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Petits tripatouillages politiques à Carqueyrolles après la Libération

Nous savons par le témoignage de Lucien Roubaud, alors chef du Comité Régional de Libération, qu'un petit nombre de résistants intellectuels, fréquentant la chambre de Joë Bousquet s'étaient organisés afin de se distribuer les postes au moment de la Libération. Dans la Résistance audoise (Lucien Maury / 1980), Roubaud ne paraît pas tendre avec le creuset littéraire de la rue de Verdun.

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Lucien Roubaud

"Existait aussi à Carcassonne un groupe de résistants qui se préoccupaient de choisir les hommes devant occuper les postes importants à la Libération. Je le sais, car un émissaire est venu me proposer le poste d'Inspecteur d'Académie. J'ai décliné cet honneur, Gilbert de Chambrun, alerté, est venu contacter ce groupe qui a refusé de faire autre chose que la propagande orale et la préparation de l'après-libération."

Cette réflexion doit être éclairée par un évènement survenu au début de l'été 1944. Le mot propagande prend ici tout son sens dans sa bouche. En effet, lors d'une réunion du Comité Régional de Libération, une vive altercation opposa Gilbert de Chambrun et Lucien Roubaud d'une part, à Henri Noguères et Francis Missa d'autre part. Ces derniers, membres du Parti Socialiste clandestin, souhaitaient faire de la propagande afin de placer les socialistes après-guerre au sein des futurs comités de libération. A contrario, Roubaud qui n'était d'aucun parti à cette époque, même s'il avait des sympathies pour le communisme, ne voulait pas entendre parler des socialistes. Il fallait d'abord libérer militairement la région. La commission des conflits du Conseil National de la Résistance fut saisie ; elle donna raison à Roubaud. La haine et la rancune fut si féroce que dans l'Histoire de la Résistance d'Henri Noguères (5 volumes), il n'y a pas une ligne sur Roubaud. Cherchez un nom de rue dans Carcassonne à celui qui, avec Albert Picolo - un autre oublié - organisa la Résistance dans notre ville. Vous n'en trouverez pas... Plus la Libération de l'Aude approcha et plus la politique d'avant-guerre reprit ses droits. Au sein des comités, on plaça les hommes pour remplacer les Vichystes à la tête des mairies, préfecture, Conseils départementaux, etc.  Charpentier, chef des parachutages de l'Aude, sera retrouvé mort entre Palaja et le Mas des cours le 6 septembre 1944. L'enquête conclura que le Résistant fut tué dans la clinique Delteil par le Dr Cannac. Lors du procès de ce meurtre, une partie des résistants Carcassonnais dira que Charpentier était un traitre ; l'autre partie, extérieure au département défendra la victime comme un authentique patriote. Or, Charpentier était un protégé d'Henri Noguères, dont il défendra la mémoire en se portant partie civile. La pauvre victime n'a t-elle pas fait les frais d'une vengeance sur fond de querelle politique ? Tout ceci mérite réflexion...

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© Médiathèque de Carcassonne

Joë Bousquet par Bernon

Revenons au groupe d'intellectuels dont parle Roubaud, désireux selon lui de se partager les postes. Le 28 décembre 1944, on apprend dans le Midi-Libre que le poète Joë Bousquet va devenir le président du Syndicat d'Initiative. Jusqu'à présent, le Dr Jean Girou occupait ces fonctions.

"Il faudra, dit J. Bousquet, lui assigner dès maintenant un but assez lointain. Ce but pourrait être de jeter les bases d'une société franco-anglaise. Ce ne sera pas une simple succursale de la société franco-anglaise de Paris. Cette société sera autonome et son but sera de faire coopérer les deux pays par le dedans, par l'âme même et non pas seulement par la tête. Carcassonne est le lieu rêvé pour la réalisation de tels projets. Il est difficile de trouver en France un lieu plus apte à faire séjourner des Anglais pendant un temps relativement long. Il pourrait s'établir une entente entre les hôteliers pour que cette publicité soit commune. Une deuxième conséquence d'un ordre différent serait de toujours servir le Syndicat d'Initiative pour favoriser l'échange scolaire des jeunes gens et jeunes filles entre l'Angleterre et la France. On pourrait chaque année envoyer quelques bons sujets aptes à profiter des voyages et de même nous recevrions en France des jeunes Anglais et jeunes Anglaises. Une troisième conséquence serait de ressusciter l'ancien bulletin du Syndicat d'Initiative, mais en élargissement grandement sa portée. On demanderait à d'excellents écrivains d'y apporter leur talent et nous pourrions ainsi donner à ce bulletin un intérêt international. Il serait possible également de s'adresser aux directeurs des revues anglaises, pour qu'ils nous fassent parvenir des livres édités en langue anglaise. Il se constituerait ainsi assez rapidement une précieuse bibliothèque. Enfin, pour assurer l'unité d'action de l'hôtellerie audoise, il serait nécessaire d'obtenir la création d'une fédération des hôteliers audoise."

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© Musée de Narbonne

Jean Girou

Si Bousquet prenait la tête du Syndicat d'Initiative, le Dr Girou devait-il en être alors exclu ? Les tripatouillages sur fond de querelles politiques et de règlements de comptes battaient leur plein. Nous n'avons pas trouvé, pour le moment, d'enquête du comité d'épuration concernant Jean Girou. Toutefois, l'ancien président de l'ordre des médecins de l'Aude s'était rangé plutôt du mauvais côté. Il restera président de l'ESSI (Syndicat d'Initiative de l'Aude) jusqu'en 1963, année où il on lui indiqua la sortie. Dans un courrier à René Nelli, il manifeste son amertume.

"Merci d'abord pour le témoignage d'amitié dans mon éviction scandaleuse de l'ESSI à Carcassonne menée par Sablayrolles avec la complicité de Drevet, Noubel et Bonnafous."

A la lumière de ces quelques réflexions, il appartient à chacun désormais de se faire une idée sur la vie politique Carcassonnaise, telle qu'elle fut menée depuis la Libération. 

Sources

ADA 11

Archives Nationales

Midi-Libre / 18.12.1944

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© Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2017

Commentaires

  • comme d'habitude Magouilles socialistes à tous les étages...on en viendrait presque à se demander si les Vichystes n'étaient pas plus honnêtes ?? Mais non, puisque François Mitterrand, lui-même était à Vichy décoré par Pétain...

  • Charpentier, était-il un agent de De Gaulle infiltré dans le BCRA ?

    Au début de la guerre le parti communiste est loin d’être uni, les purges Staliniennes des années 30 ont semé le doute chez de nombreux militants.
    Parmi les acteurs Français de ces purges sanglantes se trouvent en particulier André Marty et François Marty.
    Sous le haut patronage paranoïaque de Staline, c’est le NKVD qui s’occupe de l’organisation de la purge.
    Et c’est donc le NKVD qui, en 1936, place André Marty à la tête des brigades internationales avec pour mission d’y faire le ménage. André Marty part donc faire la guerre aux « mauvais communistes » d’Espagne accompagné de son homonyme et homme de confiance François Marty, a qui il confie un poste commandement.
    Cette fine équipe qui ne représente en rien le communisme, mais seulement le Stalinisme dans toute sa cruauté, se rendra plus célèbre pour ses crimes contre les trotskystes et anarchistes de la mouvance « POUM » que pour son efficacité dans la lutte contre les fascistes.
    André Marty y héritera du surnom de « Boucher d’Albacete »... ainsi que de la reconnaissance de Staline qui maintiendra à sa disposition un bureau et du personnel à Moscou.
    Finalement, en 1943, grâce à ses soutiens Moscovites, André Marty est solidement implanté au sommet du parti communiste Français et se trouve être le n° 3 dans la hiérarchie du PCF.
    André Marty est alors très puissant et très influent, non seulement grâce au soutien inconditionnel de Moscou, mais aussi grâce à la présence aux pieds des Pyrénées et en particulier dans l’Aude et les Pyrénées Orientales de nombreux vétérans de ses troupes de choc qui ont sévi en Espagne.
    Bien que minoritaires parmi les réfugiés de la guerre d’Espagne, ces soldats expérimentés et sans scrupules représentent une menace sérieuse, car ils pourraient profiter du cahot de la libération pour s’imposer militairement.
    C’est donc très probablement aussi pour garder un œil sur lui que De Gaulle le choisi
    pour représenter le PCF auprès du gouvernement provisoire et siéger à l'Assemblée consultative à Alger.

    Pendant ce temps, François Marty n’est pas resté inactif, il dirige une école de cadres FTP située dans l’Aveyron, ce qui lui permet d’imposer ou de tenter d’imposer ses propres hommes à la tête de différents maquis FTP.
    François Marty a le droit de se plaindre, il ne reçoit pas ou peu d’armes des parachutages or en janvier 44 l’homme du BCRA chargé d’organiser les parachutages dans l’Aveyron est Charpentier.
    Brutalement, François Marty change de département et s’installe dans l’Aude.
    (Viendrait-il y rejoindre ses troupes de vétérans de l’épuration espagnole ?)
    Étonnement, il y est accompagné par le responsable des parachutages Charpentier. Mais les armes, qui après le débarquement devaient être largement diffusées sans considérations politiques, ne parviennent toujours pas aux FTP.
    Les maquisards accusent Londres de ne pas envoyer d’armes, mais le rapport de Nonces, supérieur de Charpentier, montre que non. C’est Charpentier, et lui seul, qui prenait sur lui de ne pas organiser les parachutages.

    Extraits du rapport :

    « ...Il (Charpentier) a bien démarré, a trouvé 7 nouveaux terrains, puis a paru se désintéresser de la question... »

    « ...divers rapprochements permettent d’établir que Blanc (Charpentier), à notre insu, travaillait pour un service de renseignement (lequel) ...Des gents disent même qu’il aurait travaillé pour la Gestapo, je ne puis le croire car nous y serions tous passés...J’ai mis cette affaire entre les mains de la Sécurité Militaire... »

    Tout cela me semble impliquer que Charpentier a été chargé d’organiser un embargo sur les armes autour de François Marty… Y a-il une autre explication ?

    Il faut aussi mettre en valeur le remarquable travail de la majorité des différents maquis FTP de l’Aude qui n’ont pas laissé le douteux François Marty s’imposer à leur tête et qui ont magnifiquement soutenu et aidé les commandos Alliés parachutés dans la région.


    Un petit mot sur les parachutages d’armes.
    Si les FTP ne reçoivent pas ou peu d’armes avant le débarquement, c’est en grande partie en raison d’une divergence de stratégie entre Londres et Moscou.
    Moscou voudrait des maquis puissants et très actifs qui obligeraient Hitler à transférer des unités du front de l’est vers la France alors que Londres ne veut surtout pas voir des unités allemandes revenir en France et gêner le débarquement.
    Après le débarquement, les armes auraient dû être parachutés indépendamment des opinions politiques mais seulement sur des considérations militaires.

    André Marty et François Marty après guerre.

    Dans les années 50 les langues commencent à se délier, les Marty deviennent de plus en plus gênants pour le parti et, privés du soutien de Staline, ils seront rapidement exclus du parti sous des prétextes fabriqués de toutes pièces.

    André Marty, le boucher d’Albacete, meurt peu après en 1956.

    François Marty se tournera vers d’autres dictateurs, plus à son goût, il deviendra Maoïste et sera un ami personnel du sinistre dictateur Albanais Enver Hoxha.
    François Marty a vainement essayé de s’attribuer la gloire de la libération de l’Aude sous le nom de commandant Bourgat, aucun doute il était présent, mais on a cherché vainement dans les archives une action d’éclat à mettre à son actif. Il semble n’avoir été qu’un simple spectateur.
    Il décédera d’un accident de voiture en 1971.

  • ouf ! ouf ! que c'est moche tout ça - il doit en etre de mème dans toutes les guerres - quelle affreuse chose !comment peut-on etre aussi cruels ?,

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