du premier palier de l'escalier. Mais que sont devenues les autres portes de la mairie ?"

    Voilà chers lecteurs tout le travail de recherche et de synthèse que j'ai pu réaliser avec le concours des articles de journaux de l'époque, des guides des collections, du fonds René Nelli conservé aux archives de l'Aude, etc. Ce travail, je vous livre par amour pour Carcassonne et sa culture. 

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  • Essai d'inventaire des tableaux et objets représentant le poète André Chénier

    Gabriel de Chénier, dernier descendant du poète, possédait des papiers de famille qui furent légués à la Bibliothèque municipale de Carcassonne, la ville où André Chénier avait passé huit années de sa jeunesse. Nous y reviendrons dans un prochain article. Il s'y trouve notamment les lettres d'André à son père, les seules connues en original à une près, qui est à Zurich, des lettres de divers membres de la famille, des documents officiels concernant André et quelques livres de sa bibliothèque personnelle.

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    Plaque sur la maison de la rue Pinel, à Carcassonne

    Le musée de Carcassonne reçut des portraits, notamment ceux d'André Chénier et de sa mère et divers objets. Aujourd'hui, le musée des Beaux-arts expose dans ses collections permanentes une partie de cet héritage, l'autre partie se trouve dans les réserves. Quant à la bibliothèque municipale, depuis son démantèlement en 2010 au profit de la Communauté d'agglomération du Carcassonnais, il n'est plus possible d'accéder d'une façon pratique à l'ensemble du fonds, qu'en prenant rendez-vous auprès des bibliothécaires dans un bâtiment "provisoire" qui dure depuis sept ans, situé à cinq kilomètres. Soumis au droit de réserve, les employés ne peuvent s'exprimer ouvertement sur le lieu de conservation des manuscrits, de feu la bibliothèque municipale. Outre le fonds Chénier et son billet manuscrit de Voltaire, il s'y trouve plus d'une centaine de lettres de grands compositeurs à Paul Lacombe, le fonds du philosophe Alquier, les originaux manuscrits du cartulaire de Mahul, etc. Une personne bien informée me glissait l'autre jour que le président de l'agglomération, ignorait jusqu'à un passé très récent, qu'il y existait ce fonds Chénier. C'est vrai, à sa décharge, qu'il connaît bien mieux l'histoire des trois-quart de l'équipe de rugby à XIII de Carcassonne... Un raison pour que l'agglomération cherche en douce à refiler les collections de l'ancienne bibliothèque, aux archives départementales de l'Aude ? Pour les incunables, c'est déjà fait.

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    Pierre gravée sur la tombe de Marie-Joseph Chénier à Paris

    Le chanoine Gabriel Sarraute - ancien élève de l'école du Louvre - avait réalisé en son temps un essai iconographique sur les œuvres et objets représentant André Chénier. Son travail, ô combien précieux, ne s'accompagnait pas de photographies mais d'une description détaillée. Notre travail de recherche a consisté dans la recherche de ses tableaux, gravures et sculptures disséminées dans plusieurs collections et dans l'actualisation de la description de Gabriel Sarraute. Le Musée des Beaux-arts de Carcassonne en conserve un grand nombre grâce à la donation effectuée par Adélaïde Frémeaux et Gabriel Chénier en 1880 et 1892. Le chanoine signale que le sculpteur René Iché, mort en 1955, projetait un monument à André Chénier pour Carcassonne, la ville de son enfance. Ce dessein n'a pas été réalisé.

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    © Musée des Beaux-arts de Carcassonne

    André Chénier à onze ans par Cazes fils

    (Huile sur toile, 0,80 x 0,50)

    Signé à droite, à hauteur d'épaule : Cazes fils pinxit 1773.

    Au dos, une étiquette ancienne porte le nom André. 

    A propos de Cazes fils, il s'agit d'un fils de Pierre-Jacques Cazes (1676-1754), mort directeur et chancelier de l'Académie royale, auteur d'un tableau, Saint Pierre ressuscitant Tabithe, dessiné à St-Germain des près, dont l'esquisse est au Louvre. Pierre-Jacques eut deux fils : Jacques-Nicolas et Pierre-Michel. On se sait pas quel est celui qui signait Cazes le fils, qui a fréquenté le salon de Mme Chénier ; qui a peint pour elle des scène de l'Iliade et plusieurs portraits ; qui, s'il faut croire une inscription d'un tableau du Musée de Carcassonne, aurait peint Mme Chénier à Constantinople. Il semble avoir été le "peintre ordinaire" de Mme Chénier et le professeur de dessin et peinture d'André.

    Provenance :

    Collection de Gabriel de Chénier. Don de Mme G. de Chénier à A. Mazières (1880). Don de Monsieur A. Mazières au Musée de Carcassonne en 1892.

    Documents écrits à la Bibliothèque municipale de Carcassonne : 

    Lettres de G. de Chénier à Dougados (Paris, 21 février 1854) : "J'ai le portrait (...) de mon oncle" ; Mme G; de Chénier à M. Malric (Paris, 16 avril 1884) : "Les portraits de grandeur naturelle de Mme Louis de Chénier et ceux de ses fils André et Sauveur (...) étaient tous les trois dans la maison de mon beau-père." 

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    © Musée des Beaux-arts de Carcassonne

    Tableau de famille

    Huile sur toile, 1,40 x 1,07

    Ce tableau était daté de 1774 à l'envers de la toile. Mais son état ayant exigé un réentoilage, cette date est actuellement cachée sous la nouvelle toile. La famille Chénier est alignée au bord de la Seine, du côté de la Samaritaine. On voit le Pont neuf avec la statue d'Henri IV, le bâtiment de la Monnaie, l'Institut. DE gauche à droite : Trois servantes ; Hélène Chénier en route rouge ; une servante ; Mme Chénier en costume grec, robe blanche, manteau bleu paon, dans une pose théâtrale. Cette dernière est grande, alors qu'elle était en réalité de petite taille. André Chénier, en jaune paille ; Constantin, en rouge ; Louis-Sauveur, en gris ; Louis Chénier, en uniforme de Consul : habit bleu, gilet et culottes rouges ; deux laquais. Le tableau semble être l'œuvre d'un peintre du dimanche : les pavés, les bâtiments à l'arrière sont penchés.

    Historique :

    Donné par Louis Chénier à André Béraud, bourgeois de Carcassonne, oncle et parrain d'André. Transmis par voie d'héritage à sa nièce Paule Coste, épouse Dolbeau, puis à Mme Sacraste, née Dolbeau, à Mme J-J Mazières, inspecteur des Eaux et forêts qui le prête à Gabriel de Chénier en 1854 pour "quelques mois", afin d'en faire faire une copie par sa femme "qui a cultivé la peinture". Elle devait le garder 25 ans (1856-1881). Au moment de l'essai du Chanoine Sarraute, le tableau était à Jean Azaïs (10, rue Temponnières à Toulouse), unique descendant des Chénier. Il est depuis 1985 au Musée des Beaux-arts de Carcassonne (Don d'Etienne Azaïs en 1985).

    D'après les lettres de la Bibliothèque municipale :

    Dougados, avocat et secrétaire de la Société des arts et des sciences de Carcassonne, apprend à Gabriel de Chénier le 10 février 1854, l'existence de ce tableau chez Mme Azaïs, qui est une de ses clientes. Le 21 février 1854, G. de Chénier dit sa demande prêt. Le 10 septembre 1856, Auguste Mazières envoie à G. de Chénier, le tableau qu'il "garder tout le temps qui sera nécessaire, le délai d'un an (...) ne semble pas exagéré." Le 18 février 1880, La veuve de G. de Chénier à Mazières : "Je ne voudrais pas, quand je mourrai, qu'il puisse aller dans d'autres mains que les vôtres." Le 18 avril 1880, elle vient de faire photographier le tableau de famille avant de renvoyer l'original. Le 16 août 1881, envoie du tableau à Mazières dans sa propriété de Parazols. 

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    © Les Bucoliques / J-M de Hérédia / 1907

    Portrait d'André Chénier, par Jacques Augustin

    Miniature, vers 1790

    A gauche du visage : A mon ami André, Augustin.

    Historique

    Possession de M. Lherbette, ancien député. Acheté à la vent après son décès, par Mortimer-Ternaux (vers 1842). Collection de M. Bourgnon-Delaire (1877). Propriétaire actuel inconnu.

    Lettres bibliothèque de Carcassonne

    Le 9 janvier 1877, Antoine de Latour à Gabriel de Chénier. Mortimer venait de lui montrer une miniature qu'il venait d'acheter représentant André "en officier", "la tête poudrée", avec l'inscription : "Constantin à son ami André". Antoine de Latour dit que si le tableau de Suvée " nous a heureusement rendu l'André de Saint-Lazare, celui de Constantin serait plutôt l'André des Elégies."

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    © Wikipédia / Collection particulière

    André Chénier à St-Lazare, par J-B Suvée

    Huile sur toile, 0,70 x 0,60

    A droite, vers le bas : Peint à Saint-Lazare le 29 messidor l'an 2, par J.B Suvée. 

    Historique :

    Peint à la demande des frères Trudaine, amis d'enfance d'André Chénier, huit jours avant la mort du poète (25 juillet 1794). Suvée également emprisonné comme suspect à Saint-Lazare, fut sauvé par la chute de Robespierre. Le poète Roucher, guillotiné avec Chénier, lui fit faire son portrait la veille. C'est un simple dessin qu'il put envoyer à sa femme et ses enfants, accompagné des vers suivants :

    Ne vous étonnez pas, objets sacrés et doux

    Si quelque air de tristesse obscurcit mon visage

    Quand un crayon savant dessinait cette image,

    J'attendais l'échafaud et je pensais à vous.

    M. de Courbeton hérite du portrait de Chénier, les frères Trudaine ayant été guillotinés le lendemain de sa mort. Il le lègue au marquis de Vérac, gouverneur de Versailles sous la Restauration. Vendu, par l'intermédiaire de Frédéric Soulié, à M. de Cailleux, directeur des Musées en 1862. Vendu à l'Hôtel Drouot le 20 janvier 1877 au marquis de Pange. Passe ensuite dans la collection du comte Louis de Pange. Aujourd'hui, dans une collection particulière à Paris.

    Documents écrits :

    Gabriel de Chénier essaya en vain d'acheter au marquis de Vérac. Assita à la vente chez Drouot en 1877, mais n'eut pas les moyens de l'acquérir. Félicita le marquis de Pange, descendant de François de Pange, ami d'André Chénier. Ce tableau fut reproduit par des gravures, imprimées notamment dans le Larousse.

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    © Musée des Beaux-arts de Béziers

    André Chénier à vingt ans (?), par François Thomire

    Huile sur toile ovale, 0,40 x 0,30

    Signé et daté en bas à droite : Thomire 1782. Sur le châssis, il est indiqué que Thomire serait un "auteur reçu à l'Académie de Bordeaux".

    Historique :

    Acheté à Paris en 1886, dans une vente publique, par M. Adalbert de Faniez. Donné par M. de Faniez au Musée de Béziers (N° 200 du catalogue).

    Lettres Bibliothèque de Carcassonne :

    Le 27 juin 1887, Mme G. de Chénier fait remarquer à A. Mazières qu'on ne sait ni où, ni de qui M. de Faniez a acheté le portrait, ni comment on sait que c'est André Chénier. "La coupe du visage est la même, mais le nez est plus gros et moins droit et n'a pas la finesse (du portrait de Cazes), ni de celui qui a été fait à Saint-Lazare. Elle remarque que "la mâchoire d'André, dans les portraits authentiques, avance très sensiblement et que cette conformation n'existe pas dans celui que M. de Faniez a acheté."

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    © Musée Lambinet, Versailles

    Portrait d'André Chénier (?), par L. Brown (?)

    Pastel ovale, 0,65 x 0,52

    En haut à droite : A. Chénier 1786. 

    Historique

    Leg de M. Vatel au Musée Lambinet de Versailles, où il se trouve toujours. M. François Boucher, délégué de l'Union française des arts du costume, estimait en 1958 que le costume représenté ne pouvait être de 1786, mais devait dates du début de la Révolution. Il pensait qu'il ne s'agissait pas d'un portrait de Chénier.

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    © Musée des Beaux-arts de Carcassonne

    Portrait d'André Chénier (?), par J-B Mallet

    Huile sur toile, 0,21 x 0,16

    Non signé. Achille Rouquet a prétendu sans en apporter la preuve, que le tableau faisait partie des portraits de famille détenus par Constantin Chénier (frère d'André) et qui ont disparu. Il remarqua qu'au dos du châssis est inscrit : "Ce portrait a été gravé", mais signala qu'il s'agissait d'une "Mention erronée" car il n'est pas connu de gravure de ce tableau.

    Historique :

    Acquis à Paris en 1881 dans une vente publique par M. Adalbert de Faniez, qui le fit passer à M; Cornet-Peyrusse. Celui-ci le fit acheter par le Musée de Carcassonne.

    Lettre Bibliothèque de Carcassonne

    Le 10 février 1891, Mme G. de Chénier à M. Mazières : "M. de Faniez (...) ne m'a, dans le temps, donné aucun renseignement qui pût me fixer sur la certitude que c'était un portrait d'André. M. Cornet et son parent (M. de Faniez), avaient sans doute des indications précises qui leur permettaient d'être affirmatifs."

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    © Musée Carnavalet, Paris

    Portrait présumé d'André Chénier. Anonyme XVIIIe siècle

    Huile sur toile, 0,55 x 0,45

    Historique :

    Acquis par le Musée Carnavalet en 1883 d'Hortense de Corbeau de Saint Albin (Hortense Jubinal). Le musée dans sa description actuelle, signale qu'il a été autrefois identifié comme étant André Chénier.

    Lettres bibliothèque de Carcassonne

    Le 10 février 1891, Mme G. de Chénier à Mazières : "A propos des portraits d'André, il y en a des drôles au musée Carnavalet à Paris ! Je me figure que ceux qui ont donné ces mauvaise peintures et dessins, surtout le portrait peint, qui est abominable et qui ne ressemble ni de près, ni de loin à ceux connus d'André, ont voulu relever la valeur de leurs dons en baptisant ces figures du nom d'André Chénier."

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    © Musée des beaux-arts de Carcassonne

    André Chénier (?) dans sa prison (?), attribué à Suvée.

    Huile sur toile, 0,68 x 0,62

    Non signé. 

    Historique

    Le catalogue du Musée de Carcassonne porte qu'il a été donné par la Société des Arts et des Sciences de cette ville en 1894. Mais aucune délibération de cette société ne fait allusion à cette toile, qui n'offre aucune garantie et qui n'est accompagnée d'aucune référence.

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    © Musée d'Angers

    Buste d'André Chénier, par David d'Angers

    Terre cuite, hauteur 0,54

    Sur le socle : "Au poète André Chénier J-P. David d'Angers 1839"

    Historique

     Aurait été commandé d'après Becq de Fouquières par M. Pastoret, chez qui André Chénier fut arrêté.

    Lettres bibliothèque de Carcassonne

    En 1844, David d'Angers donna à Gabriel de Chénier, un exemplaire en plâtre du buste. David s'était inspiré du portrait de Suvée. Il connut Latouche et Gabriel de Chénier, et possédait deux manuscrits du poète (aujourd'hui, à la bibliothèque d'Angers).

    Drouot. David d'Angers.png

    © Drouot

    Médaillon d'André Chénier, par David d'Angers

    Bronze, ø 0,155

    A gauche, de bas en haut : André Chénier. Sous le cou : David

    Historique

    Dans le catalogue du musée du Louvre en 1922. Nous venons de trouver ce médaillon dans une vente chez Drouot, le 24 juin 2011. David d'Angers avait offert une épreuve en plâtre du médaillon teinté de bronze. Elle se trouve au Musée de Carcassonne (don de Mme Chénier).

    Lettres de la bibliothèque de Carcassonne

    Janvier-mars 1844, correspondance entre David et Mme Chénier. Pour faire un buste en terre cuite de Marie-Joseph Chénier (frère d'André) dont un exemplaire est au Musée de Carcassonne, David a demandé à "consulter le portrait de la mère de nos deux poètes".

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    © leblogdelili.fr

    Buste d'André Chénier, par Antoine Etex

    Marbre, hauteur 0,65

    Sur le socle, à gauche : "A la mémoire d'André Chénier". A droite : "Offert à la Comédie française par Etex 1839"

    Historique

    A la Comédie française, foyer des troisièmes galeries

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    André Chénier, inconnu

    Gravure ou lithographie du XIXe siècle

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    © Musée des Beaux-arts de Carcassonne

    L'appel des dernières victimes de la Terreur, par Muller

     Huile sur toile, 106 x186

    André Chénier se trouve au centre de la scène, assis sur une chaise et la main posée sur sa tête.

    Historique

    Cette toile conservée au Musée de Carcassonne est une réplique de la grande toile exposée au Salon de 1850 puis à l'Exposition Universelle. Envoyée au Musée national du château de Versailles en 1886 avant d'être au Louvre en 1879, elle est en dépôt depuis 1991 au Musée de la Révolution Française à Vizille.

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    © Musée Denys Puech

    La muse d'André Chénier, par Denys Puech

    Marbre, grandeur naturelle

    La muse assise, nue, les jambes repliées, tient dans sa main gauche, la tête du poète qu'elle baise au front et qu'elle enveloppe avec sa main droite dans ses cheveux.

    Historique

    Salon de 1850. Au catalogue du Musée du Luxembourg en 1898. Le plâtre est actuellement déposé au musée des Ursulines à Mâcon. Le marbre acheté par l'Etat est conservé au musée d'Orsay. 

    Deux œuvres non signalées par Gabriel Sarraute 

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    © Musée Carnavalet

    Buste d'André Chénier, par Antoine Bourdelle

    Ronde-bosse, 65,5 x 16 x 13,5

    Mode d'acquisition inconnu. œuvre du XIXe siècle

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    André Chénier, par Johannot

    Taille-douce

    Historique

    Gravée en taille-douce par Baudran, 1850

    Dans un prochain article, nous reviendrons sur les lettres constituant le fonds Chénier, légué à la bibliothèque de Carcassonne. 

    Sources

    Essai iconographique / Chanoine G. Sarraute

    Poètes Audois dans la tourmente / 1994

    Jeux d'ombres et de lumière sur la jeunesse d'André Chénier / G. Venzac

    Catalogue de l'exposition nationale / dec 1962 - mars 1963

    Recherches, notes et synthèse / Martial Andrieu

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