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Musique et patrimoine de Carcassonne - Page 216

  • Les cafés de Carcassonne au temps des Années folles, entre frou-frous et bas résilles

    Carcassonne dans les années 1920 battait tous les records ! Avec 34 000 habitants, la ville possédait proportionnellement le record absolu des cafés et des maisons closes. Le quartier du Canal situé sur l'avenue Foch faisant face à la gare de chemins de fer était le lieu de débauche. Là, se concentraient tripots, maisons accueillantes et cercles de jeux. Dans tout Carcassonne se concentraient  une cinquantaine de cafés. Les maisons closes où les femmes à bas noirs, sanglées dans des corsets de torture et portant chignons et peignes d'écaille, étaient au nombre de quinze. Un paysage à la Toulouse-Lautrec avec ces filles portant frou-frous et porte-jaretelles.

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    La café Terminus vers 1920

    C'était au temps où les bistrots s'éclairaient de quinquets et de fumeuses lanternes à gaz. L'électricité distribuée par des ampoules à filament de cuivre fit ensuite son apparition. A cette époque, des clients attablés tapaient le carton autour d'un "Maza" servi dans des verres épais. Tous les jours, les jetons de bois aux couleurs multicolores remportaient les mises. Les perdants payaient leur tournée à dix sous le verre ; les revanchards s'acquittaient d'un café "asagat a l'aigro ardent" à vingt sous. 

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    Le café du Helder en 1913

    En tête de ces bistrots, citons le café du Helder (actuellement, café des platanes) qui accueillait les noctambules fréquentant le théâtre de l'Eden (aujourd'hui, Maison des syndicats), dirigé par M. Chatenet.  Sur scène, on y croisait Fréhel, Damia, Gorlet lors de leurs tournées. Quelques combats de boxe y furent programmés. A l'entracte, le public se ruait au comptoir du Helder pour y déguster la limonade, des citronnades ou encore, les cafés distillés par les premières machines à serpentins de cuivres, de pipettes à spirales et de jets de vapeur. On y dégustait également les cornets de frites à 20 sous ; elles étaient préparées dans l'arrière-cuisine aux relents de d'huile. A la belle saison, les clients se jetaient se les sorbets réalisés grâce à une machine munie d'une manivelle au creux de laquelle l'on mélangeait lait, sucre, colorants et gros sel. Le papé à moustache M. Gleizes (voir ci-dessus), s'activait à la manivelle pour satisfaire la clientèle agrémentant la glace de poudre de cacahuètes ou de lames de chocolat.

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    L'Eden, boulevard du commandant Roumens

    Après le spectacle, les artistes finissaient leur soirée au Helder et ces messieurs à lorgnons, tentaient une approche auprès des jeunes filles de la revue. Le régisseur du spectacle veillait au grain... Quant tout se monde quittait le café, il ne restait plus que l'illusion de la beauté et les parfums de patchouli. 

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    Le Café des Négociants

    Fondé en 1905, le café des Négociants de René Lapasset était encore il y a peu de temps, l'établissement le plus ancien de la ville. Tout à côté, des écuries offraient le refuge aux chevaux et aux cochers. Pendant que les bêtes buvaient dans la "Pialo" (abreuvoir, en occitan) où l'eau claire coulait en abondance, les conducteurs d'attelage se désaltéraient au café.

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    René Lapasset

    Ces charretiers convoyeurs de longues charrettes tirées par deux, trois ou quatre robustes percherons, effectuaient pour leurs livraisons de vin audois, des étapes de 50 kilomètres dans la journée. Tous les rouliers portaient "la blodo" (blason, en occitan) de lustrine noire pour les patrons et bleue pour les ouvriers convoyeurs. Tous avaient sur l'épaule le fouet à longues mèche de chanvre, destiné à encourager l'ardeur des chevaux. Au long des étapes, les charretiers se reposaient sur le "porto feignant" qui était établi entre deux liteaux reliés par une toile de sac, à l'avant de l'équipage. Il arrivait que le conducteur s'endorme, mais les chevaux connaissaient la route. Chaque bistrot possédait sur sa façade, des anneaux où les rouliers attachaient leurs chevaux. 

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    Ancien café Léon, face à l'église St-Vincent.

     Sur le café Léon, des anneaux étaient scellés pour attacher les bêtes. Cet établissement était minuscule, mais sentait bon le picotin et l'avoine. Les conducteurs d'attelage pensaient à leurs animaux et amenaient avec aux leur ration "dé sibado per las bestios". Le patron du café fournissait un baquet d'eau. Pendant ce temps, les charretiers se sifflaient un verre de blanc avec un cornet de frites ou de pistaches.

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    Le comptoir national, à droite sur cette photo

    Au n° 20 place Carnot se tenait "Le comptoir national" de François Sarta. J'ai un peu bataillé pour retrouver son emplacement car les numéros ont changé depuis. La carte postale ci-dessus m'a été d'un grand secours. Ce petit café occupait la moitié de l'actuel établissement "Le Carnot". François Sarta, son épouse et leur fille Joséphine habitait là. Lui, avec ses belles bacchantes lissées, avait été un athlète de la société de gymnastique "L'Atacienne". En son négoce, il devait les jours de marché et de foire, tous les Audois porteurs de "la saquetto" qui venaient casser la croûte chez lui. 

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    Le café du Midi se trouvait à la place de cet immeuble, Bd Barbès.

    Situé à l'angle de la rue Jules Sauzède et du boulevard Barbès, le café du Midi s'opposait au café du nord à l'angle de la rue de la digue. L'été sa vaste terrasse occupait une cinquantaine de mètres, tandis que le soir, un écran projetait les films muets. Dans les années 60, Jean-Pierre Tutin reprendra cet établissement et l'appelera "Le fiacre". Il fut rasé et céda sa place à un immeuble d'habitations.

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    Le café des Américains

    Toujours sur le boulevard Barbès, Le café des Américains. C'est une agence immobilière, au N° 33. Il connut plusieurs propriétaires dont M. Almayrac. Si l'on n'y a jamais vu un seul Yankee, en revanche il fut le lieu de bagarres mémorables avec les soldats du régiment d'infanterie coloniale. Dans les années 1920-1930, tous les samedi et dimanche, un bal avec piano mécanique ou une formation de quatre musiciens faisait tourner les couples sur des airs de java et de One-steep. L'on y dégustait des cerises à l'eau de vie ou des prunes au marc. 

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    Le Grand Café Glacier, Bd Roumens

    Sur l'emplacement de l'actuelle maison de retraite Montmorency, le café Glacier était tenu par Félix Mialhe. A la belle saison, une vaste terrasse se déroulait sous les ombrages des tilleuls. Autrefois, le boulevard du commandant Roumens s'appelait boulevard des Tilleuls. Ils ont disparu depuis, remplacés par des platanes. Café était le siège de plusieurs sociétés dont celle du Club Taurin Carcassonnais et l'USC. Durant la guerre civile espagnole, il fut le refuge des Républicains ayant fui le franquisme.

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    Félix Mialhe

    (1898-1975)

    Le patron du café Glacier avait combattu durant la Grande guerre. Ceci lui avait valu la Croix de guerre et la médaille militaire. Ancien gymnaste de l'Atacienne, c'était un homme très estimé à Carcassonne.

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    Le café Hugonnet, allée d'Iéna

    Ce café est devenu ensuite l'Oasis, puis la Caisse d'Epargne a occupé les locaux.

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    Le café Boyer, allée d'iéna

    Situé à l'angle de l'allée d'Iéna et de l'avenue Lespinasse, cet établissement possédait autrefois une treille qui dispensait une ombre bienfaisante. Dans les années 1980, il a fait place à un café de nuit.

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    Le Grand café Not, place Carnot

    L'ancien café de Julien Not est occupé désormais par le Crédit agricole. C'était autrefois le siège des marchands de vin. Au premier étage, se retrouvaient les joueurs de billard français. Parmi ses serveurs, on retiendra Henry, qui avait une démarche hésitante mais une sûreté à toute épreuve avec son plateau. A cette époque, les apéritifs étaient servis "bouteille sur plateau". Quand une table de six demandait des boissons alcoolisées différentes, il fallait pouvoir faire tenir les bouteilles en équilibre. Le serveur Marc avait une spécialité : le bras de fer. Le seul qui réussit à la battre fut Sébédio dit "Le sultan", ancien joueur de l'ASC. 

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    La première course des garçons de café en 1935

    On reconnaît Paul Laplace (animateur), Andrieu Alex et Siky qui concourait avec le numéro 14. Siky qui travaillait au café Not possédait une démarche chaloupée. En 1940, il fut prisonnier de guerre ; une corbeille avait été placée près du bar avec la mention "Pour Siky prisonnier". Une fois remplie, elle servait à envoyer des denrées au Stalag dans lequel Siky était retenu en Allemagne.

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    A la terrasse du Café Not, vers 1930

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    Le Grand Café Continental en 1925

    Tenu par Jules Vincent, c'est l'établissement d'où partait les omnibus vers les villages environnants. Quelle classe, ces serveurs ! Georges Coulon fut l'un de ceux-là. Charmeur, élégant et virtuose du plateau, il deviendra ensuite le patron du café de la Terasse au portail des Jacobins. Ce grand Café Continental situé boulevard Omer Sarraut possédait une porte à tambour, comme celle que l'on peut voir encore à l'hôtel Terminus. 

    Dans un prochain article nous évoquerons la mémoire de bien d'autres cafés de cette époque...

    Sources

    Souvenirs de Marcel-Yves Toulzet

    Recherches, notes et synthèse / Martial Andrieu

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  • Ce concierge du théâtre municipal qui chantait la Traviata de Verdi

    C'est en 1936 que M. Pédron et son épouse entrent comme concierge au théâtre municipal de Carcassonne. Depuis un an, ce nouveau lieu scénique inauguré par Paul Valéry a fière allure. Il offre surtout toutes les commodités aux artistes et au public de cette salle pouvant accueillir 800 personnes. A cette époque, le théâtre ne fonctionne pas en régie municipale. Nommé par le conseil municipal, le directeur bénéficie de l'exploitation du lieu de spectacle en concession pour un bail renouvelable. C'est-à-dire qu'il engage une partie de ses fonds personnels dans la programmation. Autant dire qu'il n'a pas le droit de se tromper... Messieurs André Valette de Marseille et Jean Alary de Carcassonne, occuperont ces fonctions durant toute la carrière de M. Pédron comme concierge. Et pendant ces longues années, cet homme modeste ne cessera de consulter, d'étudier et d'entendre l'ensemble du répertoire lyrique. Ceci, jusqu'à devenir une véritable encyclopédie et à coller le plus expérimenté des musicologues.

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    © Droits réservés

    Joseph Pédron en 1972

    Dans les premières années de sa carrière, M. Pédron avait été l'un des membres fondateurs d'une association qui faisait parler d'elle : "Les amis de l'art lyrique". A Carcassonne, comme dans l'ensemble du sud de la France, le public d'opéra et d'opérette était un fin connaisseur. Il pouvait se montrer même avare d'applaudissements dans le meilleur des cas, ou se rendre maître des huées. Il n'y a qu'à se plonger dans les souvenirs du théâtre du Capitole de Toulouse... Ce public qui assistait en masse et régulièrement aux représentations lyriques, se distinguait de celui des "Galas Karsenty". On ne se mélangeait pas entre mélomanes et amateurs du théâtre de boulevard. Les places les moins chères situées aux secondes avaient la préférence des aficionados. C'est là que l'on rencontrait la partition à la main, guettant le moindre couac du chanteur, ceux qui ne transigeaient pas avec la tradition. Du pigeonnier appelé aussi le paradis, l'acoustique était excellente. Tant et si bien que certains n'avaient rien à faire de la mise-en-scène. D'ailleurs le plus souvent, elle se résumait à un placement dans l'espace ; le chanteur après son air venait saluer le public. De nos jours, c'est l'inverse... 

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    © Paul Thomas

    M. Pédron à gauche, avec Fernandel en 1970

    Joseph Pédron avait donc acquis au fil des années, une connaissance redoutable de l'histoire de l'opéra. La vie de Bohème de Puccini jouée pour la première fois, se souvenait-il, le 1er avril 1896, était son ouvrage de prédilection. Eh ! oui. Aujourd'hui, on dit "La bohème" car on le chante dans sa langue originale. Autrefois, les chanteurs interprétaient tous les opéras en français. Cela donnait des traductions un peu bizarre. De plus, "La vie de Bohème" est l'adaptation théâtrale de la pièce d'Henri Murger dont est tiré cet opéra. Joseph Pédron retint l'interprétation parfaite à Carcassonne de Lakmé (Léo Delibes) et de Faust (Gounod). Dans ce dernier figurait l'excellente Suzanne Sarroca dans le rôle de Marguerite : "Impossible de trouver une femme qui chante mieux le rôle" disait-il. Quant à son ténor favori, c'était Tony Poncet : "Maintenant... faut pas le regarder jouer. Il est petit, presque difforme. Mais du point de vue vocal c'est la plus jolie voix que nous ayons. En plus de ça, c'est un véritable phénomène : c'est le seul ténor au monde qui soit capable de donner un contre-ré de poitrine."

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    Tony Poncet

    Lors des représentations d'opéras, Joseph Pédron se tenait dans les coulisses. Après avoir fermé sa caisse, il se faufilait mais ne craignait pas de perdre le fil de l'ouvrage. S'il avait raté le premier acte, il le connaissait par cœur. Parfois, Jean Alary lui demandait conseil : "Pour Faust, c'est moi-même qui ai fait pression auprès d'Alary pour qu'il prenne Michel Lance."

    Pédron

    © Coll. Martial Andrieu

    La veuve joyeuse en 1947 au Théâtre municipal de Carcassonne

    Un jour, un ténor nommé Tarbal et qui jouait dans l'opérette "Train de luxe" voulut tester l'érudition de M. Pédron. Comment s'appelait le ténor qui avait chanté le rôle dans "Le pays du sourire" de Franz Léhar pour la première fois ? Richard Tobber, répondit le concierge. Exact ! rétorqua le ténor. A ce jeu là, l'impétuosité de l'artiste n'allait pas durer... Comment s'appelait le ténor qui chantait "Werther" de Massenet pour la première fois ? M. Pédron un peu agacé, le retourna la question. Le ténor, croyant s'amuser du manque de réponse du concierge, affirma que c'était Hibos. Non ! Monsieur, rétorqua Pédron , très sûr de lui. Werther a été joué pour la première fois, le 16 février 1892 au Théâtre impérial de Vienne. Le ténor s'appelait Van Dyck, la chanteuse Renard et le baryton Heint. Quant à Hibos, il l'a chanté pour la première fois en France le 11 janvier 1893 au Théâtre du Châtelet à Paris. Le ténor tenta de se rebiffer voyant qu'il perdait la face : "Ce n'est pas vrai.." M. Pédron, le coupant : "Chut ! moi, je n'avance rien sans preuve." Et livre en main, M. Pédron a eu raison de son petit ténor, un peu trop sûr de lui-même.

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  • Où est passée la plaque en hommage à Joseph Fortunat Strowski, rue Armagnac ?

     Par délibération du Conseil municipal de Carcassonne en date du 26 décembre 1952, la ville de Carcassonne décida d'honorer la mémoire de Fortunat Strowski et de Joë Bousquet. Elle fit apposer deux plaques : l'une, rue de Verdun sur la maison du poète J. Bousquet et l'autre, au 22 rue Armagnac sur la maison natale de Fortunat Strowski. Cette dernière a été déposée de la façade sur laquelle elle se trouvait par l'actuel propriétaire en 2014 ; jamais depuis elle ne retrouva son emplacement.

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    C'est le dimanche 11 mai 1954 qu'eut lieu l'inauguration de cette plaque, en hommage à l'académicien natif de Carcassonne. Ce jour-là une foule d'anonymes et de personnalités s'étaient massées au pied du 22 rue Armagnac afin d'honorer la mémoire de l'écrivain décédé le 11 juillet 1952 à Neuilly-sur-seine. Parmi les notabilités, on notait la présence de MM. Merlaud (Chef de cabinet du préfet), Jules Fil (Maire), Clément (Directeur de l'enseignement primaire), Commandant Larche (Gendarmerie), Vidal (Proviseur du lycée), Garnon (Chef de la sûreté), Descadeillas (Bibliothécaire), Sablayrolles (Syndicat d'Initiatives), Chanoine Degud (Directeur de l'enseignement diocésain), Callat (Chambre de Commerce), Delpech (Secrétaire général de mairie), Jean Lebrau (Poète), le conseil municipal et la famille Strowski.

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    Joseph Fortunate Strowski

    La famille Strowski, française avant la lettre, s'était mise au service de la France dès 1797. C'est à cette époque que François Strowski, seigneur de Leuka, né en 1772 à Siédlec s'engagea dans les légions polonaises au service de la France. Il participa aux campagnes d'Italie et d'Espagne où il connut la charge célèbre de Somosierra au cours de laquelle les lanciers polonais de l'armée de Napoléon enlevèrent le passage qui, par le col de Somosierra, faisait communiquer les deux Castilles et les bassins du Tage et du Damo. C'est grâce à cette campagne que François Strowski reçut la légion d'honneur par décret de Napoléon 1er. Chef d'escadron puis lieutenant-colonel au 17e régiment de cavalerie polonaise - lancier du colonel Conte Tyszkiewiez - il participe à la campagne de Russie et connaît le calvaire de la retraite en 1812, à la suite de laquelle son régiment est interné au Danemark. Après la chute de l'empereur, l'aïeul de Fortunal Strowski rentre en Pologne où il promu général dans l'armée autrichienne en 1825 ; il meurt en 1842.

    Fortunat Adalbert Cyprien Alexandre, père de Fortunat et fils du colonel de l'empire, est né le 17 avril 1828 à Siedlec. Il fut élève du Gymnasium de Navo-Sandec avant d'être élève-officier de l'école militaire de Neustadt, près de Vienne, d'où il s'échappa en 1848 pour participer à l'insurrection polono-hongroise de Kossuth contre l'Autriche et la Russie comme officier d'état-major dans l'armée de général Bem. Sans doute a t-il connu les succès de Chlopicki et les glorieux combats de Grochow et d'Ostrolenka, mais ressentit profondément la prise de Varsovie et l'annexion de la Pologne par la Russie. Pris avec la reddition générale des troupes hongroise et polonaises, il réussit à s'enfuir et à regagner la France. Ce fils d'un officier des armées de Napoléon 1er se vit faciliter les formalités administratives de installation en France. C'est dans notre pays qu'il se fixa et où il exerça le métier d'enseignant. Il sera nommé au lycée de Carcassonne le 8 février 1861 et s'y installera le 25 du même mois.

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    Acte de naissance (11 mai 1866) de Joseph Fortunat Strowski

    En 1866, année de naissance de Joseph Fortunat, la famille logeait au second étage du 20 rue du Port (actuel, 22 rue Armagnac). Selon le recensement, il y avait là son père (professeur d'Anglais au lycée), son mère Adélaïde, sa sœur Hedwige († 6 janvier 1868 à l'âge de 5 ans) et Eulalie Mauriès (fille de service). Au mois d'octobre 1869, la famille Strowski quitte Carcassonne pour Mont-de-Marsan. C'est dans cette ville que la guerre de 1870 mobilise le père de Fortunat, comme capitaine dans la Garde nationale. Il fonde le journal "Le Républicain Landais" et milite en faveur de l'établissement du régime républicain. Le 16 mai, il est invité à cesser la publication de son journal ainsi que toute activité politique.  Il meurt le 22 juin 1885 à l'âge de 56 ans ; son fils n'a pas encore 19 ans. Fortunat ne laisse pas décourager, il entre à l'Ecole normale supérieure et est agrégé à 22 ans.

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    L'ami de Jean Jaurès

    C'est à Albi que le jeune Carcassonnais débute sa brillante carrière. Nommé professeur de réthorique, il rencontre Jean Jaurès avec qui il se lie d'une solide amitié. Nommé à Montauban en 1890, il se marie l'année suivante avec Mlle Germaine Mérens, native de Toulouse. Professeur au lycée de Nîmes, il est docteur es-lettres en 1897 après une soutenance de thèse sur Saint-François de Sales. C'est ensuite le lycée Lakanal et la faculté de lettres de Bordeaux qui l'accueillent, alors que la Sorbonne lui ouvre ses portes en 1910, succédant à la chaire de l'éminent critique Emile Farguet. 

    En 1926, il est élu membre de l'Académie des Sciences morales et politiques dont il président en 1938. Professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Paris en 1930, il a été maintes fois délégué de la France auprès de pays étrangers. C'est ainsi qu'il fut désigné par la direction de l'Enseignement supérieur  pour plusieurs périodes à la célèbre université de Columbia. Au mois de mai 1940, en pleine tourmente, il est envoyé au Brésil pour la fondation de la Faculté nationale de philosophie de l'Université de Rio de Janeiro jusqu'en 1947. C'est pendant cette période qu'il publie "La France endormie". Ses missions à l'étranger furent nombreuses. Il fut l'ambassadeur  des lettres françaises en Belgique, en Norvège, à Rome, en Hongrie et en Pologne où une de ses filles a été professeur au lycée français de Varsovie. Fortunat Strowski laisse une œuvre immense de plus de 25 livres, sans compter les communications faites à l'Académie. Montaigne, Pascal et François de Sales durent ses sujets préférés. Vice-président de la Société des Gens de Lettres, Fortunat Strowski était officier de la légion d'honneur et commandeur de Polonia Restitua. Ainsi vécut cette famille d'origine étrangère, qui mit sa vie et son intelligence au service de la France.

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    Joseph-Fortunat Strowski participa à la collection des écrivains Audois "À la porte d'Aude", constituée de 17 volumes. Il donna à cette collection deux contes dont "Le porteur du rouleau des morts". Au Moyen-âge étaient portés d'abbaye en abbaye, des parchemins pour commémorer les morts et solliciter en leur faveur des prières des vivants. Mais le parchemin, nous dit Fortunat Strowski, avait moins d'attrait pour la curiosité des moines que la conversation du personnage obscur qui le portait et qu'on appelait du nom plaisamment choisi de "frère roulier". Ces messagers étaient choisis parmi les frères les plus agiles de jambes et d'esprit ; ils s'en allaient d'un pied léger, à travers routes et sentiers, comme l'imagination du savant faisant pour une fois l'école buissonnière. Les yeux bien ouverts, l'oreille attentive, bon appétit et bonne humeur. C'est à l'un d'eux que Fortunat Strowski demanda donc pour "La porte d'Aude", l'histoire du sénéchal fantôme, alors qu'en l'an 900, comme hier, la France était à peine délivrée  d'une invasion qui avait mené jusqu'à Montmartre l'armée germanique de l'empereur Otton. 

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    La maison natale de Fortunat Strowki, actuellement sans la plaque

    On pourrait polémiquer à loisir sur l'indigence du petit patrimoine Carcassonnais, mais nous n'en ferons rien. En vérité, c'est bien plus grave que cela. On pourrait s'entendre dire que cette plaque avait dû être posée par quelques admirateurs, membres d'une quelconque société savante de la ville. Or, cette fois ce chapelet d'objecteur des mauvaises consciences ne peut être soutenu. Il s'agit ni plus ni moins d'un acte répréhensible par loi, qui envoie au tribunal toute personne s'en prenant aux biens municipaux. Oui ! le propriétaire de l'immeuble - si, c'est lui - doit restituer l'objet déposé. 

    Source

    Délibération Conseil municipal / 26 décembre 1952

    A la porte d'Aude / 1928-1930 / 17° volumes

    Discours de Jean Lebrau

    L'Indépendant / 12 mai 1954

    Notes et synthèses / Martial Andrieu

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