Albert Léonce Médioni naît à Constantine en Algérie le 1er juillet 1899 de parents de confession juive. Il rencontre Fernande Stora qu’il épouse le 15 novembre 1927 à Sétif, puis le couple vient s’installer à Carcassonne. Albert Médioni y occupe les fonctions d’Ingénieur du génie rural. C’est dans cette ville que voit le jour Jacqueline, leur fille unique, le 13 septembre 1933. La famille réside 4 rue des Calquières, mais elle possède deux propriétés : Le domaine de St-Gimer acquis à Raymond Esparseil en 1937 et la propriété St-Charles à Leuc, vendue par M. Rigail.

Le domaine St-Gimer à Carcassonne.
Chevalier de la légion d’honneur le 30 juin 1933, puis Officier du mérite agricole, Albert Médioni jouit d’une excellente expertise dans le domaine de l’agriculture. L’arrivée au pouvoir du maréchal Pétain et la promulgation des lois antisémites, vont tout chambouler dans sa vie. A commencer par l’officier de gendarmerie Chapuis, commandant la section de Carcassonne. Il fait apposer la mention JUIF sur la carte d’identité de Français et les cartes d’alimentation de la famille, y compris sur celles de Jacqueline, âgée de neuf ans. Un juif n’étant plus autorisé à occuper des fonctions dans l’administration publique, Albert Médioni est frappé par l’article 7 de la loi du 3 octobre 1940. Il est contraint de cesser d’exercer en qualité d’ingénieur du génie rural. Il présente une demande de réintégration en octobre 1941, mais le Commissariat aux Questions Juives s’acharne sur lui. Il exige sa radiation, car il exerce le poste de chargé d’études par le génie rural et est payé par l’ingénieur en chef sur les fonds du ministère de l’agriculture. Médioni est rayé des cadres depuis 1940, mais l’impossibilité de le remplacer par suite du nombre insuffisant de ces ingénieurs, dont plusieurs sont prisonniers en Allemagne, fait que son chef a été obligé de l’employer.
Il ne va pas échapper non plus à l’aryanisation de l’ensemble de ses biens. C’est-à-dire à leur confiscation en vue de leur vente à un non-juif. Nommé comme administrateur provisoire, Jules Barrière, a pour mission la saisie des deux propriétés. Il s’occupa également des autres biens confisqués aux juifs carcassonnais. L’expertise en est confiée à l’architecte Paul Enderlin, 5 bis Square Gambetta à Carcassonne.

Ancienne villa de la Gestapo à Carcassonne
Sur dénonciation, Albert Médioni est arrêté dans sa propriété de St-Charles le 30 août 1943 par la Gestapo du sinistre René Bach. On ne sait trop ce qui lui est reproché. Ses origines juives ou ses relations avec deux Résistants : Etienne Rives à Alzonne et André Morelli, procureur de la République. Il est d’abord interrogé dans la villa de la Gestapo, 67 avenue Roosevelt, puis transféré à la prison St-Michel de Toulouse. On perquisitionne chez lui, mais sans succès. Le 10 septembre 1943, Albert Médioni part vers Drancy, puis vers Auschwitz le 20 novembre de la même année. Son épouse recevra une carte de lui en janvier 1944 du camp de travail de Monowitz, situé à 5 km d’Auschwitz. Mort d’épuisement ou de maladie, Albert Médioni n’est pas revenu de l’enfer des camps nazis. Le 28 octobre 1946, on lui décerna à titre posthume la médaille de la Résistance.

Usines IG Farben à Monowitz (Auschwitz III). Albert Medion y travailla comme esclave.
Sources
Service historique de la défense / Caen
Mémorial de la Shoah
Archives départementales de l'Aude.