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Musique et patrimoine de Carcassonne - Page 316

  • Le témoignage de Louis Bouisset, rescapé du massacre de Trassanel en août 1944

    Début août 1944, le groupe est attaqué par l'aviation nazie. Il reçoit l'ordre de se replier sur la grotte de Trassanel, poursuivi par des patrouilles allemandes, mais s'arrête le dimanche 6 août dans le ruisseau de la Grave. Une arrière-garde est laissée pour faire disparaître les traces, pendant que le gros des troupes repart. Mais lorsque les Allemands débarquent par surprise au Picarot, ils prennent l'arrière-garde sans même avoir besoin de combattre. Les prisonniers sont torturés, sept exécutés d'une balle dans la nuque à la Pierre Planté, élevée peu après par les résistants, portant les noms des disparus. Pendant ce temps, le reste des maquisards a rejoint la grotte de Trassanel, à l'aube du 8 août. Alertés de la présence allemande, ils décident de s'enfuir par un ravin. L'ennemi les mitraille, faisant de nombreux morts dont Antoine Armagnac. Une trentaine sont pris, conduits à Trassanel, dont le maire Edmond Agniel vient d'être pendu, ayant refusé de collaborer avec les occupants. Les Allemands fusillent 19 maquisards morts pour la France. Ce maquis aura perdu 44 hommes. (La dépêche)

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    © DDM

    "Deux échappent miraculeusement au massacre bien que grièvement blessés. L'un est Louis Bouisset, de Conques et l'autre, Henri Tahon, de Roubaix. Henri Tahon sera retrouvé inconscient mais vivant. Il fut adopté par le bataillon "Minervois". Il est décédé fin décembre 1977 à Fournes-Cabardès où il s'était retiré."

    (La Résistance Audoise / Lucien Maury / 1980)

    Nous avons retrouvé le témoignage de Louis Bouisset sur ces évènements tragiques, livré à la presse le 27 janvier 1951. Soit exactement sept ans après les faits. Il nous a paru intéressant de les transcrire ici tant à cette époque, ils sont encore vifs.

    Que se passa t-il le 8 août 1944 ?

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    La grotte des maquisards

    Armagnac et ses compagnons étaient engagés dans un combat qui les mit aux prises, non seulement avec les hitlériens, mais encore, parmi eux, des Waffen SS français. Nous avons été pris à la grotte de Trassanel, et déjà, là, démontrant leur cruauté, les blessés sont achevés devant nos yeux. L'officier nous donna alors l'ordre de nous mettre en route. 

    - Marchez. Nous allons à Villeneuve où se trouvent nos camions. Vous serez conduits en Allemagne, où vous deviendrez des travailleurs.

    Mais ceci n'était pas la vérité. A peine huit cents mètres de Trassanel, il donne l'ordre de s'arrêter sur le bord d'un chemin encaissé. Les monstres ont tout calculé. Ils vont nous assassiner, froidement.

    - Faites votre dernière prière ! dit brutalement l'officier nazi.

    Nous sommes dix-neuf maquisards qui nous préparons à mourir fièrement pour la liberté de la France. Deux fusils-mitrailleurs sont placés à environ cinq mètres de nous et croisent leurs tirs.

    - Feu !

    Sous la rafale, le camarade se trouvant à mes côtés est projeté contre moi et me sauve la vie. Une vive douleur à mon bras droit me fait apercevoir que je suis blessé. 

    Encore le plus terrible c'est le coup de grâce. Je n'ai pas besoin de vous dire tout ce qui m'est passé par la tête. Avant moi, c'est le coup de grâce pour seize camarades. J'entends crépiter seize coups de révolver avant que n'arrive mon tour. Un coup sourd me fait croire que ma tête a éclaté. Je reprends mes esprits : la balle dans la nuque est sortie près de la tempe droite.

    Après avoir rampé quatre-vingts mètres, je me retrouve dans une vigne où je passe la nuit. Le lendemain, mes cris alertent trois personnes, mais, devant le monceau de cadavres jonchant le chemin creux, les deux femmes partent à grands cris, l'homme me dit : "Je viens !", et va appeler du renfort à Trassanel. Je suis soigné dans une cabane, et ensuite la Résistance, alertée, arrive Félix Roquefort et quelques autres me transportent à Villegly, où je ne resterai pas longtemps, car déjà la Gestapo est sur notre piste. Louis Bouisset poursuit :

    "Au moins dites-le : Qué jamai armoun pas aquelis criminels ! D'ailleurs nous ne le permettrons pas"

    Que pensez-vous du réarmement allemand ?

    Ah ! ça par exemple. Il faut le dire et l'écrire, jamais une pensée pareille ne peut germer dans un cerveau humain ! Non, mais, vous vous rendez compte un peu. Qu'ils ne viennent pas nous raconter des histoires, pour ma part, j'y suis passé et ça suffit. Réarmer ces bandits ? Jamais de la vie ! C'est vrai que cela dépend du reste de la population. Signifier au gouvernement que les Français n'acceptent pas Eisenhower et son Etat-major du réarmement allemand. Ce qu'il nous faut, c'est un gouvernement qui veuille construire la Paix, et non dépenser des sommes astronomiques pour préparer une guerre contre les héros de Stalingrad et aux côtés des bourreaux de Trassanel.

    Voilà des paroles qui n'ont pas perdu leur sens depuis 1951...

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  • L'ancien château d'eau de la place Marcou dans la Cité médiévale

    En 1872, l'architecte communal Léopold Petit fait bâtir au centre de l'actuelle place Marcou située dans la Cité médiévale, un château d'eau de style néogothique. Grâce au maire Théophile Marcou, les habitants de la vieille citadelle peuvent bénéficier de l'eau courante ; elle est acheminée par un système d'adduction d'eau par pompage dans l'Aude.

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    © ADA 11

    La photographie du château d'eau ci-dessus a été prise par le chanoine Verguet en 1890. Elle montre bien l'ampleur de cet ouvrage qui sera rasé en 1901 afin d'édifier sur son emplacement, l'actuelle fontaine supportant le buste de Marcou - oeuvre du sculpteur Barrau.

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    La fontaine après son inauguration en 1901

    Les platanes qui aujourd'hui font ombrage sur cette place, n'étaient alors que de petits spécimens...

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  • L'Aude submergée par un flot de migrants

    Qu'ils arrivent par la route ou par le train, c'est un flot discontinu de migrants auquel le département de l'Aude est confronté depuis quelques mois. Le gouvernement français dépassé par l'ampleur du phénomène  tente de s'organiser après la débâcle de nos armées face à l'invasion allemande. Au début du mois de mai 1940, les nazis se sont emparés de la Belgique jetant sur les routes de France deux millions de ses citoyens  et avec eux des Luxembourgeois et des Hollandais - ils ne veulent pas revivre l'expérience des massacres perpétrés par l'armée du Kaiser en 1914. Vers le 4 juin, les armées alliées totalement dépassées par l'avancée de la Wehrmacht n'ont d'autre choix que de tenter de rallier l'Angleterre par Dunkerque. Bientôt les allemands seront aux portes de Paris qui se déclarera ville ouverte. Sur les routes, on observe un flot discontinu de civils en fille indienne qui faute d'avoir pu sauver leurs biens, tentent de sauver leur peau. Les plus fortunés fuient en voiture, les autres en charrette à bras transportant ce qu'il leur reste de souvenirs. Où vont-ils ? Le savent-ils eux-même ? Certains d'entre-eux ne verront pas l'inconnu, ils resteront inertes sur l'asphalte touchés par la rafale d'un Stuka de la Luftwaffe qui s'amuse à les dégommer du ciel - comme à la fête foraine. 

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    Les Belges sur les route de France

    A partir du 23 mai, un grande partie du gouvernement belge s'est repliée sur Poitiers. On compte 2 millions de belges, 50 000 Hollandais et 70 000 Luxembourgeois et bientôt 3 millions de français cherchant un point de chute en France. Trois départements seulement sont destinés à acceuillir les réfugiés : Hérault, Ardèche, Haute-Garonne. Tout ceci pose des problèmes de sécurité, mais les autorités françaises sont dépassées par le flot d'arrivants ; ceci ne va pas sans mesures policières afin de contenir l'exode et maintenir un peu d'ordre. Petit à petit la vie des réfugiés s'organise...

    Dans l'Aude, le préfet ouvre des centres de répartition à partir du 21 mai avec l'arrivée des premiers convois. Le ravitaillement des 25 000 exilés belges, luxembourgeois et hollandais s'établit à Carcassonne en juillet 1940 dans l'école Jean Jaurès, à la demande du préfet Sadon par Raymond Azibert. On y distribue de la nourriture provenant en partie de la Croix-rouge américaine. La préfecture organise la répartition des réfugiés dans toutes les communes du département via les centres d'accueil.

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    © DDM

    Militaires belges en exil dans l'Aude

    Les officiers du 4e régiment de grenadiers après un transit par le camp du Barcarès, arrivent par le train à Moux. Les civils seront logés dans des familles audoises qui feront tout leur possible pour leur être agréable. Pourtant le département de l'Aude est loin s'en faut le plus riche, mais l'élan de générosité supplante la misère.

     Après l'armistice signé par Pétain le 22 juin, un coup de poignard vient se loger dans le dos des belges. Des négociations s'ouvrent entre Hitler et le l'Etat Français. La France organise alors le rapatriement des réfugiés en train vers Gand et Bruxelles. A partir de la fin août, les communes de l'Aude doivent conduire les exilés étrangers et français vers les centre d'accueil de Narbonne (Ecole de Cité), Bram, Couiza et Carcassonne. Ils doivent s'y présenter avec leur certificat et trois jours de vivres. Le 21 août, un premier convoi de 1200 belges est formé à Narbonne.

    Les expulsés d'Alsace-Lorraine

    Le 7 août 1940, la Moselle se retrouve de fait annexée au Reich et sous l'administration du Gauleiter Josef Bürckel. Le lendemain, la préfecture de Moselle s'établit à Montauban. Les Allemands possèdent des fiches de renseignement sur les individus ayant préféré la France à l'Allemagne durant la Grande guerre. Les Mosellans sont alors jugés ingermanisables donc indésirables et expulsés de leur territoire. Les nazis entendent repeupler ce département avec des aryens provenant de la Sarre. On peut sans problème évoquer le terme d'épuration ethnique. Retenons simplement ce chiffre de 84 000 expulsés entre les mois de juillet et novembre 1940. Ils laissent sur place leurs maisons ; on ne leur permet d'emporter que 50 kg de bagages et 2000 francs vers la zone dite libre. Le départ se fait en bus jusqu'à Lyon d'où partiront 66 trains entre le 12 et le 23 novembre 1940, vers les département d'accueil du sud de la France.

     Le 21 novembre, Otto Abetz réussit à convaincre Hitler d'arrêter des expulsions jugées comme contre-productives. Le Gauleiter n'est pas de cet avis... Le 21 février, l'Allemagne créée une commission pour le rapatriement des réfugiés qui en feront la demande. Sur 749 demandes, seulement 82 seront acceptées. La commission sera supprimée trois plus tard.

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    ©shpn.fr

    Après le départ des belges, les audois accueilleront les Mosellans dans un pays où seul le vin coule à flot. Ils avaient déjà donné beaucoup aux belges, mais se sacrifieront quand même pour les nouveaux arrivants. Le centre de ravitaillement de Carcassonne à l'école Jean Jaurès poursuit l'aide aux réfugiés. Avec l'arrivée des Alsaciens les 8, 9 et 10 septembre il a distribué 43 188 repas pour 6000 personnes. Depuis son ouverture en juillet 1940, six ou sept normaliens de 18 à 20 ans de la région de Nancy rendent des services à la bonne marche du centre. Ils sont logés à l'école normale de Carcassonne dans le grand plus dénuement et sans ressources. 

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    © ASCOMEMO

    Chez Mme Courset à Coursan

    A partir de novembre 1940, plusieurs trains en provenance de Lyon acheminent les réfugiés Mosellans dans l'Aude. Le préfet Alapetite a ouvert deux centres d'acceuil ; l'un à Narbonne à l'école de Cité, l'autre à Bram (château de Lordat ?). Chaque centre est dirigé par un Commissaire de police chargé de faire remplir une fiche pour chaque expulsé. Elle doit comporter le nom du chef de famille, la profession, le nombre de membre de la famille, la commune d'origine. Un récépissé leur est ensuite délivré. Au bout du compte les familles réparties selon la commune d'origine seront dirigées vers une ville ou un village du département. Par exemple, les villageois de Vaux logeront à Conques-sur-orbiel.

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    © ASCOMEMO

    La famille Adrian d'Haboudange

    Les Audois feront ce qu'ils peuvent afin de loger au mieux les réfugiés, en partageant leurs maigres ressources. Ces derniers leur apprendront à se méfier des Allemands ; certains aideront les maquisards. A Carcassonne, ils fondent chez Miailhe au Café glacier le "Groupement des expulsés de Lorraine et d'Alsace de Carcassonne et du département de l'Aude". Le 7 décembre 1941, la préfecture les autorise à fêter St-Nicolas ; un char défile autour des boulevards et une gerbe est déposée au monument aux morts. Dans la salle du Café glacier, les enfants reçoivent des jouets et des friandises. 

    A la fin de la guerre, lorsque les Mosellans expulsés rentreront chez eux ils ne découvriront que des ruines, leurs maisons sans leurs meubles et dans un triste état. Jamais ils n'oublieront la générosité des Audois ; c'est parce qu'aujourd'hui la génération qui pouvait témoigner s'éteint lentement qu'il faut rappeler ces souvenirs de fraternisation. 

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    A Carcassonne, au pied de la statue de Jeanne d'arc... une plaque commémorative inaugurée en mai 1945, témoigne de la reconnaissance des Mosellans. 

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