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Cinéma - Page 4

  • Qu'est venu faire le cinéaste américain Otto Preminger à la Cité en 1965 ?

    Qu'à bien pu venir faire à Carcassonne, le réalisateur américain Otto Preminger en 1965 ? On sait qu'il logea à l'hôtel de la Cité, mais est-ce suffisant pour en faire tout un article ? Nous avons donc poussé plus en avant les recherches, car cette pointure du cinéma d'Hollywood n'était venu faire du tourisme. A cette époque, si les stars et autres personnalités internationales se déplaçaient à la Cité c'est surtout qu'elles y avaient un intérêt professionnel. Une visite officielle, un congrès, un tournage ou bien l'exceptionnel retentissement d'un festival d'Art dramatique dont Jean Deschamps était la tête pensante.

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    © Allan Warren

    Nous avons trouvé dans les mémoires du scénariste Nelson Gidding, une partie des raisons de la venue de Preminger à Carcassonne. Depuis longtemps déjà, ce dernier avait sollicité Gidding afin qu'il lui écrive un film. Un jour, le scénariste lui fit connaître un roman de l'écrivain français Vercors : "You shall know them" (Les animaux dénaturés). A l'époque, il était construit comme une pièce de théâtre. Après avoir acheté et lu le livre, les deux américains décident de venir à Carcassonne. 

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    Vercors et Otto Preminger à l'hôtel de la Cité en 1963

    Le cinéaste américain qui parlait le français couramment, assiste le 15 juillet 1965 à la représentation de "Zoo", adaptation du roman "Les animaux dénaturés" de Vercors. Ayant eu connaissance de la présence de l'auteur à cette création mondiale pour le Festival d'Art dramatique de Carcassonne, Preminger vient discuter de l'achat des droits pour le cinéma. La pièce créée dans la capitale audoise en 1963 sera reprise en février 1964 à Paris (TNP) et à travers l'Europe, obtenant à chaque fois un grand succès. Preminger envisagea à la fin de l'année 1964 d'adapter Zoo pour Broadway. Ce projet sera abandonné, mais l'année suivante une seconde version de la pièce est jouée à nouveau à Carcassonne, et Preminger vint discuter des droits.

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    La pièce sera traduite en plusieurs langues

    Le jeudi 15 juillet 1965, Zoo est interprétée avec une distribution théâtrale prestigieuse : Jean Deschamps, Jean-François Rémi, Claude Piéplu, Françoise Bertin, André Rousselet, etc. On considère que la seconde version est encore meilleure que la première et la critique nationale se montre dithyrambique.

    "Cette pièce de Vercors est amusante, profonde, passionnante. Elle est stimulante, à la fois sceptique et généreuse et d'un ton insolite. La mise en scène de Jean Deschamps remarquable. Et la distribution digne des plus grands éloges." (Le figaro / J-J Gautier)

    "L'évènement de la saison théâtrale." (Carrefour / Christian Mégret)

    "C'est un franc succès, certains diront un triomphe. C'est à Jean Deschamps que cette adaptation doit - de l'aveu même de Vercors - beaucoup de son astuce et de son efficacité." (Le monde / Claude Sarraute)

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    Plaque sous le Pont des Arts à Paris

    Jean Brüller avait pris Vercors pour nom de résistant ; il le garda comme pseudonyme. Il refusa la légion d'honneur pour protester contre la torture durant la guerre d'Algérie. Il est décédé en 1991.

    Sources

    I was a monster movie maker / Tom Weaver / 2001

    Programme Festival Art dramatique / 1965

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  • En février 1978, on tourne à la Cité "La vie d'Esclarmonde de Foix" pour la télévision

    Voilà sans doute un nouveau tournage, à inscrire dans la longue liste des films ou téléfilms ayant eu pour décor naturel, notre Cité médiévale bimillénaire. La salle des Chevaliers située à l'intérieur du Château comtal, les extérieurs de la Cité, la ville de Fanjeaux, les châteaux de Puivert et de Montségur, les grottes de Bédeillac furent les cadre privilégiés de plusieurs scènes de "La vie d'Esclarmonde de Foix", émission réalisée par André Vétusto pour "Les histoires de France". Cette princesse cathare, symbole de la lutte des bons hommes contre les croisés vers 1130, avait pour interprète l'actrice Loleh Bellon.

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    © René Roques / DDM

    André Vetusto (au centre) avec l'équipe technique 

    L'émission voulut juxtaposer le mythe de cette héroïne et la réalité de son histoire que l'on connaît très mal. C'est René Nelli qui se chargea par ses commentaires éclairés de tenter de lever le voile sur l'existence de la belle Esclarmonde. Le 14 mai 1978 pour la Pentecôte, FR3  devait diffuser ce volet de "Histoires de France" d'après Arthur Conte, historien et producteur de l'émission. C'est le 1er octobre que l'émission "Le mythe d'Esclarmonde" passe sur FR3 Toulouse.

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    © php88.free.fr

    Loleh Bellon (1925-1999) était l'enfant de la photographe Denise Bellon, décédée cinq mois après sa fille. L'actrice n'était pas en terrain inconnu à Carcassonne, où sa mère avait tissé des liens avec l'entourage du poète Joë Bousquet, qu'elle était venu photographier dans son lit. Loleh Bellon épousera l'écrivain espagnol Jorge Semprun (1923-2011)

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    © Moritz / L'indépendant

    Arthur Conte était né à Salses (P-O) en 1920 et mourra à l'âge de 93 ans en 2013. On connaît la carrière de l'historien et homme politique, du président de l'ORTF proche de Georges Pompidou. Ce que l'on sait certainement moins, c'est qu'il fut attaché de préfecture à Carcassonne - un poste d'assistant du préfet chargé de l'application des texte législatifs et des décisions en matière de police - entre 1941 et 1943, avant d'être appelé par le STO pour aller travailler en Allemagne. Son ami, René Nelli occupait les fonctions d'adjoint au maire de Jules Jourdanne pendant la même période. Malgré sa grande culture et ses bons services au sein de l'état, on lui refusa l'entrée à l'Académie française. Un regret pour cet homme reconnu pour sa grande qualité intellectuelle.

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  • Les mémoires posthumes d'un Carcassonnais (3)

    Jean Ouliac (1904-1984) occupa une place importante dans l'univers musical de Carcassonne. Il fut violoniste émérite dans l'orchestre du théâtre municipal et percussionniste dans l'harmonie municipale. Au sein de l'école de musique, il transmit avec excellence à de jeunes instrumentistes la pratique du violon. Cet homme, que je n'ai pas eu l'honneur de connaître, est tel qu'il me fut décrit. Nous avons retrouvé une interview de lui, dans laquelle il évoque ses souvenirs de musicien dans les cinémas de la ville.

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    © Droits réservés

    Jean Ouliac à Carcassonne

     J'ai commencé à jouer dans un cinéma vers l'année 1923. J'avais par conséquent dix-neuf ans et ça a duré jusqu'à mon service militaire donc un peu plus d'un an. Le cinéma dans lequel je jouais s'appelait "Idéal Cinéma". Il était sous la direction d'un mouvement catholique, et se trouvait à l'emplacement de l'actuel Rex (Evêché, NDLR). Nous étions là quelques amis ; autant que je puisse me rappeler, il y avait Georges Anisset comme pianiste, Boudoux comme violoniste avec moi, Charles Adroit comme violoncelliste, Fort comme trompettiste, Joseph Rieupoulh et Gouzy comme clarinettiste. Nous étions placés dans ce que l'on appelle la fosse d'orchestre, c'est-à-dire au bas de l'écran. Et notre rôle était de créer une ambiance musicale pendant toute le temps que durait la projection.

    Ce cinéma donnait surtout des films américains : des westerns, et bien des fois, nous ne nous intéressions même pas aux films qui étaient projetés. Il nous est arrivé de faire les trois séances de cinéma en ignorant tout des films qui passaient. Souvent il arrivait ceci : le vacarme dans la salle devenait tel qu'il nous était impossible de jouer. Alors, à ce moment là, instinctivement on s'arrêtait et on regardait ce qui se passait sur l'écran. ET bien, la scène était toujours la même. Un grand gaillard, un garçon superbe se retroussait les manches, sautait sur son cheval, et se mettait à la poursuite de bandits ou de malfaiteurs quelconques. Et, tant que la poursuite ne s'était pas achevée (elle s'achevait généralement dans un café qui était saccagé) il nous était impossible de jouer.

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    © Droits réservés

    Au début on se contentait de jouer des morceaux pendant la projection pour créer un fond sonore. Puis au bout de sept à huit mois, on a fait ce que l'on appelait l'adaptation musicale ; c'était pour nous musiciens un véritable exercice de style. En arrivant au cinéma, nous trouvions sur nos pupitres une pile de partitions musicales. Nous attaquions la première avec le départ du film. Au signal, une lampe rouge s'allumant en haut et à gauche de nos pupitres, il fallait arrêter là le mouvement, prendre la partition suivante, et la jouer jusqu'au prochain signal. Cette rupture impliquait donc un changement de tonalité, de mouvement, de rythme, de nuance, de tout ce que vous voudrez ! Il fallait changer ! Et c'était plus ou moins heureux. je me souviens à ce sujet, d'une de ces ruptures : la scène représentait un cortège de mariage qui sortait d'une église, on jouait alors "La marche Nuptiale" de Mendelssohn. Puis le cortège arrivait sur une place publique où il y avait une foire ; il fallait changer !... pour jouer "Carnaval Parisien" de Popy.

    On jouait des compositions de Popy et quelquefois même des choses plus anciennes telles que des chansons de Mayol, de Dalbret, de Georgius, de Dranem. Au début, c'est nous qui choisissions ce qu'on allait jouer, et c'était un peu n'importe quoi. Quand il y a eu l'adaptation musicale c'est la direction de la salle qui indiquait les thèmes à interpréter. Mais la direction détenait ces indications d'une autre source. Je crois qu'elle recevait ça face au film.

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    Le film qui m'a le plus intéressé c'est Ben Hur (1925, NDLR). C'était réellement le triomphe du cinéma muet. Mais le reste, alors, vous savez !... Sauf les films comme La passion ou Le Miracle de Sainte-Cécile... A ce moment, il y a eu Le Miracle de Lourdes. Ce film a d'ailleurs été terriblement contesté par les autorités religieuses de l'époque. Le cardinal Archevêque de Paris a même dit : " Il représente les efforts maladroits d'une société qui a perdu son sens chrétien, et qui cherche maladroitement à la retrouver".

    On peut considérer le cinéma des années vingt comme du spectacle populaire. Il faut dire que son prix relativement bas était accessible à toutes les bourses. Il y avait trois catégories de places : les plus chères étaient à 2 francs, ensuite il y en avait à 1,50 francs et je ne me souviens plus exactement mais les autres n'atteignaient pas 1 franc. Le samedi soir, le public n'était pas nombreux, mais il était calme. Le dimanche après-midi le public était plus important, il était surtout composé d'enfants, et de petites bonnes à qui on donnait l'après-midi du dimanche - c'était à peu près le seul jour de sortie. Lors de ces séances, nous étions régulièrement interrompus par le vacarme que produisait ce jeune public. Le dimanche soir, l'assemblée était variée, moins nombreuse qu'en matinée, elle était surtout composée d'adultes, d'enfants accompagnés de familles.

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    © Ministère de la culture

    L'ancien "Idéal Cinéma" devenu ensuite le "Rex", rue de la liberté

    On donnait "La martyre de Sainte-Cécile". La jeune fille était enfermée dans sa salle de bains, où le préfet Amalquius avait décidé de la faire mourir, étouffée par la vapeur d'eau ; ce qui est maladroit pour faire mourir une jeune fille de dix-neuf ans. Au bout de trois jours, le préfet s'énerva et envoya un soldat pour décapiter la jeune fille. Au moment où le soldat allait accomplir sa sinistre besogne - l'image ne montrait pas le glaive tomber sur le cou de la jeune fille - il y eut dans la salle une femme qui poussa un cri de frayeur tel qu'on dut interrompre la séance pour réconforter la dame. Les westerns et les films d'action, notamment, étaient contrôlés quant à leur moralité. Quelques années plus tard, on a créé la côte de l'office catholique ; une note attribuée au film projeté, était affichée à la porte des églises.

    Il fallait une capacité musicale suffisante pour jouer des morceaux de difficulté moyenne, sans répétition, une certaine habitude, une certaine sûreté. Il fallait tout jouer à première vue. Dans les milieux musicaux, les musiciens de cinéma étaient considérés comme des gens expérimentés. Dans le cinéma où j'ai joué ; à cause de son caractère particulier, on peut dire que bien souvent nous n'avons pas été payés du tout. Notre travail à l'Idéal Cinéma était bénévole.

    Au "Cinéma des Familles"*, il y avait Arthur Lenfant, un pianiste remarquable qui a assuré seul toute la période 1914-1918, où un grand nombre de musiciens avaient pris part au conflit. Ce n'est que la guerre terminée, lors de la démobilisation que ces gens ont reformé des orchestres, ou grossi des embryons d'orchestres. M. Lenfant a été remplacé par M. de Norris, pianiste également, qui a joué un certain temps en compagnie d'une jeune violoniste : sa fille, je crois. Dans les années 1920, on lui adjoint deux autres violonistes : les demoiselles Bourdil. Ensuite, c'est devenu le genre de formation que j'ai connu. Pour des motifs publicitaires, on parlait d'orchestre symphonique et même d'orchestre classique. Mais la plupart du temps, le quatuor n'était pas complet. C'était bien entendu des arguments commerciaux.

    Chaque cinéma avait une sorte de personnalité. L'Idéal c'était le cinéma catholique. Le "Cinéma des Familles", lui, c'était le cinéma Duffaut, le cinéma de Monsieur Duffaut. Ce qui était un gage de la qualité d'un certain spectacle.

    * Le cinéma des Familles se trouvait sur l'emplacement de la clinique St-Vincent, à l'angle des boulevards Jean Jaurès et Omer Sarraut. 

    Sources

    Merci à I. Debien pour ce document

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