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Patrimoine disparu - Page 42

  • Les souvenirs d'Alfred: Le Square Gambetta

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    Affred Raucoules à plus de 90 ans est la mémoire vive de cette ville. Enfant de la rue de Verdun, il a tout connu et tout vu de cette artère dont il a été un des commerçants. A son actif, une très intéressante monographie sur la vie sociale de la Grand rue, comme on l'appelait avant 1918. C'est rendre justice à ce serviteur discret que de relater ces écrits sur ce blog. Voici donc le premier épisode qui concerne la fréquentation du Square Gambetta au début du XXe siècle.

    Épisode 1

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    Le square de cette époque était peuplé différement en fonction de l'heure et de la saison. A peu près désert le matin, l'après-midi, il voyait quelques une de ses bancs occupés par des "papets" avec une canne, venus s'y retrouver pour discuter et rejoints parfois par des pensionnaires de l'Hospice du Pont vieux. Et à côté, des mamans ou des nounous en grand tablier blanc y amenaient jouer les enfants en âge d'être encore gardiénnés.

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    Les enfants un peu plus grands n'hésitaient pas à quitter l'horizon des yeux maternels pour s'en aller explorer toutes les merveilles à découvrir au bord de chaque allée. Les seules traces actuelles de l'ancien square sont représentées par les deux rangées de platanes bordant les allées latérales qui, alors rejointes entre-elles par des allées aboutissantes, étaient donc périphériques. Le tour du square était l'espace de jeux des enfants. Les courses se faisaient sur un tour du square, courses à pied mais aussi courses de cerceaux. Ce jeu, prisé par les moins de huit ans était pratiqué selon trois techniques: le cerceau était poussé soit à main nue, à la baguette ou à "l'enraïador", fait d'un gros fil rigide, une partie droite formant manche terminé par un U carré dans lequel s'engageait le cerceau, et la partie centrale de ce U une bobine vide de fil à coudre. Avec l'enraïador, on poussait le cerceau constamment et la bobine diminuait le frottement qui sans cela eût été générateur de freinage.

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    Le milieu du square était très fourni en végétation et donc propice au jeu de cligné. D'innombrables poursuites ont eu lieu autour des buissons, à travers les bosquets ou les allées transversales dissimulées dans cette verdure. L'on pouvait aussi parfois apercevoir sur un banc quelque solitaire bourgeoise "encapelada" (portant un chapeau). Les bonnes langues prétendaient que ce n'était pas sans rapport avec la présence du cercle des officiers des dragons au premier étage de l'actuel café du square. Les soirées d'été, les habitants du quartier lassés de rester assis uniquement devant leur porte, venaient remplir les bancs. La population totale était alors en fonction de la capacité des bancs, les proches voisins apportant quant à eux, leur chaise.

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    Il fait bon au square, mais à 22 heures, il est temps de rentrer. Le garde sonne la cloche pour informer les promeneurs de la fermeture; car le square avait un garde pour lui tout seul. Le préposé était un dénommé Gazel, amputé d'un bras. Le père du coiffeur du 2 rue de Verdun, qui rejoignait ses pénates après avoir fermé à clé les quatre portails. A ce moment-là un autre type de population va hanter le square. Il y a ceux qui se sont laissés enfermer, et ceux qui franchirons la balustrade: les "frétadous". L'éclairage était fourni essentiellement par deux lampes à arc, le restant étant éclairé par des lampadaires à la lumière blafarde.

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    En dehors de ces journées classiques, il y avait quelques extras: le kiosque, lieu mythique, où les mélomanes se regroupaient les jeudis soirs en été. Ceci n'était pas entendu de la même oreille par les enfants pour qui le jeudi était un jour maudit car, le concert donné par l'harmonie municipale attirant la foule, les allées étaient trop encombrées pour permettre les poursuites, d'autant plus que les mélomanes apportaient leurs pliants ou avaient la possibilité de louer des chaises métalliques pliantes municipales. C'est donc de mauvaise grâce qu'il nous fallait entendre "La rasega" (la scie) des musiciens, conduits par leu chef Michel Mir qui "brassejava" (agitait les bras) pour le plus grand amusement des profanes. Toutefois, il ne fallait pas rire trop fort, sous peine de se faire adresser des "chut" bien sentis et des regards de blâme! et à l'entr'acte, c'était l'Union Vocale dite l'Orphéon qui montait sur le kiosque. Mais les "remonstagaires" (marmotteurs) n'avaient pas plus notre faveur que les musiciens.

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  • La route minervoise, la belle ombragée (6)

    le 14 juillet 2012, je passais par la route minervoise au moment où le magasin de Louis Béteille était ouvert, alors même que son rideau était baissé depuis des années. J'appris de son neveu qu'il était décédé depuis le mois de décembre dernier (2011) et que la famille cherchait à vendre la maison et quelques effets lui appartenant, d'où cette ouverture provisoire. L'opportunité était trop belle pour ne pas rassembler quelques souvenirs et vous les faire partager...

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    Louis Béteille était constructeur mécanicien, depuis qu'il avait pris la succession de son père prénommé comme lui. Ce dernier avait repris l'ancienne fonderie Martignol au 24, route minervoise. Il fabriquait principalement des pompes et des moulins pour l'élévation des eaux dans son atelier communiquant avec la rue Tourtel.

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    Ces pompes destinées à l'activité viticole sont les derniers vestiges d'une fabrication purement carcassonnaise, dont Louis Béteille fut l'ultime représentant.

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    Une pompe à eau

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    Amirable travail

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    Le magasin de Louis Béteille avec à côté le restaurant de Joseph Gil "A la grillade"

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    Le magasin en 2012

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    A l'intérieur de la maison, l'entrée de l'atelier

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    L'atelier avec à droite, la forge

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    Louis Béteille père au travail, vu du même plan que la photo ci-dessus

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    La charpente a plus d'un siècle

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    L'entrée par la rue Tourtel communique avec celle de la route Minervoise. L'ensemble était en vente en 2012, mais le souvenir doit rester c'est le but de cet article.

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  • Le café du Musée

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    Non, Carcassonne n'a pas été bombardée par les forces alliées pendant la Seconde guerre mondiale! Je dis cela pour les nouveaux arrivants qui pourraient être surpris en passant par le square (j'ose même plus l'écrire) Gambetta. Cet immeuble de la Trésorerie générale dont on appréciera peut-être dans 100 ans la qualité architecturale, a écrasé un petit bijou de café de style Art nouveau. Il s'agissait du Café du musée qui jusqu'aux années 1950 faisait la fierté des carcassonnais. J'ai cherché pendant très longtemps des cartes postales de ce lieu, mais une seule représente l'établissement sur un dessin. J'ai mis la main récemment sur un très vieil album de famille et... Oh! surprise.

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    Un petit bijou de l'Art nouveau

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    Les clients attablés à la terrasse du Café du Musée, à la Belle époque. La grille donnait sur un jardin intérieur où l'on pouvait se rafraîchir à l'ombre. A droite, on reconnaît les arcades de la façade du Musée des Beaux arts.

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    Madame et monsieur Baptiste Mialhe, les propriétaires du café, à l'intérieur du jardin d'hiver. On remarquera les affiches de la liqueur "La Micheline" de la distillerie de l'Or-kina de Michel Sabatier. Cet elixir est encore en vente aujourd'hui chez Cabanel, allée d'Iéna.

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    On projetait des films muet au début du cinématographe, grâce à une toile que l'on tendait en terrasse entre deux platanes. Seuls les plus fortunés payaient leurs places; les autres, regardaient le film de l'autre côté et à l'envers.

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    Les clients à la terrasse du café avec l'ancien Square Gambetta en arrière plan. Hier lieu de vie, aujourd'hui endroit désertique et moche par la volonté d'élus irresponsables. Quand je pense que ceux qui ont rasé le square entre 2003 et 2008 vont se représenter devant les électeurs... Ils n'ont aucune vergogne à moins qu'ils espèrent que le carcassonnais ait la mémoire courte. Les amoureux du patrimoine n'oublieront pas eux!

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