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Musique et patrimoine de Carcassonne - Page 132

  • Marius Esparseil, l'architecte Haussmannien de Carcassonne

    Marius Esparseil représente sans doute l’un des plus éminents architectes de notre ville. A défaut d’éléments biographiques sur sa vie et son œuvre, il nous a paru important de porter à la connaissance de tous le fruit de nos recherches. Les aspects de ses réalisations pour le compte de l’administration communale sont plus ou moins connues. Il n’en est pas de même pour les immeubles privés dont il a dressé les plans et que nous avons tenté de retrouver à travers la ville.

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    Blaise Marius Esparseil naquit le 9 septembre 1841 d’un modeste entrepreneur plâtrier au n°29 de la rue de la Gaffe. Le métier de son père n’ayant guère d’attraits à ses yeux, le jeune Esparseil passa ses journées chez Honoré Prache, son professeur de dessin au lycée. Après ses études dans cet établissement et suite au décès prématuré de son père, Marius alla s’installer à Paris avec sa mère. Il avait alors seize ans lorsqu’il débuta comme rapin à l’atelier Blondel avant d’être admis à l’Ecole des Beaux-arts dans la classe de MM. Jay et Train. Ces derniers enseignaient l’application des arts à l’industrie. En 1863, il obtint sa première médaille de dessin architectural et une deuxième en construction, mais échoua aux épreuves de l’oral. Il renonça aux travaux de l’Ecole des Beaux-arts pour se consacrer exclusivement à la construction et aux affaires.

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    © Wikipedia

    Lycée Chaptal à Paris

    C’est à cette époque que la capitale en pleine transformation a besoin d’architectes. Le professeur Train, nommé au VIIIe arrondissement, s’attache le jeune Esparseil et le fait débuter dans l’administration comme conducteur de travaux de la ville. Sous les ordres de M.Train, notre Carcassonnais travaille à la construction du collège Chaptal et à la restauration des voûtes de l’église de la Madeleine. Les principales façades des avenues Ney et des Champs-Elysées, les portes monumentales à oeil de bœuf de l’avenue de l’Opéra en partant de la Comédie française, Esparseil en a tracé les plans.

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    Avenue de l'Opéra à Paris

    Quant à Blondel, il lui fait dessiner et exécuter les plans de la façade de la Belle Jardinière, un grand magasin du Quai de la mégisserie. Plus tard, Esparseil sera attaché comme inspecteur des travaux à la construction de l’Hôtel des Dépoôts et Comptes courants.

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    © Wikipedia

    La Belle Jardinière, Quai de la mégisserie à Paris

    Marius Esparseil revint à Carcassonne en 1871, il mit son expérience au service de Carcassonne en tant qu’architecte de la ville. On n’évoquera pas ici les bâtiments communaux ; d’autres s’y sont attardés à maintes reprises. Il nous paraît plus pertinent d’exposer aux lecteurs, les magnifiques constructions privées qu’il offre encore de nos jours à nos regards. Après cet article, gageons que vous les regarderez avec une autre œil… Vous remarquerez les similitudes entre les façades des immeubles de caractère Haussmannien des avenues parisiennes et les nôtres.

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    © Collection Martial Andrieu

    A l'angle de la rue du marché (Tomey) et du Séminaire (Victor-Hugo), Marius Esparseil dresse les plans de l'immeuble de la sellerie Bastide. En 1877, le bâtiment est achevé. Vous y passez devant presque tous les jours.

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    L'ancienne sellerie Bastide aujourd'hui

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    Sur le boulevard de la préfecture (Jean Jaurès), Marius Esparseil a dressé les plans de cet immeuble pour le compte de la famille Gourguet vers 1875.

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    La Maison Gastilleur, construite avant 1885 sur le boulevard Marcou, en face du Calvaire. C'est là que vécut le sénateur-maire Théophile Marcou, oncle de Marius Esparseil.

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    En 1885, l'immeuble de la famille Fafeur sort de terre au square Gambetta. Il s'agit de l'une des plus belles façades de la ville. On retrouve le style de l'architecte avec ses ornements caractéristiques de la fin du XIXe siècle.

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    Dix ans avant sa mort qui survint le 6 juin 1900, Marius Esparseil acheva le très bel immeuble Combéléran. Il se trouve sur la place Davilla et fut occupé par le docteur Albert Tomey.

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    Marius Esparseil, connu également pour la recherche minière dans l'Aude, laisse un patrimoine architectural remarquable dans Carcassonne qu'il faut inventorier. Espérons qu'à la lumière de ce modeste travail, certains auront envie de l'approfondir.

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  • Isidore Dougados, neveu de Venance et maire de Carcassonne

    Nous poursuivons nos biographies inédites des maires de Carcassonne dont on n’a jamais évoqué le souvenir avec Jean François Charles Isidore Léon Dougados, plus communément appelé Isidore. Né à Conques-sur-Orbiel lé 12 janvier 1818, il est le fils François Dougados, propriétaire, et de Marie Vialatte.

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    Jean François Dougados, dit Venance

    Ce qui pourrait intéresser de nombreux lecteurs, c’est sa filiation avec Jean François Dougados dit Venance (1762-1794), poète et révolutionnaire bien connu de nos historiens qui finit sur l’échafaud. En effet, le père d’Isidore - Jean Dougados, régent des écoles à Villegailhenc - était le frère de Venance. Une biographie de ce dernier écrite dans Mosaïque du Midi en 1841 par Isidore Dougados, rend hommage à son oncle.

    Isidore Dougados débute sa carrière d’avocat à Carcassonne en 1844 puis devient bâtonnier du barreau de la capitale audoise. Impliqué dans la vie publique et fortement apprécié de ses pairs pour ses talents d’orateur et de fin lettré, ses opinions politiques seront difficiles à cerner. En 1848, après la chute de Louis-Philippe, Dougados se rapproche des socialistes avant d’entrer par la suite au parti conservateur. Sous le Second Empire, il adhère au plébiscite de mai 1870 ordonné par Napoléon III, mais avec la fin du bonapartisme le neveu de Venance fait un retour vers la Monarchie. Aux élections du 8 juillet 1871, il soutient la candidature du légitimiste Ouvrier de Villegly. En octobre, il est battu dans le canton de Conques par Amédée Bausil.

    Deux ans plus tard, il donne son patronage aux candidatures bonapartistes de Peyrusse et de Castel. Bref, Isidore Dougados obtient la confiance de tous, sauf celle des Républicains. Aussi, lorsqu’en 1874 la ville de Carcassonne se cherche un maire et que le préfet de l’Aude se heurte à plusieurs refus de candidatures, Isidore Dougados accepte en dernier recours. Il est alors nommé par le gouvernement dit de l’Ordre moral, par le maréchal Mac Mahon, Président de la République, en vertu du décret du 25 février 1874. Il s’entoure des adjoints Paul Vidal (Capitaine en retraite) et Guiraud Cals (Architecte diocésain et inspecteur des monuments historiques). Le gouvernement de l’Ordre moral fondé sur la coalition des droites, prépare la troisième Restauration qui verrait bien le Comte de Chambord accéder au trône de France. En fait, il s’agit d’une gouvernance liberticide et réactionnaire dont la municipalité Dougados va faire les frais.

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    Patrice de Mac Mahon

    Le 31 mai 1876, Isidore Dougados écrit à ses administrés qu’il remet sa démission de maire au Président Mac Mahon. Déjà, au mois d’avril, il avait considéré que son autorité était contestée suite à des déclarations ministérielles sur la loi des maires. La ville sera administrée provisoirement par trois conseillers municipaux dans l’attente d’une nouvelle nomination.  Après son départ de la mairie, l’ancien premier magistrat poursuivra ses activités d’avocat et de Juge suppléant au tribunal civil. Membre de la Société des Arts et des Sciences de Carcassonne, il rédigera plusieurs mémoires de grande valeur. Citons, pour exemple en 1856 : "Le dernier Juge-Mage en la Sénéchaussée et siège présidial de Carcassonne."

    De son mariage avec Julie Lucie Cayrol (fille de l’architecte), naîtront deux fils. Le premier, Jules, sortira premier de sa promotion à l’école polytechnique en 1877 et fera sa carrière comme ingénieur des Mines à Rive-de-Gier. Le second, Henri, embrassera la carrière d’avocat à Rodez.

    Le 20 mars 1885 s’éteignit à Carcassonne Isidore Dougados. Lors de son inhumation, on notera l’absence de réprésentants du conseil municipal et de la préfecture. Les temps politiques avaient changé et on considéra que l’ancien maire n’avait jamais été Républicain. Son corps fut enseveli au cimetière Saint-Vincent où il repose encore de nos jours dans l’anonymat le plus complet. Nous avons découvert sa filiation avec Venance Dougados, mais peut-être que certains en avaient connaissance. Dommage que le rapprochement n’ait pas été fait.

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  • Antoine Bonnaventure Eugène Birotteau, maire sous le Second Empire

    Antoine Bonnaventure Eugène Birotteau naquit à Ganges dans l’Hérault le 18 septembre 1813. Son père Bonnaventure André Félix (1768-1850) avait émigré en Espagne pendant la Révolution française avec un de ses frères, prêtre, qui devint plus tard Vicaire général et Supérieur du Grand Séminaire de Carcassonne. Un autre frère, Jean Birotteau, oncle du personnage dont nous parlons aujourd’hui, est mort sur l’échafaud comme Girondin en 1793 après avoir été arrêté à Bordeaux. Il vota la mort de Louis XVI avec sursis.

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    © Gallica

    A son retour d’Espagne, le père fut nommé Juge de paix à Ganges où il épousa une jeune fille de quinze ans, Rosalie Rébecca Argoin. C’est de cette union que vit le jour le jeune Eugène. Nommé peu de temps après substitut à Perpignan où il ne siégea que quelques mois dans sa ville natale, M. Birotteau, père, occupa en 1821 les fonctions de Président du tribunal civil de Carcassonne jusqu’à sa mort.

    Antoine Bonnaventure Eugène Birotteau, le fils, fit ses études au Petit séminaire de Carcassonne, puis à Toulouse en Droit avant de s’inscrire au barreau de notre ville. En 1848, il épousa la nièce de M. Vigié, Premier Président de la Cour de Montpellier et ami de M. Guizot, ministre de Louis-Philippe. Il allait être nommé avocat-général lorsque la Révolution de 1848 éclata. Eugène Birotteau occupa à Carcassonne le poste de Conseiller de préfecture de 1863 à 1867 sous le Baron Lepic, préfet de l’Aude. Au moment où M. Roques-Salvaza se retira de ses fonctions de premier magistrat de la ville, Birotteau qui avait été conseiller municipal entre 1856 et 1862, prit sa place par décret impérial du 3 avril 1867. Il prêta serment avec ses adjoints J. Satgé et Hippolyte Pattau. Le même année, il fut nommé Chevalier de la Légion d’honneur.

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    Napoléon III

    Les mandats de Birotteau s’achevèrent avec la fin du règne de Napoléon III consécutif à la guerre perdue contre la Prusse. Il avait été élu député de la 1ère circonscription de l’Aude le 23 mai 1869 devant Marcou, Trinchan, Pujol et Fargues. Membre de la majorité gouvernementale, il vota la déclaration de guerre à l’Allemagne.

    On rapporte que dans les premiers jours de 1870, alors qu’il dînait aux Tuileries, un ami se félicitait de sa réussite électorale. Il eut cette réponse prémonitoire : « En effet, j’ai en ce moment quelques satisfactions, mais rappelez-vous bien ce que je vous dis : Je porte malheur à ce que je touche, et l’Empire n’en a pas pour longtemps ! »

    Le 4 septembre n’était pas loin… Avant cette date, le 10 août, les élections municipales allaient avoir raison des anciens membres du conseil municipal. Quatre listes s’affrontèrent (Démocratique, de l’administration, du Comité indépendant, Libérale) avec des fortunes diverses. Si Marcou et trois autres personnes de sa liste furent élus au premier tour, les déboires des sortants poussèrent Birotteau et ses collègues à se retirer dans l’honneur pour le 2e tour. Dans La fraternité, Marcou écrit :

    « Dans ce Waterloo municipal, il restera quelques braves qui voudront mourir dans les plis de leur drapeau. Pour braver le ridicule et les sifflets, il faut, j’en conviens, un certain courage ».

    Le député allait assister à l’effondrement d’un régime qu’il avait soutenu. Son mandat législatif s’arrêta avec la proclamation de la République le 4 septembre 1870. C’est d’ailleurs pour cela que nous avons dans Carcassonne, une rue du 4 septembre. Antoine Bonnaventure Eugène Birotteau déchu de ses mandats de maire et de député, se fit ensuite élire dans le canton de Saissac en 1871 avant d’arrêter la politique. Il se consacra alors à ses activités au sein de la présidence de la Société des Arts et des Sciences de Carcassonne et de la Société de Secours mutuels Saint-Roch.

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    Caveau de la famille Birotteau

    L’ancien maire de Carcassonne décéda à l’âge de 87 ans, le 30 septembre 1899 à Carcassonne. Il est inhumé au cimetière Saint-Vincent. Homme de la droite bourgeoise de la ville mais empreint d’une grande humanité et catholique pratiquant, la fin de son mandat coïncide avec l’avènement de la République et l’arrivée de la gauche démocratique pour 108 ans (hors période de l’Occupation).

    Sources

    Biographie inédite réalisée à partir de recherches généalogiques et de la presse locale ancienne. Il existait des descendants de la famille Birotteau des Burondières en Bretagne et en Gironde.

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