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Livres - Page 2

  • La romancière Alix André vivait à Carcassonne

    Au milieu du siècle dernier la collection Harlequin n'existait pas encore, quand Alix André écrivait déjà des romans d'amour pour les éditions Tallandier. Un véritable succès ! Dès 1942, son premier ouvrage "Notre-Dame des neiges" remportait le Prix de l'Académie des Jeux Floraux. Alix née en 1909 à Lavelanet dans l'Ariège s'était mariée à Antoine André, un riche industriel propriétaire du château de Pech-Latt près de Lagrasse (Aude). Comme beaucoup de femmes issue de la bourgeoisie, l'ennui succéda à l'éducation de ses trois enfants : Philippe, Serge et Jacques.

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    "Quand mes enfants furent élevés, je n'avais plus grand chose à faire."

    Elle prit alors la plume, comme d'autres s'adonnent au jardinage ou la couture. Tous les matins à partir de 6h30, elle réveillait la maison puis se recouchait avec une tasse de café. Là, sur une tablette ingénieusement confectionnée, elle faisait vivre les futurs héros de ses romans. Entre 1942 et 1980, ce sont une cinquantaine de livres qui sortirent de son esprit rêveur ; ils furent traduits en plusieurs langues et les magazines féminins les découpèrent en épisodes pour leurs lectrices. Edité en 1946, Le prince blanc faillit être adapté pour le cinéma. 

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    Le lac aux ours (1951). Prix de l'Académie française.

    Alix André partageait son temps et ses séances d'écriture entre sa maison de Carcassonne et le château de Pech-Latt. Là-bas, le domaine produisait un fameux vin blanc avec la typique des Corbières. Il appartient aujourd'hui à une société de vins de Bourgogne.

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    La maison d'Alix André, route de Limoux à Carcassonne

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    © Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2017

  • Magali (1898-1986), l'une des plus grandes romancières françaises est née à Limoux.

    Ne demandez pas aux Limouxins s'il connaissent Magali, car il me semble qu'il n'y a pas dans la Sous-préfecture audoise de bâtiments ou de rues portant son nom. Et pourtant... Jeanne Philbert est née le 6 mars 1898 à Limoux d'un père négociant en vins qui après le décès prématuré de son épouse, confiera sa fille à des tantes tenant un magasin de confections en ville. Au lycée de Carcassonne, il a l'audace d'écrire son admiration au félibre Frédéric Mistral, avec lequel elle entretiendra une correspondance épistolaire jusqu'à sa mort. Il l'encourage à écrire ses premiers essais et lui attribue le pseudonyme de Magali. Elle signera ses ouvrages sous six autres pseudonymes, dont Michel Cerdan en raison de sa fascination pour le boxeur Marcel Cerdan.

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    © adbstar

    Magali alias Jeanne Philbert

    En 1915, elle part quatre ans en Algérie comme institutrice. A son retour, elle s'occupe de la gestion d'une ferme appartenant à son père. Après la Grande guerre, elle épouse Marcel Idiers (1886-1950), romancier populaire à succès avec lequel elle collabore avant de s'en séparer. A ses débuts, Magali écrits des articles variés dans les journaux sur différents thèmes : cuisine, critique dramatique, sports, etc. A ce sujet, elle rédige un papier sur l'arrivée triomphale de Charles Lindbergh en 1927. C'est cette année-là que son livre "Le jardin enchanté" lui vaut d'être couronnée du 1er prix Max du Veuzit. Deux ans après, Magali aussi célèbre que Delly, entre chez l'éditeur Jules Tallandier dans la collection blanche. A noter le célèbre "Armoire normande" qui a pour cadre Limoux et est plein de souvenirs d'enfance. Traduite dans plusieurs langues, son public est international. 

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    Magali est née au premier étage de cette maison, place de la République

    Elle se passionne pour l'aéronautique, accompagne Maryse Bastié lors de missions sur le front et rencontre au gré des escales Saint-Exupéry et d'autres as de la voltige. Durant deux ans, elle est engagée volontaire dans les sections féminines automobiles.

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    Son roman L'enveloppe aux cachets bleus est victime en 1940 de la censure. Magali se réfugie à Toulouse et participe à la Résistance avec la création de la maison d'éditions Chantal. Sous couverture de la publication de romans sentimentaux, elle imprime des faux-papiers, des tracts et des journaux clandestins. A la Libération, Magali est une personnalité nationale. En 1954, elle reçoit la Légion d'honneur puis l'Ode national du mérite. Après s'être remariée en 1947 avec Joseph Corradot, elle donne des conférences en France et à l'étranger. Installée à Rueil-la-Gadelière (Eure-et-Loir), à quelques kilomètres de Verneuil-sur-Avre (Eure) où, en 1953, elle crée la section locale de l’association France-Canada. Ses livres censurés avaient été diffusés au Québec pendant l'Occupation. En 1954, elle reçoit la médaille de la Résistance et est décorée de la légion d'honneur. 

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    © adbstar

     La Dame aux cent livres restera de 1976 à 1984 la Vice-présidente de la Société des Gens de Lettres. En 1985, elle reçoit le prix Paul Féval pour l'ensemble de son œuvre. Magali - prénom provençal - née à Limoux où elle vécut pendant vingt ans mourra le 5 février 1986 à Rueil-la-Gadelière (Eure-et-Loir). C'est là, loin de son Aude natale qu'elle repose désormais.

    Sources

    Ouvrières des lettres / Presses universitaires de Limoges

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  • Jean-Marc Savary, l'homme qui murmure à l'oreille des livres depuis 32 ans...

    Ce Carcassonnais renverse les montagnes, bouscule les préjugés et finalement arrive à se faire une place dès 1985 en créant sa maison d'édition "Liber Mirabilis" dans la capitale audoise. Tout ceci bien entendu au prix d'une énergie comparable à dix fois la puissance de la bombe atomique lancée sur Hiroshima. Car à Carcassonne, il faut bien cela si l'on n'est pas le fils de ou l'encarté d'un parti politique... Aujourd'hui, pour relancer un centre-ville commercialement moribond il faut des moteurs à explosion venant de la sphère privée. Oui, car les subventionnés vivent pépères avec un argent public bien souvent accaparé pour eux même ; il parlent de solidarité mais au final ne comptent pas partager, ce qu'une collectivité généreuse leur octroie. 

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    Alors, comme tout électron libre et indépendant, Savary le gêneur lance de nouveaux défis. C'est le loup de la fable de Jean de la Fontaine, qui n'envie pas le chien repus mais attaché. Il aime sa ville et son beau pays d'Aude à l'instar d'un Jean Girou, précurseur du tourisme local dans les années 30 et que l'on a remercié avec un coup de pied au derrière. Du coup, sa bibliothèque et ses tableaux sont partis en héritage à Toulouse et Montpellier. Savary entend bien relancer le commerce de la vieille bastide avec une approche artistique et littéraire. Déjà, depuis quelques semaines, il a fait copain avec le caviste de la rue Tomey, chez lequel on distille lectures et causeries autour d'un vin des Corbières. Bientôt un mariage ! Les bancs viennent d'être publiés à l'entrée de la mairie. Samedi 1er juillet 2017, Jean-Marc Savary inaugure sa vitrine dans la rue Albert Tomey. A cette occasion, l'artère sera bloquée à la circulation toute la journée afin d'y faire place nette aux écrivains et artistes en tous genres. 

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    Liber Mirabilis, 39 rue Tomey

    "J'ai loué ce local fermé depuis dix ans afin d'y installer mes bureaux. Il n'y avait que le Canard bleu, le caviste du coin chez qui nous organisons maintenant des lectures et des débats. Aux squatteurs et autres dealers, nous avons dit d'aller jouer ailleurs. Ainsi, nous reprenons possession de cette partie de la rue jusque-là mal famée, car des artistes peintres vont bientôt s'y installer."

    A l'évidence, nous assistons à une renaissance de ce quartier grâce à des hommes de bonne volonté. Nous citerons la grande philosophe Linda de Suza qui chantait : "Un enfant peut faire chanter le monde, un seul homme peut le faire pleurer." Eh ! bien, disons que Savary est ce gosse qui vit encore sa passion en tentant dans le bon sens, de contaminer les autres. En regardant dans le rétroviseur, nous allons nous arrêter sur les débuts de l'homme qui murmure à l'oreille des livres.

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    Savary n'a que 22 ans en 1985 lorsqu'après son service militaire dans les Commandos, il s'interroge sur son devenir professionnel. Bien que son penchant aille vers le journalisme, sa situation de demandeur d'emploi ne le satisfait guère. C'est alors qu'une idée le prend, celle de créer un salon du livre à Carcassonne. La salle du dôme inaugurée quelques temps plus tôt, ressemble à une coquille vide. On ne s'y presse pas pour y organiser des évènements. Savary obtient une audience auprès du maire Raymond Chésa et avec le soutien de son adjoint à la culture, Jacques Albarel, il organise le 1er salon du livre de Carcassonne. Enfin, un soutien mesuré... Il paiera la salle et ne recevra pas de subventions ; le maire souhaite juger le petit afin de voir de quoi il est capable. 

    "Tu comprends, me dit Raymond, quand je donne 1 franc dans le sport cela me rapporte une voix. Quand je donne 1 franc dans la culture, cela me rapporte 1/2 voix. Finalement, il eu raison puisqu'il a été élu à quatre reprises, souligne Savary avec amusement."

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    Roger Hanin et Michel Sawas en 1985

    Ramon de la Trivalle ne va pas être déçu. Jean-Marc Savary attire à Carcassonne du 9 au 10 novembre 1985, cinquante exposants et une quarantaine d'éditeurs parmi les plus prestigieux : Grasset, Gallimard, Loubatières, etc. Mieux encore, il se cherche un parrain pour le salon.

    "J'avais entendu parler de la polémique lancée au sujet du livre de Roger Hanin, qui était le beau-frère de François Mitterrand. Il était un peu chahuté et fâché par cette situation. J'ai tenté d'en tirer un avantage en l'invitant comme parrain de mon salon. C'était un peu gonflé car je ne le connaissais pas. J'ai passé plusieurs coup de fil chez Grasset (sa maison d'édition) à Paris en expliquant ma démarche avec le culot de mes 22 ans. On dit me qu'il est en ce moment sur le tournage du film "Soleil" avec Sophia Loren. A force d'insister, on finit pas me le passer. Avec mes arguments, je lui fais ma proposition. Un blanc, au téléphone. Puis, il me donne son accord. C'est ainsi que Roger Hanin vint deux jours à Carcassonne.

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    Dédicace à J-M Savary

    Ce salon eut un succès retentissant, car hormis Paris, ce fut l'un des premiers a être organisé en province. Si l'aventure ne s'était pas arrêtée en 1995, Carcassonne n'aurait rien à envier à Brive.

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    Affiche de Sophie Rocco

    L'année suivante, le salon attira 60 exposants à la salle du Dôme avec pour parrain, l'ancien flic Roger Borniche. L'acteur Alain Delon devait figurer parmi les invités, mais il n'a pas pu trouver de ligne aérienne entre Paris et Carcassonne. C'est Fréquence Cabardès qui relaya sur les ondes radio, toute l'actualité du salon.

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    © Droits réservés

    R. Borniche dédicace "L'affaire de la môme Moineau"

    Le 3e salon du livre du 21 au 22 novembre 1987 réunit 8 éditeurs étrangers, avec l'exposition de 60 incunables de la première bibliothèque ésotérique du monde d'Amsterdam. En relais avec le salon, le public put assister à 8 conférences et diaporamas au Théâtre municipal sur des sujets tels que Monségur, les bâtisseurs de cathédrales, le Celtisme, le compagnonnage avec François Iché. Henri Tort-Nouguès - Grand maître de la Grande Loge de France - vint parler de Franc-Maçonnerie.

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    Qui dit salon du livre, dit tête d'affiches... Ici, Amanda Lear goûte aux joies de la Blanquette de Limoux. Arthur Conte présenta son nouveau livre, tout comme Léo Campion (1905-1992). Le samedi soir, une pièce de théâtre "Vittorio" de Paolo Pasolini créée pour l'évènement, fut jouée au théâtre municipal.

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    Hélas, toutes les bonnes choses ont une fin à Carcassonne. Quand Chésa se brouilla avec son adjoint à la culture Jacques Albarel en 1992, le carrosse qui amenait Savary se transforma en citrouille. On ne peut pas dire, comme dans la Comédie humaine de Balzac, que le vieux Raymond avait donné une peau de chagrin au jeune fougueux. Alors, petit à petit, on déplaça le salon tel un SDF, de centres d'accueil en centres d'accueil, du Dôme vers l'Hôtel de la Cité, l'hôtel Terminus, l'hôtel du Donjon pour finir à la chapelle des dominicains en 1995 ; de 5000 m2 à 300 m2. Ainsi s'acheva le Salon du livre de Carcassonne qui migra vers Cordes-sur-Ciel au moment où Paul Quilès - ministre de Mitterrand - remporta la mairie.

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    Notons au passage que Quilès à qui Mitterrand cherchait un point de chute, souhaitait se présenter aux municipales de 1995 sous la bannière socialiste. Les barons du Ps local qui régnaient sans partage sur l'Aude, firent comprendre à tonton que l'ancien ministre des PTT n'était pas le bienvenu. On lui préféra donc Jacques Arino qui finit par se ramasser. Paul Quilès fut élu à Cordes-sur-Ciel où sans augmenter les impôts, il multiplia par quatre le budget de la commune. La petite bastide Tarnaise c'est quand même autre chose actuellement, que les épées en plastique de Carcassonne...

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