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Politique - Page 8

  • Garry Davis et "les citoyens du monde" de Carcassonne

    La section des "Citoyens du monde" formée à Carcassonne et animée par Jacques Weil - professeur à l'École normale - était constituée de plusieurs membres éminents. Parmi eux, on pourra citer Maria Sire (Poétesse et écrivaine), René Bassora (Magistrat), l'Abbé Courtessole (Prêtre et géologue), Joë Bousquet (poète), etc... C'est dans la chambre de ce dernier, située dans la rue de Verdun, que se tenaient les réunions.

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    Garry Davis

    (1921-2013)

    Le 17 juin 1949, le maire Philippe Soum et le conseil municipal de la ville de Carcassonne reçut officiellement Garry Davis, fondateur du mouvement "Citoyens du monde". On notait la présence de Robert Sarrazac (ancien Résistant), René Piquemal (Capitaine F.F.I), le pasteur Bianquis... Après les présentations Jacques Weil lut un message du poète Carcassonnais Joë Bousquet, qui ne pouvait pas se déplacer de son lit.

    Amis, camarades, chers compatriotes

    Nous vous invitons à devenir des citoyens du monde. Cette formule rien un son étrange, vous nous demandez à quoi elle vous oblige ?

    Si vous appartenez à une vocation, si vous adhérez à un parti, la qualité de citoyen du monde ne vous force pas à les renier. Toute cause profondément humaine doit s'accommoder de l'engagement où nous vous convions. Cet engagement est écrit dans votre nature et dans votre coeur. Nous vous demandons de le connaître, de le respecter, de le confirmer ouvertement.

    La voie que nous vous ouvrons, vous l'avez cherchée, quelques-uns d'entre vous l'ont obscurément entrevue. Ils peuvent en témoigner.

    Souvenez-vous des alarmes qui ont précédé la dernière guerre. Quelques insensés souhaitaient qu'on se battît ailleurs, en point éloigné du globe. Ils appelaient la Mort Rouge, l'appelaient sur les autres, sans comprendre que son ombre couvrirait tout. Les plus avisés répondaient : maudit soit qui tirera le premier. Il ne faut pas que l'incendie s'allume.

    Ces futurs citoyens du monde avaient compris : ils n'ont rien à apprendre pour être des nôtres. Une vérité les inspirait ; et cette vérité, la voici :

    La paix est indivisible. Entamée en un point du globe elle élève à chaque homme son droit au repos. Quand vos semblables se battent avec votre assentiment, votre conscience est souillée de sang. Il n'y a pas de paix relative. La paix n'est la paix qu'assez universelle pour toucher aux étoiles.

    Aimez ceux qui parlent votre langue ; aimez votre pays. Mais souvenez-vous que toute paix  que toute paix est précaire quand une hostilité entre états éloignés en est la condition. Souvenez-vous de ce que vous savez : la guerre ne se localise pas. Les hommes la déchaînent, elle les dépasse et les écrase.

    Camarades, amis, concitoyens, j'appelle votre attention sur un fait que les philosophies anciennes ne connaissent pas. Nous n'habitons pas un monde plat comme celui de Socrate. Le monde que nous habitons ne se divise pas en espaces distincts, nous peuplons un monde de jours et de nuits qui suspend tous les hommes à la même haleine éternelle. Insensé qui refuse de le savoir, insensé qui se laisse attacher par ses intérêts immédiats à l'illusion d'un continent distinct. L'homme n'est pas un fragment de ce monde, il en est la lueur.

    Nous ne prétendons rien vous apprendre. Notre but a été de vous encourager à détruire des fictions. 

    La patrie n'est pas une fiction, nous respectons l'idée de patrie... Si votre patriotisme de français s'éclairait, s'il devenait en vous une espèce d'ardente vocation, vous comprendriez qu'il vous oblige à annoncer la paix, à la concevoir pour la première fois à la mesure du monde.

    Notre tradition nous oblige. C'est notre devoir d'agrandir notre conscience, de ne rien lui refuser de ce que nous sommes. Chacun de nous doit tout tenter pour que ses sentiments deviennent ceux d'un homme entier, d'un citoyen du monde.

    Le message fut chaleureusement applaudi. Le Dr Philippe Soum - médecin de Joë Bousquet - termina son discours avec une note humoristique : "Je vous souhaite de gagner la coupe Davis". En soirée, la conférence de Garry Davis sous le préau de l'école Jean Jaurès réunit entre 3000 et 4000 personnes, selon les journaux locaux.

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    Au Conseil général de l'Aude, le député S.F.I.O Georges Guille déclare :

    "Lorsque M. Garry Davis pour lequel j'ai, à titre personnel, infiniment de respect et de sympathie (encore que je ne croie pas qu'il puisse construire la Paix), lorsque M. Garry Davis veut prêcher sa croisade en faveur des citoyens du Monde, vous ne verrez pas aller installer sa tente sur la place du Kremlin à Moscou."

     

    Qui était Garry Davis ?

    Le combat pacifiste de Garry Davis débute après le bombardement allié sur la ville de Royan dont il fut un des acteurs militaires. La ville est pratiquement rasée par deux fois ; elle fait 47 morts chez les Allemands et 442 chez les Rayonnais dont 400 blessés. Les bombardiers américains ont expérimenté l'usage du Napalm sur la cité balnéaire charentaise.

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    © ville de Royan

    Davis sort traumatisé de ce pénible spectacle. Quand à la fin des années 40, les tensions entre l'est et l'ouest font craindre la naissance d'une troisième guerre mondiale - cette fois avec l'arme atomique - le citoyen américain se rend à l'ambassade des États-Unis. Il s'y rend le 25 mai 1948 afin de renoncer à sa nationalité et se déclare désormais "Citoyen du monde". 

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    © Rue89

    2,5 millions exemplaires du passeport "Citoyen du monde" seront distribués. En 1948, Garry Davis essaie de planter sa tente sur la place de Chaillot à Paris, alors que la nouvelle ONU se réunit au Trocadéro. Il se retrouve mis dans la même cellule qu'Albert Camus pour avoir lancé des tracts en faveur de son mouvement. Spontanément, une vingtaine d'intellectuels le soutiennent : Sartre, Camus, Breton, Gide, l'abbé Pierre, etc...

    Au moment où le délégué soviétique s’apprête à prendre la parole lors de l’Assemblée générale des Nations unies à Paris, il s’empare du micro avec l’aide d’un complice :

    "J’en appelle à vous pour que vous convoquiez immédiatement une Assemblée Constituante Mondiale qui lèvera le drapeau autour duquel, nous les hommes peuvent se rassembler : le drapeau de la souveraineté d’un seul gouvernement pour un seul monde. Nous, le peuple, voulons la Paix que seul un gouvernement mondial peut donner. (Discours de Davis à l'ONU, le 19 novembre 1948)

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    Le combat de Garry Davis bien qu'oublié aujourd'hui est terriblement actuel. Il reprend deux thématiques majeures des enjeux contemporains : la nationalité et la guerre. Quand les peuples se replient sur eux-mêmes, l'issue c'est très souvent la même. 

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    © Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2016

  • Le 1er avril 1928, Carcassonne accueille le président Raymond Poincaré.

    Un train spécial en provenance de Toulouse arrive en gare de Carcassonne à 11h45 avec à son bord, le Président du Conseil. La salle d'attente a été transformée pour l'occasion en salon de réception dans lequel les autorités attendent Raymond Poincaré à la sortie de son wagon. Parmi elles, citons : MM. Albert Sarraut ; Jean Durand, Pierre Marraud (sénateurs) ; Castel et Milhet (députés), Bougouin (préfet), le général Daugan (16e corps d'armée), Albert Tomey (maire) et son conseil municipal. Après les présentations, le président Poincaré prend place dans une automobile en direction de la salle du manège de cavalerie de la caserne Laperrine. C'est là qu'il doit déjeuner et tenir un meeting. Depuis 10 heures du matin, les abords de la gare sont noirs de monde ; un important service d'ordre de 200 gendarmes épaulé dans sa tâche par des policiers se dispersera sur le parcours du cortège présidentiel. 

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    © Wikipédia

    Le banquet dressé pour 250 convives attend l'arrivée du cortège. Quand celui-ci entre dans l'ancien manège de cavalerie, l'hymne national retentit ; une banderole porte l'inscription "Vive Poincaré". Des faisceaux de drapeaux tricolores, des buissons et des plantes décorent la salle, désaffectée depuis le départ du 19e dragons de cavalerie. Après le déjeuner, le président de la République prendra la parole lors d'un meeting dans l'autre salle du manège d'artillerie. Elle est mitoyenne et l'on a fait percer une porte pour que Raymond Poincaré n'ait pas besoin de sortir pour s'y rendre.

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    © L'illustration

    Ce sont près de 5000 personnes qui sont rassemblées à l'intérieur ; il y en a presque autant à l'extérieur où des hauts-parleurs diffuseront l'allocution du président. On crie : 

    Vive la République !

    Vive Poincaré !

    Vive l'Union nationale !

    Le républicain progressiste de centre droit qui s'était allié au gouvernement Combe en 1902 avec le bloc des gauches, a été rappelé à la tête de l'état en 1926 devant l'ampleur de la crise financière. Élu comme Président de la République de 1913 à 1920, Poincaré va cette fois encore exercer la fonction de Président du Conseil jusqu'en 1929. Il forme un gouvernement d'union nationale et mène un politique d'autorité financière. Le franc est dévalué de cinq fois sa valeur initiale.

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    Le discours de Poincaré

    Les intentions les plus noires m'ont été prêtées. J'ai été accusé de venir ici rompre, au profit exclusif d'un parti, l'union que j'ai essayé de maintenir devant les périls de la guerre et de rétablir les graves difficultés de la paix. Ai-je besoin de vous dire, pas plus ici qu'à Bordeaux, je ne viens me mêler aux luttes électorales et qu'au surplus je reste aujourd'hui ce que j'étais hier, ce que j'ai toujours été, ce que je serai jusqu'à mon dernier jour : un républicain, fermement attaché à la liberté de conscience, depuis longtemps imprégné de l'esprit démocratique et laïque, qui continue à croire que la meilleure manière de servir l'humanité est de commencer à aimer sa patrie ?

    La devise républicaine

    "La liberté, l'égalité, la fraternité, ce sont messieurs des mots qui n'ont pas vieilli, malgré les interprétations erronées ou abusives qu'on en a parfois données. Ce sont les mots qui traduisent les idées essentielles de tout programme démocratique. La liberté telle que nous la concevons dans le Nord-est, telle que la convoitent certainement presque tous les Français, c'est la liberté dans l'ordre et le respect de la loi. L'égalité, ce n'est pas la méconnaissance aveugle des différences naturelles ; ce n'est ni le nivellement des esprits ou des destinées, ni le triomphe immérité de l'envie, c'est l'identité complète des droits politiques pour tous les citoyens, la suppression des privilèges légaux et des barrières artificielles. La fraternité, ce n'est pas le vain étalage de sympathies verbales pour les déshérités de la vie, c'est une activité efficacement employée au développement continu du bien-être collectif et de tous les progrès matériels et moraux qui peuvent améliorer le sort des peuples.

    Le redressement financier

    Raymond Poincaré évoque l'urgence de la situation financière du pays au moment de la constitution de son gouvernement. Le franc était dans un état d'instabilité depuis la fin de la Grande guerre ; il fallait donner 240 francs pour une livre sterling. Le changement opéré depuis plusieurs mois a permis de faire passer la livre sterling à 125 francs. Le président rappelle qu'en juillet 1926 : "il ne restait dans les caisses du Trésor, ni de quoi payer les dépenses de fin de mois, ni de quoi pourvoir aux remboursements demandés sur les Bons de la Défense nationale, ni de quoi faire face aux échéances extérieures. 

    L'état a depuis remboursé ses dettes criardes et reconstitué ses encaisses. 

    "Depuis 20 mois, nous avons obtenu du parlement, sans douzièmes provisoires, le vote de deux budgets solidement équilibrés et que la crise économique, qui est toujours consécutive à une période de dépréciation monétaire, ait été chez nous beaucoup moins grave que dans la plupart des pays d'Europe : que le chômage n'ait jamais eu les mêmes proportions qu'en Angleterre, en Allemagne ou en Russie."

    L'indivisibilité de la France

    " Il n'y a que les étrangers qui, trompés par une observation superficielle, opposent en France le Nord au Midi ou l'Est à l'Ouest. Notre nation est depuis longtemps la plus fortement unie de toutes celles qui se partagent le monde. Les nuances n'existent que pour mieux faire valoir l'ensemble."

    Ce qu'il reste à faire

    "Il y a des gens qui s'imaginent que pour assainir définitivement une situation monétaire, il suffit que la loi décide, un beau matin, une opération libératrice. Ce qu'il faut pour rendre à une monnaie sans pleine santé, c'est qu'elle ait plus une valeur artificielle imposée par le cours forcé et qu'elle redevienne convertible en or. Cette guérison ne se décrète pas, elle se prépare, s'opère et se maintient par la réalisation d'un certain nombre de conditions indispensables : confiance persistante des créanciers de l'état, défense inexorable de l'équilibre budgétaire, lutte impitoyable contre les augmentations de dépenses qui risqueraient de la mettre en péril, prudence financière persévérante, commerce extérieur favorable et balance des compte positive. La sévérité est de tout temps le principal mérite professionnel d'un ministre des finances.

    Le scandale des nouvelles fortunes

    "Comme tous les pays courbaturés par les fatigues de la guerre, et même plus que d'autres parce qu'elle a plus souffert, la France a éprouvé en ces dernières années une sorte de malaise physique et moral qui a momentanément altéré ses forces vives et affaibli ses facultés traditionnelles. Elle n'a pas du tout réagi avec assez d'indignation contre la recherche des rapides, l'insolence des nouveaux riches, l'indulgence pour tous les moyens de succès et de fortune, le relâchement dans le travail et dans l'épargne."

    Réformes fiscales

     "A mesure que le permettra l'état du budget, il conviendra certainement de remanier les impôts et même de les alléger. Tout ce qu'un ministre des finances a le devoir de demander, c'est qu'on ne coule pas le navire sous prétexte de le renflouer, c'est qu'on ne se figure pas de soulager les contribuables en rouvrant le déficit, c'est qu'on procède avec circonspection et par étapes, sans jamais perdre de vue les nécessités de l'apurement monétaire.

    Sans vouloir opposer aucunement le travail au capital, en tâchant au contraire de les rapprocher de plus en plus étroitement dans une coopération féconde, nous nous efforcerons de réviser notre mécanisme fiscal de manière à ménager davantage le travail qui créé, le capital qui se forme. Nous chercherons à mettre davantage de justice dans l'assiette des impôts, à faire en sorte qu'ils soient mieux en rapport avec les facultés contributives des redevables, qu'ils ne pèsent pas trop lourdement, à la campagne comme dans les villes, sur le labeur des familles modestes."

    Un tableau du communisme

    "Ah ! messieurs, si les quelques Français qui se laissent attirer par le mirage communiste connaissaient mieux la tristesse et les déboires de la vie moscovite, les dissensions intestines, les abus de pouvoir, les jugements sommaires, les déportations et les exécutions, ils changeraient rapidement d'opinion et trouveraient encore dans notre République, qu'ils qualifient dédaigneusement de bourgeoise, un caractère plus équitable, plus généreux et pour tout dire, plus populaire que dans la nouvelle civilisation à rebours qu'on ose leur proposer comme une garantie de bonheur. Mais puisqu'en France et aux colonies, le communisme prêche la guerre civile, il ne suffira pas d'un haussement d'épaule pour arrêter sa propagande."

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    © Claude Marquié

    Albert Tomey - maire de Carcassonne - à la tribune pendant un discours.

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    Après le meeting, le président Poincaré eut beaucoup de peine à se frayer un chemin dans la foule afin de rejoindre son automobile. Celle-ci devait le conduire à la Cité médiévale où un vin d'honneur devait être servi dans le château comtal. A cette occasion, il signa le livre d'or de la ville de Carcassonne puis repartit dîner à Toulouse, avant son arrivée à Paris.

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    Extrait du livre d'or

    Sources

    L'action pyrénéenne / Avril 1928

    L'illustration

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    © Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2016

  • Carcassonne entre la calotte et le maillet

    Après l'affaire Dreyfus qui déchaîna les passions à travers le pays, la France se retrouve fortement divisée en deux camps politiques : le premier, anti-dreyfusard, catholique et antisémite est représenté par les droites ; le second, dreyfusard, anticlérical et franc-maçon s'incarne plutôt au sein des partis de gauche. C'est dans ce contexte que se constitue en 1899 le bloc des gauches ralliant radicaux, progressistes modérés et socialistes afin de contrer une droite nationale, sortie tout de même affaiblie de l'affaire Dreyfus. Pierre Waldeck-Rousseau à la tête du gouvernement de Défense républicaine depuis le 22 juin 1899, mène une politique de chasse aux sorcières contre les nationalistes au sein de l'administration française et plus particulièrement de l'armée. Son élection comme président du Conseil arrive juste après que la condamnation du capitaine Dreyfus ait été abrogée par la cour de cassation.

    Le ministère Combes

    Le 11 mai 1902, le Bloc des gauches obtient la majorité absolue à la chambre des députés. Waldeck-Rousseau est reconduit à la tête du gouvernement, mais atteint d'un cancer du pancréas, il ne finira pas son mandat. Sur ces conseils, le Président de la République Émile Louvet nomme Émile Combes comme successeur le 7 juin 1902.

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    Émile Combes

    (1835-1921)

    La personnalité et le parcours de ce Tarnais, membre du Parti Radical, est assez particulière dans le contexte politique agité de ce début de XXe siècle. Celui qui au sein du Grand séminaire d'Albi porta la soutane et fut tonsuré, devint le ensuite le défenseur acharné de la laïcité et d'un anticléricalisme d'état. C'est par exemple sous sa mandature que sont rédigées les grandes lignes de la future loi de 1905 sur la séparation de l'église et de l'état. On compte que sous sa mandature 2500 congrégations religieuses d'enseignement privé seront fermées. Elles résistent parfois avec force avec l'appui de la population, comme à Carcassonne dans le quartier des Capucins où les moines sont chassés et mis en prison. En conflit avec le Vatican sur le Concordat de 1801, la France retire son ambassade à Rome avec l'arrivée de Pie X. Combes s'oppose à la pratique des langues régionales dans les églises, où le message de l'homélie pourrait cacher des pensées subversives à l'encontre des valeurs de la République. Que dirait-on aujourd'hui, si l'on interdisait les prêches en langue arabe dans les mosquées ? La circulaire Combes provoque la condamnation de 110 prêtres pour délit de langue bretonne.

    Le président du Conseil à Carcassonne

    Après un passage à Castelnaudary, Émile Combes se rend dans la capitale audoise par le train. Il y est accueilli le 24 juillet 1904 sur le quai de la gare à 9 heures et demi par son ministre de la guerre, le général André. Le député-maire Jules Sauzède ainsi que les autres parlementaires de l'Aude du Bloc des gauches l'attendent en compagnie du général Blanc, commandant le 16e corps d'armée. Les officiels montent avec le président du Conseil dans une voiture ; elle passe sous un arc de triomphe dressé pour l'occasion au carrefour de l'actuel boulevard Omer Sarraut. Il porte la mention suivante :

    "Honneur au ministère Combes"

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    © Martial Andrieu

    Ses partisans politiques saluent le cortège sur son passage. Ces adversaires de droite sifflent celui que la presse catholique nomme "le défroqué". De petites cartes à son effigie ont été affichées sur les murs de la ville. Elles le représentent en curé avec un chapeau espagnol ; sur son ventre figurent le triangle et les trois points maçonniques. Au-dessus, la devise Liberté-Égalité-Fraternité. Au-dessous, l'article 10 de la déclaration des Droits de l'homme et du citoyen :

    "Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, mêmes religieuses"

    pour copie conforme, signé E. Combes.

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    Ils ont oublié le reste de la phrase

    "pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par loi."

    À ce propos, une rumeur circule en ville selon laquelle des catholiques vont huer Combes devant la préfecture, pour protester contre la fermeture à Carcassonne de deux établissements privés et du couvent Notre-Dame. Des mesures sont immédiatement prises pour contrer la manifestation. Rien de tel ne se passa, le président du Conseil reçut à 10 heures l'ensemble des cours constitués. 

    Le général Blanc avec ses officiers généraux rappellera son attachement à la République.

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    Mgr de Beauséjour dont la nomination à l'évêché ne se fera pas sans difficultés avec le Saint-siège - en raison du nobis nominavit - présentera son clergé. Le maire Jules Sauzède se félicite d'avoir laïcisé les hôpitaux et les bureaux de bienfaisance ; en retour le président du Conseil l'invite à créer davantage d'écoles d'infirmières. Ce sont les soeurs qui ont tenu très longtemps les hôpitaux. Le pasteur indique quand à lui : "Que nos églises restent ou non unies à l'état, nous ne cesseront de préparer à la patrie des hommes de foi, de conscience et de dévouement."

    Le vénérable de la loge maçonnique de Carcassonne s'exprima ainsi :

    "Nous vous remercions des services inoubliables que vous rendez à notre France, à notre République en nous débarrassant des congrégations de toute nature, de toute robe, protégeant l'enfant en laïcisant l'école, préparant de bons citoyens pour la grande cité future.

    Le président du Conseil répondit :

    "L'idéal de la maçonnerie est trop connu pour qu'il soit nécessaire de la venger des calomnies dont elle a été l'objet. On sait maintenant que la maçonnerie est synonyme de libre pensée ; ce n'est pas une secte puisqu'elle poursuit au contraire l'affranchissement des sectes, et à ce titre, je m'honore d'appartenir à la maçonnerie." 

    Il poursuit son long discours par une phrase sans équivoque sur ce point :

    "On ne transforme pas en deux ans un esprit public empoisonné pendant un siècle."

    Le président du Conseil termine sur son programme de réformes sociales avec notamment l'abaissement de la durée du service militaire, l'instauration de retraites ouvrières et d'une loi créant l'impôt sur le revenu, comme correctif des inégalités et des injustices. Celle-ci ne sera finalement pas votée avant 1914.

    Après un dîner à la préfecture, M. Combes repart de Carcassonne et quitte Carcassonne à 9h45 du soir en direction de son village de Pons.

    L'affaire des fiches

    Le 28 octobre 1904, le ministère Combes tombe à cause de l'affaire des fiches. À l'initiative du ministre de la guerre, le général André, une majorité des loges maçonniques du Grand Orient de France avaient constitué des fiches sur les opinions politiques et confessionnelles des militaires. Les plus modérées ne donnèrent pas de suite à cette demande du conseil de l'ordre, considérant qu'il s'agissait de pratiques de basse politique. L'affaire éclate au grand jour à l'Assemblée nationale mettant fin à la présidence d'Émile Combes au sein du conseil des ministres.

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