Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Musique classique - Page 17

  • Hermann Cohen (1820-1871), compositeur et fondateur des Carmes de Carcassonne

    Hermann Cohen.jpg

    Hermann Cohen, fils d'un banquier juif allemand, mène au début de sa vie une existence dissolue. Interllectuellement très avancé pour son jeune âge, à quatre ans et demi il voulait jouer du piano comme son frère aîné. À six ans, il a complètement dépassé ce dernier et commence à improviser, ce qui impressionne les musiciens les plus avancés. C'est contre l'avis de son père qu'Hermann se lance dans la musique. Qu'importe ! Aidé par sa mère qui en fait une icône, le jeune prodige est mis sur un piédestal et rien n'est trop bon pour ses caprices. Tant et si bien qu'il écrira plus tard: "J'étais le tyran de la famille, gâté et choyé. Tout le monde devait courbettes devant mes caprices ; "Tais-toi Hermann, dort". Etre silencieux: "Hermann étudie. Etre silencieux: Hermann compose." Il admet qu'à cette époque, il était avide et n'avait aucune moralité.

    franz-liszt_jpg_240x240_crop_upscale_q95.jpg

    Franz Liszt

    (1811-1886)

    La situation ne s'est pas arrangée quand sa mère l'a amenée à Paris à l'âge de douze ans, afin qu'il y rencontre des musiciens célèbres: Chopin, Liszt et Zimmerman. Franz Liszt épaté par le talent du jeune garçon le prit sous son aile. Dans les salons musicaux, il rencontra Amandine Dupin (George Sand) dont il dira qu'elle a renforcé sa réputation et même provoqué de la jalousie. En 1836, Liszt qui a quitté sa femme s'enfuit avec une comtesse qui n'aura de cesse de tenter de couper les liens entre son amant et Hermann. Il aura fallu trois ans pour qu'elle arrive à ses fins. Elle l'accusa même d'avoir volé son professeur. La preuve n'a jamais été apportée.

    Quelques réflexions commencent à germer sur l'existence qu'il mène:

    " Quand je dis que tous les jeunes vivaient comme moi, je n'exagère pas. Il y avait le plaisir partout, et ils voulaient les ressources nessaires pour l'acheter. Ils n'ont jamais pensé à Dieu, qu'à eux-mêmes et à leur désir d'accumuler des choses. leurs seuls repères moraux étaient le respect humain et le désir de rester sur le côté droit de la loi." Une chose commençait à bouger dans l'âme d'Hermann, mais il se méfiait du clergé. À vingt-sept ans, il commença à visiter les églises avec une bible donnée par Liszt, profondément ému par la musique pour orgues. Sa confiance en Dieu grandit: " Oui, je connaissais déjà Jésus-Christ, je l'ai vu, je l'ai senti, senti son toucher sur chaque page. J'ai compris que je devais briser les chaînes  qui me liaient et marcher vers lui, mais je n'ai pas pu le faire. J'ai fait des résolutions du matin qui ont disparu dans la soirée." Dans sa chambre, une vie austère s'était installée au milieu d'un lit en fer, d'un crucifix, d'une petite statue de Notre-Dame et de deux photos ; l'une de Sainte-Thérèse d'Avila et l'autre, de Saint-Augustin."

    Hermann ne voulait pas consciemment devenir catholique. C'est arrivé d'une façon spectaculaire:

    "Il est arrivé au mois de mai de l'année dernière 1847. Le mois de Marie a été célébré en grande pompe à l'église Ste-Valère (démolie dépuis). Diverses chorales jouaient de la musique et chantaient. L'organisateur m'a demandé si je ne voulais pas diriger les choeurs. Je suis allé prendre ma place, uniquement pour l'intérêt de la musique. La cérémonie ne m'a pas touché beaucoup, mais au moment de la bénédiction j'ai senti quelque chose en moi comme si je m'étais trouvé. Il était comme le fils prodigue me faisant face. Quand je suis retourné le vendredi suivant, ce fut la même chose. J'ai pensé à devenir catholique." Hermann a attribué la grâce de son conversion à Notre-Dame et il s'est consacré à elle. Il a étudié, pratiqué les exécices de la dévotion et la méditation."

    carmes.jpg

    L'église des Carmes, à Carcassonne

    En 1850, après avoir terminé son noviciat à Bordeaux et être retourné aux Carmes d'Agen où il fut ordonné le 19 avril 1851, il avait trente ans. Il fut envoyé à Carcassonne pour restaurer les Carmes qui avaient été fermés à la Révolution française. Il institua avec Mgr de la Bouillerie, évêque de Carcassonne, l'adoration nocturne.

    compositeurs

    Le choeur de la cathédrale Ste-Edwige de Berlin

    Herman Cohen est décédé le 20 janvier 1871 à Spandau et est inhumé dans la cathédrale Sainte-Edwige de Berlin.

    Oeuvres pour piano

       Fantaisies et thèmes d'opéra

    Fleurs d'hiver, danses pour piano

    Douze pièces pour virtuose

    Nuit vénitienne

    Schlummerlied

    Les bords de l'Elbe

    Musique sacrée

    Gloire à Marie (32 cantiques)

    Amour à Jésus-Christ

    Fleurs du Carmel

    Couronnement de la Madone

    Thabor (20 cantiques et 1 motet)

    Messa a tre voci, choeur et solistes

    ___________________________________

    © Tous droits réservés/ Musique et patrimoine/ 2014

  • La Cité de Carcassonne en musique

    2020222876.jpg

    "La cité de Carcassonne" est une épopée Héroi-Comique d'Auguste Dupuy-Albarède, éditée en 1913 aux éditions Maurice Sénart. Elle retrace en musique et d'une manière épique l'histoire de la plus grande forteresse médiévale d'Europe, des Wisigoths jusqu'à François 1er. La construction de l'oeuvre est volontairement chronologique et utilise la forme que l'on retrouve souvent chez des compositeurs d'opéra comme Meyerbeer. Un prologue (Le Carcassez), Trois actes (La Cour des guerres, La Cour d'amour, La Cour des miracles) et un épilogue (L'adieu) dans lesquels s'intercalent des chants tirés le plus souvent du répertoire languedocien. Le lien entre ses nombreux motifs musicaux est confié à un narrateur (L'évocateur) chargé de situer l'action dans son contexte historique. Un héraut annonce l'entrée des personnages tels que les poétes Louise Labé et Clément Marot ou royaux, comme Marguerite de Valois et François 1er. L'ensemble de cette fresque médiévale est sans conteste une ode à l'amour courtois dans le style de la Chanson de geste.

    1070226764.jpg

    44725500.jpg

    Cette vieille complainte (Lo cocut) a été retrouvée par le félibre J. Dupuy, père de l'auteur. C'est l'exemple de ces naïves productions de chanteurs populaires qui, devant l'abandon de la langue occitane, essaieront de composer en français. Les tournures en occitan sont ici francisées... On mit également des paroles sur des airs de danses comme la Trompuzo, la Trallo, Le Rebiroulet, le Bourril ou le Ramelet.

    1579460940.jpg

    La danse du coucou

    1158286892.jpg

    Les illustration de cette partition sont l'oeuvre du peintre chaurien Paul Sibra (1889-1951). Au moment de la parution de ces dessins, cela fait deux ans à peine qu'il a commencé une formation de peintre à l'Académie Jullian dans l'atelier de Jean-Paul Laurens. Le travail s'est fait en famille puisque Paul Sibra est le neveu d'Auguste Dupuy-Albarède. Ce dernier est l'auteur de plusieurs ouvrages dont "Poèmes de l'harmonistique" (1948) et "La musique plastique" (1953). Par ailleurs, le prix Dupuy-Albarède est une récompense décernée aux instituteurs dans le cadre d'un travail de recherche.

    _____________________________

    © Tous droits réservés/ Musique et patrimoine/ 2014

     

  • Les mémoires posthumes d'un carcassonnais (2)

    ouliac.jpg

    Jean Ouliac (1904-1984), violoniste et professeur de musique

    Épisode 2

    J’ai été admis à l’orchestre du théâtre municipal en 1923. Je ne me souviens pas du nom du directeur ; mais le chef d’orchestre était M. Subtil, et le premier ouvrage que j’ai joué a été « Mignon » d’Ambroise Thomas. Je vous donne ce détail en raison d’une coïncidence curieuse dont je vous parlerai un peu plus loin. En 1924, le chef d’orchestre était M. Flon. Ce fut l’année où l’on a joué « Gismonda » ; et je crois que cet ouvrage n’a jamais été joué à nouveau. En 1926, après mon retour du service militaire, le directeur du théâtre était M. Pogel et le chef d’orchestre était M. Manse. Tous deux devaient exercer leurs fonctions jusqu’à la fin de la saison de pâques 1929. Il n’est pas inutile de parler de ce qu’était la saison de pâques : Jusqu’en 1929, le théâtre demeurait fermé pendant neuf ou dix mois de l’année. Il s’ouvrait à l’occasion des bals de la période du carnaval. On plaçait un plancher à niveau de la scène sur toute la surface du parterre et les danseurs évoluaient sur ce plancher. Il n’est pas difficile de comprendre que les fauteuils et les sièges du parterre subissaient, d’année en année, des dégâts progressifs ; mais la propreté et l’hygiène de la salle étaient aussi passablement malmenées. Monsieur et madame Pédron ont du vous donner d’édifiants détails concernant le nettoyage auquel il était nécessaire de procéder après les fêtes de carnaval ; mais, avant eux, il fallait entendre parler de cela par M. Falcou, et surtout, par Mme Falcou, qui s’exprimait avec vigueur et volubilité, peu soucieuse d’en rester dans ses descriptions, aux seules formes académiques. La saison de pâques commençait quelque temps après ce nettoyage. Elle durait environ deux mois ou deux mois et demi. Le gros de la troupe et le chef d’orchestre logea à Carcassonne durant cette période. On donnait, en général, une représentation le jeudi et une autre le dimanche ; quelque fois une autre le samedi. Eh bien, ces spectacles étaient bien suivis et un certain nombre de personnes assistaient à toutes les représentations. Certains même, louaient à l’année une loge qu’ils aménageaient à leur goût. En 1927, M. Pogel fit précéder la saison de pâques par une saison d’hiver. Cette année là, on donna 16 opérettes et 14 opéras-comiques ou opéras. La saison se terminait traditionnellement par une représentation de « la Traviata » ou de « La juive ». Il est évident que devant ce nombre de représentations, le nombre de ceux qui assistaient à tous les spectacles commença à diminuer et M. Pogel commença à avoir les difficultés financières que vous pouvez comprendre. Il lui arrive même de commettre quelques erreurs : le 28 avril 1929, il fit jouer « Mignon » en matinée et en soirée (vous vous rendez compte de l’effort qu’il exigeait des chanteurs, et des résultats qui pouvaient s’ensuivre. C’est ici que se place la coïncidence dont je vous parlais au début de ma lettre : j’avais été élevé au rang de premier violon  à la représentation précédente. Or, ce jour là, il y eut un concert symphonique à Perpignan auquel M. Mir tint à assister. Il fit, donc, savoir qu’il ne participerait pas à la représentation de l’après-midi. Cet avertissement eut pour effet de provoquer l’absence des cinq autres premiers violons. Je serais bien garder de les imiter, se restai donc seul comme 1er violon, et du coup j’avais à remplir les fonctions de violon solo. L’un des seconds violons se dévoua pour que je ne sois pas absolument seul au pupitre. Voilà donc, la coïncidence : en 1923, le premier ouvrage pour lequel je fus employé comme jeune second violon fut « Mignon », passant aux premiers violons, ma première exécution fut « Mignon », et la première fois ou j’ai remplacé le violon solo, j’eus encore à jouer « Mignon ». Comme on pouvait le penser, en 1930, M. Pogel arrêta les frais. Lors de la saison suivante, le directeur était un carcassonnais M. François Bernies. Le chef d’orchestre était M. Lemaire. Il succédait à MM. Waersegers, Vicker et Fistoular qui avaient dirigé l’orchestre du temps de M. Pogel. En 1933, les travaux de réfection étaient commencés. Il n’y eut pas de représentation au théâtre municipal. Le directeur du théâtre de la cité était M. François-Paul Alibert. Il demanda à M. Mir si l’orchestre du théâtre municipal accepterait de se joindre à un orchestre plus important pour les représentations d’ « Hamlet » d’Ambroise Thomas et de « Lohengrin » de Wagner qui devaient avoir lieu les 15 et 16 juillet 1933. M. Mir réunit l’orchestre et lui fit part de la proposition. On accepta, en principe, moyennant un cachet global de 6000 francs de l’époque. M. Alibert répondit par lettre : « Je ne méconnais pas l’application des musiciens carcassonnais ; mais pour 6000 frs je pourrais avoir des musiciens éprouvés » (Sic). La fin de l’histoire est facile à deviner. Après les travaux de réfection, en 1935, le directeur du théâtre municipal fut M. Valette et, jusqu’en 1939 j’eus le plaisir de jouer sous la direction de MM. Vernet, Tartanac et Albu. Quelques jours avant la déclaration de guerre, le 16 juillet 1939, un rêve que je caressais depuis longtemps se réalisa : nous jouâmes « Tannhäuser » de Wagner au théâtre de la cité sous la direction de Léandre Brouillac. Pendant la terrible période qui s’étendit de 1940 à 1945, M. Valette était toujours directeur du théâtre ; l’activité lyrique fut à peu près normale, compte tenu des difficultés de l’époque, et MM. Joly, Tartanac, Delsaux, Ange de Lucas, Chabert, Andolfi, Bessière, Gamet et Jef de Murel occupèrent le pupitre de chef d’orchestre. On peut, à cette époque, faire une remarque dont l’importance ne vous échappera pas : les autorités allemandes avaient fixé le couvre-feu à 23 heures, c'est-à-dire qu’à 23 heures, tout le monde devait être chez lui. Les allemands étaient sans pitié pour toute personne surprise dans les rues après 23 heures. Le sort de certaines personnes fut, hélas, tragique. On fit commencer les spectacles à 20 heures précises ; et il était terminé à 22h30 environ. Eh bien, on a pu constater deux choses :

        A 20 heures tout le monde était en place. Le nombre des retardataires était insignifiant.

          Il n’a jamais été fait d’autres coupures que les coupures traditionnelles dans les ouvrages tels que Carmen, Faust, la vie de bohême, Werther, La Tosca, les cloches de Corneville, etc…

    Cela vaut d’être considéré

    De 1945 à 1949, M. Viguier dirigea souvent l’orchestre ; M. Jean Trick vint aussi diriger un ou deux ouvrages mais le nombre d’ouvrages représentés diminua considérablement, ce qui provoqua de la lassitude et pas mal d’absentéisme chez les membres de l’orchestre. Pendant les saisons 1949-1950 et 1950-1951, aucun ouvrage lyrique digne du nom ne fut représenté. Le mécontentement se manifesta dans l’orchestre et dans le public. Cette situation se prolongea jusqu’en 1954 où un seul ouvrage, « Mireille », fut représenté sous la direction de Guy Lhomme. Ce fut à partir de cette date que l’orchestre commença à voir son effectif diminuer. Certains musiciens étaient découragés parce que peu d’exécutants étaient convoqués pour accompagner des revues ou des prestations de music-hall. Ils cessèrent de travailler individuellement et furent bientôt incapables de participer. D’autres furent atteints par la maladie, l’âge, quelque fois par la mort. Le remplacement n’était guère possible parce que l’école de musique était loin d’obtenir les résultats qu’elle obtient aujourd’hui. Ce fut, pour l’orchestre, le commencement de la fin. Cela contribua à ce que la saison 1955-1956 soit, encore, vide au point de vue lyrique. Le mécontentement éclata, tant dans le public que dans le reste de l’orchestre lorsque, en 1956-1957, la municipalité renouvela son contrat à M. Valette. On désespérait de l’avenir du théâtre municipal lorsque, non sans surprise, on apprit pendant la saison 1959-1960, que étiez nommé directeur du théâtre. Je me souviens de ce que, le jour où j’appris votre nomination, je rencontrais votre voisin, M. Garcès, serrurier. Je lui dis « Je vous annonce que Jean Alary est nommé directeur du théâtre municipal ». M. Garcès fut stupéfait « Jeannot, d’ici, d’à côté ? Ca alors ! » La suite, vous la connaissez mieux que moi.

    ____________________________

     

    © Tous droits réservés/ Musique et patrimoine/ 2014