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Politique - Page 4

  • L'ancien président de la République René Coty, en visite à Carcassonne

    Après avoir passé le pouvoir en janvier 1959 au général de Gaulle, l'ancien président René Coty entreprit un voyage incognito à travers les Pyrénées, en compagnie de son frère et de sa belle-sœur. Ce périple s'acheva à Vernet-les Bains où l'illustre pèlerin logea à l'hôtel Moderne. Après quoi, il reprit la route avec une escorte de deux motards en direction d'Amélie-les-bains par le col di Fourtou. C'est là qu'il devait rencontrer le docteur Noveau, chef du sanatorium "Al Sola". Une heure plus tard, la voiture redescendait et filait par la route de Perpignan. Après Thuir et Prades, sa DS relia la route de Mont-Louis, puis de Quillan pour rallier Carcassonne par la Haute-Vallée de l'Aude. Ce n'est que vers 18 heures ce mercredi 23 septembre 1959 que l'ancien président de la République descendit en toute discrétion au Grand Hôtel Terminus de Carcassonne. Il demanda à la réception des brochures touristiques de la Cité, car avait l'intention d'aller la visiter le lendemain matin. Averti de cette arrivée, M. Bonnafous, préfet de l'Aude, se rendit au Terminus et demanda audience auprès de M. Coty. L'entretien en tête à tête dura une heure environ, après quoi l'ancien de chef de l'état préféra dîner dans son appartement. On veilla à ne pas le déranger...

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    Le lendemain matin à 9h15, avant de faire un rapide tour en voiture dans les lices, le président, qui connaissait la Cité pour l'avoir déjà visitée, souhaita se recueillir dans la basilique Saint-Nazaire. Vers 10h15, il rejoignit son hôtel et repartit avec sa famille et son escorte en direction de Toulouse. Dans la ville rose, il se rendit durant trente minutes à la basilique Saint-Sernin avant de filer vers Paris. Le président René Coty mourra deux ans après d'une crise cardiaque.

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  • La visite de S.A.R Monseigneur le duc d'Angoulême, neveu de Louis XVIII

    Privé de courrier de Paris entre le 29 mars et le 19 avril 1814, le département de l'Aude se trouva dans une situation politique difficile. Nul avis de ce qui s'était passé dans la capitale ; l'information ne circulait que par voie publique. La ville de Narbonne était devenue le quartier général du maréchal duc d'Albuféra et de son armée. Après le maréchal duc de Dalmatie s'était retiré à Castelnaudary avec ses troupes. Une proclamation adressée par le maréchal Suchet à ses soldats, le 18 avril, un ordre du jour donné le lendemain par le maréchal Soult, manifestèrent leur adhésion au rétablissement de S.M le roi Louis XVIII sur le trône des Capétiens. Le 20 avril, toutes les autorités, tous les fonctionnaires de Carcassonne se réunirent pour exprimer le même sentiment. Par un mouvement spontané toute la ville fut illuminée. L'avènement de Louis XVIII le 6 avril mettait fin au règne de l'empereur Napoléon Ier. Cette information mettra deux semaines à arriver à Carcassonne.

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    Louis-Antoine d'Artois, duc d'Angoulême

    (1775-1844)

    Informé que Mgr le duc d'Angoulême devait se rendre de Bordeaux à Toulouse, le préfet de l'Aude s'empressa d'aller dans cette dernière ville, afin de présenter à S.A.R l'hommage de son respect et de sa fidélité. Il fut suivi de plusieurs membres du Conseil général et des conseillers municipaux des villes du département. Le Baron Trouvé, préfet de l'Aude sous le Second Empire et dont l'épouse avait été reçue par Joséphine en 1811 au château de la Malmaison, ne mit pas beaucoup de temps à tourner sa veste.

    Le prince arriva le 27 avril 1814 et ce jour-là, le préfet de l'Aude eut l'honneur de dîner avec S.G Lord Wellington. Admis le lendemain avec les députations à l'audience du prince, le préfet lui adressa le discours suivant :

    J'ai l'honneur de présenter à Vôtre Altesse Royale, les députations du Conseil général et des conseils municipaux des villes du département de l'Aude. Nos vœux les plus ardents, le besoin de nos cœurs sont aussi de posséder un prince si cher à tous les Français ; n'osant encore, malgré la proximité de Toulouse, nous livrer à cette flatteuse espérance, nous venons déposer aux pieds de V.A.R l'expression de notre joie, l'hommage de notre respect et de notre fidélité. Oui, Monseigneur, tous mes administrés ont vu, avec autant d'attendrissement que d'enthousiasme, les descendants de Saint-Louis remonter au trône de leurs ancêtres, à ce trône illustre par la bonté paternelle de Louis XIII, par la loyauté chevaleresque de François Ier, par l'héroïque et touchante popularité de Henri IV. 

    Au milieu de la grande réconciliation de tous les peuples qui ne rivalisent plus que d'amour pour la paix et pour le bonheur du monde, qu'il m'est doux, Monseigneur, d'être auprès de V.A.R, l'interprète des sentiments d'une nombreuse et intéressante population, heureux moi-même, si l'époux de l'auguste fille de Louis XVI daigne agréer le serment que je fais de servir avec un dévouement sans bornes S.M le roi Louis XVIII et la famille des Bourbons.

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    Louis XVIII

    MM. Pech-Palajanel, maire de Carcassonne, et Galabert, maire de Castelnaudary, eurent l'honneur de complimenter aussi S.A.R qui témoigna sa satisfaction pour les sentiments qu'on venait de lui exprimer, et promit d'en rendre compte au roi. Le lendemain, le préfet fut informé que Mgr duc d'Angoulême était disposé à venir dans le département de l'Aude pour y passer la revue des armées. Le soir, au cercle du prince, il en obtint la certitude de S.A.R elle-même.

    Le 3 mai 1814, le duc d'Angoulême arriva à une heure de l'après-midi à Castelnaudary, accompagné seulement de MM. le duc de Guiche et le vicomte d'Escars, ses aides-de-camp. Il trouva les maréchaux Suchet et Soult, passa les troupes en revue et fut complimentés par les autorités. A une lieue de la ville, il rejoignit le préfet avec la garde d'honneur à cheval. Celui-ci s'adressa au prince :

    Les vœux du département de l'Aude sont comblés. V.A.R nous accorde une faveur à laquelle nous aspirions. Depuis près de 40 ans, ce pays n'avait été visité par aucun membre de la famille régnante ; aucun ne s'était arrêté dans la ville de Carcassonne, depuis le séjour que daigna y faire l'auguste prince qui, par de si longues et si rudes épreuves, mûri dans l'art de gouverner, promet à la France un règne de paix, de justice et de bonheur. 

    Le bonheur ! Déjà votre présence en est le gage ; elle est l'aurore des jours fortunés qui vont prospères, longtemps négligés, et dont V.A.R vient réparer l'abandon. Monseigneur, le département de l'Aude vous offre une physionomie particulière et peut-être unique en France. Il n'a point été ensanglanté par les fureurs de l'anarchie ; il n'a point été la proie des ressentiments, des réactions et de, vengeances ; il était impatient de faire éclater son respect, sa fidélité, son amour pour la famille des Bourbons. Si la ville de Castelnaudary a jouit la première de la vue d'un prince qui fait l'espoir, qui fera les délices de la patrie, les villes de Carcassonne et de Narbonne brûlent aussi de partager cette heureuse jouissance et de prouver leur enthousiasme et leur dévouement à V.A.R et au souterrain que la main de la providence a replacé sur le trône de Saint-Louis et de Henri IV.

    Cent coups de canons annoncèrent l'arrivée de S.A.R. Elle monta à cheval et traversa, ayant a ses côtés MM. les maréchaux Soult et Suchet, les lignes de troupes qui bordaient son passage, et qui défilèrent devant elle aux cris de "Vive le Roi !". Le maire à la tête du conseil municipal, attendait le prince à la porte dite de Toulouse (place Davilla) ; il le complimenta, lui remit les clefs de la ville, lui offrit un dais, que S.A.R refusa. Son entrée dans Carcassonne se fit à cheval ; elle fut signalée par des acclamations à chaque pas. Un arc de triomphe avait été élevé, toutes les rues, toutes les maisons étaient décorées de tapisseries, de drapeaux blancs et de guirlandes ; toutes les fenêtres étaient remplies de dames élégantes ; de toutes parts, on entendait les applaudissements et les mêmes cris longtemps prolongés de Vive le Roi, vive le duc d'Angoulême. La garde royale l'escorta et la garde nationale à pied formait la haie.

    C'est ainsi que S.A.R fut conduite à l'hôtel de la préfecture, préparé pour le recevoir. Au haut de l'escalier, la fille du préfet, à la tête des demoiselles de la ville, toutes vêtues de blanc, s'avança un bouquet de lys à la main. Le prince admit toutes les députations qui se présentèrent, et fut conduit dans le même appartement qu'avait occupé, en 1777, Le frère de Louis XVI (Louis XVIII). Après le souper, S.A.R voulut bien honorer de sa présence le bal qui était préparé à l'hôtel de ville. Le lendemain à cinq heures et demi du matin, le prince se rendit à la cathédrale  ; le clergé l'attendait à la porte avec un dais, sous lequel il fut conduit à un prie-dieu. La messe fut célébrée par M. de Laporte, évêque de Carcassonne. Le prince partit ensuite pour Narbonne avec le maréchal duc d'Albuféra.

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    © Musée des beaux-arts de Carcassonne

    Claude-Joseph Trouvé, par Roque fils

    En janvier 1815, le Baron Trouvé et son épouse sont présentés au roi et à la famille royale. Au mois de mars, retour de Napoléon de l'île de d'Elbe ; le préfet Trouvé s'entretient avec Fouché, chef de la police. Après le Cent jours mettant définitivement fin à la tentative de retour de Napoléon, le préfet est admis à Saint-Denis le 8 juillet 1814 et renvoyé à Carcassonne. Le 15 novembre 1815, le duc et la duchesse d'Angoulême font un nouveau séjour à Carcassonne et dormiront à la préfecture. Le baron Trouvé sera destitué par ordonnance royale le 5 septembre 1816.

    Sources

    Description générale et statistique du département de l'Aude / Baron Trouvé / 1818

    Souvenirs d'un octogénaire / Baron Trouvé

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  • Le dernier duel au pistolet entre deux Carcassonnais

     Le duel d'honneur est le fait pour un homme de "souffler" (généralement avec un gant) un adversaire ayant attenté à sa réputation ou à son honneur. Le refuser c'est prendre le risque de passer pour un lâche ou un traître et de perdre ses relations. Des règles codifiées organisaient les duels avec des témoins. Cette pratique va peu à peu tomber en désuétude, jusqu'à sa disparition presque totale après la Seconde Guerre Mondiale. Si aucun texte actuel ne prévoit explicitement l'interdiction des duels, il ne demeure pas point que les deux parties s'exposeraient au principe selon lequel "le consentement de la victime n'exclut pas la responsabilité de l'auteur d'une infraction. Le participant au duel se rendrait donc coupable, en cas de mort de l'autre, de meurtre, et en cas de blessure, de violences volontaires (avec circonstance aggravante : préméditation, usage d'une arme)."duel-pistol.jpg

    Image extraite du film Barry Lyndon

    Au début du XXe siècle, il y avait dans notre ville un certain nombre de journaux qui se partageaient la faveur des lecteurs : "La dépêche de Toulouse", dirigée à Carcassonne par l'avocat Osmin Nogué, beau-frère de Maurice et Albert Sarraut ; "Le petit Méridional" de M. Cabanis ; "L'Express du Midi" de M. Barrière ; "La France de Bordeaux" par M. Saunac ; "Le Télégramme" de M. Garès, oncle de René Descadeillas qui fut le directeur de la Bibliothèque municipale ; "Le courrier de l'Aude" d'Hippolyte de Bordas. La concurrence allait bon train et surtout l'animosité des différences politiques. Pour un mot ou pour un adjectif, on s'envoyait des témoins et Maître Abadie du 17e dragons préparait les combattants. Les combats en champ clos opposaient Garès à Nogué, Garès à Cabanis et Cabanis à Nogué. A l'issue de ce dernier duel, l'avocat Nogué fut assez sérieusement blessé au bras droit.

    "Les garnements allaient chanter sous sa fenêtre le grand air des "Huguenots" de Meyerbeer : En mon bras droit, j'ai confiance."

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    Osmin Nogué

    Parallèlement à ces combats politiques à Carcassonne, il y avait des duels provoqués pour des raisons d'ordre privé. Ville de garnison aristocratique, des intrigues trop poussées étaient la cause de combats courtois, mais ardents. Le dernier duel qui eut lieu fut celui de Jean Mistler - député de Castelnaudary, homme de lettres et Académicien - avec le baron Roger Detours, futur chef du 2e service de la Milice de l'Aude. Il date de 1934 ! A la suite des évènements de février, Mistler, faisant partie du gouvernement Daladier, souleva l'ire de Roger Detours, qui, le rencontrant au Café Terminus, le gifla à deux reprises

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    Jean Mistler

    Mistler fit alors un discours. Il parla de la République, de ses immortels principes devant les jours de belote goguenards. L'affaire se termina au champ de tir de Villemaury, près de Palaja. Selon les chroniqueurs de l'époque, les pistolets partirent de travers...

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