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Vieux quartiers

  • À la recherche du riche passé architectural du boulevard Marcou

    Depuis les comblement des fossés ceinturant la Bastide au XVIIIe siècle, l’espace compris entre le Bastion des moulins et la Porte de Toulouse prit successivement les noms de Promenade Ouest, de boulevard du Calvaire, de boulevard du lycée (1883) et de boulevard Marcou (1898). Au milieu du XIXe siècle, on apercevait encore les vestiges des anciens remparts sur le côté droit en remontant vers l’actuelle place Davilla, tandis qu’à gauche s’étendaient les terrains encore vierges de l’enclos Gaubert. A l’instar du boulevard Saint-Michel (Barbès), le plan d’alignement de 1869 allait ordonner la construction des nouveaux immeubles parallèlement aux vieux murs médiévaux. Les très belles maisons de maître édifiées par les familles enrichies dans le négoce du vin et qui jalonnent le boulevard Marcou, témoignent encore de ce passé exceptionnel. Il s’agit d’une histoire méconnue, oubliée. Nous vous proposons donc de parcourir le boulevard Marcou à partir du côté gauche en descendant vers la place Davilla, puis de remonter par le côté droit vers le Calvaire.

    boulevard marcou

    Au mois de décembre 1871, Auguste Théodore Lauth (né à Strasbourg en 1843) qui vient d’acquérir une parcelle à l’enclos Gaubert, écrit à la mairie afin que celle-ci lui cède la partie du terrain communal qui borde la route n°119. Il se propose d’édifier une maison avec remises, écuries et magasins sur l’ensemble de sa future propriété. Cousin du banquier et maire de Strasbourg Ernest Lauth, Auguste Théodore avait émigré dans l’Aude avant l’annexion de l’Alsace-Lorraine à la Prusse comme son parent, le brasseur Frédéric Philippe Lauth. Avec son épouse Mélanie Gœtelmann († 1916), il avait acquis le domaine de Lacanade à Fontiès-Cabardès et avait placé sa fortune dans le négoce du vin. Fervent républicain proche des idées de Marcou, Auguste Lauth n’a aucun mal à obtenir la cession du terrain, mais à la condition que le plan d’élévation de la maison soit dessiné par l’architecte municipal (Léopold Petit), tout comme la grille délimitant le terrain. A l’instar des familles alsaciennes ayant émigré dans l’Aude comme les Lauer (brasseurs) ou Scheurer (organistes), les Lauth optent pour la nationalité française en 1872. Un lien relie Auguste Lauth à notre Cité médiévale ; il était cousin avec Emile Boeswillwald, l’architecte qui reprit les restaurations après la mort de Viollet-le-duc.

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    Le balcon de la villa avec son blason 

    A l’angle du boulevard Barbès s’élève donc à partir de 1873 une villa de maître, dont la façade n’a rien à envier à celles construites sur la côte d’azur à la même époque. Nous ignorons pour quelles raisons mais Lauth, devenu conseiller municipal et conseiller d’arrondissement, ne s’acquitte toujours pas de sa dette envers la mairie après douze ans. Après avoir fait construire à côté un nouvel immeuble de style Hausmannienn dans lequel il va loger, Auguste Lauth décide de louer sa villa à Amédée Labeaute en 1889 (Cf, Claude Marquié, La dépêche, 2001 d’après les souvenirs de Paul Detours). Permettez-nous de nous interroger. Le sieur Labeaute, propriétaire à Cailhau, s’était marié avec Cécile Thérèse Guillermine Guillard d’Arcy ; une jeune femme dont la généalogie nobiliaire remonte au moins au XVIe siècle. Comment donc un fervent républicain aurait-il pu orner la grille de sa ville de fleur de lys ?

    boulevard marcou

    Pourquoi donc le balcon est-il décoré avec les armes d’une famille aristocratique dont le symbole comme le heaume représente le titre de marquis ? Comment expliquer l’on ait donné le nom de « Villa Sainte-Gracieuse » à une maison construite par un protestant, eux qui ne reconnaissent aucun saint ? Sans compter que c’est le baron Detours (chrétien fervent et royaliste), héritier des Labeaute, qui s’installera ensuite dans cette villa jusqu’à sa vente à Joachim Estrade.

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    La maison d'Auguste Lauth, n°3. Sur le fronton, les initiales du maître des lieux "A.L"

    À la suite de la maison d’Auguste Lauth (n°3), Jules Bastide (époux d’Irma Paraire) vendit sa demeure à M. Rieux en 1892. Au numéros 7 et 9, la maison Carayol. Elle fait l’angle avec la rue de la mairie prolongée percée en 1881 et qui prend le nom du philosophe Jean-Jacques Rousseau en 1883. Au cours de la décennie la municipalité carcassonnaise, profondément anti-cléricale, décide de modifier les noms de rues. Les saints disparaissent au profit des philosophes des lumières (Voltaire, Rousseau) ou des illustres républicains comme Barbès.

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    Sur le prolongement du boulevard Marcou jusqu’au couvent des sœurs Marie Auxillaitrice (actuel immeuble Jaur), on trouve d’autres maisons de négociants : MM. Sigé (propriétaire de la métairie du Viguier), Victor Boyer et Léon Parlange (originaire du Cantal). Elles communiquent avec leurs magasins situés sur l’allée l’Iéna.

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    La clôture sur l'ancien rempart médiéval avec ses balustres

    Plaçons-nous désormais à l’angle de la rue de Verdun. Au n°97, vivait le médecin Emile Guillard D’Arcy, né en 1802 à Castelnaudary ; Il y mourra en 1866. L’une de ses filles, l’autre s’étant mariée avec Amédée Labeaute, épousa le lieutenant-colonel Ancenay en 1877. Cet officier nommé à Carcassonne pour prendre le commandement du 17e régiment de Dragons, y rencontra Marguerite Guillemine Félicité Guillard d’Arcy. Il vécurent jusqu’à leur décès dans la belle demeure du beau-père. Benoît Fernand Ancenay (Pouilly Saint-Genis 1837- Carcassonne 1904) décide en 1887 de solliciter l’alignement de sa maison le long du boulevard. Sur les vestiges des anciens remparts, il se propose d’embellir l’endroit avec une clôture surmontée de balustres. Elles sont l’œuvre de Léopold Petit. La ville de son côté, s’engage à faire enlever les lieux d’aisance et à accorder une ligne d’eau à M. Ancenay. Si à cette époque, on voyait encore les ruines de la tour de la porte de Toulouse et les remparts, les travaux les ont fait disparaître.

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    Le Café de l'Aude avec sa façade ornée de mascarons

    A l’angle de la rue Aimé Ramond (n°115) et du boulevard Marcou (n°6) se trouvait le Café de l’Aude tenu par Joseph Bendine (1822-1883). Originaire de Roquefeuil, ce tailleur de pierre avait fondé cet établissement au début des années 1870 avec son épouse Jeanne Rouzaud. Dans le nouveau quartier, ce lieu attirait les sympathisants du Cercle Barbès qui y tenaient leurs réunions. On y dansait et faisait la fête sous les lampions à la belle saison. En 1890, le fils Bendine emprunte 9000 francs au Crédit foncier pour moderniser et agrandir le café. Cinq and plus tard, il est vendu à Firmin Cuxac (originaire de Nébias), dont un membre de la famille possédait la Villa Roy. Après la Première guerre mondiale, l’établissement disparut au profit de Jean Ganet, marchand de machines agricoles.

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    Très bel immeuble modernisé et réhabilité par le Groupe Marcou

    Au n°8, ce bel immeuble a été construit sur le chemin de ronde du rempart médiéval sur demande de M. Protais puis des héritiers Bonnafous et Bérail vers 1880. Il fait l’angle avec la ruelle des Pénitents noirs, devenue la rue Arago.

    Merci à Jacques Blanco pour être allé me prendre quelques clichés sur le terrain

    Sources

    Délibérations des conseils municipaux

    Etat-Civil / ADA 11

    Le courrier de l'Aude, La fraternité

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    © Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2020

  • Inédit ! À la recherche du riche passé architectural du boulevard Barbès

    Comme nous l’avons fait dans l’un de nos précédents articles pour la rue Antoine Marty, nous vous proposons cette fois de remonter le boulevard Barbès (côté impair) à la recherche des beaux immeubles du XIXe siècle. Jusqu’en 1860, la population de Carcassonne vivait encore à l’intérieur des anciens remparts médiévaux rasés à la fin du XVIIIe siècle. Au sud de la Bastide, longeant les fossés comblés et transformés en parcours arboré par Mgr Bazin de Bezons, s’étendait depuis le Calvaire jusqu’au bastion Montmorency, la promenade Saint-Michel. Lui faisant face, quelques habitations avec écuries et la fonderie Bléchemit devaient dessiner les contours du Faubourg L’Araignon, ainsi dénommé le 28 décembre 1868. D’après Léon Riba (Carcassonne, ses places, ses rues / 1951), ce nom viendrait d’une déformation orthographique ; le plan de 1809 désigne l’endroit comme l’Aragnou. Il s’agit d’une prunelle sauvage communément appelée Agragnou en patois. Sa présence sur ces terrains expliquerait le sens de cette dénomination. Un peu plus bas, après la caserne de cavalerie, se trouvait le Faubourg des Jacobins en référence au couvent qui occupait l’emplacement de l’actuel théâtre municipal.

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    © Gallica

    La promenade St-Michel vers 1869

    En 1869, le plan d’alignement voté par la municipalité oblige les constructions à se positionner parallèlement et d’une manière rectiligne à la promenade Saint-Michel. De riches propriétaires viticoles, pour la plupart issus d’anciennes familles drapières de la ville reconverties dans la culture de la vigne, font édifier de beaux immeubles de style Haussmannien à partir de 1870. Parmi les tout premiers, citons l’immeuble Roger au n°91 occupé par Joseph Durand-Roger, fondeur. Un rez-de-chaussée - dévolu à un magasin ou un atelier, un premier étage richement décoré muni d’un balcon dans lequel vivent les propriétaires, un second étage moins décoré et sous les combles, les domestiques de la maison. La plupart de ces nouvelles demeures sont l’œuvre des architectes Marius Esparseil, Charles Saulnier ou encore Léopold Petit connus pour avoir participé à la reconstruction de la capitale. Par ailleurs, on doit au sculpteur Carcassonnais Jean Guilhem l’exécution de certaines façades comme par exemple celle du n° 57.

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    © Gallica

    Le Boulevard Barbès en 1890

    En 1873, la promenade Saint-Michel est entièrement remaniée et replantée ; elle devient un boulevard qui prend le nom d’Armand Barbès, en hommage au tribun républicain. A partir de 1880 et progressivement, la nouvelle numérotation se fait plus précise sur cet axe au fur et à mesure des nouvelles constructions. Ce n’est qu’à partir de 1911 qu’en souvenir de Napoléon Casimir Roumens tué à Debdou (Maroc), que la partie comprise entre la rue de la digue et la caserne est baptisée Commandant Roumens. Les numéros impairs ont néanmoins été conservés dans leur régularité jusqu’au carrefour de l’allée d’Iéna. Lieu des parades militaires, des grandes célébrations religieuses, le boulevard Barbès devient aussi le lieu où l’on négocie la vente de vin. Lors de la foire de Sainte-Catherine ou de celle dite des comportes, les courtiers se réunissent dans les nombreux cafés. A l’intérieur du café des Négociants tenu par Lapasset à l’angle de la place d’armes (Charles de Gaulle), on traite avec une poignée de main la vente à l’hectolitre de vin. Ce n’est donc pas un hasard si les grandes fortunes de la viticulture départementale ont fait construire leurs immeubles à cet endroit, tout en ayant leurs domaines parfois à plusieurs kilomètres de Carcassonne. Certains d’en être eux louent les appartements qu’ils n’occupent pas.

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    Le café Tiquet

    A l’angle de la rue de la digue, ainsi dénommée en 1868, se trouve le Café Tiquet. Sur l’imposte au-dessus de la porte située dans cette rue, nous apercevons les initiales entrelacées du propriétaire Antoine Tiquet, né à Carcassonne le 24 décembre 1847.

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    Nos différents recoupements permettent de dater la construction de l’établissement autour de 1874. Les anciens ont connu le Grand Café du Nord à cet endroit, avant qu’il ne devienne la Brasserie du Dôme. Nous nous sommes toujours demandés pour quelle raison ce café avait perdu le Nord, car il se trouve à l’Est. Le Grand café du Nord, propriété de M. Soum, se trouvait depuis 1859 en face du square André Chénier. Racheté en 1884 par Arnaud Laporte, ce dernier débaptise l’établissement et lui donne le nom de Grand Café Continental. C’était encore le Conti de Pierre Pavanetto jusqu’en 1992. A cet endroit, le Grand Café du Nord prenait tout son sens. Il avait pour pendant, le Café du Midi sur le boulevard Barbès près de la cathédrale. Quant au Café du Nord de l’angle de la rue de la digue, il le devient au début du XXe siècle sous la direction de Léon Bourniquel.

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    Au n°3, la famille Roquefère est propriétaire en 1887 avant que M. Boussaguet n’en prenne possession. C’est actuellement le centre de radiologie du Dôme.

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    Au n°13, l’avocat Osmin Nogué et Jeanne Sarraut habite cet immeuble en 1901. Osmin Nogué, membre du Parti radical, avait été élu maire de Carcassonne en 1919 par les conseillers municipaux. C’est grâce à son refus qu’Albert Tomey parvint à endosser l’écharpe. Jeanne Sarraut était la sœur d’Albert et de Maurice Sarraut, fondateur de la Dépêche du midi.

    Au n°19, le cabinet de Maître Pistre, avoué. On retrouve son nom dans de nombreux actes de vente sur surenchère ou saisie immobilière. Maître Rey prit sa succession.

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    Au n° 21. Le 30 juillet 1863, Alfred de Rolland achète une maison à deux corps de logis dépendant de la succession de François Esprit Melchior de Salles (ancien agent voyer). C’est à cette époque le n°11, faubourg des Jacobins. Cette maison possède un jardin donnant dans la rue Saint-Georges (rue Marceau). Alfred de Rolland (1831-1900), membre de la famille connue sous le nom de Rolland du Roquan autrefois propriétaire de l’hôtel particulier qui sert de mairie actuellement, occupait les fonctions de secrétaire du Comité royaliste de l’Aude. Il était également le président de la Croix-Rouge. Nous estimons que la façade a été remaniée suite au plan d’alignement de 1869. Madame Louise de Christol, veuve d’Etienne de Rolland († 1914 à Paris), vend la maison à M. Sentenac.

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    Au n°23. C’est la maison du célèbre peintre Carcassonnais Philippe Emile Roumens (1825-1901) et de son épouse Rose Sauzède. De très nombreuses riches familles ont été portraiturées dans son atelier. Il vivait là avec son épouse, la sœur du maire Jules Sauzède. Leur fils Christian Napoléon Casimir Roumens (1864-1911) avait été tué à Debdou en 1911. Il est connu sous le nom de Commandant Roumens, ceci explique que l’on ait baptisé cette partie du boulevard Barbès avec son nom.

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    Au n°33. Le café Durand appartient à Joachim Durand et à son épouse Louise Laguerre. Joachim avait adopté le fils naturel de son épouse ; il mourra prématurément à Limoux à l’âge de 26 ans en 1906. Connu à ses débuts sous le nom de Brasserie moderne, l’établissement possède une grande salle au 1er étage. La très jolie façade date du début des années 1880. Ce commerce s’appelait alors Le café du Grand Orient et était tenu par Jean Cardouat. On y faisait les réunions de l’Union syndicale des tailleurs de pierre et maçons ; l’un d’entre eux a sûrement sculpté la façade qui a l’aspect d’un théâtre. Lorsque Cardouat met la clé sous la porte, Durand reprend la direction puis vend l’établissement à François Almayrac le 19 février 1914. C’est à cette époque qu’il prend le nom de Grand Café des Américains. Les lettres sont encore visibles en haut de la façade. Il communiquait par l’arrière avec la rue Capelet dans laquelle se trouvaient les femmes de mauvaise vie, comme l’on disait autrefois.

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    N° 41 et 43. Dans cette très grande et luxueuse maison vivait Gabriel Marie dit Léon Peirière (1851-1949) ; l’un des plus riches propriétaire viticole du département. Marié à Caunes-Minervois le 31 juillet 1877 avec Marie Bernadette Jeanne Juliette Fortanier, il possédait de nombreux domaines dont le château de Salause (Caunes-Minervois) et de Vaissière (Azille). Son père Alphonse Peirière faisait partie du Comité royaliste et avait co-fondé le Courrier de l’Aude. Cet immeuble date probablement du début des années 1880 ; il possède à l’arrière sur la rue des Amidonniers de très belles écuries dont les box ont été conservés. Sur le devant, la façade du boulevard Barbès possède au dernier étage une verrière. C’est là que le couple s’adonnait à sa passion pour la peinture en bénéficiant des conseils d’Emile Capelle. La très grande richesse de M. Peirière ne put lui rendre son épouse bienaimée, écrasée à Paris par un ascenseur en 1897. 

    Au n°53. Nous ne reviendrons pas sur la fonderie Bléchemit et sur le patronage de l’Œuvre dont nous avons évoqué la mémoire avant-hier.

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    Au n°57. Construite pour Gabriel Roux (1820-1899), minotier à Maquens, au n°16 du faubourg Laraignon, cette maison aurait été sculptée par Jean Guilhem vers 1882. Nous retrouvons des dessins identiques dans une maison du 23 rue des Amidonniers, dont nous avons la certitude qu’elle fut décorée par Guilhem.

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    Au n°61. La maison de ce marchand de laine est orné au-dessus de la porte de la sculpture d’un mouton. Nizier Armand Pouzols, né à Limoux en 1812 avait bâtir cet immeuble au n°18 du faubourg Saint-Michel. Il sera transmis à son fils Léon, propriétaire du domaine Saint-Pierre à Saissac avant d’être vendu en 1886 après son décès par sa veuve. Le photographe Numa Verdier dont on retrouve le nom au dos de nombreux portraits habitait également à cet endroit.

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    Au n°65. François Baychelier y tenait une épicerie au rrez-de-chaussée à la fin du XIXe siècle.

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    Au n°69. Cette belle maison sur étages avec une terrasse appartenait à André Antoine Trémolière. Ce riche propriétaire vivait là avec son épouse Marie Paul et ses enfants. Le couple était originaire de Canet d’Aude.

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    Au n°85. A l’angle de la rue de la rivière et du boulevard, l’immeuble saisie à Pascal Coucharière, négociant. Joseph Durand-Roger en fit l’acquisition par jugement de surenchère. C’était en 1873, le n°28 du faubourg Saint-Michel. Cela nous donne une idée de sa date de construction.

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    Au n° 91. Anciennement, 32 faubourg de l’Araignon. Cet immeuble de type haussmannien a été bâti pour le compte de M. Roger, beau-père de François Joseph Michel Durand, fondeur de son état. C’est très certainement le premier immeuble de ce type a avoir été construit sur le boulevard vers 1872. Marius Esparseil pourrait en être l’architecte.Né à Comigne, François Durand avait épousé Charlotte Elisabeth Roger. Il vivait là avec ses enfants tout en s’occupant des affaires de sa fonderie, square Gambetta. 

    Nous arrêtons ici nos pas en face du bastion du Calvaire en espérant avoir réussi à retracer l’histoire de ce boulevard, jadis si riche. Lorsque vous l’emprunterez désormais, peut-être aurez-vous un autre regard sur les beaux immeubles alignés sur toute sa longueur. Il mérite toute notre attention.

    Sources

    La méthodologie de recherche a été la même que celle qui nous a permis de réaliser l'article sur la rue Antoine Marty. C'est-à-dire beaucoup de patience, de temps, de réflexion et de comparaisons pour arriver à ce résultat absolument inédit.

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    © Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2020

  • Le riche passé architectural et industriel de la rue Antoine Marty

    Un nouveau quartier résidentiel se développe à l’Est de la Ville basse au milieu du XIXe siècle, autour du Palais de justice. De nouvelles rues tirées à l’angle droit, selon le plan d’alignement (aujourd’hui, Plan Local d’Urbanisme) voté en 1869 par la municipalité, sont crées dans le prolongement de la Bastide. Afin de les dénommer, on ne fait qu’ajouter le mot Neuve devant le nom de la rue qu’elles prolongent : St-Vincent (4 septembre), St-Jean (Liberté) et Ste-Lucie (République). Ces trois artères du Faubourg du Palais s’appelleront respectivement ensuite Strasbourg, Alsace et Mazagran. Au fur et mesure, le nouveau quartier s’étend vers le nord jusqu’à arriver au midi de l’actuelle rue Antoine Marty. A cette époque, cette dernière est appelée rue des jardins, en référence aux nombreux maraîchers qui occupent les parcelles de la plaine Saint-Nazaire et sur lesquelles on bâtira le quartier de La Prade. Elle ne prendra le nom du maire et bienfaiteur des pauvres de la ville Antoine Marty qu’en 1901.

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    © ADA 11

    La rue Antoine Marty vers 1910

    De nouveaux immeubles construits et alignés sur la rue Neuve St-Jean (Alsace) dessinent en même temps, l’un des côtés de la rue des jardins. La Maison Cazaban (Laboratoire Blanc-Lançon) édifiée au milieu des années 1870 sur l’allée des soupirs, forme avec son angle droit l’amorce vers la rue des jardins. Plus bas, à l’angle de la rue d’Alsace, Antoine Durand a construit depuis 1869 une usine de fruits confits et de marrons glacés qui donne sur la rue des jardins. Dans le prolongement, formant un enclos avec l’angle de la rue Neuve St-Jean (Alsace) et du Palais, la Brasserie Pratx. Ancien négociant, Casimir Pratx s’était lancé dans la fabrication de la bière en 1862 avant de passer la main à son fils Théodore. La faillite de l’affaire en 1868 avait entraîné la vente des immeubles et des terrains donnant rue des jardins, rachetés par Jean Valent fils et Cie, courtier en vins. Si la construction avait été soumise à l’alignement strict du côté de la rue Neuve St-Jean, la rue des jardins non encore tracée bénéficiait d’une certaines mansuétude. Sentant l’expropriation venir, Jean Valent propose de vendre à la ville en 1881 une bande de terrain de 270 m2 pour l’élargissement de la rue. En contrepartie, il obtient le droit de construire un bel immeuble  (actuellement, n°57) entre l’aqueduc des jardiniers. C’est sur son terrain à côté que sera édifié le temple protestant en 1890.

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    L'ancienne confiserie Durand rasée depuis les années 80 (à droite), l'immeuble Valent et le temple protestant.

    L’alignement du côté pair de la rue des jardins intervient à partir de 1881. Pendant très longtemps, l’odeur pestilentielle de l’égout des jardiniers situé en bordure de la voie ferrée fut un repoussoir à la construction. Les nouveaux immeubles devront prendre pour point d’appui, l’angle de la route minervoise dans le prolongement de la maison Vidal. Au mois de septembre 1884, le café Raynaud se construit à l’angle de la rue Tourtel. Connu également sous le nom de café des familles, il deviendra le lieu des réunions politiques du Parti Radical. Après le décès d’Eugène Raynaud, sa veuve vendra à Courtieu.

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    Le café Raynaud, dit Café des familles car pas très loin se trouvait le cinéma des familles.

    A côté, l’immeuble Vidal-Bonnafous avec son atelier de sellerie et carrosserie est édifié en 1887 sur les terrains appartenant à Louis Bertrand. Grand négociant en vins, propriétaire de plusieurs domaines viticoles, Bertrand avait acquis de grandes parcelles à Thoron de Laur.

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    Immeuble Ernest Bary, puis du Dr Gally

    L’emplacement sur lequel on construira en 1926 la salle de théâtre Odeum, lui appartenait comme d’ailleurs le superbe immeuble (actuellement, n°62) où résida longtemps Ernest Bary, grand négociant en produits agricoles. Bary fut candidat à plusieurs reprises sur la liste réactionnaire aux municipales. Suivant cette maison, celle d’Aurifeuille puis celle de Bayard.

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    Au n°58, on voit encore sur l’imposte au-dessus de la porte, les initiales sculptées de ce négociant en engrais et peintures. Ses ateliers donnaient sur la rue Hugues Bernard. Sautons avec prudence le trottoir, si vous le voulez bien. Avec prudence, car nombreux sont ceux qui manquent de perdre la vie dans les nombreux trous, au milieu d’une poussière suffocante l’été et d’une boue glissante en hiver. La ville promet bien aux pétitionnaires un pavage à l’alsacienne, mais pas avant d’avoir réalisé les canalisations d’eau et de gaz. Tout ceci intervient au moment des élections, mais s’oublie quand elles s’éloignent. On a mieux à faire avec l’argent public que de satisfaire les riches négociants et industriels du quartier… Cette rue devra attendre les années 1920 et la municipalité Tomey pour devenir praticable. Alors, méfiance !

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    Les magasins et bureaux Carrière-Guyot, constructeur de machines agricoles

    Nous avons donc sauté le pas après avoir laissé la rue de la loge dans laquelle Les vrais amis réunis disposaient d’un temple (actuelle, rue Montesquieu). A l’angle de la rue Ledru-Rollin, l’immeuble à pans coupés de l’épicerie Plancade. Juste à côté (actuellement, n°48), les bureaux et les magasins de l’entreprise Carrière-Guyot ; les ateliers se trouvent à l’angle de la rue du Palais, rue Hugues Bernard et Montesquieu. Sautons à nouveau le trottoir…

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    Alcide Cambriels, transporteur

    Au n°46, le transporteur Cambriels qui céda ensuite son local à James Ducellier, le parent d’Oustric sur le boulevard Omer Sarraut. Entre les numéros 32 et 46, les transports et déménagements Azibert puis Montagné en 1921. C’est là que l’architecte Léopold Petit avait ses bureaux en 1891.

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    Alaux, concessionnaire Renault

    Au n°30, les plus anciens ont connu le garage Renault de Alaux, associé à Gestin à partir des années 1930. Regardez en face de l’autre côté de la rue, là se trouvait la Glacière Carcassonnaise qui découpait des pains de glace car le réfrigérateur n’existait pas. Revenons côté pair, à l’actuel n°32 appelé la résidence, dans les années 1970 il y avait le restaurant Auter. On saute le trottoir…

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    Hans Ménard, courtier en vins et rentier

    A l’angle de la rue Pierre Germain, le courtier en vins Hans Ménard et sa jolie maison au n°22. Dans le local, son fils Robert concessionnaire Citroën, installera les T.A.M (Transports Aériens du Midi). En face, au n°21 c’est là qu’habitait le pasteur Monod et sa famille. Actuel n°15, la famille Sarraut avec Maurice et Albert, publicistes et politiciens bien connus.

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    La maison Sarraut

    Nous arrêtons nos pas à l’angle de la rue Castel (rue de Belfort), car il nous est impossible de poursuivre notre chemin. Les propriétaires ont barré la rue avec une clôture depuis l’été 1917. Il nous faut donc passer par la rue de Belfort pour rejoindre les bords de l’Aude. MM. Rumeau, marchand de bestiaux, et Allary, négociant en vins, ont décidé de faire pression sur la ville. Afin de bien comprendre le sujet de la querelle, il nous faut vous expliquer une assez longue histoire. C’est celle de l’usine Bénajean….

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    Martial Pierre Hilaire Bénajean (Carcassonne 1822- Le Creusot 1897) - on retrouve des Benajean comme tisserand dans la Bastide au XVIIIe siècle - époux de Germaine Limousis, après avoir été commis fabricant monte une mégisserie en bordure de l’Aude. Les grands bâtiments confrontent au sud, l’usine Sainte-Marie ; à l’est, le fleuve et à l’ouest, la rue des jardins. Il s’agit d’une usine pour le pelage des peaux et le lavage des laines. Le 2 janvier 1874, les bâtiments avec séchoirs, graviers, terrains et autres dépendances sont venus à Paul Alexandre Adalbert Guilhem (Arzens 1835 - Carcassonne 1891) et Jacques Phalip (fabricant de draps). Ces deux hommes avaient formé la société « Guilhem et Phalip » en 1864 à Carcassonne. Déjà menacée par les nombreuses inondations, le déclin de l’industrie drapière et les grèves ouvrières, l’usine Guilhem et Phalip finit par mettre la clé sous la porte. En 1880, les propriétaires proposent au Conseil général de céder les bâtiments pour l’établissement du futur asile Boutte-Gach et Cazanove. La proximité du fleuve rebute les élus ; l’asile sera finalement édifié sur la route de Toulouse.

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    L'usine au bout de la rue des Jardins

    Les locaux vides sont conservés et gardés par un concierge, ce qui n’empêche pas les effractions et les vols. Paul Guilhem, devenu directeur de la Caisse d’Epargne, recherche une autre destination à l’ancienne usine. Louée à l’entreprise Sarda-Sélariés chargée du service de salubrité publique de la ville, on y entrepose le matériel destiné à l’enlèvement des tinettes et des ordures. Le marché finit par être dénoncé par la commune et l’usine sert en 1890 à loger provisoirement les hommes du 100e régiment de ligne. La mort prématurée de Paul Guilhem en 1891, frère du chanoine Ferdinand Guilhem et de Madame Billard, provoque la vente de l’ancienne usine à Pierre Rumeau, marchand de bestiaux originaire de Montels (Ariège). Il s’agit d’un emplacement idéal puisque ses animaux n’ont que le fleuve à traverser en barque pour se rendre à l’abattoir de l’autre côté de la rive. Après avoir cédé l’affaire à ses fils Léon et Henri, ceux fondent immédiatement le 9 juillet 1913 une société pour l’achat et la vente en France et à l’étranger d’animaux destinés à la boucherie.

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    Vue sur l'usine en 1947

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    L'emplacement de l'usine en 2020

    Venons-en maintenant à la raison pour laquelle Rumeau a fait fermer l’accès au fleuve par sa propriété. En 1888, Guilhem et Phalip avaient proposé au conseil municipal de céder 700 m2 de terrain pour le percement de la rue des jardins jusqu’à leur usine, à condition de la rendre praticable. La municipalité Jourdanne ne souhaitant pas acquérir le terrain Labat contigu, pourtant indispensable à la réalisation de la rue, Guilhem et Phalip retirèrent leur proposition. Depuis, la vente à Pierre Rumeau avait séparé l’usine en deux ; Allary disposait des bâtiments au sud. Un chemin menant au fleuve avait été tracé par les propriétaires à leurs frais. Les héritiers, fatigués de voir la population emprunter ce chemin privé sans que la ville n’intervienne pour en acquérir la parcelle, décident d’en bloquer l’accès. L’enclos Rumeau, ainsi désigné, sera vendu en 1927 avec ses 3150 m2 dont 1820 m2 en constructions et sa façade de 50m donnant sur la rue.

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    Dans les années 50, avant la construction du pont de l'avenir. En rouge, tout ce qui a été détruit. En vert, les bâtiments encore en place.

    Ainsi a-ton pu percer la rue Antoine Marty jusqu’au fleuve. La laiterie Soum s’installa à l’ancienne usine qui accueillit ensuite le concessionnaire Merdécès, M. Bary. C’était avant la construction du pont de l’avenir, car déjà en 1897 avait-on eu pour projet de jeter sur l’Aude un pont tournant pour relier l’abattoir. Il aurait été rétractable en cas d’inondation. Les carcassonnais attendront la fin des années 1960.

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    Bâtiments et platanes de l'ancienne usine Bénajean

    Sur l’emplacement de l’usine, on a construit dans les années 1990 la résidence J-F Kennedy. Les bâtiments longeant la rue Venance Doudagos restent les seuls vestiges de ce passé industriel.

    Cet article a nécessité 36 heures de recherches et de synthèse. N'ayant pas sous la main de plan cadastral, tout a été réalisé à partir des listes de recensement (1891, 1901, 1906), des annuaires (1897,1904,1921, 1933), des registres d'état-civil, des délibérations communales, des journaux anciens, des ventes sur saisies immobilières et successions. La plus grande difficulté fut de positionner les numéros de maisons pairs et impairs qui ont beaucoup évolué dans cette rue. 

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