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Cinéma - Page 11

  • Le tournage du Miracle des loups en 1924 à la Cité de Carcassonne.

     

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    Synopsis

    Les Troubadours du Moyen Age racontent cette aventure légendaire survenue à Jeanne Laisné, dite "Jeanne Hachette". Poursuivie dans les bois par des hommes d'armes, elle est sauvée par une horde de loups. Dépouillant leur instinct féroce devant cette héroïque jeune femme, ils entourent en cercle l'élue de Dieu et se prosternent devant elle, s'agenouillant sur la neige du sol. En arrière-plan, la lutte de Louis XI et de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, qui s'achève par le siège de Beauvais où la même Jeanne Hachette se distingua par sa bravoure. Les machinations politiques déjouées, l'amour triomphera...

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    Musique du compositeur Henri Rabaud

     

    Le roman de Dupuy-Mazuel

    Ce film est tiré du roman éponyme d'Henri Dupuy-Mazuel. Le fait que l'écrivain soit maire de Verdun-Lauragais dans l'Aude entre 1919 et 1929, n'est sans doute pas étranger au choix de Carcassonne pour représenter Beauvais au Moyen-âge. Quatre ans plus tard, c'est encore à lui que l'on devra "Le tournoi dans la Cité" de Jean Renoir.

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    Distribution

    Vanni-Marcoux : Charles le Téméraire

    Charles Dullin : Louis XI

    Yvonne Sergyl : Jeanne Fouquet

    Romuald Joubé : Robert Cottereau

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    Raymond Bernard et la figuration

     

    Secrets de tournage

    Scénario et mise en scène

    Le roman fut d'abord remis à M. Antoine qui fut chargé de scénariser l'histoire et de la découper en séquences. Tout ceci dans le but, sans dénaturer l'oeuvre orignale, de la rendre animée et vivante dans un film de 2 heures et 10 minutes. La mise-en-scène rigoureuse de Raymond Bernard se heurta a la difficulté du sujet historique pour lequel un comité d'experts fut engagé. Parmi celui-ci Camille Jullian de l'Académie Française et messieurs Camille Vergniol et G. Calvet. Enfin MM. Albert Carré et Antoine aidèrent à la réalisation artistique de l’œuvre, dont M. Henry Bordeaux de l’Académie Française, contrôla avec sa profonde connaissance des choses et des gens du XVe siècle la rédaction des divers sous-titres, tandis que M. Francis de Croisset  se chargeait du contrôle dramatique avec sa science étendue de la scène.

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    L'interprétation

    La matière historique prête, les difficultés allaient commencer : il fallait trouver des interprètes capables d’incarner avec une précision digne de celle de la documentation, les personnages du film. Et c’est ainsi qui M. Vanni-Marcoux, à la fois grandiose, souple, félin, magnanime, prêta sa magnificence à Charles le Téméraire, dont il fit une création inoubliable, que l’intelligence matoise, l’esprit tourmenté, la curieuse instabilité psychique de Louis XI trouvèrent en M. Dullin comme un autre ennemi du Téméraire. Jeanne Fouquet, une âme d’airain dans un corps de lis, tour à tour tendre, emportée, meneuse d’hommes, amante éperdue, qui pouvait mieux en camper l’attachante et vivante silhouette que Mlle Yvonne Sergyl, dont l’intelligence subtile et la puissance d’extériorisation ont marqué de leur cachet original l’héroïne du Miracle des Loups !

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    Comment ne pas louer encore la puissance, l’extraordinaire audace, le courage et le puissant tempérament de M. Modot, admirable Du Lau, la fougue et la passion que M. Romuald Joubé apporte au personnage de Robert Cottereau, La vis Comica de M. Arnaud Bernard, aussi étourdissant en Bische qu’en son légendaire Planchet ; la tenue de M. Mailly, remarquable Philippe le Bon, la composition savante et nuancée de M. Hériat fit de Tristan l’Ermite, la bonhomie et l’émotion de Fouquet, si bien traduites par M. Maujain, l’entrain et la grâce de Mmes Delpratto, Line Doré et Germaine Vallée et enfin les extraordinaires acrobaties de M. Préjean qui avec un courage souriant, une connaissance peu commune de tous les sports, avec une témérité juvénile n’hésita pas à s’élancer dans les douves de Carcassonne du haut des remparts et à lutter farouchement avec les loups furieux de Beauvais, exécutant tout le long du film des prouesses émotionnante. Sans compter les innombrables figurants, plus de six mille dont nous parlerons plus loin et que les organisateurs, avant de commencer à tourner, durent d’abord habiller. (Le Monde illustré)

    Les costumes

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    C’est ici qu’intervint la science profonde d’un admirable artiste, d’un érudit étonnant, d’un dessinateur rare, je veux parler de M. Job. Qui ne connaît pas son album de Louis XI, véritable fresque sortie vivante de notre XVè siècle ! Il mit à la disposition de M. Raymond Bernard ses nombreuses collections personnelles, il sut tirer des miniatures et des gravures les plus petits renseignements de détail indispensables à la confection précise de costumes. Souvent son infatigable minutie le poussa à donner des croquis d’une manche ou d’une simple broderie. D’après ces maquettes que réalisèrent MM. Muelle Rossignol, furent exécutés par des couturières des quatre coins de la France les costumes nécessaires aux trois mille personnages du Miracle. Et l’on ne regarda point à la dépense : velours, soie, brocart, remplacèrent les « ersatz » généralement employés et permirent, grâce à leur belle qualité, d’accrocher plus agréablement la lumière.

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    Ajoutons que les armes furent tirées des collections particulières ou entièrement fabriquées selon les images du temps. Enfin les meubles prêtés par de riches collectionneurs ou parfois remarquablement reconstitués permirent aux organisateurs de donner à chaque épisode du film le cadre précis que lui avait créé l’époque.

    (Le monde illustré / 29 novembre 1924)

    Intérieurs

    C’est au grand studio de Joinville qu’ont été exécutés la plupart des épisodes du Miracle des Loups. Imaginez une manière de grande gare de 60 mètres de long sur 25 m de large, dont le centre peut se transformer selon les nécessités de la mise en scène en une vaste piscine de 30.000 litres d’eau. Partout des cintres, des praticables de longues échelles des lampes et des projecteurs ayant une puissance lumineuse de 3.800 ampères. Des sunlights, des rampes à vapeur de mercure, des rampes Jupiter, augmentées encore de l’énergie électrique, de nombreux camions Crochat permirent à Raymond Bernard de reconstituer notamment l’admirable représentation du Miracle avec tout le pittoresque de la tente du Téméraire et l’exquis jardin du XVè siècle où fleurit délicieusement la gente idylle de Jeanne et de Cottereau.

    Décors

    Donjon, jardins, portes de château fort, palais, tout cela devait être construit par un artiste à la fois architecte émérite et connaissant à fond les « possibilités » de l’objectif. Ce reconstructeur minutieux de morceaux d’histoire, M. Raymond Bernard le trouva en M. Mallet Stevens, qui refit son studio de Joinville avec le concours de M. Perrier une admirable série de décors aussi émouvants de vérité que le drame lui-même.

    Le bois, le mortier, la terre et même la pierre, rien ne fut ménagé pour donner à chaque scène l’ambiance véritable. C’est ainsi que le jardin dont nous parlons plus haut, a été entièrement reconstitué à Joinville, non pas avec du carton pâte ou des plantes stérilisées mais avec de véritables petits massifs de verdure, avec du gazon, de la vraie terre et des fleurs naturelles. Il n’est pas jusqu’à la fontaine et aux petites barrières rustiques qui n’aient été refaites telles que les représentaient les miniatures du temps.

    Extérieurs à Carcassonne

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    Pour commencer il mit la vieille cité sur le pied de guerre. Grâce à l’obligeance et à l’infatigable dévouement du Docteur Tomey, maire de Carcassonne, un pont-levis fut établi à l’une des portes et les donjons purent comme jadis mirer leurs massives architectures dans l’eau des douves. Plusieurs jours durant, de ce fait, la ville fut privée d’électricité et de téléphone, dont les fils avaient été noyés dans l’onde des fossés.

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    La figuration

    Il fallut ensuite recruter les milliers d’assiégeants et d’assiégés et l’importante question de la figuration se posa pour M. Raymond Bernard. Il n’était pas question d’amener de Paris, à grands renforts de wagons, les artistes accoutumés à ces rôles. Des chefs de file étaient là, qui devaient servir de guides à la figuration choisie sur place. Tout Carcassonne alla, moyennant rétribution, peupler les anciens remparts et soutenir avec autant de conviction que d’entrain, le siège acharné des troupes du Téméraire. Plus de cinq cents personnes « tournèrent » chaque jour à l’abri des murs séculaires, désertant usines et magasins. Souvent que de « types » saisissants de naturel purent être trouvés parmi les « amateurs » figurants ! Habilement encadrés par quelques professionnels, ces derniers se montrèrent fort heureusement photogéniques, gesticulant peu, exprimant avec force les divers sentiments, qui agitaient les âmes des assiégés.

                Il restait à découvrir les assiégeants, gens de pied, hommes d’armes, cavaliers, arbalétriers, plus de 1000 hommes portant lourdes armures, fonçant, chargeant, galopant, tombant de leurs montures, blessés à mort par les traits de feu. C’est alors qu’intervint l’utile collaboration de l’armée à la réalisation parfaite de notre premier film de propagande nationale. Fantassins et cavaliers volontaires furent prêtés par le XVIè et le XVIIè corps, venant des régiments de Carcassonne, Toulouse, Montauban, Auch, Pamiers, Saint-Gaudens, Castelnaudary et Montpellier.

                Encadrés par des sous-officiers, les hommes étaient dans les casernes habillés et équipés et l’on pouvait voir cet amusant spectacle d’une compagnie bleu-horizon sortant quelques heures après du quartier, transformée en guerriers du XVè siècle. Quatre cents cavaliers figurèrent la cavalerie du Térméraire et chargèrent sous les ordres de leurs officiers.

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                Toutes les armes de l’époque étaient représentées et fonctionnaient avec précision : arbalètes, arbalètes à rouet, traits de feu, lances. Et l’on n’avait négligé ni les fascines, ni l’huile bouillante, ni les grandes échelles de 12 mètres de haut manœuvrées par 25 hommes. Soldats et chevaux portaient les cuirasses pesantes, dont l’ennemi, vouge au poing pour couper les jarrets des coursiers, cherchait à trouver le défaut.

               Et les opérations du siège commencèrent sous les yeux des généraux Pont et Martin et du Colonel Alaret, suivant avec intérêt cette leçon de tactique rétrospective. Juché sur un PC impressionnant, fait d’une estrade en bois, Raymond Bernard, porte-voix d’une main, téléphone de l’autre, réglait les charges, désignait les tués, les blessés, les prisonniers, déchaînait des mêlées tragiques, lançait les hommes du Téméraire contre les murailles, desquelles pleuvaient les flèches, les pierres et coulaient des flots d’huile bouillante. Jamais tableau de mort ne fut si bien vécu. Et l’on entendait se répéter à l’infini le commandement « Allumez vos amadous ».

    Cela devint vite la scie du jour à Carcassonne et longtemps encore ceux qui aidèrent à réaliser cette magnifique épopée cinématographique rediront ces paroles.

                Il reste à citer à l’ordre de la bataille de Carcassonne, trois vaillants, dont le métier consommé dont l’habileté technique, dont le « cran » infatigable dont permis de projeter devant le public les admirables images du Miracle des Loups, j’ai nommé les trois opérateurs.

    Les Carcassonnais

    Ce film muet qui deviendra parlant en 1930 est tourné à Carcassonne entre novembre 1923 et mai 1924 avec 4000 personnes, avec parmi eux des fantassins et cavaliers du 16e et 17e corps d'armée. Certains figurants Carcassonnais firent des cascades payées 2 francs l'unité. C'est le cas d'un habitant de la Cité nommé Julien Céréza qui devait sauter d'une tour, touché par une flèche, dans un filet de protection.

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    Julien Céréza au milieu d'autres camarades de la Cité

    Le Miracle des loups a coûté 8 millions de francs à la Société des films historiques. La première projection fut donnée à l'Opéra de Paris, le 13 novembre 1924 en présence du Président de la République Gaston Doumergue. Un DVD de ce film est aujourd'hui disponible à la vente. Qu'on se le dise !

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    Sources

    Le Monde illustré - 29 nov 1924

    La dépêche du midi - 1992

    Photos

    Collection sur plaques de verre - Martial Andrieu

    Cinémathèque de Paris -Gaumont

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    © Tous droits réservés/ Musique et patrimoine/ 2015

  • Sur les traces du tournage du film "Le corniaud", dans la Cité médiévale

    Il est fait un froid de canard en ce début de mois de novembre 1964 à Carcassonne et le vent du nord accentue cette impression glaciale, alors que l'on tourne les dernières scènes du dernier film de Gérard Oury dont l'action se passe en été.

    Le Corniaud

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    Pendant trois jours, la Cité devient le décor naturel d'un tournage réunissant les plus grandes vedettes du cinéma comique français : Louis de Funès, Bourvil, Henri Genès, Jean Droze, Henri Ferrière... 

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    Les figurants Carcassonnais

    La production qui a pris ses quartiers à l'hôtel Terminus, comme d'ailleurs Louis de Funès, a engagé une vingtaine de figurants Carcassonnais. Bourvil loge à l'hôtel du Donjon et l'équipe technique à La croque sel chez Madame Pavernès.

     

    Les décors

    Le passage à niveau

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    Ce passage à niveau ne se trouve pas à Douzens, comme de nombreux Carcassonnais continuent à le prétendre. Cette scène a été tournée dans le département du Var, ainsi que j'ai pu moi-même le découvrir en 2005 à force de recherches et en me rendant sur les lieux. Ce qui m'a mis la puce à l'oreille, c'est que le passage à niveau est identique à celui utilisé dans une scène du film "Le gendarme se marie". Gérard Oury n'a fait que créer un panneau de la N113.

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    Il s'agit du passage à niveau de la gare La motte - Sainte-Roseline qui se situe sur l'axe Les arc - Draguignan. La route a bien changé depuis 1964...

    Le café de France

    Sur la place Saint-Nazaire, lieu principal du tournage, le magasin de photographie de M. Bouffard a été transformé en "Café de France".

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    En 1964

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    La scène du Café de France

    La gendarmerie

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    Dans le film en 1964

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    En 2015

    L'hôtel "Dame Carcas" a été habillé d'un panneau indiquant "Gendarmerie nationale"  réalisé en isorel mou, carton et cadre de bois par la menuiserie Loupia. Quant aux lettres, elles ont peintes par les ouvriers de chez Labeur. Il ne s'agit que le l'aspect extérieur car les scènes d'intérieur de la gendaramerie seront tournées dans le garage de l'hôtel de la Cité.

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    © Collection J-L Bergnes

    Bourvil se concentre dans la gendarmerie

    L'hôtel de l'esplanade

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    Sur le panneau bleu "Café de France", apparaît le nom du propriétaire du commerce de photographie loué pour le tournage : M. Bouffard. Il devient cafetier...

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    Seule la marquise de l'hôtel de la Cité a changé depuis 1964

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    C'est de l'une des cabines de l'hôtel de la Cité donnant sur la place que Bourvil téléphone à Louis de Funès.

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    Gérard Oury a posé sa caméra dans le hall de l'hôtel

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    La scène s'est tournée contre les fenêtres à droite situées dans le hall de l'hôtel.

     

    Les lieux de tournage

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    Les gangsters arrivent par le chemin des Anglais en longeant le cimetière vers la Porte Narbonnaise. On remarque à gauche que le parking, ni la route vers Montlegun n'existent en 1964.

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    Le même endroit en 2015

    Plaisir d'amour dans les lices...

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    Plaisir d'amour... depuis le Pont levis

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    © autourdelouisdefunes.com

    80, rue des fossés verts

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     - Le patron est en danger !

    - Où ça ?

    - 80, rue des fossés verts

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    La course poursuite

    La rue du Four Saint-Nazaire. Il reste encore les traces de la marquise au-dessus de la porte à droite

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    Bourvil avec l'ancien presbytère en toile de fond. Il entraînera les policiers dans une course poursuite à travers la Cité, dont le but essentiel sera de montrer les plus beaux plans du monument.

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    Le presbytère en 2014 devient un restaurant

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    La Porte d'Aude

     

    Les photos de tournage

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    © René Roques

    Gérard Oury et Bourvil

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    © René Roques / Coll. Patrice Cartier

    Louis de Funès et Gérard Oury sortent de l'Hôtel de la Cité

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    © René Roques

    Gérard Oury donne ses instructions

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    © René Roques

    Moteur...

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    © René Roques

    (avec l'aimable autorisation de Patrice Cartier)

    Entre deux prises

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    Bourvil lit l'Indépendant et signe des autographes

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    © Collection J-L Bergnes

    Louis de Funès se fait discret et écoute dans la basilique St-Nazaire les orgues, jouées par un jeune séminariste.

    Quelques anecdotes

     L'équipe de tournage se réunit chaque fin de journée à l'hôtel du Donjon pour faire le point. Ensuite, le réalisateur et ses techniciens visionnent les rushs au Chapeau rouge (rue Trivalle), mis grâcieusement à disposition par Jacques Cau.

    La cabine téléphonique de laquelle sort Louis de Funès a été retrouvée :

    http://musiqueetpatrimoinedecarcassonne.blogspirit.com/archive/2013/10/19/on-a-retrouve-le-decor-du-corniaud-dans-un-restaurant-de-car.html

    De nombreuses Carcassonnaises se sont présentées pour la figuration. Aucune habitant la Cité n'a été choisie ; ce sont celles de la ville basse qui tournèrent dans le film. Chacune d'entre-elles est habillée pour les besoins du tournage en jupe et manches courtes alors qu'en ce mois de Novembre, il fait un froid glacial.

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    Une jeune Carcassonnaise fera ses débuts au cinéma dans le rôle de Suzanne (serveuse du Café de France). Il s'agit d'Annie Claparède, âgée de 16 ans.

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    Ci-dessous, son interview

    http://musiqueetpatrimoinedecarcassonne.blogspirit.com/archive/2013/05/31/novembre-1964-on-tourne-le-corniaud-dans-la-cite.html

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    © Tous droits réservés/ Musique et patrimoine/ 2015

  • Le tournoi dans la Cité, film de Jean Renoir tourné à Carcassonne

    Le tournoi dans la Cité

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    est un film muet de Jean Renoir, produit par la Société des films historiques et tourné dans la Cité de Carcassonne durant les fêtes du bimillénaire en juillet-août 1928.  Le Cadre noir de Saumur exécutera les figures et les combats du tournoi.

    Le tournoi dans la Cité

    Cette photographie, signée Brissy, prise dans la basilique Saint-Nazaire servit à dessiner l'affiche du film.

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    Distribution

    Jackie Monnier : Isabelle Ginori

    Suzanne Desprès : Mme de Baynes

    Blanche Bercier : Catherine de Médicis

    Aldo Nadi : Charles de Baynes

    Enrique de Rivero : Henri de Rogier

    Manuel Rabi : Ginori

    Gérard Mock : Charles IX

    Le bouffon : Narval

    Synopsis

    Au temps du jeune roi Charles IX et de sa mère Catherine de Médicis, la belle Isabelle Ginori se fiance à un gentilhomme catholique, Henri de Rogier. Par malheur, François de Baynes, seigneur protestant, aussi courageux que volage, rencontre Isabelle et déclare en termes vifs qu'elle lui appartiendra. Le comte Ginori, parent de la jeune fille, relève le propos. François le tue en duel. Par souci politique, la reine est prête à unir Isabelle et François. Une maîtresse de ce dernier, Lucrèce Pazzi, intervient. Catherine décide alors que le vainqueur du tournoi sera l'époux d'Isabelle. François surpasse son rival mais le cadavre de Ginori est découvert, le coupable démasqué. Chargé par le guet, François succombe. Isabelle et Henri peuvent enfin se fiancer.

    Une controverse

    Puisqu'il s'agit d'un film historique, que d'autre part le programme porte pour mercredi, à 16 heures, "On tourne le film", nous allons d'emblée frapper avant toute chose à la porte d'un archéologue érudit, bien connu des Carcassonnais et qui, fort amoureux de sa Cité où il vit, en connaît sur le bout des doigts la merveilleuse histoire qu'il a passionnément étudiée.

    Dès les premiers mots, M..., qu'un Dieu semble habiter, fulgurant nous arrête : " Un tournoi. Catherine de Médicis ! Mais, monsieur, c'est infâme ! Mais il n'y en eut pas quand Catherine de Médicis et le jeune roi s'arrêtèrent en 1565 à Carcassonne !" Et l'érudit archéologue qu'une sainte fureur, fille du feu sacré, anime et transfigure, nous met sous les yeux le texte magnifiquement conservé "in quarto" plein veau à fers dorés de la "relation du voyage du roi Charles IX, par Abel Jouan", l'un des serviteurs de sa majesté. Mi amusé, mi respectueux, nous lisons à la page que notre hôte marque d'un doigt tremblant le passage suivant : "Et le vendreai 12, jour du dit mois (janvier), Charles IX alla dîner à Barbaira, petit village et coucher à la haulte Carcassonne, qui est une belle et forte ville évesché où il fait son entrée..."

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    Charles IX

    Ici, le narrateur précise que le roi avait fait "pour ce jour... 4 lieues". Et il continue : "Et pensait le roi partir le samedi : le samedi, 13e jour, qui était le lendemain ; mais la neige vient en si grande abondance, tant que personne eût osé aller par pays, et tomba tant qu'elle était en plaine campagne de hauteur de quatre pieds pour le moins : et en fut ainsi assiégé en ce lieu quatre jours durant, pendant lesquels le roi prenait plaisir en un bastillon qu'il fit faire tout de neige en la cour de son logis, lequel fait défendre par ceux de sa maison contre tous ceux des deux ville haulte et basse Carcassonne, qui ne le surent jamais prendre et se retièrent battus."

    Holà ! La passion de la vérité est chose contagieuse ! Nous voilà presque aussi indigné que notre savant ami ! Et nous allons en hête, à la fois pour soulager notre bile et vider notre coeur, frapper à la porte du commussariat général des fêtes.

    - Des rensignements sur le film ? Pour la presse ? Mais, oui, monsieur, avec plaisir !

    Et notre interlocuteur se présente : M. de Maroussin, administrateur de la Société des films français. Décidément le hasard fait bien les choses, qui nous conduit d'emblée à "une grosse légume". Qu'est_ce qu'il va prendre "la grosse légume ! " Et, arborant notre air le plus doctoral et plus dogmatique, nous détachons, avec les plus purs accent du midi et de l'indignation archéologique ensuite :

    - Ah, monsieur ! Un tournoi ! Fi, monsieur ! Nous sommes renseignés, et la vérité historique !...

    Notre interlocuteur sourit :

    - Ah, monsieur la vérité, dit-on, se porte toute nue ! Mais on la représente toujours et si jeune et si fraîche ! L'histoire, monsieur, est un bien vieille personne, dont les charmes seraient à nos yeux bien désuets et flétris si nous ne fêtions sur leur aridité l'écharpe soyeuse des légendes. Et, d'ailleurs, l'histoire est femme : à ce titre elle peut bien permettre à ses fidèles quelques privautés. Aussi bien, monsieur, est -il intéressant  de noter que ces privautés que nous avons dû prendre fatalement avec l'antique et noble dame, nous ne les avons prises que quand elles ne lui nuisaient pas et quand elles permettraient de maintenir pour le public "l'atmosphère", cette atmosphère, monsieur, que les films historiques français, dignes de ce nom, s'honorent d'avoir su toujours, oui monsieur, toujours respecter ! Soyez tranquille, l'action de notre films se passe au XVIe siècle et c'est dans un cadre entièrement seizième qu'évolueront des personnages d'allure et de caractère très seizième siècle... Nous avons voulu évoquer une période précise de notre histoire, soyez sûr qu'aucun anachronisme ne viendra par le rappel d'une autre époque et d'un autre âge rompre la magnifique grandeur de notre évocation? Pour le reste, l'histoire s'en contentera !

    Tout à l'heure, nous entendions la voix un peu revêche, venue du fond des siècles, d'une science exacte ! Nous entendons à présent la voix de l'art ( de l'art muet, préciserions-nous si nous l'osions !). Elle est, dans la bouche de M. de Maroussin, singulièrement éloquente : notre indignation archéologique a duré ce que durent les roses : nous ne serons jamais digne de l'école de Chartres ! Gémission, gémissons !

    La dépêche du Midi / 19 juillet 1928

    La technique de Jean Renoir

    Rien n'est négligé pour donner à ce film l'importance qu'il mérioterait d'avoir. Le metteur en scène Jean Renoir, fils du peintre célèbre, qui, toujours à l'affût des procédés nouveaux, est en train d'acquérir une des deux ou trois meilleures places parmi les metteurs en scène. [...] Enfin, au point de vue technique, il convenait d'établir un document photographique susceptible de rivaliser avec les meilleures photographies mondiales. La Société des films historiques n'a donc pas hésité, malgré le coût de cette pellicule, à utiliser exclusivement, ausi bien en intérieurs qu'en extérieurs, de la pellicule panchromatique et à faire établir tout un matériel de studio entièrement spécialisé à cet effet. Précisions que la pellicule panchromatique désensibilisée par un procédé dont les détails techniques n'intéresseraient pas les lecteurs, rend des tons que l'orthochromatique ordinaire ne peut pas rendre. Cette pellicule n'avait jusqu'ici, été employée que pour de grands films. C'est la première fois qu'elle sera utilisée aussi bien en intérieurs qu'en extérieurs pour un film tout entier. L'opérateur sera M. Mundvillers (qui a tourné "le joueur d'échecs") assisté de MM. Lucien Villy, Cerf, etc...

    La dépêche du Midi / 19 juillet 1928

    Cinémagazine

    Ce titre, Le tournoi dans la Cité, ne devait être qu'un titre provisoire, mais le succès des fêtes du bi-millénaire de Carcassonne fut tel que, de provisoire, ce titre est devenu définitif. On a trop parlé en effet du Tournoi dans la Cité pour le changer désormais. L'argument du film de M. Henry Dupuy-Mazuel nous dit toutefois que ce tournoi eut lieu dans le château de Ferrals. De plus, le décor a été situé, non pas, dans la Cité, mais dans un champ hoers de l'enceinte. Mais qu'importe, pourvu qu'on ait le film ?

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    J'ai eu la bonne fortune d'assister aux préparatifs de ce tournoi, reconstitué par le colonel Wemaere. J'ai vu deux colonels s'entraîner à porter le pesant harnois de guerre pour personnifier les chevaliers s'affrontant dans le jugement de Dieu. Et rien n'était plus plaisant que d'observer, au repos, le colonel Picard, en sa carapace de fer, remplaçant son casque à panache par un moderne feutre gris.

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    Dans tous les coins des remparts, j'ai surpris des appareils de prise de vues braqués sur des groupes costumés : Ici le grand épéiste, Aldo Nadi, s'étant paré d'une barbe postiche, ferraillait avec l'élégant Rivero pour les beaux yeux de Jackie Monnier, qui fut l'animatrice des fêtes du bi-millénaire par sa radieuse joliesse.

     Certains soirs, l'automobile de M. Béjot fit, par les ruelles montantes, une anachronique et triomphale entrée avec un beau lieutenant qui hurlait, pour faire couleur locale "Les vierges aux fenêtres !". Des Annamites de l'infanterie coloniale maçonnait les "raccords" de Mallet Stevens et, dans un ample vertugadin dessiné par Georges Barbier, se foulait le pied...

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    © Ciné-miroir

    Jackie Monnier, ce jour-là, portait avec aisance une ample jupe rose toute surchargée de rinceaux Renaissance et ses larges manches vertes étaient ornées d'un treillis de rubans d'argent rattachés par des perles... André Viollis était en page et notre confrère Stéphane Vallot, de l'Oeuvre se battait en duel avec M. Scott, du Times.

    Les braves Carcassonnais ne sont pas très ferrés en histoire. Il fallait entendre l'un d'eux expliquer à son fils pendant les joutes : "Tu vois, ceux qui sont en noir, c'est des Huguenots, c'est-à-dire des Espagnols." Le même brave homme en m'avisant s'écria : "Tiens, d'Artagnan." Un peu plus loin, on me prit pour Henri IV !

    L'intérieur de la tour Narbonnaise avait été métamorphosé en atelier de costumes par le maître costumier Sauvageau, qui travailla si longtemps à l'Opéra.

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    Et ce n'est pas une petite affaire que d'habiller toute une figuration. celle qu'on avait recrutée pour la foule était si vermineuse qu'il fallut d'abord l'envoyer aux bains. Afin de voir de plus près le tournoi, un parisien de mes amis, avait consenti à revêtir un costume de seigneur du plus pur style Huguenot, un costume de la maison Granier, venant du fond de quelque Tour de Nesle.

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    Très fier, il parada dans la tribune historique, à tapissières et oriflammes, placée au-dessus de la tribune présidentielle. Mais M. Doumergue s'inquiétant du fléchissement des planches au-dessus de sa tête, ces messieurs de la Sûreté générale firent descendre nobles seigneurs et belles dames et les prièrent d'aller faire un tour dans la lice.

    Cinémagazine / N°32-33 /Guillot de Saix / août 1928

    Le duel à l'épée

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    © Gaumont

    Au débouché de la porte des vociférations violentes nous accueillent : "Chanteau ! Amenez un écran !". Un bruit de fers heurtés et des commandements et des cris : "rompez ! Battez ! Ah ! Ah ! Très bien, c'est ça !

    François de Baynes et le comte Ginori sont aux prises. Ils se battent avec une énergie farouche ; leurs masques crispés et tourmentés seront, certes, d'un effet remarquable à l'écran. On dirait, à voir leur harnachement, que "c'est arrivé", à tel point qu'on entend Nadi sur son oeuvre de mort comme le boulanger sur le pain qu'il pétrit. Soudain, il se fend violamment, "Je vais casser l'écran !"

    C'est une galéjade : Aldon Nadi ne casse pas l'écran, on entend par contre un cliquetis sec et on le voit jeter aux pieds des aides une poignée d'épée... La pointe est partie d'un autre côté sifflant aux oreilles du comte, se ficher bruissante et vibrante dans le décor. C'est la troisième depuis ce matin. "Dépêchez-vous de crever !" conseille, sincère, au comte Ginori, vêtu de satin gris, en passant sous l'étroite poterne, sur ses mules de velours vert, son ample robe de brocart.

    La dépêche du Midi / 19 juillet 1928

    Les décors

    L'ensemble des scènes du film sont tournées en décor naturel dans la Cité, sur les remparts et dans la basilique Saint-Nazaire. Pour le tournoi, le décorateur a réalisé une Cité en carton-pâte à l'extérieur du site dans un champ qui surplombe le cimetière. C'est d'ailleurs là que seront tournées plus tard, les scènes finales du "Miracle des loups" en 1924 et 1960.

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    Vue aérienne du décor du tournoi

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    Le Cadre noir de Saumur pendant le tournoi

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    La Cité reconstituée pour le tournoi

    Comment voir ce film ?

    La bobine originale a été perdue dans l'incendie de la cinémathèque de Paris dans les années 1960. Nénamoins, le film a été reconstitué depuis à partir de copies d'une façon incomplète. Il a été projeté  à la cinémathèque le 14 décembre 2005 et le 21 avril 2010. Il est la propriété de la société Gaumont qui, je l'espère, fera prochainement une copie DVD commercialisée.

    Sources

    La dépêche du Midi / 19 juillet 1928

    Les cahiers du cinéma / N° 482

    Vu / N°19 / 25 juillet 1929

    Cinémagazine / N°32-33 / août 1928

    Ciné-miroir

    Photos

    Collection Martial Andrieu

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