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Patrimoine en danger - Page 3

  • Le moulin de Cucurnis, près du Rond-point Georges Pompidou

    Si vous prenez souvent la route de Toulouse en direction du centre commercial Leclerc, peut-être avez-vous remarqué sur votre droite avant d'arriver au rond-point Pompidou un ancien moulin. Il s'agit du Moulin de Cers du domaine de Cucurnis. Bien entendu, tout ce qui l'entoure est désormais une zone pavillonnaire mais ce n'était pas le cas il y a encore 30 ans...

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    Cette photographie a été prise en remontant du rond-point Georges Pompidou vers la ville, car on voit mieux le moulin sur la gauche. Pour y aller directement, descendez et prenez la dernière à droite avant le rond-point. Vous serez alors sur l'ancien chemin menant au domaine de Cucurnis, avant que la rocade ne vienne le fracturer et le couper.

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    © Darcy Végas

    Voici une vue du moulin dans son jus au début des années 1980 quand les vignes lui donnaient encore un aspect champêtre. On dirait même que les arbres à l'intérieur lui faisaient un coiffure Rock and roll. Bref, ce champ avait la banane avant d'être bitumé... L'ancien chemin menait au domaine de Cucurnis situé en contre bas de l'actuelle rocade ouest. Il fut créé à la fin du XVIIe siècle par la famille Rivals, mais ce sont les nouveaux propriétaires M. Cucurny ou Cucurnis qui lui donneront ce nom. Par alliance la famille Blanc en hérite au XIXe siècle, reprend l'exploitation maraîchère et plante quelques vignes. Les anciens se souviendront que M. Blanc était le plus important producteur de melons. Il venait les vendre sur le marché de la place Carnot. Son fils, Jean Blanc, est Docteur en histoire et auteur de plusieurs ouvrages de référence sur Carcassonne et sur le département de l'Aude.

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    © Darcy Végas

    Ce moulin à vent avait paraît-il conservé sa meule à l'intérieur et pendant la seconde guerre mondiale, c'était une cache pour les résistants carcassonnais. Les restes rouillés d'un char d'assaut allemand sont même restés longtemps en bordure de ce champ.

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    Le journal La dépêche dans son édition du 8 janvier 1986 avait alerté l'opinion publique sur les risques de voir disparaître ce moulin, suite à la création prochaine d'un lotissement à cet endroit. Sur ce terrain de 56 lots appartenant à Deviq, le constructeur Fougerolles fut contraint de s'intéresser au moulin. La dépêche sous la plume  de Jacques Arino, un ancien du quartier, écrivit : "En un mot comme en cent, ce moulin, même s'il n'a pas de valeur architecturale importante, fait partie d'un patrimoine culturel et sentimental inscrit dans la mémoire collective de notre idéntité régionale ; en ce sens, il mérite notre attention à tous. Certes, on peut laisser tout disparaître sans crier gare. A ce titre, il faut se souvenir que la Cité, elle aussi, faillit voir ses ruines rasées à une certaine époque." Ah ! C'était l'époque où les journalistes de ce quotidien faisaient autre chose que la sortie des tribunaux et des commissariats pour concurrencer Ici, Paris ou Détective....

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    La décision de le détruire aurait bien actée sans l'intervention de Jacques Arino, car M. Thomas des Maison Fougerolles s'était exclamé : "En ce qui nous concerne, il va de soi que nous ne pouvons laisser subsister une telle verrue dans un quartier qui aura vocation résidentielle." Alors M. Roland Gonzalez pour l'agence Deviq ajouta : "Nous ferons le maximum pour préserver le site. Le moulin en particulier sera parfaitement mis en valeur à l'entrée du lotissement. Les maisons placées à l'entrée seront des maisons sans étage mais avec mezzanine."

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    Une vue en 1980 de la route de Toulouse (N113) et du moulin de Cers sur la droite. A droite, la rocade ouest au début de sa construction et le champ dans lequel on construira plus tard le centre E. Leclerc.

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    Le même endroit en 2020

    Et comme de bien entendu, l'administration a changé le nom de Cucurnis en Cucurlis pour le chemin menant au moulin. Notez bien ! CUCURNIS avec un N.

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  • La fabuleuse collection de la famille d'André Chénier, léguée à la ville de Carcassonne

    Les ancêtres du poète André Chénier étaient originaire de Carcassonne, au moins depuis le milieu du XVIIe siècle. Sur ce point, nous avons voulu augmenter la recherche généalogique qui avait déjà été réalisée, notamment par Henri Sivade. Cette présentation permettra au lecteur de mesurer l'étendue et l'importance de la collection léguée à la ville de Carcassonne par cette illustre famille.

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    © Musée des Beaux-arts de Carcassonne

    André Chénier

    Pierre Chénier, s’est fixé à Carcassonne avant 1668. Son fils Guillaume (1684-1747), Carcassonnais par sa mère et par sa naissance, épouse vers 1720 Catherine Garrigue de Limoux. Le ménage va alors résider à Montfort-sur-Boulzane dans l’Aude. De cette union, naîtront Germain et Louis, qui sera un jour le fils du poète bien connu.

    Acte de Germain Chénier, frère aîné de Louis : "L’an 1721 et le vingt-sixième du mois de février ait baptisé un enfant de Monsieur Guilhaume Chénier, natif de Carcassonne, et de demoiselle Catherine Garrigue, native de Limoux, mariés, né le vingt-deuxième jour dudit mois."

    Acte de Louis Chénier, père d’André : "L’an 1722 et le quatrième jour du mois de juin, ai baptisé un enfant de Monsieur Guilhaume Chénier et de demoiselle Garrigue, mariés, né le troisième jour dudit mois. On lui a donné le nom Louis."

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    Montfort-sur-Boulzane (Aude)

    Guilhaume Chénier, père de Germain et de Louis, l’était aussi d’une fille, Marie (†1800) qui épousa André Béraud. C’est chez sa tante, rue Pinel à Carcassonne, que le jeune André Chénier passera au moins six ans de sa vie à prendre les leçons du sieur Jean-Pierre Cyrille Sélariès. Ce fait est attesté par les recherches entreprises par Achille Rouquet pour retrouver la demeure exacte.

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    La plaque au-dessus de la maison, rue Pinel

    Guillaume Chénier avait une sœur, Marie-Anne, qui épousa Pierre Vallon, marchand drapier à Carcassonne ; elle mourut à Montpellier le 23 décembre 1749. Par son testament, du 17 juillet 1747, elle s’exprima ainsi : « J’ay réfléchi et veux que si je décède à la ville de Carcassonne, mon corps soit enseveli dans la paroisse de Saint-Michel et dans la sépulture de feu mon père. » Ce père de Marie-Anne et Guilhaume, grand-père de Louis et arrière-grand-père d’André, se nommait Pierre Chénier. Il avait épousé le 14 mai 1668 à Carcassonne, Marie Ricardou, fille d’un marchand de cette ville. Il y mourut le 30 janvier 1702 et y fut inhumé ainsi qu’il résulte du testament précité, au cimetière Saint-Michel, sur l’emplacement duquel s’étend aujourd’hui le boulevard Barbès. Il serait né dans le Poitou.

    La preuve de ce que nous avançons se trouve dans deux actes. Le premier, dressé le 17 février 1727 par maître Bélichon à Carcassonne, révèle que M. Vallon reconnaît avoir reçu de son épouse, Marie-Anne Chénier, la somme de 1200 livres, provenant de la succession de Ricardou Marie, sa mère, veuve de Pierre Chénier. Le second, un testament de Marie-Anne Chénier, contient le passage suivant : « Je donne et lègue à Guillaume de Chénier, mon frère unique, la somme de 500 livres… » Ceci prouve bien que Marie-Anne et Guillaume étaient les enfants de Pierre Chénier et de Marie Ricardou.

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    © Musée des Beaux-arts de Carcassonne

    Portrait d'André Chénier par Cazes fils / 1773

    Après la mort de son mari Louis Joseph Gabriel de Chénier (1800-1880), neveu d’André Chénier, son épouse Adélaïde Frémaux désire prendre des dispositions testamentaires afin de léguer une grande partie des œuvres d’art, objets, livres et archives de la famille à la ville de Carcassonne.  Tout ceci à condition qu’elle puisse en conserver une partie jusqu’à sa mort. Les intentions sont annoncées dans un courrier par M. Mazières, habitant à Bagnoles dans l’Aude au Conseil municipal le 14 mai 1880.

    Monsieur le maire,

    La famille Chénier ou de Chénier, avec ou sans particule (car l’aïeul Pierre Chénier, décédé à Carcassonne le 30 janvier 1702, est qualifié d’Ecuyer (en latin : Sentifer), qui était un titre de noblesse, dans tous les actes de l’état civil le concernant. La famille de Chénier, dis-je, se regardais et doit être regardée comme appartenant au département de l’Aude. Cette famille vient de s’éteindre en la personne de Gabriel de Chénier, chef de bureau de la justice militaire en retraite, neveu d’André et de Marie-Joseph, décédé à Jouy-en-Josas, près de Versailles, dans 80e année laissant une veuve, Madame de Chénier, au nom de laquelle j’ai l’honneur de vous écrire.

    Madame de Chénier, pour accomplir le vœu de son mari, désirerait faire don à la ville de Carcassonne de la bibliothèque de famille, comprenant les livres d’André que la famille conservait comme des reliques, des livres de Marie-Joseph, des livres de leur père et les livres de son mari. Le nombre de ces volumes est de 1400 à 1500.

    Monsieur de Chénier, aurait désiré que la ville voulut accepter en même temps de faire place dans son musée aux portraits des derniers membres de sa famille. M. de Chénier pensait qu’en faveur du don de la bibliothèque, la ville accepterait les portraits. Madame de Chénier m’écrit qu’elle fait faire l’inventaire de tout ce qu’elle veut donner à la ville et sur lequel elle indiquera ce qui appartenait soit à André, soir à Marie-Joseph, soit à leur père, à leur mère, la grand-mère de M. Thiers et au frère de leur mère, soit à son mari. Mais il y a du volume et objets dont elle ne peut pas se séparer tant qu’elle vivra et qui n’entreront en possession de la ville qu’après sa mort. Tout sera catalogué y compris les livres et objets ci-dessus, leur désignation sera marquée d’une croix. Ce qui n’y portera pas cette marque entrera immédiatement en possession de la ville ; le reste y rentrera, comme je l’ai dit, à la mort de la donatrice.

    J’ai l’honneur de vous prier de bien vouloir consulter le Conseil municipal au sujet de ce don. 

    Je suis un parent éloigné de la famille de Chénier, au même degré qu’il en existe à Carcassonne ; seulement j’ai eu l’occasion de me trouver en relation avec Madame de Chénier à cause d’objets que le père d’André et de Marie Joseph avait mis en dépôt dans notre maison maternelle, quand il fut se fixer à Paris pour l’éducation de ses enfants.

    Le 7 juin 1880, le conseil municipal fait savoir qu’il accepte la proposition de Madame Chénier. Un inventaire est dressé et la ville entre en possession immédiatement des objets envoyés par la donatrice le 24 juin 1880. D’autres livraisons, notamment de tableaux, devaient rejoindre Carcassonne mais les tribulations politiques du conseil municipal en retardèrent la réception. A cette époque, la gestion de la ville avait été confiée à Jean-Pierre Calvet en raison de des démêlés judiciaires de Gaston Jourdanne pour fraude électorale. Tant que Calvet ferait office de maire, ils n’accepteraient pas la donation :

    Monsieur,

    Le maire de Carcassonne a proposé au Conseil municipal, à deux reprises différentes, d’accepter trois tableaux que la famille Chénier offre à la ville. La majorité du Conseil municipal connaît trop bien la gloire littéraire que le grand André Chénier a laissé dans les annales de la Révolution française pour ne pas être profondément touché de ce don. Elle sera très heureuse de l’accepter ; malheureusement des circonstances particulières l’obligent à refuser tout ce qui est proposé par l’intermédiaire du maire actuel.

    Dans ces conditions elle s’est vue obligée de refuser provisoirement l’offre qui lui est faite. Elle prie la famille Chénier d’agréer ses remerciements les plus sincères, et lui demande de vouloir bine attendre, pour l’acceptation des tableaux, que la crise municipale ait pris fin. Elle sera fière alors de rendre à notre immortel compatriote et à sa famille la place qui lui est due dans la ville de Carcassonne. 

    Le testament déposé le 22 janvier 1886 chez Me François Ernest Merlin à Paris désigne Charles Picard comme légataire universel. Au moment du décès d’Adélaïde Chénier née Frémaux le 2 avril 1892, la mairie de Carcassonne prend connaissance du legs dont la commune va bénéficier.

    Je lègue à la bibliothèque de la ville de Carcassonne (Aude) tous les livres de la bibliothèque qui me restent de mon mari et que je me suis réservés jusqu’à ma mort dans la donation que j’ai faite de mon mari, Louis Joseph Gabriel de Chénier, de la plus grande partie dont se composait sa dite bibliothèque et que j’envoyai à la ville de Carcassonne.

    Je lègue au Musée de la dite ville, outre les portraits de la famille de Chénier et les objets qui lui appartiennent et qui ont déjà envoyés en même temps que les livres, à la suite ci-dessus indiquée (24 juin 1880), le portrait peint à l’huile de Marie Joseph de Chénier ; le portrait aux crayon rouge et noir d’une jeune grecque amie intime de Louise de Chénier, ce portrait en pied représente la jeune femme de profil, couchée sur un divan et lisant. Et pour que la ville de Carcassonne conserve les images des derniers représentants de la famille Chénier, je lègue au Musée de la dite ville le portrait en pied de M. Gabriel de Chénier dans son costume de chef de bureau de la justice militaire, qui a été photographié au commencement de l’année 1864, et celui de notre cher fils unique : Paul Emile de Chénier, également photographié en pied et qui fait pendant à celui de son père ; puis les deux petits portraits de mon mari, le représentant lisant, et qui furent photographiés au commencement de l’année 1876. Enfin, pour accomplir un désir de mari qu’il avait exprimé, de ne pas séparer mon portrait de jeune femme des leurs, dans le don que nous ferions de nos images (nos amis intimes nous appelaient autrefois le trio inséparable), je lègue donc aussi au musée de Carcassonne, le dit portrait peint à l’huile, composé et exécuté par moi, mais retouché par mon vénérable maître.

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    © Musée des Beaux-arts de Carcassonne

    Adélaïde Elisa Chénier, née Frémaux par elle-même

    Je joins à ce don la copie que j’ai faite au Louvre des Noces de Cana, d’après le tableau de Paul Véronèse. Je lègue encore au musée le petit contenu de couteau de chasse de M. Louis de Chénier, sur la lame duquel sont gravées des constellations dorées ; puis la ceinture grecque de M. Louis de Chénier, sur cette ceinture en satin blanc est brodée une branche de grenadier avec ses fleurs.

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    © Musée des Beaux-arts de Carcassonne

    Je veux que les décorations de mon mari avec les brevets soient aussi envoyées au musée de Carcassonne, ainsi que les décorations de son père, Sauveur de Chénier.

    La collection donnée par Madame veuve de Chénier comprend 1650 volumes ; elle renferme de nombreux ouvrage de jurisprudence, un ensemble remarquable de classiques grecs et latins, édités et annotés par les soins des savants les plus affirmés, des œuvres imprimées des membres célèbres de la famille Chénier : Tacite (Elzévir de 1762) en 2 volumes ; le Virgile (Jacques Hack à Leyde et Abraham Wolfgang en 1680) en 3 volumes ; le Tite-Live (Elzévir de 1679) en 3 volumes ; le Stace (Jacques Hack, 1671). Ce dernier porte une note manuscrite d’André Chénier à la page 301. Le Télémaque en édition stéréotype de Didot (ANVII de la République), que Marie-Joseph offrit à André à l’âge de dix ans pour le récompenser de ses bonnes notes au collège.

    71 volumes ont appartenu à Marie-Joseph de Chénier ; ils sont remarquables.

    33 volumes proviennent de bibliothèques célèbres, où sont illustrés de précieux ex-dono.

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    © Feue la Bibliothèque munici pâle de Carcassonne

    Lettre d'André Chénier à son père depuis Londres

    René Descadeillas - ancien conservateur - dans son ouvrage « La bibliothèque municipale de Carcassonne » publié en 1970 écrit : « Il n’existe par le monde qu’un très petit nombre d’écrits autographes d’André Chénier. La bibliothèque municipale de Carcassonne en possède 15.

    4 lettres adressées de Londres par André à son père Louis Chénier, à Paris, datées des 21 avril 1789, 19 janvier 1790, 29 janvier 1790, 5 mars 1790.

    5 lettres de Rouen, également adressées à Louis Chénier, datées de l’année 1792 : 13 septembre, 15 septembre, 29 septembre, 2 octobre et 10 octobre. Il s'agit de lettres adressées à son père, au moment où André Chénier risque d'être inquiété.

    1 lettre datée de Paris, le 28 octobre 1792. Il s'agit d'un courrier à J.L Brodelet

    1 billet daté « ce lundy », qu’on rapporte à l’année 1793

    1 lettre datée de Versailles le 1er octobre 1793

    1 note dont le quart inférieur droit a disparu

    2 notes de lecture qui avaient été fixées aux pages dans le Properce d’André Chénier.

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    © Feue la Bibliothèque municipale de Carcassonne

    Billet de Voltaire à Madame de Chénier provenant du legs Chénier qui était conservée dans feue la Bibliothèque municipale de Carcassonne, transféré certainement à l'Agglo.

    Dans un journal de 1892, il nous est précisé 2 autographes de Daunou et une copie d’Œdipse à Colonne, de Ducis, écrite par l’auteur lui-même. Une description faite par André Chénier de la prison de Saint-Lazare, des autographes de Lavater, des autographes de Florian, de Niemcewitz, poète polonais, du comte et de la comtesse Alfiéri, de Stanislas roi de Pologne, correspondance des principaux membres de la Convention nationale, un portrait de Mirabeau d’après un masque du tribun, lettre de Louis de Chénier à Pierre Vallon (Octobre 1746), etc.

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    © Musée des Beaux-arts de Carcassonne

    Madame de Chénier en costume grec

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    © Musée des Beaux-arts de Carcassonne

    Madame Louis de Chénier, née Lhomaca

    A tous ces dons indiqués dans le testament et qui ont enrichi le musée des Beaux-arts de Carcassonne, Madame de Chénier également adressé à la ville :  Un médaillon d’André et un buste de Marie-Joseph, plâtres bronzés, donnés à M. Gabriel de Chénier par David d’Angers, auteur de ces œuvres ; une gravure, souvenir d’un voyage en Suisse fait par André ; deux tableaux peints par Cornélis de Vos en 1601 (Combat de Grecs et de Turcs) et une tête d’étude sans nom d’auteur, rapportés d’Italie par Louis Sauveur de Chénier.

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    © Musée des Beaux-arts de Carcassonne

    Louis Sauveur Chénier

    Un tableau de J. Ribéra (1588-1656) nommé « Saint-Pierre », deux gravures coloriées, don national de la République Helvétique à Marie-Joseph ; petit couteau de chasse de Louis Chénier ; l’épée de cérémonie d’André Chénier achetée à Londres ; le sabre de son oncle, J-B L’Homaca, 1er drogman à Alexandrie, lors de l’expédition d’Egypte.

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    © Musée des Beaux-arts de Carcassonne

    Sabre Ottoman de J-B Lhomaca, oncle d'André Chénier

    Dans cet article, nous avons tenté de synthétiser le mieux possible les informations que nous avons recueillies depuis 1880 jusqu'à aujourd'hui. Des objets recensés en 1892 ont pu disparaître quand le Musée des Beaux-arts était ouvert aux quatre vents juste après l'Occupation, ou bien lors du désastreux désherbage de 2010 de la bibliothèque. Il appartient aux conservateurs actuels de vérifier. Comme vous le savez, ces legs avaient été faits pour la ville de Carcassonne car rassemblés dans un même lieu ; à savoir le musée et la bibliothèque municipale. Depuis 2010, la ville a laissé la compétence de son ancienne bibliothèque entre les mains de la Communauté d'Agglomération qui voulait créer une médiathèque digne de ce nom. On a supprimé les salles de la bibliothèque pour agrandir le musée en fond contemporain. Aujourd'hui, nous n'avons ni médiathèque à Carcassonne, ni fond contemporain. Les vœux des anciens donateurs à la Bibliothèque municipale provenant de legs adressés à la Société des Arts et des Sciences ne sont plus respectés. Pire, certains de leurs ouvrages signés de leurs noms ont été déposés dans une benne dans la rue de Verdun. Récupérés par la foule, certains se vendent encore sur internet chez des bouquinistes. Les élus responsables de cela en 2010 passeront à la postérité, mais pas dans le sens que nous l'aurions souhaité.

    Sources

    René Descadeillas / La bibliothèque municipale de Carcassonne / 1970

    Catalogue du Musée des Beaux-arts / 1894

    Du portrait au 19e siècle / Musée des Beaux-arts

    Poètes audois dans la tourmente / Musée des Beaux-arts

    Le courrier de l'Aude, Comœdia

    Délibérations du CM / ADA 11

    Etat-civil / ADA 11

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  • Ne détruisez pas l'Ecole normale d'instituteurs, avenue H. Gout !!!

    D'après des informations que nous avons reçues, le Conseil départemental aurait pour projet de céder l'ancienne Ecole normale d'instituteurs dont il est le propriétaire, au bailleur social Habitat Audois pour l'euro symbolique. La transaction ainsi conclue aurait pour objet la destruction des bâtiments du XIXe siècle donnant sur l'avenue Henri Gout, afin d'édifier des logements H.L.M et un foyer de jeunes travailleurs. Nous souhaitons vous alerter une nouvelle fois sur la disparition d'une partie du patrimoine historique bâti de notre ville, plutôt que sur sa rénovation. Après l'affreuse verrue qu'Habitat Audois est en train d'édifier sur l'ancienne villa de la Gestapo de la route de Toulouse, c'est une autre avenue qui est dans le viseur du bailleur social aux constructions cubiques. La disparition de ce bâtiment témoin de l'architecture publique de la Troisième République entraînerait également celle du "Monument aux instituteurs, morts pour la patrie". Ce dernier se trouve au centre de la cour entouré par des platanes centenaires.

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    Nous avons réalisé une étude historique, jamais produite à ce jour, sur l'Ecole normale d'instituteurs de Carcassonne et son Monument aux morts. Nous vous proposons d'en prendre connaissance ci-dessous.

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    L'Ecole normale de garçons vers 1910

    Après la construction de l’Ecole normale d’institutrices en bordure de la route de Narbonne, dont le projet dessiné par l’architecte départemental Jules Desmarest avait vu le jour en 1882, le Conseil général de l’Aude envisagea d’édifier une nouvelle Ecole normale de garçons. Le bâtiment  qu’elle occupait était insuffisant et ne répondait plus aux besoins de son temps. En vendant l’immeuble avec le jardin d’expériences qui, en raison de son éloignement, ne présentait plus aucun intérêt, on pourrait acquérir un vaste emplacement sur la route de Limoux.

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    Lors d’une séance du Conseil général en novembre 1886, il fut décidé la construction d’une Ecole normale d’instituteurs sur le terrain Campourcy, situé derrière l’octroi des Quatre chemins. C’est à cet endroit que quelques années plus tôt, la ville de Carcassonne avait pensé à faire bâtir le futur Lycée impérial, avant de finalement se rétracter en raison de l’insalubrité du terrain. D’une surface de 12000 m2 au prix de 2,75 francs le m2, ce lieu présentait sans doute toutes les garanties pour que l’administration départementale votât en août 1886 un emprunt de 371000 francs auprès du Crédit foncier, remboursable sur trente ans. 

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    Promotion 1918-1919

    Jules, Gabriel, Joseph Desmarest, architecte départemental, né le 30 octobre 1833 à Paris fut chargé de dresser les plans et d’organiser l’adjudication des travaux aux entreprises candidates. On doit à Desmarest, l’aménagement des jardins de la préfecture (1891), la construction de la Maison d’arrêt (1904) et de l’asile de Bouttes-Gach, pour ne citer que ces exemples. Sur le plan associatif, l’architecte départemental occupait les fonctions d’archiviste au sein de la Société des Arts et des Sciences de Carcassonne.

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    La route de Montréal, actuelle avenue H. Gout

    La nouvelle Ecole normale d’instituteurs sur l’actuelle avenue Henri Gout entra en fonction dès la rentrée scolaire de 1889, à partir du début du mois d’octobre. Elle fermera en 1969 avant que l’Inspection académique n’y soit hébergée gratuitement par le Conseil général en 1972. Soucieux de ses deniers, ce dernier finira par imposer à l’état un loyer mensuel de 16 000 euros (190 000 euros annuels) en 2010. Le contrat de location se terminant en décembre 2013, l’état se dit prêt à cette époque à acheter le bâtiment. La rénovation et les travaux de mise aux normes s’élevaient en 2013 à près de 2 millions d’euros. Aujourd’hui, ce site inoccupé est toujours la propriété du Conseil départemental.

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    "Le monument aux instituteurs, morts pour la patrie"

    Au centre de l’Ecole normale de garçons se trouve le Monument aux instituteurs de l’Aude, morts pour la patrie ». Il est l’œuvre du sculpteur Paul Ducuing (1867-1949) et de l’architecte Guillaume Vidal. On doit sa réalisation à une souscription publique lancée par un comité présidé par M. Aribaud. Cette pyramide de quatre de mètres de hauteur est constituée de marbre des Pyrénées sur lequel s’appuie un livre en bronze de 95 cm de haut sur 1,10 mètre de large. Sur la façade principale figurent les noms des maîtres tués au champ d’honneur, dont 23 élèves qui ont quitté l’école de 1914 à 1918 pour servir la Nation. A gauche, un bas-relief en bronze montre l’instituteur  en chaire faisant sa leçon aux élèves assis sur les bancs de sa classe. A droite, un autre bas-relief montre l’instituteur en uniforme militaire. Il quitte la classe pour aller rejoindre le régiment que l’on voit, par la fenêtre ouverte, défiler au pied des tours de la Cité, qui découpe sa silhouette sur le ciel. Les élèves suivent du regard l’instituteur vers son destin tragique.

    Ce monument exceptionnel par son symbole et sa qualité artistique fut dévoilé le 14 juillet 1923 au cours d’une cérémonie présidée par Albert Sarraut, ministre des colonies. Assistaient également à cet événement, MM. Renard (Préfet de l’Aude), Maurice Sarraut (Sénateur de l’Aude), Milhet et Castel (députés de l’Aude), Guichard (Directeur de l’Ecole Normale), etc.

    121 noms sont gravés sur le bronze dont 110 pour la Grande guerre et 11 pour la Seconde guerre mondiale. L’Ecole normale servira d’hôpital temporaire lors des deux conflits mondiaux et d’observatoire météorologique.

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    Sur la façade, les armes des quatre villes du département de l'Aude

    Carcassonne, Narbonne, Limoux et Castelnaudary

    Sources

    La Fraternité / 21 juin 1884

    Etat-Civil / Archives de l’Aude

    Délibérations Conseil général / 1886

    Le courrier de l’Aude / 2 septembre 1886

    La lanterne / 15 juillet 1923

    La démocratie / 23 juillet 1923

    Recherches, synthèse et rédaction / Martial Andrieu

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