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La Cité - Page 8

  • Le trésor du Temple de Salomon serait-il enfoui dans la Cité ?

    Quoique relativement récente sur l'échelle de l'humanité, l'histoire du trésor du Temple de Salomon nous montre à quel point les peuples ont intensément coexisté tout autour de la Méditerranée. Lorsque les légions romaines eurent pillé le Temple le plus riche et le plus prestigieux de l'Orient, ils rapportèrent leur butin à Rome, au Capitole. Dans leur invasion de l'Empire romain, les Goths pillèrent Rome et, à leur tour, s'approprièrent entre autres trésors, celui de Salomon. On l'estime à près de vingt millions de pièces d'or, sans parler des nombreux objets, tel le chandelier d'or du temple de Salomon. 

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    Le château comtal

     L'empereur Flavius Honorius pour se débarrasser des Goths leur fit don de toutes les terres conquises sur les Vandales. Après avoir chassé ces derniers, le roi Alaric s'installa dans l'ancienne fortification romaine de Carsac, dont il éleva les murailles flanquées de tours et y déposa ses trésors. Ils devaient faire des envieux... Toutes ces fortifications n'empêchèrent pas Clovis et ses Francs de venir l'assiéger, pendant six mois. Devant le danger, le trésor fut caché. Clovis repartit se battre en Provence et laissa les Goths à leurs luttes intérieures.

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    © John Reve

    Que devint le trésor ? Les avis des historiens sont partagés. Selon les uns, il fut transporté à Ravenne par le général Hiba, venu d'Italie au secours de ses frères de race ou en Espagne, par les partisans d'Amalric, héritier légitime du trône mais victime d'un coup d'état. Selon d'autres, il serait resté soigneusement caché à l'intérieur de la Cité, dont l'invincibilité était alors proverbiale. Mais, cinquante ans après, une effroyable peste et la guerre civile ruinèrent le royaume. Comme cela arrivait fréquemment pour les trésors trop bien cachés, les quelques dépositaires du secret durent disparaître subitement sans le révéler.

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    Vers 1840, la municipalité de Carcassonne décida d'entreprendre des recherches. Dans la Cité, les gens, par tradition, affirmaient que le trésor était au fond du Grand puits, réputé insondable. A l'époque, les spéléologues n'existaient pas. Tout ce qui était caverne, gouffre ou profondeur, était entouré de frayeur superstitieuse. Il est donc normal que les Carcassonnais du Moyen âge au XIXe siècle, aient vu le trésor dans ce puits. Avec un matériel d'époque, des volontaires descendirent dans le puits, profitant d'une intense sécheresse qui le faisait à sec. Ils n'y trouvèrent que de vieilles armes et quelques pièces de monnaie, vestiges des anciennes coutumes des offrandes aux sources et aux puits. Reste à savoir quel autre lieu dans la Cité peut encore renfermer le trésor du Temple de Salomon... La légende ou le mystère restent entiers.

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  • La destruction par le feu des archives de la Cité de Carcassonne

    Quelle richesse inestimable avons-nous perdue à jamais ce 20 novembre 1793 ? Il est presque impossible de le savoir. On parle très souvent de la profanation des tombeaux des rois de France dans la crypte de Saint-Denis, c'est très regrettable. N'est-ce pas toutefois moins important que la perte de documents historiques de premier plan pour l'histoire de la Cité, dans un grand feu de joie allumé par les sans-culottes ?

    "Nous ne résistons pas à la satisfaction d'insérer ici cette pièce tristement curieuse et de livrer, en même, par leurs noms, au mépris et à l'indignation de tous ceux qui s'intéressent au passé, les auteurs de cette sotte exécution". (Guide à la cité de Carcassonne / Pierre Foncin / 1866)

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    Aspect de la Cité sous la Révolution française

    M. Champollion-Fijeac (1813-1894), dans son Annuaire de l'archiviste, publie le document d'archive relatant d'exaction des sans-culottes contre les archives de la Cité.

    Ce jourd'hui 30e brumaire l'an II de la République Française, une, indivisible, quatre heures après-midi, nous, Jean-Marie Guilhem, maire ; officiers municipaux ; procureur de la Commune et notables composant le Conseil Général de la Commune de Carcassonne-Cité, accompagnés du citoyen Charles Assumac, secrétaire-greffier de la Commune ; du citoyen Maguelonne Naucadéry, juge de paix du canton de Carcassonne-Cité ; au milieu du bataillon de la Garde Nationale de la dite Cité, commandé par le citoyen Loubet, drapeau flottant, et de la compagnie des Invalides ou Vétérans de la garnison de la dite Cité, commandée par le citoyen Girot, capitaine de la dite compagnie, nous nous sommes rendus sur la place de la Liberté, ci-devant Belle-vue, où nous avons fait apporter tous les titres, privilèges, immunités, accordés à la dite commune de la Cité, par nos ci-devant Rois, ou, pour mieux dire, tyrans qui insultaient l'égalité, ainsi que deux registres de reconnaissances consenties en 1781, par les habitants ou possesseurs de bien-fonds et maisons de la récente Commune, au ci-devant roi le guillotiné ; et, étant parvenus dans cet ordre sur la dite place de la Liberté, et après avoir fait trois fois le tour des papiers et du bois destiné à faire le feu de joie, le citoyen Guilhem, maire, deux officiers municipaux et le secrétaire-greffier y ont mis le feu aux quatre coins, au milieu des cris de : Vive la République, une, indivisible ! Vive la Liberté, L'Egalité ! Périssent les Tyrans !

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    La place de la Liberté en 1793

    Le feu ayant duré pendant une heure, les citoyens qui s'y étaient rendus en foule, le Conseil Général de la Commune, et tous les assistants, on, pendant ce temps, avec la joie la plus vive, chanté l'hymne des Marseillais, la Carmagnole et autres couplets patriotes. Le feu étant éteint et les papiers, parchemins, registres, etc... entièrement consumés, et après avoir, sur la porte (Porte Narbonnaise, NDLR) donné l'accolade fraternelle aux commandants du bataillon de la Garde Nationale et de la compagnie des Vétérans, sommes entrés dans la salle publique de la dite maison commune, où nous avons dressé le présente procès-verbal, le jour et an susdits.

    Signés : A. Baux, officier municipal ; Guilhem, maire ; Mieux, officier municipal ; Jean Girot, officier municipal ; Valens, Assumac, secrétaire-greffier. 

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    Ancien hôtel de ville où fut dressé l'acte des sans-culottes

     Pour la petite histoire, le brûlement des archives n'ayant pas été complet, des titres emportés par le vent avaient été sauvés des flammes et des citoyens s'en étaient emparés. Le lendemain, 1er frimaire An II, une décision du Conseil Général de la Commune les prévenait "qu'ils seraient déclarés suspects s'ils ne les rendaient pas aussitôt." Etre déclaré suspect sous la Terreur, c'était passer en jugement devant un tribunal révolutionnaire qui vous envoyait à coup sûr au Rasoir national. Voilà donc un épisode de notre histoire qui n'enorgueillit pas nos révolutionnaires locaux. Si paraît-il à Carcassonne les têtes furent épargnées, les archives n'eurent pas ce privilège.

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  • "Simon de Montfort" et "Le sol commandé", deux œuvres du patrimoine théâtral Languedocien

    "Il faut que la ville de Carcassonne concède son théâtre pour un nouveau bail, non point à quelque vague impresario parisien ou belge, à l'homme de paille de quelque obscure coterie, à quelque littérateur en chambre, solitaire et aigri, - mais à un méridional, connaissant son pays et sa race, croyant en eux, et désireux beaucoup plus de faire de belles choses que d'amasser de gros sous." Cet extrait d'un article de presse aurait sans doute pu être écrit hier ; il le fut de la main d'Armand Praviel en 1928, à l'issue de la représentation de deux pièces d'auteurs régionaux données en dehors des fêtes du bi-millanire de la Cité.

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    © Martial Andrieu / Plaque de verre

    Le public au Théâtre de la Cité

    C'est grâce à l'intervention de Maurice Sarraut, sénateur de l'Aude, et au désintéressement de Romuald Joubé et de ses camarades de la Comédie française, que l'on put monter deux pièces méridionales.

    "Le sol commandé"

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    © La France libre

    Jean Camp

    (1891-1968)

    Auteur dramatique et poète, Jean Camp était né à Salles d'Aude. Il fut professeur au lycée Louis le grand à Paris et s'engagea dans la France libre en février 1943. A ce titre, il reçut la Médaille de la Résistance et fut élevé au grande d'Officier de la légion d'honneur. On lui doit un grand nombre de pièces dont "Le sol commandé", drame paysan en vers, créé en 1927 sur la scène du théâtre de la nature de Coursan. Ce lieu de spectacle en plein air fut fondé par Louis Izard, le directeur du théâtre du Capitole de Toulouse.  Romuald Joubé deviendra le directeur artistique de cette scène estivale, appréciée de Joseph Delteil et de François-Paul Alibert.

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    © Martial Andrieu / Plaque de verre

    L'œuvre de Jean Camp porte la dédicace suivante : "Aux vignes de la plaine Audoise, née des efforts têtus de ma race, en filial hommage."

    Lors de la représentation à Carcassonne, la musique du compositeur Catalan Josep Fontbernat y Verdaguer était interprétée par la cobla "L'art Gironi". Parmi les interprètes de la pièce, ont peut citer : Romuald Joubé (Simon), Fanny Robiane (Jeune paysan), Mme Ritter (Bernilde), Gauthier-Sylla (Jacques), André Méric (Paul), Pierre Sentès (Valet de ferme), Juliette Peine.

    "Simon de Montfort"

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    © Maison Saint-Prix

    Jean Suberville

    (1887-1953)

    Né à Saint-Médard dans la Haute-Garonne, Jean Suberville fut un discipline et ami d'Edmond Rostand. Caporal au sein du 94e RI durant la Grande guerre, il fit jouer "Cyrano de Bergerac aux tranchées". Une pièce en 1 acte et en vers de sa composition. On lui doit également un grand nombre de pièces, parmi lesquelles La passion de Don Juan, La nouvelle Sapho, Perdigal, Bertrand de Comminges, etc. Grand prix de poésie de l'Académie française.

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    © Martial Andrieu / Plaque de verre

    Simon de Montfort est une pièce en vers en 4 actes et 1 tableau. Créée d'abord aux arènes de Saintes (Charente Maritime) en 1926, puis le 15 février 1927 au Trocadéro à Paris, elle fut jouée à Carcassonne les 28 et 29 juillet 1928. Elle sera reprise en 1937, lors de l'exposition nationale devant le pavillon du Languedoc. Au milieu de l'histoire de la conquête de Simon de Montfort, l'intrigue se noue autour de Saucie d'Aragon, proie disputée par Raymond de Toulouse et Simon de Montfort. A tel point, qu'elle devient la cause involontaire du conflit.

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    © Bernon

    Romuald Joubé

     "A neuf heures du soir, devant l'immense amphithéâtre grouillant de spectateurs, devant la nuit pure qui s'assombrit peu à peu, une voix s'élève, jaillissant des remparts obscurs : celle de Romuald Joubé, qui adjure l'ombre de Montfort, jadis inhumé en face, sous les voûtes romanes de la cathédrale Saint-Nazaire. Elle proclame l'apaisement des anciennes querelles, dans la fidélité et le respect du passé le plus douloureux.

    Car nous aimons toujours la France

    En chantant notre terre d'Oc !

    Aussitôt, les trompettes sonnent, la scène s'éclaire, et nous voyons descendre de la tour du Moulin du Midi, le comte Raymond VI et la comtesse Eléonore : le drame est commencé."

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    © Maison Saint-Prix

    La mise-en scène réglée par Pierre Aldebert secondé par Pierre Sentès, fut des plus grandioses. On utilisa toutes le décor naturel des remparts, des tours et des portes séculaires de l'antique Cité. Parmi les 100 figurants, l'Orphéon de Castelnaudary interprétait des chants Languedociens. La distribution de la Comédie française n'en fut pas des moins prestigieuse : Romuald Joubé, Colonna Romano, Juliette Verneuil (Comtesse de Toulouse), Albert Reval (Raymond VI), Jean Forment (Simon de Montfort), André Méric (Roi d'Aragon), Gauthier-Sylla (Arnaut Amalric), etc.

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    Colonna Romana par Raymond Lheureux

    Le succès fut tel que l'on réclama une seconde représentation et ceux qui n'avaient pas pu obtenir de billets à la première, se rendirent à l'hôtel de la Cité où logeait Romuald Joubé. Celui-ci sortit au devant de la foule et indiqua qu'on allait lui donner satisfaction. A la fin de la représentation, il s'adressa au public de cette manière :

    "La pièce que nous venons de représenter a été écrite pour la Cité de Carcassonne, c'est ce soir une véritable création... Aussi, suis-je heureux de vous dire le nom de son auteur. C'est notre compatriote Jean Subervile."

    Romuald Joubé était né à Mazères dans l'Ariège... Un enfant du pays, sans doute. En 1930, François-Paul Alibert, natif de Carcassonne, prenait la direction du théâtre. Avait-on écouté la supplique du journaliste Armand Praviel ?

     

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