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Maires - Page 4

  • "Salut et Fraternité" à Jacques Dat (1759-1844), maire de Carcassonne

    Fils de Raimond Dat (1724-1803), avocat du roi en la Sénéchaussée de Castelnaudary et président du département, Jacques Dat naît dans cette ville le 30 mars 1759 ; il est baptisé le même jour par son grand oncle. Cette famille de notables bourgeois s’installa ensuite dans le chef-lieu de l’Aude où son père occupa les fonctions de Premier consul de 1779 à 1783 et de président du Directoire du département de 1790 à 1992. Le 17 août 1792, suite à l’assassinat du procureur syndic Guillaume Verdier - son gendre - par des émeutiers hostiles à la libre circulation des grains et excités par des partisans de la monarchie, Raimond Dat se mit en sécurité à Castelnaudary. Se sentant menacé, il renonça dès lors à toutes ses fonctions administratives.

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    Entre temps, Jacques avait épousé Marie de Pradel, la fille du Conseiller à la Cour des Aides de Montpellier, qui mit au monde trois enfants : Raimond Marie (1786-1788, Antoine Guillaume né le 10 novembre 1789 et Antoine Raimond né le 24 novembre 1791. Le couple s’installa au domaine de la Cavayère, acquit avec ses terres comme Bien national sur les anciennes possessions des aristocrates émigrés, aux alentours de Carcassonne, de Palaja et de Montirat. Jacques Dat en qualité de membre du club des Jacobins et de la Société populaire fut porté à la tête de l’Assemblée primaire ; il succéda à Joseph Dupré au poste de maire le 14 décembre 1792.

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    Le bataillon des Républicains

    Suite à l’exécution de Louis XVI, les monarchies européennes se liguèrent contre la France et bientôt l’Espagne rejoignit les pays coalisés. A la frontière avec la Catalogne débuta la guerre du Roussillon à partir du mois de mars 1793, à laquelle Jacques Dat entendit donner l’exemple d’un engagement au service de la patrie. N’écoutant que son devoir, malgré deux enfants en bas âge et une épouse sur le point d’accoucher, il partit le 28 avril 1793 avec le 2e bataillon des Volontaires de l’Aude combattre les armées espagnoles. Aux représentants de Perpignan, il dit ceci :

    « Un moment sublime s’était fait ressentir, un bataillon s’était formé pour marcher à l’ennemi. Votre arrêté qui explique le mode de la levée en masse a bien affaibli l’énergie de nos concitoyens. Je crois donc que je dois prêcher par l’exemple, c’est la plus belle éloquence. Je partirai avec les premières compagnies . Je me rangerai dans les rangs pour supporter avec mes frères d’armes toutes les fatigues de la guerre. »

    Fervent défenseur de la Montagne et d’un état centralisé, Jacques Dat s’opposa à l’insurrection des Girondins qui, au début de l’été 1793, avait trouvé un écho parmi les notables audois favorables au fédéralisme. Lorsque la rébellion fut matée et que les partisans de Robespierre furent débarrassés des séditieux, la position du maire se trouva confortée. Le 18 juillet 1793, l’administration du département qui l’avait nommé membre du Comité central de Narbonne, dut le faire remplacer à la demande du conseil général de la commune qui le jugea bien plus utile à Carcassonne. La société populaire réclama même qu’il revînt de la guerre avec l’Espagne.

    La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen avait été promulguée le 23 juin 1793, quand le 10 août suivant, on célébra la Fête de la Fédération acceptant la Constitution Républicaine. Le procès-verbal envoyé à Paris par le procureur syndicat Bastoulh témoigne de l’attachement des Carcassonnais à l’acte constitutionnel proclamé par la Convention nationale :

    « Séance publique des autorités constituées de la ville de Carcassonne, chef-lieu du département, du samedi 10 août 1793, à trois heures de l’après-midi, l’an II de la République française. L’assemblée, après lecture de l’arrêté du département qui détermine les dispositions de la fête qui doit être célébrée.

    Considérant que l’acceptation de la Constitution sera le seul signe auquel on pourra désormais reconnaître les vrais républicains, les amis de la chose publique ; que la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen doit anéantir toute espèce de parti ; que la Constitution, fondée sur les principes de la liberté et de l’égalité, va consoler et encourager ceux qui en sont les défenseurs, couvrir de honte et d’opprobre leurs ennemis, et devenir, pour tous les Français, un soleil dont les rayons bienfaisants feront bientôt découvrir l’imposture et n’anarchie, sous quelque forme qu’elles puissent se cacher.Oui le procureur syndic ; A unanimement délibéré de procéder de suite à la proclamation de l’Acte constitutionnel, d’une manière aussi solennelle que le mérite l’importance de l’objet.

    En conséquence, l’assemblée s’est transportée en corps à la maison commune, et de là sur la place de la Liberté, où étaient rassemblée toute la garde nationale de Carcassonne, la gendarmerie nationale, et le dépôt du 15e régiment des dragons, ci-devant Noailles. Une salve d’artillerie a annoncé la cérémonie qui allait commercer. »

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    Le maire Jacques Dat prit alors la parole :

    « Citoyens,

    Les ennemis irréconciliables de l’égalité sont vaincus ; la cause du peuple triomphe ; la Constitution proclamée, des lois populaires paraissent, le glaive de la justice est manié avec vigueur, toutes les aristocraties vont être frappées, les traîtres ne sont plus épargnés. L’agiotage est terrassé ; les accapareurs sont punis de mort ; toutes les têtes coupables tombent sous le glaive vengeur de l’humanité opprimée.

    Citoyens, vous seconderez les efforts de ces intrépides défenseurs des droits de tous les hommes ; vous ne nous occuperez que de la prospérité nationale. Vous signalerez pour ennemis ceux qui préfèrent leur intérêt au bonheur de tous. 

    Si nous faisons la guerre au despotisme, c’est pour nous, c’est pour la patrie, c’est pour les générations futures. Dans cette crise orageuse, les spéculations de l’agriculture, du commerce et de l’industrie ne doivent point être contenues dans le cercle étroit des passions particulières ; elles doivent toutes tourner au profit de la République.

    L’homme libre apporte sur l’autel de la patrie le fruit de ses travaux et de son économie ; il vole aux combats pour faire triompher la cause de l’humanité outragée ; il vit et meurt en sage. L’esclave, au contraire, calcule froidement ses intérêts ; traîné aux combats par les rois, il vit sous le poids des chaînes et meurt en forcené. Hommes libres, vous ne souffrirez pas que la Charte constitutionnelle, qui est aujourd’hui proclamée, soit déchirée ; que les droits du peuple soient anéantis ; que la terre de la liberté soit de nouveau infectée par le régime féodal et tyrannique. Vous vous lèverez en masse ; vous n’aurez d’autre cri de ralliement que celui qui doit être connu  à tous les Français, l’anéantissement des tyrans, des traitres, le triomphe de l’égalité ou la mort. »

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    © Flickr.com

    L'ancienne place de la Liberté

    Après quoi, un échafaudage en bois ayant été dressé, on brûla tous les monuments, bannières, drapeaux portant quelque marque de royauté. On a chanté les airs chéris de la Révolution accompagné par des musiciens : L’hymne des Marseillais, La Carmagnole, Ça ira, etc. La fête a été terminée par une ample distribution de pain aux pauvres de la ville et à tous ceux qui se sont présentés, fourni par la bienfaisance des citoyens qui l’avaient délibéré dans les différentes sections, lors des assemblées primaires pour l’acceptation de la Constitution.

    Les titres féodaux échappèrent pour un temps aux flammes, le citoyen Godar ayant fait observer en séance du conseil général de la commune que des titres de propriétés pouvant se trouver parmi les archives, il faudrait d’abord procéder à un tri. C’est donc le 17 novembre 1793 que les titres féodaux disparurent dans un immense brasier devant la porte Narbonnaise à la Cité, ci-devant place de la Liberté. L’arrêté municipal du 21 novembre interdit à tout citoyen de conserver les parchemins sauvés des flammes par le vent. Il devra les ramener à l’hôtel de ville, sous peine d’être considéré comme suspect.

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    © lepassepresent.com

    Certificat de civisme de la ville de Castres

    Les mesures votées par le conseil général de la commune les mois suivants, visèrent à renforcer l’unité républicaine par la contrainte. L’œuvre de la Société populaire, émanation du club des Jacobins qui se réunissait à l’ancien couvent du même nom sur l’emplacement de l’actuel théâtre municipal, veillait à faire appliquer avec rigueur les directives de la Convention nationale. Par exemple, la délivrance de certificats de civisme… Chaque citoyen devait en faire la demande auprès du conseil général de la commune, seul habilité à voter favorablement ou défavorablement  lors de l’une de ses séances. En cas de refus, le citoyen pouvait être considéré comme suspect.

    Parmi les décisions validées par Jacques Dat, on retiendra de nombreuses fêtes afin de maintenir la flamme de l’idéal révolutionnaire : la fête populaire pour éclairer le peuple et bannir le fanatisme, la fête du décadi (jour remplaçant le dimanche), la fête de la raison. Le port de la cocarde tricolore, jusque-là facultatif, fut rendu obligatoire pour toutes les femmes le 24 février 1794. La municipalité, à défaut d’engager de grands travaux, ordonna la plantation de deux ormeaux sur les places de la Liberté et du marché. L’ingénieur Champagne fut sollicité afin d’étudier la construction d’un autel à la patrie sur la place de la Liberté, avec quatre faces sur lesquelles seraient gravés les articles de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Bien plus anecdotique, l’interdiction de faire des pâtisseries et des gâteaux, promulguée le 27 décembre 1793 en raison de la pénurie de farine et de la loi sur le maximum.

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    © B.N.F

    Le mandat de Jacques Dat s’acheva le 26 avril 1794. Cet homme engagé, fidèle à ses conviction et animé d’un grand sentiment de justice sociale ne se laissa jamais corrompre. Même après la fin de la Terreur, contrairement à certains de ses pairs qui n’hésitèrent pas à se vendre à la faveur d’un poste politique, l’ancien maire refusera l’appel des ambitieux. Il retournera dans ses terres et après avoir perdu sa première épouse, finira par se marier avec Marie Béziat, sa domestique de vingt ans sa cadette. A l’âge de 64 ans, ce mariage lui permit de reconnaître les deux enfants illégitimes qu’il avait eu de ce second lit : Jacques Henri (1827) et Antoinette Marie Louis Béziat (1830). Il mourut le 18 septembre 1844 à Carcassonne au n°39 de la rue de la préfecture et laissa  à la postérités des publications : Lettres à Messieurs de l’Institut de France (Académie royale des sciences / Imprimerie C. Labau) et Carte des deux Amériques ou de la Palestine… avant le déluge  (Lithographie de P. Certain / 1836).

    Sources

    ADA 11 / Etat-Civil

    Délibérations du conseil municipal

    Archives parlementaires de 1787 à 1860

    La Révolution française / Société de l'histoire et de la Révolution

    Cartulaire / Mahul

    Les Audois / J. Guilaine et D. Fabre

    Notes

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  • Gabriel David-Barrière (1775-1869), maire d'Alairac et de Carcassonne

    Le village d'Alairac

    Issu d’une riche famille ariégeoise de marchands fabricants de draps, Gabriel Thomas David naît à Mirepoix le 25 octobre 1775, avant de venir s’installer à Carcassonne avec ses parents Raymond et Françoise, née Aiguebelle. Dans ce département de l’Aude, où le père jouit de la renommée de ces notables bourgeois enrichis grâce à l’industrie drapière, le fils vivra d’agriculture. Il s’installera au domaine de Barrière près Alairac, que Raymond David avait acquis et dont il resta le seigneur jusqu’à la Révolution. Le 10 décembre 1797, la famille David fait alliance avec celle d’Antoine Thoron, seigneur de Fontiès-d’Aude et de Montirat, co-propriétaire de la Manufacture de draps de Montolieu et ancien Consul de Carcassonne, par le mariage de Gabriel avec Jeanne Jacquette Thoron (1775-1859). De cette union naîtront quatre enfants, tous bien éduqués et surtout fort bien mariés.

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    Le domaine de Barrière sur la carte de Cassini

    Gabriel André St-Cyr (1808-1886) épousera une auvergnate, Jeanne Fournet, à Cunlhat le 20 juin 1842. Loin du besoin, il mènera une excellente carrière de fonctionnaire loin de Carcassonne avant d’y revenir à la fin de sa vie. Notons qu’il lui fut octroyé en 1818 une bourse d’études au collège royal de Montpellier par le conseil municipal, alors même que son père était maire de Carcassonne. Il fut préféré à Hyppolite Pattau et au fils aîné de Castel, capitaine de la garde nationale.

    Charles Isidore, né en 1801 et percepteur des contributions directes à Malves, s’unira à Catherine Françoise Sophie Hérail, fille du maire de Villalier ; leur enfant, Marie Gabrielle Louise née le 18 juin 1824, épousera Jacques Guillaume Etienne Rivals, avocat et propriétaire né à Limoux le 20 novembre 1814. Leur fils n’est autre que Jules Rivals (1851-1920), le célèbre avocat et député de l’Aude.

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    Jules Rivals

    Isidore David-Barrière deviendra maire de Villalier le 12 août 1852.

    Pauline Louise, née en 1806, choisira le fils d’un célèbre officier, Edmond Pierre de Cadalven (1799-1852). Son père, le commissaire des guerre Louis-Marie de Cadalven (1756-1847), avait épousé la sœur de la mariée. Autrement dit, Pauline Louis David et Edmond de Cadalven étaient cousins germains.

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    Signature de David-Barrière

    Lorsque Gabriel David accède par Ordonnace royale de Louis XVIII aux fonctions de maire de Carcassonne le 25 février 1818, ce dernier a déjà exercé cette charge à Alairac entre 1802 et 1814 et signé les documents officiels sous le nom de David-Barrière. Après la tourmente révolutionnaire, tout laisse penser qu’il obtint le droit d'accoler le nom de son domaine à son patronyme ; une pratique très courante à cette époque. Le nouveau premier magistrat s’installa le 12 mars suivant à la place de Paul Airolles, appelé au Conseil de préfecture, avec l’ensemble de ses adjoints et conseillers municipaux : Naucadéry, Jean-Pierre Escarguel, Vié, Jean Charles Estribaud, Bernard Vidal-Constant, Sarrail, Colombier, Lamarque, Fréjacques, Antoine Rolland-Fourtou, Avar, Germain David-Lafajeole, Portal de Moux, Bernard Sicre, Jean Sabarthes, Dominique Laperrine d’Hautpoul, Bertrand Barnabé Seriès, Sallin, De Fournas, Auriol, Antoine Gout, Maraval et Rose Joseph Teisseire.

    Une majorité des individus ci-dessus, faisaient partie comme lui de la franc-maçonnerie. Le maire avait été initié à la loge « La parfaite amitié » de Carcassonne avant 1812.

    Chevalier de la légion d’honneur par ordonnance royale le 1er mai 1821, Gabriel David-Barrière  qui pourtant avait donné satisfaction, démissionne au début du mois de février 1823 (Le constitutionnel / 10 février 1923). Le 9 avril, Charles de Fournas est désigné par le roi pour le remplacer. Il faudra attendre sept ans et l’abdication de Charles X, pour que l’ancien maire soit à nouveau sollicité pour occuper des fonctions politiques. Par ordonnance royale de Louis-Philippe Ier, il devient conseiller de préfecture avec Ressigeac et Sicard-Blancard jusqu’en 1844 (Almanach royal et national).

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    Mendiant en 1847

    Le changement de régime suite à la révolution de 1848 n’altéra pas son influence politique. Bien au contraire… Là où ne survivent pas les citoyens désargentés, les notables fortunés réussissent à se rendre indispensables. Le Prince-président Napoléon lui versera même en 1851 une pension de 200 francs mensuels en récompense des années passées à la préfecture, où David-Barrière gagnait 1200 francs sous la Monarchie de juillet. Une fois élu et un coup d’état plus tard, Napoléon III avait oublié les promesses de justice sociale. Sous son règne, la bourgeoisie n’aura jamais été aussi prospère et les ouvriers aussi maltraités. Cela n’empêcha pas David-Barrière de participer en 1855 à une commission préfectorale consultative visant à réprimer la mendicité, quitte à créer un dépôt pour les coupables. Une attitude sans doute bien peu charitable quand on est trésorier de la fabrique de la cathédrale Saint-Michel (Almanach du clergé / 1856).

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    L'actuel domaine de Barrière, près d'Alairac

    Gabriel Thomas David-Barrière vécut jusqu’à l’âge 94 ans et s’éteignit le 26 juillet 1869 à Carcassonne, dans sa maison 20, rue de la préfecture. De cette famille éteinte, il ne resta plus qu'une branche au milieu du XXe siècle, représentée par des descendants féminins : Les Rivals.

    Sources

    ADA 11/ Etat-civil

    Délibérations des conseils municipaux d'Alairac, Carcassonne, Villalier

    Autres sources dans le texte

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  • George Degrand (1751-1816), un maire de Carcassonne natif de Barbaira

    Né le 15 juin 1751, George Degrand passe son enfance à Barbaira où son père exerce la profession de ménager avec son épouse Claire Espérou. Sous l’Ancien régime, posséder des terres labourables et des bâtiments avec du matériel agricole permet de nourrir convenablement sa famille, à une époque où la moitié des français vit sous le seuil de pauvreté. D’après le dictionnaire des familles bourgeoises de Chaix d’Est-Ange (Tome 13 / 1914), la famille Degrand appartenait au XVIIIe siècle à la haute bourgeoisie du Languedoc. Ceci explique sans doute que George ait suivi des études de droit à la faculté et, qu’avant son mariage en 1778, il obtint la charge de Procureur au Sénéchal et Présidial de Carcassonne. Sa première épouse, Catherine Rigaud, fille d’un maître boulanger, lui donnera huit enfants dont Jacques (1783-1857) qui suivra brillamment une carrière de juriste. Après son décès prématuré en 1796, d’un second mariage avec Angelique Théron (1766-1827), fille du maître de la Poste aux chevaux de Moux, naîtront trois autres enfants dans la maison du couple, située à côté du Présidial dans l’actuelle rue de Verdun (n°3).

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    La Révolution n’ébranla pas les biens de la famille Degrand qui, comme beaucoup de bourgeois, finiront pas acquérir les possessions spoliées aux nobles, vendues aux enchères publiques comme Bien national. Nommé agent national par Chaudront-Rousseau en avril 1794, ce parfait fonctionnaire, administrateur du département de l’Aude deux ans plus tard, échappera à l’accusation de terrorisme (Du Directoire au Consulat / Laurence Anecet / 2018). Sous le Premier Empire, ses relations fraternelles au sein de la loge « La parfaite amitié » à l’Orient de Carcassonne, lui permettront d’accéder avec l’appui de Fabre de l’Aude, pair de France, au poste de maire. La bienveillance des frères Pierre Thoron de Lamée, son prédécesseur dont il fut le premier adjoint, et du préfet Claude-Joseph Trouvé, ne semble pas être étrangère à cette nomination. Par décret impérial du 13 Nivôse An XIII (3 janvier 1805), le citoyen Degrand accède aux fonctions de premier magistrat de la commune. Le 20 nivôse suivant, le conseil municipal est ainsi désigné : Rolland-Trassanel Jean-Baptiste, Vidal-Constant Bernard, Thoron Jean-Baptiste, Darles Bernard, Laperrine Dominique, Griffe Marc Antoine, Gélis Dominique, Escudié Pierre, Pinel Jean, Monerie Antoine, Avar Jean, Cazanou Antoine, Boyer Charles, Germain Bernard et Talamas Antoine.

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    Le 31 juillet 1811, Pech-Palajanel prit possession du fauteuil de maire par décret impérial, suite à la nomination quatre jours plus tôt de Degrand en qualité de sous-préfet de Castelnaudary, Ce dernier restera trois ans dans la cité chaurienne, au cours desquelles il sera anobli avec le titre de Baron de l’Empire, par lettres patentes de Napoléon 1er le 12 avril 1813 (Annuaire de la noblesse de France / 1928).  George Degrand qui possédait alors « Le Beauvoir », un domaine près de Marseillette choisira d’ajouter à la particule le nom de cette propriété et se fera désormais appeler Degrand de Beauvoir. 

    « Ecartelé aux un et quatre d’azur à un dé d’argent, montrant cinq points de sable ; au deux de gueules à une branche de chêne d’argent, mise en bande ; au trois de sable à un soleil rayonnant d’argent. »

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    © Google maps

    Le Beauvoir, à Marseillette (route de Barbaira)

    Monsieur le baron Degrand de Beauvoir, qui acheva son mandat de sous-préfet le 26 juillet 1814, vendit sa propriété le 26 janvier de l’année suivante pour 80 000 francs à Basile Barbès, père d’Armand Barbès (ADA 11 / 3E6259). Après être tombé en disgrâce sous le règne de Louis XVIII, l’ancien maire de Carcassonne s’éteignit chez lui, rue Royale à Carcassonne, le 15 octobre 1816 à l’âge de 66 ans. Sa seconde épouse lui survivra onze années. 

    Sources

    ADA 11 / Etat-Civil

    Délibérations du Conseil municipal

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