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Seconde guerre mondiale - Page 5

  • Irène Rotszyld se souvient de ces carcassonnais qui lui ont sauvé la vie

    Irène Rotszyld n’avait que trois ans ; elle est née le 25 décembre 1937 à Paris. Durant la débâcle de l’été 1940, cette petite fille juive arrive avec sa mère à Carcassonne après être parvenue à franchir tous les périls. La famille est séparée depuis que son père a quitté son magasin parisien de confection pour combattre aux côtés de l’armée française. Originaire de Pologne ayant émigré dans la capitale en 1930, Icek Rotszyld fabriquait des capes imperméables pour la police française, 35 rue Pastourelle. Au moment où Irène s’enfuit de Paris, son père se trouve quelque part sur le front. Il sera finalement démobilisé à Perpignan d’où il rejoindra sa femme et sa fille à Carcassonne. Le couple loue un appartement 35 rue du 24 février dans le quartier des Capucins. Le gouvernement de Vichy dirigé par Pétain exerce une pression de plus en plus coercitive à l’égard des juifs. En Zone libre le port de l’étoile jaune n’existe pas ; en revanche, tous les juifs sont touchés par la loi de 1941 les obligeant à se déclarer comme tels auprès des préfectures. Ainsi fichés, le sort que leur réserve l’administration française se matérialisa lors des rafles du 24 août 1942. Or, Irène et ses parents vont avoir la chance de s’y soustraire. Une bonne fée – elles existent – fait alors son apparition dans leur vie, au milieu de ce marasme national. Il s’agit d’Elise Griffe, institutrice de son état à l’école Jean Jaurès.

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    Elise Pujol, née Griffe à Barbaira en 1889.  

    Veuve de Joseph Pujol depuis 1930, lui-même instituteur, elle a longtemps exercé à Blomac. Cette femme courageuse va d’abord leur faire obtenir de faux papiers d’identité par l’intermédiaire de M. Guilhem, fonctionnaire à la mairie. Dans un second temps, elle parvient à trouver un refuge à Irène dans un couvent de Carcassonne. Nous n’avons pas encore pu identifier ce lieu avec certitude. D’après Irène les soeurs portaient la cornette, le couvent paraissait immense et très sombre. Elle y demeura jusqu’à peu de temps après l’arrivée des Allemands le 11 novembre 1942. Ses parents se mettront à l’abri dans le petit village d’Arquette-en-val pour toute la durée de la guerre sous une fausse identité. Dans Carcassonne occupée, le couvent n’est plus un lieu très sécurisé. Il faut trouver une nouvelle cache afin de protéger Irène. A l’école Jean Jaurès, Elise Pujol a pour directeur Vincent Armand. Cet homme de 54 ans vit avec son épouse, professeur de piano au 13 rue de la République.

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    La maison du couple Armand, 13 rue de la République

    Le couple n’a pas eu d’enfants. Il va cacher Irène chez lui en la faisant passer pour sa nièce. Irène a cinq ans ; elle appelle désormais son protecteur tonton. La petite fille ne sera pas scolarisée, c’est trop dangereux. M. Armand lui fournit un précepteur qui se déplace à la maison. Il s’appelle M. Redonné – l’orthographe est incertaine. Adrienne Armand, née Chaynes, donne des cours particulier de piano dans le grand salon de cette maison bourgeoise. Tous les ans, une audition de ses élèves se tenait la préfecture de l’Aude, juste en face. Irène bénéficia de l’enseignement de sa tante d’adoption ; elle apprit également la danse. Une seule fois Irène fut amenée à la cave car la situation l’exigeait. Notez que de l’autre côté du boulevard, on voyait la Feldkommandantur.

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    Irène (2e à gauche) et Adrienne Armand sur la place Carnot, peu de temps après la Libération.

    Tout le reste du temps, l’amour de ce couple pour cette belle petite fille ensoleilla les jours tristes de l’occupation. Vêtue comme une princesse, éduquée selon les préceptes de la religion catholique, la petite fille juive nourrit une affection pour le couple Armand qui lui fit oublier ses parents.

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    Vincent Armand et Irène à Paris, après la guerre.

    Après la Libération, il fallut bien se résoudre à les retrouver. Malgré l’immense chagrin, M. Armand accompagna Irène à Paris. Comme celui-ci ne voulait pas quitter son tonton, les parents décidèrent qu’elle irait passer toutes les vacances à Carcassonne. La foi d’Irène s’étant détournée de la région juive pour le catholicisme, elle fut envoyée dans une école hébraïque. 

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    Irène et son tonton adoptif, peu de temps avant qu'il ne décède.

    Irène a raconté son histoire pour USC Shoah Foundation

    Irène Rotszyld épouse Starosta vit désormais à Montréal du Québec où je l’ai retrouvée. Nous avons discuté de longs moment au téléphone. Je lui ai promis de lui donner tous les renseignements afin que ceux qui lui ont fourni assistance puisse être déclarés comme Justes. Poussant mes recherches, j’ai appelé incidemment Janette Pidoux afin de savoir si elle avait connu les Armand. En évoquant le nom d'Elise Pujol, l'ancienne professeur de danse, âgée de 98 ans, me dit : Oui, c'est ma mère. Janette ignorait tout de ce qu'elle avait fait durant la guerre. C'est ce qui rend cette histoire encore plus précieuse.  Vincent Armand est décédé le 23 juillet 1987 à Saint-Chinian ; son épouse, le 25 août 1957 dans cette même ville. Tous ces Justes – non encore reconnus –  ne se sont jamais vantés des risques qu’ils avaient pris pour le bien de l’humanité. C’est donc un immense honneur pour ce blog de leur rendre cet hommage mérité.

    Crédits photos 

    Janette Pidoux et Irène Starosta (Rotszyld)

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    © Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2026

     

  • Walter Fraenkel (1879-1943) s'était réfugié à Montréal d'Aude.

    Expulsés d'une Autriche xénophobe, annexée par les nazis, et contraints d'abandonner leur atelier à Vienne, un couple d'artistes peintres trouva refuge à Paris en 1938. Walter Fraenkel et son épouse, Louis Fraenkel-Hahn, posèrent leur chevalets au numéro 25 de la rue de Longchamp dans le XVIe arrondissement de la capitale. Le 24 décembre de l'année suivante, la célèbre artiste autrichienne décède laissant son époux, veuf et sans enfants. Walter avait fui son pays d'origine pensant trouver refuge en France. Aussi, lorsque l'armée Allemande entra dans Paris, il comprit très vite qu'il devait à nouveau se mettre à l'abri du danger. L'artiste autrichien passa en zone libre, se fit arrêter par la police et, à l'instar de tous les juifs étrangers, fut interné au camp de Gurs. Une fois libéré, Walter Fraenkel s'installa dans le village de Montréal d'Aude, rue de la grande fontaine. 

    Fraenkel

    Contraint par la loi du 2 juin 1941, il dut se signaler comme juif et déclarer ses biens à la préfecture de l'Aude : "En regard de la loi du 2 juin 1941 je suis regardé comme juif, ayant des grands-parents juifs. » Il prétend ne pas posséder de biens immobiliers, ni mobiliers sauf quelques objets d’art de petite valeur. Il affirme détenir 6000 francs en argent comptant et vivre des subsides envoyés par des parents vivant aux Etats-Unis, en Suède et au Brésil. 

    Fraenkel

    Les trois Nornes. Huile sur toile.

    À Montréal d'Aude, Walter Fraenkel est autorisé à résider car, selon la préfecture, il possède suffisamment de ressources pour ne pas être dirigé sur un camp de Travailleurs Etrangers. L'artiste va passer ses journées à écrire des poèmes et à réaliser des dessins au pastel. 

    Fraenkel

    www.artnet.com

    Annonciation, 1918.

    Le 20 février 1943, il sera arrêté par la gendarmerie française sur ordre de Vichy à Montréal d'Aude. Conduit au camp de Gurs (Basses-Pyrénées), puis à Drancy, Walter Fraenkel est livré aux nazis. Le 6 mars 1943, il part dans un wagon à bestiaux en direction du camp de Majdanek (Sobibor) où il arrivera cinq jours plus tard. Il n'en est jamais revenu.

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    © Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2025

  • Le Carcassonnais Joseph Dufis emmuré vivant par les nazis le 13 juillet 1944

    Parmi les nombreux les résistants exécutés par les nazis, il y eut surtout des héros sans grades tombés aujourd'hui dans l'indifférence et l'anonymat. Fort heureusement, il demeure encore sur les bords des routes et des chemins de France une stèle pour rappeler le sacrifice de ces hommes de l'armée des ombres. À Saint-Pierre de Quiberon dans le Morbihan - bien loin du département de l'Aude - une plaque rappelle la mémoire de Joseph Dufis.

    À la mémoire des cinquante patriotes des Forces Françaises de l'Intérieur martyrisées et lâchement assassinées par les Allemands le 13 juillet 1944 et découverts dans cette fosse le 16 mai 1945.

    Bien que son nom ait été incorrectement orthographié, il s'agit de Joseph Dufis, né à Carcassonne le 3 octobre 1925. Avant la guerre, il vivait 18 rue Masséna à Carcassonne. Son père, Pierre Dufis, était employé aux postes et télégraphes ; sa mère, Alfréda Jamme, ne travaillait pas. Joseph avait deux soeurs : Jeanne Josephine (1920-1921) et Marie Georgette (1917-2000). Cette dernière épousera Jean Bonnet en 1945.

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    La maison Dufis, 18 rue Masséna

    Le 11 juillet 1944, devant l’avance des troupes américaines, le chef de la Gestapo de Vannes (Morbihan) donna l’ordre au colonel Reese, officier de la Wehrmacht, d’exécuter 52 détenus de la prison surpeuplée de Vannes (56), située place Nazareth. Le major Esser, chef de bataillon de la défense côtière, chargé d’exécuter cet ordre, fit transférer cinquante détenus — pour la plupart résistants appartenant aux Forces françaises de l’intérieur (FFI) et aux Francs-tireurs et partisans français (FTPF) —, de la prison de Vannes jusqu’au Fort Penthièvre, où ils ont été exécutés le 12 ou le 13 juillet 1944 selon les sources. Les détenus de la prison de Vannes, parmi lesquels se trouvaient vingt-cinq résistants de Locminé, ont été emmenés deux par deux devant les pelotons d’exécution composés de SS géorgiens placés sous le commandement du lieutenant Wassilenko.
    Les corps des résistants exécutés sans jugement, dont certains agonisaient encore, furent jetés dans une galerie souterraine d’une trentaine de mètres creusée à cet effet à partir d’un tunnel préexistant de quelques mètres. Cette galerie fut ensuite refermée par trois murs distants de trois mètres les uns des autres et séparés par de la terre.

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    Le lieu du supplice où fut retrouvé le corps de Joseph Dufis

    Le 16 mai 1945, neuf jours après la reddition de la Poche de Lorient, cinquante cadavres en état de décomposition avancée furent exhumés par des prisonniers de guerre allemands en présence du docteur Dorso, médecin légiste, et du médecin capitaine Wolfrom. Les corps étaient entassés les mains liées par des fils de fer dans le dos ou sur la tête. Au moment de la découverte des corps, on relèvera sur les murs des inscriptions « Vive de Gaulle » et des croix de Lorraine entoure?es de « V », ce qui peut laisser craindre que tous n’étaient pas morts lors de la fermeture du tunnel… Le 5 juin 1946, les vingt-cinq corps des résistants de Locminé fusillés au Fort Penthièvre ont été ramenés dans leur commune, où se sont déroulées des obsèques solennelles au cours d’une messe en plein air qui a rassemblé près de 8 000 personnes.

    (Souvenir français - Comité de baie de Quiberon)

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    Au monument aux morts de Carcassonne, son nom est mal orthographié. Les actes d'Etat-civil conservés à la mairie de Carcassonne, mentionnent le nom de Dufis pour cette famille. 

    Joseph Dufis a reçu la Médaille de la Résistance à titre posthume le 17 décembre 1968. Son corps repose dans le caveau familial au cimetière Saint-Michel.

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