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  • Marcel Itard-Longueville (1898-1993), maire de Carcassonne injustement oublié

    Faudrait-il que l'on s'étonne que dans Carcassonne, d'anciens maires du XXe siècle aient bénéficié d'un véritable culte et que d'autres n'aient même pas un nom de rue ou de bâtiment public en leur mémoire ? Parmi les heureux élus, on peut citer Albert Tomey, Henri Gout, Jules Fil, Antoine Gayraud, Raymond Chésa. Dans la liste des "oubliés" figurent Philippe Soum, Marcel Itard-Longueville et Fernand Ancely. Tout pourrait paraître étrange à celui qui ne connaît pas l'histoire de la vie politique de la capitale audoise ; sur ce point, les rancoeurs et les vengeances ont été souvent l'objet d'alliances de circonstances et cela perdure encore de nos jours. Après avoir retracé la biographie de Philippe Soum, nous nous sommes intéressés à son successeur. Comme il était inutile et vain d'aller rechercher des informations les concernant dans ouvrages dans lesquels ils sont volontairement absents, nous avons frappé à la porte de leur famille et des archives départementales. Quelles en soient remerciées.

    Marcel Itard-Longueville

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    Marcel Itard-Longueville à son bureau

    Avocat inscrit au barreau de Carcassonne et ayant son cabinet au numéro 7 de la rue du Palais, Marcel Itard-Longueville avait obtenu sur les champs de bataille, la Croix de guerre 14-18 et la légion d'honneur.  Filleul d'Albert Sarraut - sénateur de l'Aude -, ses opinions politiques appartiennent au courant Radical-Socialiste. Comme lui, il sera déporté au camp de Neuengamme en 1944. A Carcassonne, Marcel-Itard Longueville est marié à la fille du brasseur Fritz Lauer.

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    Sa maison, 7 rue du Palais

    Un juste parmi les Nations

    La discrétion et l'humilité des Français qui ont caché et sauvé au péril de leur vie des familles juives, laissent penser à tort qu'il n'y avait que des salauds. Or, ceci est absolument inexact. A Carcassonne comme ailleurs, des gens participèrent à l'exfiltration des juifs via des réseaux de passeurs vers l'Espagne ou la Suisse. Si on le sait pas, c'est parce que ces humanistes ne sont jamais vantés de ce qu'il ont fait, considérant cela comme naturel. Encore aujourd'hui, leurs héritiers découvrent un passé dont il n'ont jamais parlé, emportant leur secret dans la tombe. Claude Itard-Longueville a ainsi découvert que son père avait sauvé la vie de deux ou trois familles, pourchassées dans un Carcassonne aux mains de la Milice et de la Gestapo. C'est dans son cabinet, situé à deux pas de la Feldkommandantur qu'il cacha ainsi la famille de M.Seidenberger. Ce négociant en houblon était régulièrement en affaire avec la brasserie Fritz Lauer ; il se réfugia à Carcassonne en fuyant la zone occupée. Quand le sud de la France passa à partir du 11 novembre 1942 entre les mains des Allemands, l'avenir de la famille Seidenberger s'assombrit. Voici comment, selon Claude Itard-Longueville, elle fut mise en sécurité.

    L'assureur Arnal leur fit avoir des faux papiers d'identité, puis on les conduisit aux Martys où le boulanger Ernst Cousiné - le maire de Caudebronde - les mit entre les mains d'un réseau de passeurs. Cette famille émigra ensuite aux Etats-Unis. Peu de temps avant la mort de Marcel Itard-Longueville, une rencontre eut lieu à Carcassonne entre lui et une fille juive qu'il avait sauvée durant cette triste période, grâce à Raymond Satgé. Selon son fils, un article de journal relata l'évènement - nous ne désespérons pas de le retrouver.

    Déporté à Neuengamme

    Dans les dossiers laissés par René Bach (Interprète du S.D), Marcel Itard-Longueville est désigné par Otto Krebs (agent de la Gestapo) comme une personne à arrêter pour opinions anti-allemandes. Le 8 juin 1944, ce même Krebs procède à son interpellation, à 6 heures du matin à son cabinet de la rue du Palais. Il est d'abord arrêté avec six ou sept autres personnes, officiers de réserves comme lui. A t-il été dénoncé ? Envoyé au camp de Compiègne, il est déporté le 15 juillet 1944 vers le camp de concentration de Neuengamme et tatoué avec le matricule 36249. Après la libération du camp en mai 1945, il revint à Carcassonne et reprit ses activités d'avocat.

    Maire de Carcassonne

    Au mois de mai 1950, Marcel Itard-Longueville est désigné par les Radicaux comme candidat à la fonction de maire de Carcassonne. Elu grâce à une coalition de centristes et de sept conseillers de la S.F.I.O, son mandat ne durera que trois ans au bout desquels il sera mis en minorité. Cet homme qui dut affronter les difficultés budgétaires liées à la reconstruction du pays, fut lâché par la S.F.I.O qui s'allia avec les communistes. Jules Fil prit ainsi la mairie de Carcassonne, le 26 avril 1953.

    Pendant trois années Marcel Itard-Longueville mena à bien - malgré un contexte perturbé - plusieurs réalisations. Bien entendu, on n'en parle jamais... Parmi elles : la création du jardin et des abords de la cathédrale Saint-Michel, l'édification du nouveau lycée Paul Sabatier, la restructuration de la bibliothèque municipale, la création de la colonie de vacances à Labastide-de-Sérou, l'agrandissement de l'école de Villalbe, etc...

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    © Chroniques de Carcassonne

    Marcel Itard-Longueville est décédé le 19 février 1993. Il est inhumé au cimetière Saint-Vincent. Jean-Claude Pérez - Député-maire de Carcassonne - fit ériger en janvier 2013 à la demande de Claude Itard-Longueville, une plaque commémorative en sa mémoire sur la façade du 7 rue du Palais.

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    © La dépêche / Sylvie Leclercq

    Sources

    Claude Itard-Longueville

    Archives de l'Aude

    DDM / Février 1993

    Histoire de Carcassonne / Privat

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    © Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2016 

  • Voilà comment le maquis de Trassanel a été dénoncé aux Allemands...

    Nous avons très souvent évoqué sur ce blog les opérations allemandes contre les maquis de l'Aude pendant la Seconde guerre mondiale. Chaque année, on commémore aux quatre coins du département le massacre de jeunes français défendant la liberté. La plupart d'entre eux avaient rejoint la lutte armée car réfractaires au S.T.0 (Service du Travail Obligatoire) ; ils ne voulaient pas partir en Allemagne fabriquer des bombes pour tuer leurs compatriotes. D'autres, firent un autre choix... Ce dont on se garde bien de parler même 72 ans après, c'est la façon avec laquelle les Allemands purent retrouver ces maquisards cachés dans les bois. On peut légitimement penser qu'il est illusoire pour une troupe étrangère munie d'une seule carte d'Etat major, de mettre la main sur un campement perdu au milieu de la Haute-vallée ou de la Montagne noire. Bien sûr tout n'aurait pas été possible sans le soutien de quelques autochtones, dénonçant un maquis parfois pour quelques milliers de francs. Un tel, qui avait simplement besoin d'argent pour se marier a proposé ses services à la Police allemande en entrant comme agent rémunéré. Les plus gros délateurs furent très souvent passés par les armes à la Libération ; les occasionnels des petits village de l'Aude s'en sortirent sans trop de dommages. Dans un dossier conservé aux archives départementales de l'Aude, René Bach - agent du S.D - consigna en guise de testament ses souvenirs contre les maquis. On y apprend de pas très jolies choses sur la cupidité ou la haine d'une petite population locale. Retenez surtout que la Gestapo de Carcassonne, installée 67 route de Toulouse, croulait sous les lettres de dénonciation. Et comme René Bach l'a si bien dit le jour de son procès :

    "Toutes ses affaires n'auraient pas été faites si les Français ne s'étaient pas dénoncés eux-mêmes."

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    Concernant les maquis de Fournes, Trassanel et Citou, René Bach indique comment s'est passé leur dénonciation au siège de la Gestapo de Carcassonne. Nous avons bien entendu modifié le nom de l'individu mis en cause dans cette triste affaire. Ce blog n'est pas un juge, ni un tribunal. Toutefois, il considère que 72 ans après les familles des malheureux de Trassanel, ont enfin le droit de savoir.

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    René Bach - interprète du S.D - à son procès en 1945

    "Roger Jean (Nom modifié. NDLR) de Lastours ou Conques est venu à la Police Allemande se présentant sous ce nom, et n'ayant aucune pièce d'identité sur lui, il indiqua que les nommés Busque et Combrié de Fournes et Agnel faisaient partie de l'Armée Secrète ; et qu'un maquis se trouvait à la ferme de Montredon à Fournes. Qu'il y avait urgence d'agir, ce maquis devant changer de place. Il dit même avoir assisté à une réunion de Busque. 

    Afin de contrôler ses dires, la Police Allemande se rendit à Fournes, en passant par Lastours et afin de prendre quelques renseignements complémentaires, elle essaya de voir Roger qui fut introuvable. Celui apprit-il qu'il avait été recherché ? Toujours est-il qu'il ne se présenta plus à la Police Allemande mais fit plusieurs rapports écrits qu'il lança par-dessus la porte après avoir sonné au 67, route de Toulouse (Siège de la Gestapo, rasé depuis février 2015. NDLR).

    Fin juillet, un nouveau rapport vint de lui. Il renfermait des renseignements sur le maquis de Trassanel et sur celui de Citou. Comme Fau (agent de la Gestapo. NDLR) devait partir en mission à Salsigne et environs, la première partie lui fut remise pour lui faciliter la tâche. La deuxième partie me fut remise aux fins de traduction, il s'agissait de l'instituteur Piquemal de Citou (René Piquemal, capitaine du maquis du Minervois. NDLR).

    Roger avait 165 à 170 cm, cheveux blonds sur châtains clairs, barbe rousse, portait des lunettes. Parlait très rapidement, sans accent méridional."

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    La villa de la Gestapo détruite par décision municipale en février 2015.

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    © Tous droits réservés / Musique et patrimoine / 2016

  • La chanson "Frou-Frou" a été composée par un Carcassonnais en 1898

    Mesdames et messieurs, j'ai l'honneur de vous annoncer que la chanson "Frou-Frou" que chantait toutes nos grand-mères est l'oeuvre d'un carcassonnais. Mais oui ! Il s'agit de Joseph Rieunier plus connu sous le nom de scène d'Hector Monréal. Il naît à Carcassonne le 17 juillet 1839 dans le quartier de la Barbacane et monte à Paris où il fait d'abord une courte carrière de dessinateur au ministère de la guerre qu'il quitte en 1862 pour le théâtre Montmartre ; il y joue la comédie pendant deux ans. Il réalise ensuite des pancartes-sommaires que le directeur du Petit journal affiche chaque jour à la porte et qui attire la foule par leur originalité. Son esprit des plus droles, n'allait pas le laisser trop longtemps dans l'anonymat. Il devient acteur et abandonne la scène pour l'écriture. Il se lance comme auteur de revues, opérettes et autres pièces de théâtre avec son ami Henri Blondeau. Pendant 40 ans, ces deux là ne cesseront d'être liés comme des frères et enchaîneront succès sur succès dans tous les théâtres parisiens: les variétés, le château d'eau, l'Eldorado, Folies dramatiques... Puis à l'Olympia en 1903. Monréal est également chansonnier et fait des dessins humoristiques dans divers journaux.

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    Henri Blondeau (gauche) et Hector Monréal (droite)

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    La chanson Frou-Frou est tirée d'une revue de Blondeau et Monréal

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    Hector Monréal est mort dans les bras de son ami Blondeau en 1910. Ils sont tous deux inhumés au cimetière d'Asnières dans les Hauts de Seine. Aucun nom de rue à Carcassonne pour Hector Monréal, qui avait écrit pourtant un pièce "Le rempart de Carcassonne" jouée à Paris en 1868. Gageons qu'avec cet article cette injustice soit réparée...

    Quelques oeuvres d'Hector Monréal et d'Henri Blondeau

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    1868 : Le rempart de Carcassonne
    1871 : Qui veut voir la lune
    1876 : L'ami Fritz-Poulet
    1875: Pif-Paf
    1885: Au clair de la lune
    1891: Paris port de mer
    1892 : Les variétés de l'année
    1896 : Une semaine à Paris
    1898 : Frou-Frou
    1901 : Le cirque Ponger's
     
    Quelques oeuvres d'Hector Montréal seul
     
    11 avril 1868 : Mlle Clochette
    1er janvier 1871 :Une garde aux remparts
    30 septembre 1873 : Voilà le programme
     
    Hector Monréal est totalement inconnu à Carcassonne, tant et si bien qu'il serait bon que la ville lui attribue enfin un nom de rue.
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