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Musique classique - Page 7

  • Le noël Carcassonnais : un chant liturgique en occitan

    Grâce à Georges Bruyère, archiviste de l'Evêché, j'avais appris que Paul Lacombe s'était servi d'un motif d'un vieil air carcassonnais pour écrire sa Rhapsodie sur des airs du pays d'Oc. Des recherches plus poussées m'ont appris que cette oeuvre fut jouée pour la première fois en 1906 au Congrès de musique régionale de Montpellier, placé sous la présidence de Frédéric Mistral. Le motif en question est une Elévation sur

    Le noël carcassonnais

    que Jean Escaffre (ancien organiste de St-Vincent) avait fait connaître à son professeur parisien Alexandre Guilmant. Ce dernier après l'avoir harmonisé l'avait inclus dans son Deuxième livre de noëls op.60. Voilà pour l'anecdote. Restait à retrouver le texte occitan puisque cette partition se chantait autrefois. Il y a dans Carcassonne des gens qu'il faut savoir solliciter et qui d'autre que Jean-Louis Bergnes, titulaire de l'orgue de la Basilique Saint-Nazaire pouvait me renseigner ?

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    Le texte de ce noël en occitan que j'ai retranscrit ci-dessous, avait été manuscrit il y a fort longtemps par une soeur du Monastère de Prouilhe dans l'Aude pour M. Bergnes. Elle l'a écrit tel qu'il était chanté et de mémoire. J'ai eu du mal parfois à lire certains mots, d'où sûrement quelques erreurs de compréhension. 

    Noël carcassonnais

    1.

    Qu’ès aco qu’aousici ?

    Tout m’espabourdissi

    Coumpaïre Miquel

    Me semblo que d’arejos

    Cantoun de louanjos

    Amoun sul mourrel

    Al lun d’un esclaïre

    Que lusits en laïre

    Moun diou qu’aco si bel !

    2.

    Béléou per talastre

    Aquel noubel astre

    Que bésen lusi

    Marco le Mesdio

    Que la proufessio

    Announço béni

    Rebeilhats bous, Pastrès !

    Benets à me n’os autres

    Benets bi lè aousi

    3.

    Es sus la cabano

    Qu’aquel astre plano

    Boli bous parla

    La neit es sereno

    Diots un ourgena

    Disoun gloria,

    In excelsis Deo !

    Bei pas dins l’Ideo

    Cantoun i Gloria

    4.

    Oui, Brabes Pastres

    Esprès boi bous aoutres

    Sioun benguts dal cel,

    L’Eternel nous mando ;

    Benets bous demando,

    Quitats le troupel

    Benets dins l’estable

    Le saoubur aïmable

    Sul fé d’un rastel.

    5.

    Merci, boun anjeto

    Joust bostro houleto

    Coun desisex, nous,

    Nous rendex urouses

    E maï glouriouses

    D'un bounhur pla doux.

    Nous farex l'intrado

    per qu'à l'accouchado

    Renden las hounours

     

    6.

    Y faren ouffrando

    Pouden pas maï grando

    D'un petit troussel

    D'un paouc de laïtaché

    Per qu'aquel maïnatché

    Bengue bei le bel

    De bouno facusseto

    E d'uno flasqueto

    De boun lainot biel 

    7.

    Seou d'un paouc de lano

    Raï dins la cabano

    Y tricoutari

    uno couberturo

    Per faïre caouduro

    A soun petit leit

    Car, fa fret bietase

    Sous le biou esliasé

    Jalaio la neit 

    8.

    Jeou a la bierjeto

    Dorti n'o raoubeto

    De moun effantou,

    Per qué m'el counserbe

    E mé le preserbe

    De touto malou

    Car, a la cresenço

    Qu'a touto puissenço

    Soun cor ès tan bou, 

    9.

    Le Dious admirable

    Sul fé de l'estable

    Ben per nous salba.

    Se l'enfer menaço

    El proumet sa graço

    Anen l'adoura,

    Soun amour nous presso

    Faguen la proumesso

    De toujours l'aïmar

    10.

    Le besets, maïnatches

    Coum el siogneu sa fetches

    L'aouffesses pas pus

    De sa paouro cretcho

    A toutis nous pretcho

    Bou la fas bertuts

    Josep e sa maïre

    Le badoun pecaïre

    Escouten Jesus.

     

    Traduction

    1
    Qu’est-ce que j’entends ?
    Tout me stupéfie,
    Compère Michel !
    Il me semble que des anges
    Chantent des louanges
    Là-haut sur la colline
    A la lumière d’un éclair
    Qui brille dans les airs.
    Mon dieu que tout ceci est beau !


    2
    Il se peut que, par hasard,
    Ce nouvel astre
    Que nous voyons luire
    Indique le Messie
    Dont la prophétie
    Annonça la venue.
    Réveillez-vous, Bergers !
    Venez avec nous,
    Venez l’entendre.


    3.
    Et sur la cabane
    Que cet astre domine
    Je veux vous parler.
    La nuit est sereine,
    On croirait que des orgues
    disent Gloria
    Au plus haut des cieux !
    Je manque de tête :
    Ils chantent le Gloria !


    4.
    Oui, Bons Bergers,
    Exprès pour vous
    Je suis venu du ciel.
    L’Eternel vous le demande,
    Quittez le troupeau,
    Vous verrez dans l’étable,
    L’aimable Sauveur
    Sur un berceau de paille.


    5.
    Merci, bon angelot,
    Sous votre houlette,
    Conduisez-nous.
    Vous nous rendrez heureux
    Et même glorieux
    D’un bien doux bonheur.
    Vous nous permettrez l’entrée
    Pour qu’à l’accouchée
    Nous rendions les honneurs.
    6.
    Nous lui feront l’offrande,
    Nous ne pouvons plus importante,
    D’un petit trousseau,
    D’un peu de laitage
    Pour que cet enfant
    Devienne bientôt le plus beau,
    D’une bonne brassière,
    Et d’un flacon
    De bon xxx vieux.


    7.
    Si j’ai un peu de laine,
    Simplement dans la cabane
    Je lui tricoterai
    Une couverture
    Pour réchauffer
    Son petit lit,
    Car il fait froid, bigre !
    Sous le bœuf et l’âne
    Il gèlerait, la nuit !


    8.
    Moi, à la Vierge,
    Je porte une petite robe
    De mon enfançon
    Pour qu’elle me le conserve
    Et me le préserve
    De tous les malheurs,
    Car je crois
    En sa toute puissance.
    Son cœur est si bon !


    9.
    Le Dieu admirable
    Sur le berceau de l’étable
    Vient pour nous sauver.
    Si l’enfer menace,
    lui nous promet sa grâce,
    Et nous allons l’adorer.
    Son amour nous garde,
    Faisons la promesse
    De toujours l’aimer !


    10
    Vous le voyez, enfants,
    Comme xxx
    xxx
    Depuis sa pauvre crèche
    A tous il nous prêche
    Vouloir faire des vertus
    Joseph et sa mère
    L’admirent ; pêcheurs

    Vous pouvez l'écouter ci-dessous

    https://www.youtube.com/watch?v=E3mYUMZJzck

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    © Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2017

  • Lo cant dè San Gimer (Chanson de la Barbacane)

    Bien davantage que les vieilles pierres, il y a dans nos provinces des traditions orales ou musicales qui se sont perdues au fil des générations. Il y a bien des situations que le français ne saurait imager comme l'occitan. Il était dans tout le pays carcassonnais un cantique fort connu, que l'on chantait dans la paroisse de Saint-Gimer au pied de la Barbacane: Lo cant dè San Gimer. C'est en travaillant sur Paul Lacombe et plus précisément sur sa Rapsodie sur des airs du pays d'Oc, que j'ai découvert l'existence de cet air. J'ai trouvé ainsi que le compositeur carcassonnais, avait inclus dans cette oeuvre écrite pour le congrès de musique régionale en 1907, le refrain de ce cantique à St-Gimer. Restait à retrouver la musique et le texte... Qui d'autre que l'éminent organiste de St-Nazaire, Jean-Louis Bergnes, aurait pu m'aider ?

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    La partition du refrain

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    Vous trouverez ci-dessous un lien pour écouter la Rapsodie de Paul Lacombe que j'ai reconstituée à partir d'instruments virtuels - Serge André a fait le reste. A partir de la 45e seconde, vous entendrez le thème du cantique de St-Gimer. Bien entendu, cette oeuvre sonnerait beaucoup mieux avec un vrai un orchestre... mais dans ce pays, on n'aime pas la musique régionale.

    https://www.youtube.com/watch?v=uC0Emxz9x_o

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  • François Teysseyre (1821-1887), fondateur de l'école de musique de Carcassonne

    Lorsque François Tesseyre arrive à Carcassonne après de sérieuses études musicales au conservatoire de Paris, seuls les enfants issus de famille les plus fortunées de la ville prennent des cours de chant payants dispensés par les Frères de écoles chrétiennes. L'initiative qu'il va alors prendre en direction de la classe ouvrière va révolutionner durablement la vie musicale carcassonnaise et faire émerger un certain nombre de futurs grands compositeurs locaux comme Paul Lacombe ou Armand Raynaud. Si Lacombe est resté un peu dans les mémoires, en revanche Raynaud qui fut 1er Chef d'orchestre de Gand puis du Capitole de Toulouse a été injustement oublié.

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    Le 10 mai 1849, François Tesseyre écrit au Conseil municipal: "Monsieur Teysseyre, professeur de chant à l'honneur de soumettre à votre examen le projet qu'il a formé de fonder dans Carcassonne, une classe de chant destinée aux ouvriers, aux enfants indigents, à tous ceux enfin, qui avec des dispositions naturelles pour la musique n'ont ni le temps ni les moyens d'en apprendre même les éléments." Dans cette lettre il indique que des villes comme Narbonne ou Castres ont déjà une école municipale et détaille avec force, l'intêret d'un tel projet pour "les enfants du peuple". Il propose que l'inscription des élèves se fasse sur la présentation d'un certificat de vaccination et après avoir établi qu'il savent écrire et lire. Leur admission se fera après un petit examen devant le directeur. Ce dernier qu'il se propose d'être en même temps que professeur serait nommé par M. le maire. En contrepartie, François Teysseyre s'engage contractuellement à donner tous les ans un concert au bénéfice des pauvres dont le produit moyen s'élèverait à 500 francs environ.

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    Le Conseil municipal dans sa séance du 27 février 1850, enterrine la proposition de François Teysseyre. La première école municipale de musique de Carcassonne est ainsi créée! Elle comprend trois classes: Solfège élémentaire, Chant, Solfège élémentaire pour adultes. Les cours à partir du 1er avril 1850 sont dispensés dans une classe de la rue du Séminaire (rue Victor Hugo) et chez le directeur, rue du 24 février.

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    La liste des élèves va passer de 16 en 1850 à 35, trois ans plus tard. Sur sa lancée, Teysseyre va créer en 1851 la Société Philharmonique grâce au vivier des élèves de l'école et ainsi, porter aux programmes des concerts, la musique symphonique et d'opéra. Pendant une quinzaine d'année François Teysseyre sera de tous les combats pour initier de nouveaux élèves à l'art musical. Malheureusement, un changement de municipalité et de jalouses querelles venant de ceux-là même qu'il avait instruits, évinceront en 1867 ce professeur méritant, de la direction de son école. François Teysseyre s'éteint à Carcassonne le 27 mars 1887. Il est inhumé au cimetière St-Michel.

    Cherchez donc le nom de François Teysseyre dans Carcassonne. Tiens ! Même pas dans le conservatoire de la ville... Cela vous étonne t-il ?

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