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Aux origines de la construction du cinéma l'Odeum, rue Antoine Marty

© A. Machelidon / La dépêche

Au mois d’août 1926, l’architecte Paul Enderlin présente un projet de construction d’une salle de cinéma dans la rue Antoine Marty, à la demande de Gaston François Deumié. Né à Mazerolles-du-Razès dans l’Aude le 1er février 1893, cet entrepreneur de spectacle a déjà dirigé la saison théâtrale de Pâques à Carcassonne en 1922 et 1923. La municipalité Tomey l’autorise le 26 septembre 1926 a bâtir un immeuble à usage exclusif du cinématographe sur un terrain ayant appartenu à Louis Bertrand. 

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La façade dans les années 1930

Le bâtiment, avec sa façade Art-Déco de 20 mètres, sera édifié entièrement en béton armé couvert partie en terrasse, partie avec charpente métallique recouverte de fibro-ciment ondulé. Cinq portes d’accès dont deux pour le bar et le vestiaire, formeront un front de dix mètres de largeur sur la rue.

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© Isabelle Debien

Le hall d'entrée en 2006

Dans le hall, la billetterie disposera de deux doubles guichets à proximité de la direction et de la surveillance. On accèdera à la salle par six portes à partir du hall et par à la galerie par deux escaliers de 26 marches. La salle au parterre comprendra 300 places  (3e catégorie) et 464 places (2e catégorie) ; la galerie, 309 places (1ère catégorie) et 51 places dans les loges. Soit au total avec les strapontins, 1124 places assises. Au-dessous de l’écran, la scène pour loger l’orchestre sera mobile. La cabine de projection construite en béton armé sera accessible par un escalier de service. De nombreuses issues de secours donneront sur la rue Antoine Marty et sur la cour de l’immeuble vers la rue Hugues Bernard. 

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© Isabelle Debien

La salle en 2006

Les conditions de sécurité exigent un poste d’eau muni de tuyaux et de lances au rez-de-chaussée et à l’étage, ainsi qu’un poste de pompier. Le piquet d’incendie ne devra jamais être inférieur à deux hommes pour les représentations. La cabine de projection devra contenir une cuve de minimum un demi-litre, interposée entre le condensateur de lumière et la pellicule.

Il était en usage à l’époque de donner des noms antiques aux théâtres. À Carcassonne, la nouvelle salle s’appellera l’Odeum ; un lieu dans la vieille cité d’Athènes qui était destiné aux exercices de chant et de poésie. Divers théâtres se fondèrent sous ce nom dans plusieurs états grecs et même à Rome. 

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© Isabelle Debien

Gaston Deumié n’entend pas seulement offrir au public des projections de cinéma. Dans un courrier adressé au maire, il sollicite le 9 juin 1927 le classement de l’Odeum en salle de spectacle : « Le but de la direction a été de créer à Carcassonne une salle de spectacle qui ne soit, ni exclusivement populaire, ni exclusivement sélect mais qui puisse réunir à la fois et sans gêne réciproque les places à bon marché, les places moyennes et les places de luxe. » L’inauguration a lieu le 8 octobre 1927 avec la projection du film  muet La châtelaine du Liban, réalisé par Marco de Gastyne. L’orchestre de six instrumentistes dirigé par M. Estève illustre en direct les mouvements et les sentiments des acteurs sur l’écran. L’école de musique de l’Odeum créé le 18 octobre 1928 se propose même de former de futurs musiciens sous la direction de Gabriel Dutrey, professeur de musique au Conservatoire de Toulouse et chef d’orchestre du cinéma. Le nouvel équipement de la salle en parlant avec des appareils Western Electric, viendra mettre fin aux indispensables orchestres du muet, à la fin de l’année 1930.

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© Martial Andrieu

L’Odeum fait également la part belle à des pièces de théâtre de boulevard aux titres évocateurs comme Prête-moi ta sœur (1928) et Mon curé chez les riches (1929). Il accueille les conférences politiques comme celle de Philippe Henriot en novembre 1929 ou le Congrès des Jeunesses Radicales en avril 1937. Toutefois, la salle ne perd jamais sa  vocation artistique dont la plus notable est la venue de Joséphine Baker et de ses 19 boys, au mois d’avril 1934.

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La revue nègre de Joséphine Baker

À cette époque, Deumié a laissé la direction à François Fargues avant de la reprendre deux ans plus tard. Il se retrouve à la tête de trois établissements culturels après la Libération : l’Odeum, le Grand Casino d’Alès et l’Élysée de Limoux. Ce dernier avait été également construit par Paul Enderlin.

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L'Élysée à Limoux, œuvre de Paul Enderlin

Dans les années 1950, Gaston Deumié possède Le Vox, sur le boulevard Jean Jaurès à Carcassonne avant d’en changer l’enseigne le 29 septembre 1956 pour Le Boléro. Il meurt le 26 septembre 1977 à Carcassonne. Son héritier, M. Bonnafous, mettra en vente Le Boléro et l’Odeum en janvier 1979. Le premier sera transformé en garage automobile, le second continuera à être exploité en cinéma jusqu’en 2007. Acquis par la ville de Carcassonne à la société C.G.R, il fait actuellement l’objet de travaux afin d’être aménagé en Maison des associations.

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© Claude Boyer / L'Indépendant

Un grand merci à Isabelle Debien pour son aide

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Commentaires

  • A ma connaissance , jamais des recherches sur l'histoire de ce cinéma n'ont été aussi loin . Mr Deumié possédait une petite maison secondaire sur un grand terrain à Grazailles , et au dessus du canal . Jeune plombier dans une grande entreprise Carcassonnaise , j'y suis allé quelquefois faire de petites réparations . Comme " Pourlich" j'avais droit à deux entrées de cinoch . Sur une partie de ce terrain de Grazailles , dans les années 1970 un journaliste emblématique de Carca , y a fait construire sa maison .

  • monsieur Deumie etait aussi propriétaire du cinéma le boléro...

  • bravo pour votre travail minutieux vos articles sont pleins de surprises et de belles connaissances historiques de cette ville et alentours ainsi que leurs personnages qui ont marqués l'histoire de ce département. mille merci et bonnes fêtes à vous

  • Combien de films ai-je vu à l'Odéum, dans les années 80...
    Mais jamais au Boléro, car la programmation était plus "adulte" à mon époque !!
    Merci Martial pour ce retour dans le passé !!

  • dans mon enfance le weekend,se résumé à la sortie au Cinéma.Nous les jeunes on écumait les salles .Le Chapeau Rouge,Le Rex,Le Colisée,Le Lido,Le Paris,Le Boléro,que de films,de péplums,des scéances de connaissances du monde,des arbres de noel,c'était une ville vivante,maintenant on est obligé d'aller à la zone du Pont Rouge,pour voir des grands films,et cette évasion vers cette zone a tué notre centre ville ,les commerces de bouche du Boulevard Omer Sarraut font grises mines avec une rentabilité facultative,et ce n'est pas avec la création d'un cinéma Arts et Essai qui va attirer une catégorie de cinéphiles que l'on remettra de la vie sur cette artère,à la sortie de la séance cette clientèle à pour habitude de ne pas trainer en ville,de plus rare sont les enfants qui assistent à des séances Arts et Essai,il fallait conserver ou créer un multiplexe au centre ville.

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